CHAPITRE QUINZIEME
Jehan Faulchot exécuta d’importants travaux à Saint-Pantaléon ; bâtit la chapelle de Lorette, la voûte de la chapelle de Toussaint, le Mont-Calvaire ; puis, associé avec son fils Gérard II, il reprenait, en 1348, la construction de la tour de la Madeleine, commencée en i52o, par Martin Devaulx, et continuée, en I340, par son fils Pierre Devaulx, jusqu’au premier étage, et ensuite interrompue.
Gérard II Faulchot construisit le portail de la façade de Saint-Jean-au- Marché, et la tour de Saint-Nizier. Le Chapitre de la cathédrale l’avait nommé maître de l’œuvre, à la mort de Gabriel Favereau; mais cette fonction fut toute honorifique, car il n’eut pas à exécuter le moindre travail dans cet édifice.
De ces divers maîtres, on ne connaît que les travaux qu’ils firent à Troyes, et dont l’attribution peut être basée sur des documents d’archives (1). Mais, vers le même temps, à partir de 1507, s’élevaient, dans la région troyenne, des constructions d’une architecture aussi originale que pittoresque : les portails de Saint-André-les-Troyes et d’Auxon, les portes occidentales de l’église de Pont- Sainte-Marie; on peut supposer qu’elles sont des œuvres des Faulchot, dont elles rappellent la manière et le goût.
Gabriel Favereau Gabriel Favereau, — gendre de Dominique Florentin, le sculpteur italien
Domenico del Barbiere, établi à Troyes vers 1540 (2) — , fit de l’architecture nouvelle à la grande tour de la cathédrale, qu’il terminait par une corniche de style classique, et par deux lanternes à arcades plein cintre; il avait été nommé maître de l'œuvre en 1 559, à la mort de Jehan II Bailly. Gabriel Favereau contribua, pour la partie architecturale, au jubé de Saint-Etienne, dont son beau-père avait reçu la commande en 1349, et fait le « portraict ». Grosley écrivait, à propos de cette œuvre, dans ses « Mémoires historiques » : « En lui « donnant la forme d’un arc de triomphe, (les auteurs du jubé) y ont rassemblé « tout ce que les modèles que l’antiquité leur offrait en ce genre ont de plus « élégant, de plus noble, de plus exact pour l’architecture, de mieux distribué, « de plus correct, de plus fini pour les ornemens, les bas-reliefs, et les statues. « La seule maçonnerie peut fixer l’attention des curieux : les joints des pierres « ont été soignés de manière que tout le jubé paraît d’un seul bloc » (3).
Gabriel Favereau mourut en 1576; et son corps fut inhumé dans l’église Saint-Nizier. L’épitaphe de son tombeau lui donne la qualification de : « scientifique personne ».
(1) D’Arbois de Jubainville : Inventaire des archives de l'Aube.
Assiek : Les Comptes de la Fabrique de l'église Saint-Jean de Troyes, in-8°, 1855; Les Comptes de la Fabrique de l'église Sainte-Madeleine de Troyes, in-8“, 1854; Les Arts et les Artistes dans Ix capitale de la Champagne , t. II.
Fichot : Statistique monumentale de l'Aube, 5 vol. in-8‘, avec grav., 1883-1897.
(2) La passion du panitalianisme artistique a poussé l'historien moderne de Troyes, Boutiot, à faire de Guillaume Favereau, au nom transformé, par une assonance fréquente au XVI' siècle, en Fabro, un ouvrier italien amené d’Italie par Domenico del Barbiere. Or, on trouve un Maurice Favereau, maître maçon de Saint-Pantaléon, de 1520 à 1525; un Jean l'abro, maçon et sculpteur, gendre de Jehan Guailde, travaillant avec son beau-père au jubé de la Madeleine, de 1515 à 1517.
(3) Grosley : Mémoires historiques et critiques pour l'histoire de Troyes, t. II, p. 282-283.
MAITRES D’ŒUVRE i’LU CONNUS 3s3
Le portail de la Madeleine sur le cimetière, commencé en i55o, est l’œuvre d’un maître troyen nommé Jehan Rousseau. A son nom est resté attaché le souvenir d'un acte de vandalisme qui le déshonore quelque peu. Pour dresser de chaque côté de la porte les colonnes d’ordre toscan sur lesquelles repose la frise de rosaces et de triglyphes, Jehan Rousseau fit marteler tous les ornements qu’avaient sculptés, sur cette partie de l’édifice, les imagiers du Moyen âge. Ce maître travailla à l’église Saint-Nicolas avec Clément Henri, dit le Lorrain, et Gilles Lyé.
Martin Chambiges eut pour « varlet », dans les travaux de construction des deux portails latéraux de la cathédrale de Sens, Hugues Cavelier ou Cuvelier. Lorsque le grand maître maçon quitta définitivement les chantiers, le Chapitre en confia la direction à son second. Un document d’archives, dans lequel on lit cette mention : « Feu Michel Hugues Cuvelier, maître de l’œuvre de l’église et de l’archevêché », donnerait à supposer que ce dernier édifice, élevé par ordre d’Etienne Poncher, œuvre fort intéressante de la Renaissance, pourrait avoir été bâti sur ses plans ; mais ce n’est là qu’une hypothèse.
L’aile du palais archiépiscopal, construite de 1 55 1 à 1 557, est création du maçon Etienne, « maistre des ouvrages du roi en Vermandois », sur qui les documents biographiques font complètement défaut (i).
Nicolas Godinet, maître maçon senonnais, bâtit en style Renaissance, l’année 1 53 5, l’originale et élégante lanterne de pierre, qui surmonte la grande tour de la cathédrale de Sens. Godinet succéda, en 1 53 2 , à Cardin Guérard comme maître des œuvres du Chapitre.
Il convient encore de mentionner, parmi les rares maîtres maçons champenois de la Renaissance dont les noms ont survécu, Jehan Chéreau, maître maçontailleur de pierre de Joigny, qui a donné les plans, et a dirigé, à partir de 1575, la construction de la façade de l’église de Villeneuve-sur-Yonnc. Le même artiste bâtissait, en i5q6, la voûte de l’église Saint-Jean, à Joigny.
Pendant la Renaissance, la Lorraine a compté de nombreux maîtres maçonstailleurs de pierre d’une très grande valeur artistique, qui ont produit des œuvres remarquables, et d’un caractère essentiellement français, bien que le pays fût, à ce moment-là, un duché indépendant. Cette particularité s’explique par ce fait qu’il était de tradition dans la Maison de Lorraine d’envoyer à Paris les jeunes maçons qui manifestaient des dispositions exceptionnelles pour le métier,
(1) On trouve, quelques années après, au château du Pailly, près de Langres, un tailleur de pierre, du nom d’Etienne, occupé aux travaux de sculpture de la résidence du maréchal de Saulx- Tavannes. Y a-t-il là une simple coïncidence de noms, ou est-ce le même artiste ? On ne peut rien écrire de précis là-dessus.
Jehan Rousseau.
Cuvelier.
Etienne.
Godinet.
Jehan Chéreau.
En Lorraine.