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CHAPITRE QUATORZIEME

discrète, avec le Chantilly de Pierre Chambiges, et le Chambord de Jacques Sourdeau, construits vers le même temps.

D'après les plans et gravures de J. Androuet du Cerceau, le château, dans son ensemble, présente la forme d'un parfait quadrilatère, dont trois faces sont occupées par trois corps de bâtiment, à rez-de-chaussée et deux étages, — l’un en comble, — reliés les uns aux autres par quatre pavillons d’angle, plus élevés d’un étage, et faisant saillie de quelques mètres sur les façades extérieures ; une tourelle, à toit conique, qui renferme un escalier à vis, remplit l’angle rentrant.

Le pavillon du sud-ouest sert de chapelle, et se différencie extérieurement des trois autres par les fenêtres géminées qui occupent toute la hauteur des murs jusques aux combles.

Les deux corps de bâtiment en aile de la cour d’honneur se développent en un long rez-de-chaussée, qui, à l’origine, devait, ainsi que le premier étage, comprendre sept ouvertures, de style assez sévère, sans autre ornements que leur croisillon de pierre, et qui sont séparées par des pilastres à chapiteaux et par une corniche.

Le corps de bâtiment du fond faisait face à un portique d’entrée, et à une porte de milieu monumentale. Deux colonnes de marbre noir supportent une frise d’ordre dorique, où différentes pièces d’armures alternent avec des patères à ombilic, entourées de couronnes de laurier. Des figures de Victoires occupent les écoinçons. La sculpture ornementale a été prodiguée dans les lucarnes des combles. Au-dessus de l'entablement supérieur, s’élèvent des piédroits à chapiteaux corinthiens, épaulés de deux pignons de moindre hauteur, que soutiennent de légères colonnettes; ces piédroits portent un gable à fronton triangulaire ou circulaire dans le nu duquel sont sculptées alternativement les armoiries d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, et les devises du connétable.

Les lucarnes des pavillons sont plus grandes, et ont une ornementation plus riche, quoiqu’elle dérive des mêmes éléments décoratifs. Les cheminées de pierre portent sur leur souche et sur leur couronnement les chiffres du roi et de la reine et les armoiries des Montmorency.

La chapelle est une création architecturale importante. On y accède par une porte qu’encadrent quatre colonnes doriques soutenant un large entablement. La nef unique mesure huit mètres de largeur sur douze de longueur. Les nervures multipliées des voûtes, formant plusieurs caissons, portent des armoiries, la salamandre de François Ier, qui en date la période de construction, des devises et des emblèmes. A chaque angle, l’arc doubleau retombant des voûtes repose sur un pilastre en encorbellement, orné d’une statue de saint en pierre.

Le château d’Ecouen ayant été, ainsi, commencé vers i528-i53o, en même temps que Chantilly, au lendemain du partage de ses biens fait par le baron

AUTRES MAITRES MAÇONS

Guillaume de Montmorency, Jean Bullant, — né vers 1 5 1 5, puisqu’il mourut en i5?8, non de vieillesse, mais de maladie, — aurait donc été engagé comme architecte vers l’âge de i5 ans! En outre, comment admettre que Pierre Lescot, en iSqô, aurait employé, en sous-ordre, pour les travaux de l’hôtel Carnavalet, l’architecte du connétable ? Cette thèse historique de l'attribution d’Ecouen tout entier à Jean Bullant présente à la fois autant d'invraisemblances que de contradictions.

Ecouen est de Charles Billart; les portiques seuls sont de Jean Bullant.

Le maître maçon, Claude Fouge, qui figure, à la date de 1 552 , dans un acte officiel, parmi les vassaux de la châtellenie de Baurain, comme « architecte de M. le révérendissime cardinal (de Lorraine) », peut être tenu pour le maître d’œuvre du château de Dampierre, que J. Androuet du Cerceau a compris dans « Les plus excellens bastimens de France ». La terre de Dampierre fut achetée par le prélat, en 1 55 2 ; et les travaux de construction de cette nouvelle résidence furent commencés immédiatement. Le château de Meudon était aussi bâti, à peu près vers le même temps, pour le cardinal de Lorraine. Claude Fouge fut-il chargé d’en faire les plans et de les exécuter? C’est une hypothèse vraisemblable, mais qui ne repose sur aucun document. L’attribution de cet édifice a Philibert de l’Orme, aventurée par quelques écrivains, doit être écartée, car, s’il eut été l’architecte du château de Meudon, le grand artiste n’aurait pas manqué de s’en prévaloir dans son « Mémoire justificatif », qui mentionne tant d’autres constructions de moindre importance.

