CHAPITRE QUINZIÈME
Jean Jacquot.
Le Palais ducal de Nancy.
en vue d’y faire leur apprentissage sur les chantiers des grandes constructions architecturales (i).
Jean Jacquot (orthographié parfois Jacot, et Jaco), dit aussi Jacquot de Yaucouleurs, « maistre maçon du duché de Lorraine », sous le règne du duc Antoine, tient le premier rang, par ordre chronologique, et par ordre de mérite, parmi les maîtres d’œuvre lorrains notables du xvi8 siècle.
La Porterie du Palais ducal, à Nancy, construite de 1 3 1 i à 1 5 1 2, immortalisera son nom. Le « Septième compte des receptes et despences faictes par « George des Moynes, recepveur général de Lorraine, pour les ouvraiges faicts « en la maison de Monseigneur à Nancy, depuis le premier jour de janvier mil « vc et xj jusques au dernier jour de décembre mil vc et douze, qui est « ung an entier » (2), fait ainsi mention explicite de Jean Jacquot comme auteur de cette importante et originale construction, à laquelle Mansuy Gauvain a également attaché, pour toujours, son nom, comme « imageur », auteur de la statue équestre du duc Antoine (3), et des gargouilles de la façade :
« Journées de massons en molure, feuillaiges et autrement, assayeurs de « taille, massons rencoutrans ladite taille.
« Payé par le recepveur à maistre Jaco, maistre masson dudit ouvraige, « Loys Jehan et Didier et Claude, ses valetz, Thouvenin de Condé, Jehan du « Boys, le Bagnelot, Arnoult de.., Grant Jehan le Velu, Labbé, Jacob, Didier « d’Essey, Jetninet, Odart, son fils, Guillaume de Brabant, Claude de Lay, « Aubertin Vosgien et plusieurs autres massons pour leurs journées de la « sepmaine commenssant au lundi ve jour de janvier mil vc et xij, qu’ils ont « ouvré audit ouvraige au taillier pierre de taille, massonner, assavoir les « ung quatre gros, xiij blans, iij gros, xj blans, x blans, et vij blans, « pour besonnier au parachèvement du portai du corp de maison de la « grant rue, et besoingner à ung vix qui se fait au quanton allant ou « petit jardin, et aultres ouvraiges et en plusieurs lieux en la dicte maison, « 40 fr. 5 g. îad. — Somme des journées de massons, 3, 212 fr. 6 g. et demi. »
L’œuvre de Jean Jacquot est une pure merveille de l’architecture de la Renaissance à son aurore. A deux extrémités de la France, à l'est et à l’ouest, en Lorraine et en Normandie, au même temps, le génie artistique de notre race affirmait ainsi sa puissance de création, d’originalité, et de fantaisie, dans la Porterie du Palais ducal de Nancy et dans le Palais de Justice de Rouen; et deux maîtres maçons-tailleurs de pierre, mélangeant, avec la plus ingénieuse habileté et avec le goût le plus délicat, les éléments caractéristiques de l’Art ogival et de
( 1 ) A. Jacquot : Esssai de répertoire des artistes lorrains. Réunion des Société des Beaux-Arts des départements, 1900.
(2) H. Lepage : Le palais ducal de Nancy, in-8“, 1852, p. 30-31.
(3) L’œuvre originale de Mansuy Gauvain, détruite sous la Révolution, a été remplacée par une copie qu’exécuta un sculpteur lorrain en 1850.
Porterie du palais ducal, a Nancy Œuvre de Jean Jacquot et Mansuy Gauvain
MAITRES D'ŒUVRE PEU CONNUS 3 2
l’Art nouveau, produisaient deux types d’œuvres nouvel les, admirables d’harmonie et d’unité, dans la diversité superbe des ordonnances et des ornements.
Le plus récent des historiens de Nancy a écrit, avec raison que « la Porterie, « le vestibule et toute la façade sur la grande rue ont été conçus par un même « architecte, sont sortis du même cerveau. » (i). La gravure de Deruet, qui se trouve dans le « Triomphe de Son Altesse Charles 1 1 1 1 », montre ce qu’était, en son état primitif, cette façade du Palais ducal, avec la porte d’entrée monumentale, les quatorze fenêtres à meneau surmontées de hautes lucarnes fleuronnées et ajourées, la tourelle hexagone de milieu en encorbellement, la corniche en forme de câble tordu, reliant les gargouilles gigantesques de Mansuy Gauvin, la crête en cuivre doré, semblable à une dentelle, couronnant le comble de la toiture.
Le « maistre des œuvres de maçonnerie du duc Antoine » avait une imagination fertile en inventions charmantes et pittoresques : à la voûte du porche et du vestibule adjacent, il mit une série de vingt médaillons à figures énigmatiques, d’une verve spirituelle, qui ont lassé les commentateurs les plus subtils, tout comme le singe habillé en cordelier, tenant un livre ouvert, et surmontant la tige Heuronnée du tympan du portillon.
En 1 5 1 g, Jean Jacquot dirigeait les travaux d’achèvement d’une galerie de 200 pieds de longueur et de 20 de largeur, sur laquelle aboutissaient des appartements neufs destinés à la duchesse, et, en 1 5 2 1 , des besognes considérables qui furent faites aux deux jardins et à la fontaine du grand jardin situé hors de l’enceinte du palais. Dans un chapitre des Comptes du « recepveur général » pour i52o-i52i, on trouve une mention du maître maçon avec le titre de « concierge de ladicte maison » (le Palais ducal) (2).
Le duc Antoine anoblit Jean Jacquot, le 5 juillet idio. La date de la mort du maître d’œuvre de la Porterie est encore ignorée.
Jean Jacquot aurait eu trois fils, dont un, du prénom de Nicolas, suivit la carrière paternelle, mais n’acquit aucune notoriété. Jacques Jacquot qu’on trouve, en i522, au service du Bailliage de Saint-Mihiel, était le frère de Jean Jacquot. Ils s’associèrent, en 1499, pour construire le pont de Malzeville.
Il y eut encore, vers ce temps, un maître maçon qui se fit une certaine réputation dans le duché et au dehors : Jehan Tabourin, dit Jehan de Lorraine.
Maître d’œuvre de la cathédrale de Toul, il en termina, vers 1491, le portail; et il construisit le cloître de Saint-Gengoult. On le trouve à Lyon, de 007 à 1 5 1 1 , travaillant au pont du Rhône, puis, de 1 5 1 2 à 1 5 1 4, aux fortifications, sous la direction du « maistre des œuvres de maçonnerie et voyer de la Ville », Edouard Grand. Michel Colombe, dans une lettre relative aux travaux de
(1) Pfistf.r : Nancy, 2 vol. in-4', 1906-1907.
(2) H. Lepage : Ibidem, p. 39.
La famille de Jean Jacquot.
Jehan Tabourin, dit Jehan de Lorraine.