CHAPITRE QUATORZIÈME
Pierre Guillain.
Ile-de-France.
Le château d’Ecouen.
Pierre Guillain resta au service de la Ville de Paris plus longtemps encore que son père : quarante ans. Il lui succéda aussi dans l’entreprise des travaux du Nouveau Louvre, associé, comme on l'a vu plus haut, avec son oncle Pierre II Chambiges, Guillaume Marchant et d’autres maîtres maçons; et il fut entrepreneur des Tuileries.
Pierre Guillain avait épousé Gillette de la Fontaine, fille du « maistre des œuvres de charpenterie du roi » et « commis du grand voyer » ; il en eut un fils Augustin, qui fut, à son tour, « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris », fonction que devait exercer son petit-fils, Augustin II Guillain, jusqu’en 1 643 .
Dans la dédicace à François de Montmorency de la « Reigle généralle d’architecture » (1), Jean Bullant a écrit ceci :
« Monseigneur le connestable, vostre très cher et très honoré père, décoré « de toute vertu, lequel m’a toujours occupé et entretenu aux œuvres de son « chasteau d’Ecouen, afin de ne me consommer en oysiveté, d'autant que la « pluspart du temps me restoit sans occupation ».
Ces lignes ont servi, pendant des siècles, h accréditer l’opinion que Jean Bullant aurait construit le château d’Ecouen tout entier. Or, d’après le simple examen des gravures que Jacques Androuet du Cerceau a faites de cet édifice, il est de toute évidence qu’il y a eu, à Ecoucn, deux architectes, dont l’intervention s’est manifestée successivement par des constructions distinctes, ayant leur physionomie particulière, très caractérisée. Cette constatation a été faite depuis longtemps; mais les conséquences n’en ont pas été tirées par les écrivains, qui, dans leur embarras pour expliquer le fait, n’ont pas hésité à créer la thèse d'un Jean Bullant ayant fait tout d’abord de l’Architecture « gothique », puis de l’Architecture nouvelle, à la suite d’une conversion subite à l’Art antique (2).
Dans une conférence de l’Académie d’Architecture, au xvu0 siècle, il était
dit :
« Bullant fut le précurseur du bon goût de l’architecture en France. S’il « laissa encore des traces du goût gothique dans ses ouvrages, c’est qu’il est « dirticile, pour ne pas dire impossible, même aux hommes distingués, de a s’affranchir tout à coup des préventions au milieu desquelles ils ont été élevés. t< Mais on sait et l'on voit par ses ouvrages qu’il étoit l'admirateur de Vitruve « et qu'il en suivoit les préceptes. » (3)
(1) Reigle généralle d' architecture , des cinq manières de colonnes, etc..., etc..., au fro ffit de tous ouvriers besongnans au compas et à V esquierre , à Escouén, par Jehan BULI.ANT, Paris, 156S.
(2) Anatole de Montaigi.on : Archives de l'Art français, 15 mai 1860, p. 305.
F. de Lasteyrie : Un grand seigneur du xvi* siècle, te connétable de Montmorency. Gazette des Beaux-Arts, 2' période, 1. XIX et t. XX, année 187g.
(3) Registres des conférences de V Académie d' Architecture , 1" vol., f* 18 : Il semble que plus tard, au milieu du XVIII* siècle, on ait eu la sensation de l’erreur commise au XVII* siècle; Piganiol de la Force écrit : « 11 faut remarquer encore dans ce château les belles proportions des colonnes qui
AUTRES MAITRES MAÇONS
Au commencement du xix° siècle. Baltard appréciait ainsi l’architecture du château d’Ecouen :
« Ce vaste édifice de forme carrée est compose de quatre corps de batimens,
« aux quatre angles desquels sont quatre pavillons plus élevés que le reste de « l’édifice. Dans les angles rentrants des pavillons, de hautes et étroites « tourelles, qui se terminent en cône, semblent n’avoir été placées là que pour « indiquer l’époque de la construction, cette époque où le régime féodal étoit « dans toute sa vigueur, où d’ailleurs le goût gothique dominoit encore dans « les arts; mais l’ensemble du château rappèlc d’une manière frappante un « des plus célèbres palais de Paris (le palais du Luxembourg) auquel, en effet,
« on prétend qu’il a servi de modèle. »
« Le château d’Ecouen, si intéressant par la pureté et la richesse des
« ornements qui le décorent, est remarquable aussi par les traces de gothique « qu’on retrouve dans ses constructions. Ces toits élevés, ces combles surchargés « de détails contrastent d’une manière frappante avec la belle simplicité « antique, les avant corps et les péristyles de cet édifice. Quoiqu’un mélange « aussi bizarre soit réprouvé par l’homme de goût, il n’est cependant pas sans « intérêt puisqu’il rappèle l’époque de la Renaissance des Beaux arts en « France. »
Dans les « Comptes des Bâtiments du roi », on voit figurer aux dates de 1 544, 1047, *^48 et i55o, le nom de Charles Billard ou Baillard, avec la qualification « maistre maçon de Monseigneur le Connestable » , comme membre des commissions de réception des ouvrages de Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye. Le maître d’œuvre d’Ecouen nous est indiqué par ces documents. Mais l'entrée de Charles Billard au service d’Anne de Montmorency pour le château d’Ecouen est de beaucoup antérieure à ces dates. Une lettre adressée, le 8 septembre i53o, par Jehan Groslier au Grand maître de France (1), l’informe qu’à cette date le château était en état, tout au moins dans quelques-unes de ses parties, de recevoir son père et les personnages de marque que celui-ci a invités.
Les constructions de Charles Billard, qui sont les trois corps de bâtiments de la cour et la chapelle, appartiennent par leur style à la période de la Renaissance où les maîtres maçons-tailleurs de pierre appliquaient, avec leur tempérament et leur originalité, les idées architecturales nouvelles, et les adaptaient fort habilement aux traditions techniques du passé. L’Ecouen de ce temps n’est pas sans analogies d’élégante simplicité, de saine robustesse, et de richesse
« sont dans la cour, du dessein de Jean llullan, le premier architecte <|ui a fait succéder la belle « architecture antique au mauvais goût du gothique. ». ( Nouvelle description de la France, t. IX, p. 306.)
(1) Document découvert par G. Maçon, conservateur adjoint du Musée de Chantilly, dans les Archives de Condé, et publié dans les Mémoires du Comité archéologique de Senlis: Les architectes de Chantilly au XV U siècle, 1900, p. 37.
Charles Billard.
Le maître d’œuvre du château d’Ecouen.
La première période du château d’Ecouen.