Dans le Cartulaire des Moulincaux, il est fait mention en ces termes d’un maitre maçon-tailleur de pierre du nom d’Olivier Ymbert : « Maistre Ymbert, « architecte pour monseigneur le duc. frère du roi (le duc d’Anjou) demeurant « à Saint-Léger-en-Yveline, âgé de soixante ans, a dit qu’il y a environ vingt « ans qu’il cognoist iceulx requérans pour autant qu’il a besoigné au château « de Rambouillet de son état de maçon et tailleur de pierre. » Voilà un nom nouveau qui surgit dans l’histoire du château de Rambouillet, dont le maître d’œuvre était resté jusqu’ici ignoré. Le même maçon n’aurait-il point pris part, également, à la construction du château de Saint-Léger-en-Yveline, qui fut domaine royal, et se trouve fréquemment mentionné dans les « Comptes des Bâtiments du roi » ?

L’Hôtel de Ville de Compiègne, un des édifices les plus caractéristiques de la période de transition de l’Art ogival à l’Art de la Renaissance, fut construit par Pierre Navyer, dit de Meaulx.

Dans le Compte des octrois de la Ville, de 1499 a i5o5, il est fait mention deux fois du nom de ce maître d’œuvre, relativement à l’édifice municipal :

« A Pierre Navyer, dit de Meaulx, masson et maître des œuvres sur le « fait de la massonnerie, audit Compiengne, a esté paié par le dit recepveur

Claude Fouge.

Olivier Ymbert.

L’Hôtel de Ville de Compiègne.

Pierre Navyer dit de Meaulx.

Les Réanime.

L'Hôtel de Ville de Noyon.

En Normandie.

Simon Vitecoq.

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« pour ses gaiges et pension d’un demy an escheu au jour Saint Jehan Baptiste, « mil cinq cens et cinq, à cause d’avoir veu, visité et regardé les ouvrages de « massonnerye qui s’estoyent faicts audit Compiengne, durant le demy an ; « comme par mandement desdits gouverneurs, le xxme jour de juing i5o5, « signé dudit Navyer, à qui a esté payé trente sols parisis » (i).

Dans le même Compte, à propos d’un achat de 175 tonneaux de pierres pour la réédification de l’Hôtel de Ville, fait le 6 mars i5c5, on voit que les pierres furent mesurées par « Pierre Navyer, dit de Meaulx, maistre des œuvres dudit Compingne ». Enfin, en un autre passage, on voit Pierre de Meaulx commis, avec plusieurs autres experts, pour examiner la question de mitoyenneté d’un mur de la maison de Pol Dambryne touchant à l’Hôtel de Ville (2).

Les Comptes de l’Hôtel de Ville signalent la venue à Compiègne, en 1 5 1 1 , pour « visiter » l’édifice nouveau, d’un maître des œuvres de Beauvais, nommé Guillaume Cardon, qui recevait 6 livres parisis comme indemnité de déplacement et honoraires. Il lui fut adjoint pour cette visite un autre maître maçon, Jehan Masse, qualifié « maistre des œuvres et expert juré de Compiègne », auquel il fut donné 10 sols et 9 deniers de gratification. Celui-ci était le fils d’un maître maçon de Compiègne du même prénom, sous les ordres duquel il avait travaillé à la cathédrale de Noyon (3). On ne sait rien de plus sur ces maîtres maçonstailleurs de pierre, qui paraissent avoir été en grand renom dans leur province.

L’Hôtel de Ville de Noyon, un autre gracieux spécimen de ce qui se faisait en architecture civile, en ce temps et dans la région, est l’œuvre de Mathieu ou Mahieu et Gilles Reaulme, le père et le fils, successivement « maistres des œuvres de maçonnerie de la Ville ». Commencé en 1485, l’édifice fut continué en 1 5 1 3 , après la mort de Mathieu Réaulme, par Gilles ; et il était terminé en 1 523.

L’Ecole normande d’architecture, à la Renaissance, compte des maîtres maçons qui, tout en n’ayant pas le génie de Rouland Le Roux, dont tous, à très peu d’exception, furent les élèves, se firent remarquer par des œuvres originales, et jouissaient de l’estime artistique de leurs contemporains.

