CHAPITRE QUATORZIEME
maçonnerie de la Ville de Paris, Jehan Beausenet, Guillaume Marchant, et Jehan Chaponnet, « aussi maçons maistres bacheliers ou d. estât », délégué à l’examen des plans et des devis, et à l’expertise des travaux. En 1 5 55, les 21, 25 et 27 janvier, il est convoqué, avec Guillaume Le Breton, Guillaume Guillain et Pierre Langlars « maître des œuvres et bachelier en fait de maçonnerie (1) » en la Chapelle des Orfèvres, pour donner son avis sur la construction de la voûte en berceau.
Le lieu et la date de la mort de Loys Poireau sont encore ignorés.
Guillaume Guillain. Pierre Chambiges avait marié une de ses filles, nommée Perette, à un
maître maçon de Paris, Guillaume Guillain. Quand le grand architecte de l'Hôtel de Ville de Paris mourut en 1544, son gendre lui succéda dans les fonctions de « maistre des œuvres de maçonnerie et pavement de la Ville », et dans la direction des travaux du nouveau palais municipal. Il construisit le pavillon de l’arcade Saint-Jean, terminé sous Henri IL Guillaume Guillain resta au service de la Ville pendant trente-trois ans. Il fut appelé plusieurs fois à donner les plans de constructions importantes. A la date du 9 janvier i552, les « Registres des Délibérations du Bureau de la Ville » signalent l’examen des plans présentés par Guillaume Guillain pour le Petit-Pont.
« Aujourd’hui messieurs les Prévost des marchands et Eschevins, estans « assemblez au Petit Bureau de la Ville ont advisé, avant que faire les marchez « du bastiment du Petit Pont, de communiquer les pourtraietz, modelles et « devis qui en ont esté faietz par iceulx maistres des œuvres (Guillaume Guillain « et Jehan Lecomte, maistres des œuvres de charpenterie de la Ville), à messieurs « le trésorier Groslier et sieur de Clagny (Pierre Lescot) pour en avoir leur « advis et encore au maistre des œuvres de maçonnerye du Roy maistre Loys « Poireau, aussi maistre juré maçon. . . Suy vant lequel avis ont esté priez mes « d. sieurs Groslier et de Clagny se voulloir trouver le lundi xi® en l’hostel de « la ville. Auquel jour le sieur Groslier s’est trouvé -, et après avoir veu les d. « pourtraietz et modelle en pierre. . . , et, après avoir entendu par les mêmes les « devis tant de la d. maçonnerye que charpenterye, a esté d’avis qu’il falloit « suyvre les d. devis et modelles, et luy a semblé qu’il ne se povoit aucune « chose adjouter pour la perfection dudit ouvrage, lequel estant faict et parfaict « selon les devis, pourtraietz et modelle, sera de très longue durée, de grande « beauté, et décoration pour la dicte ville. »
Le lendemain, en présence du prévôt des marchands, et des échevins, de Jehan Groslier, de Gilles et Guillaume Le Breton, Pierre Lescot formulait un avis aussi élogieux sur les plans et devis dressés par Guillaume Guillain et son collègue de la charpenterie. Puis ce fut l’ingénieur, très célèbre en son temps,
(1) Ce maître maçon, désigné parfois sous le nom d’Anglarl, était maître d’œuvre de l’eglise Saint-Merri, en 1530. C’est à lui qu’on doit sans doute la partie de cette église reconstruite sous le règne de François I".
AUTRES MAITRES MAÇONS
Louis Mégret, qui, deux jours après, sur l’invitation du Bureau de la Ville, examina avec soin ces plans, et déclara formellement qu’ « on les devoit exécuter « en la sorte et manière qui sont faict, et faire les marchés le plus vite qu’on « pourra à ce que le d. Petit Pont ne soit plus difforme comme il est à présent ».
Le Petit Pont, — ainsi que la plupart des ponts de Paris en ce temps-là, — devait porter sur ses robustes piliers une double rangée de maisons à boutiques, louées par la Ville à des industriels et à des marchands de toutes corporations. D’après des baux de location qui nous sont parvenus, la plupart de ces maisons comportaient, au rez-de-chaussée, un « ouvrouer et une petite salette » ; au premier étage, deux chambres; et, dans le pignon, un grenier, ajouré d’une fenêtre.
Le 23 juin i55q, Guillaume Guillain, en sa qualité de « maître des œuvres de maçonnerie de la Ville » assiste officiellement à la pose de la première pierre du quai des Bernardins, dont il dirige les travaux. Il présente au prévôt des marchands, écrit le greffier municipal « ung tablier de cuyr blanc neuf qu’il « luy a ceinct, et baille une truelle à la main avec du mortier de chaulx et sable « pour asseoir la première pierre». En i56i, il entreprend la construction du quai Saint-Michel ; et, le Ier août 1 565, celle d’un autre quai devant les Minimes de Nigeon.
Ce fut Guillaume Guillain qui dirigea les travaux de la décoration exécutée pour l’entrée de Charles IX et d’Isabelle d'Autriche, sur les dessins de Niccolo dell’Abatte, Pierre d’Angers, peintre, et Germain Pilon, « architecque et sculpteur du Roy » ; la même mission artistique lui fut confiée à l’entrée du duc d’Anjou, roi de Pologne, qui eut lieu au mois d’août 1 5 ç5 .
Guillaume Guillain avait été élu, en 1549, Par *a corporation des maçonstailleurs de pierre de Paris, capitaine pour les « montres » (revues) ordonnées par le Bureau de la Ville.
En même temps qu’au service de la Ville de Paris, Guillaume Guillain était « juré du Roy en l’office de maçonnerie » ; son nom est fréquemment mentionné avec ce titre dans les « Comptes des Bâtiments du roi ». Associé avec le maître maçon Jehan Langeois, il succéda à son beau-père, Pierre Chambiges, dans la direction de l’entreprise des châteaux de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye, de Challuau et de la Muette. Il prit part à la construction du Nouveau Louvre, sûrement depuis 1 5 5 5 jusqu’en 1 568, en collaboration avec Pierre Berton, dit de Saint-Quentin, le beau-père de Pierre II Chambiges.
Agé et malade, Guillaume Guillain se fit suppléer, vers 1073, par son fils Pierre, pour qui il avait obtenu le titre de « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris », mais sans la signature des actes de la fonction, et sans gages personnels. Au commencement de l’année i582, le vieux maître se décidait à prendre définitivement sa retraite; il proposa son fils pour lui succéder en survivance, ce qui fut accepté.
Guillaume Guillain mourut vers i586.