Simon Vitecoq, d’une bonne famille bourgeoise de Rouen, succéda à Rouland Le Roux dans la charge de « maistre de l’œuvre de la cathédrale », le 29 février 1 526, aux gages de 6 livres par an. En cette qualité, il dirigeait, au cours de l’exercice 1528-1D29, la maçonnerie delà clôture du chœur, sur laquelle devaient être posées les belles grilles en cuivre dues à la magnificence

(1) Archives municipales de Compiègne.

Comte de Mar. s Y : L'Hôtel de Ville de Compiègne, Bulletin Monumental, 1878, 5’ série, t.VI, p. 44.

De i.’Espinois : L'Hôtel de Ville de Compiègne. lliblothèque de l’Ecole des Chartes, 5’ série 1863.

(2) Archives municipales : Compte des octrois, C. C. 76, f* 74.

(3) E. Lefèvre- Pontai.IS : Histoire de la cathédrale de Noyon. Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, t. LXI, 1900.

Portail dk Notre- Dame de Bon-Secolrs, a Gllngamp Gi uvre de Jean Moal

AUTRES MAITRES MAÇONS

de Georges II d’Amboise. On lui attribue (1) les galeries de pierre, dite clairesvoies, en forme de couronne, que ce même prélat fit élever autour du chœur. Simon Vitccoq faisait partie de la commission de quinze maîtres des œuvres de maçonnerie et decharpenterie, qui, le 1 1 octobre 1542, futchargée d’examiner le modèle de la tour et de la flèche de bois qui devaient être élevées sur la lanterne de pierre, pour remplacer la flèche incendiée, modèle présenté par Robert Becquet, et qui fut accepté par le Chapitre, après de longues et très vives discussions et polémiques.

Georges II d’Amboise employa Simon Vitecoq aux travaux du Palais archiépiscopal, pour en continuer la reconstruction et l’agrandissement. Les Comptes de l’archevêché (2) font diverses mentions de Vitecoq, à ce propos, dans les années 1 5 34- 1 5 39.

Le maître maçon fut employé par les Fabriques de plusieurs églises de Rouen. En 1229, à Saint-Laurent, associé avec Michel Catheline, il fait marché « pour agréer et assoueoir le pupitre (jubé) « jouxte le patron », au prix de 2.100 livres ; et, sans doute, ce fut lui qui, en 1 533, termina ce bel ouvrage, dont l’achèvement nécessita une dépense nouvelle de 1.660 livres. En 1 536, à Saint-André, il refait les meneaux de la fenêtre du nouveau portail sur la rue aux üurs; de i538 à i5q6, à Saint-Jean, associé avec Guillaume Doudement, il construit une tour, moyennant 2.600 livres ; il rebâtit une partie de l’édifice, refait la porte du cimetière et en taille les claires-voies (3).

Ses talents de constructeur faisaient fréquemment confier à Simon Vitecoq des visites et des expertises importantes, en compagnie de maîtres maçons réputés : Etienne Guiffart, Regnauld Tyrouin, Robert Fresnelle et Jehan Chaillou.

Simon Vitecoq mourut en 1 5q8. Le Chapitre ne lui donna pas de successeur ; il clôt ainsi la longue et glorieuse série des maîtres de l’œuvre de la cathédrale

de Rouen.

En 1543, fut bâtie, place de la Basse-Vieille-Tour, à Rouen, la chapelle de Saint-Romain, dénommée populairement la Fierte, parce qu’autrefois, le jour de l’Ascension, la châsse du saint, ou Fierte, était levée par un prisonnier, à qui, suivant un privilège fort ancien, le Chapitre de Notre-Dame rendait ensuite la liberté. C’est un monument fort original de forme, et d’une grande beauté de lignes et de proportions.

Les Registres des délibérations du Conseil de Ville contiennent un passage relatif à cette construction :

« 25 août i543. MM. de Ville, en faisant la visite des Halles de la Basse-

La Fierte de Saint-Romain, à Rouen.

(1) Deville : Revue des architectes de la cathédrale, p. 71-72.

(2) Archives départementales de la Seine-Inférieure : O. 120, 12.), 12S; «237.

(3) M. de Glanvili.e : Notes four servir à V histoire de l'église Saint-André. Dei aquérière : Notice sur Saint-Jean et Notice sur Saint- 1 auront .

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