‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 194 sur 236 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

Claude Villon, dit 1! Enfariné.

Claudin Marjolet.

Les Drouyn.

Florent Drouyn, dit le Vieil.

l’église de Brou, adressée à Marguerite d’Autriche, qualifie « très grands ouvriers en l’art de massonnerie » Jehan de Lorraine et Henriet de Lyon, que Jehan Le Maire de Belges, secrétaire de la princesse, avait mandés pour « veoir » les plans dressés par Jehan Perréal (i).

Au milieu du xvie siècle, vécut un maître maçon de renom dans la contrée : Claude Villon, dit l’Enfariné, que divers documents qualifient « maître tailleur en l’art de la maçonnerie », « maistre maçon et maistre livreur ès duché de Lorraine, bailliage des Vosges, comté de Vaudémont, et marquisat de Pont-â- Mousson ». Dès 1064, en remplacement de Nicolas Chaubaut, il dirigeait les travaux du Palais ducal de Nancy, qui furent très peu importants pendant la période de sa maîtrise d’œuvre, sauf, toutefois, la construction du Trésor des chartes, qui lui est attribuée. Claude Villon travaille, en 1 556, aux fortifications de Nancy, et, en 1567-1571, aux châteaux de Blamont, Neufchâteau et Vaudémont. On ignore encore la date de sa mort.

Claudin Marjolet fut, aussi, en ce temps, au service de Charles III de Lorraine et de la Ville de Nancy. Son nom figure dans les Comptes avec le titre : « ingénieur». Le duc l’envoyait, en 1 56 1 , à Paris, pour étudier le Jeu de Paume du Louvre, en vue delà construction d’un bâtiment identique à Nancy, pour laquelle on dépensa en effet, l’année suivante, une somme de <S.ooo francs. Le maître maçon Nicolas Chaubaut en dirigea les travaux, exécutés par les maîtres maçons Girard Godon et Christophe Haller. Ce maître travaillait, de 1 566 à 1569, aux fortifications de Nancy, et aux châteaux de Blamont et de Badonvilliers. En 1572 et 1573, il construisait un corps de logis neuf au château de Viviers. On le trouve, deux ans après, à Lunéville, visitant les fortifications.

Les Drouin ou Drouyn forment une véritable dynastie de maîtres maçons, qui furent tous de très habiles gens de métier et des artistes de mérite.

Le plus ancien des maçons de ce nom est Jehan Drouyn, maître de l’œuvre de la cathédrale de Toul, qui, en 1440, y commençait le portail, en collaboration avec maître Jacquemin, sur les plans de Tristan, d’Haton-Chàtel.

Quels liens de parenté le rattachent h Florent Drouyn, dit le Vieil, et à Florent Drouyn, dit le Jeune, qui vivaient dans la seconde période du xvi8 siècle ? Il n’est point aisé de les déterminer.

Florent Drouyn, dit le Vieil, visite, de 1579 à 1 58 1 , les fortifications de Dompaire, le pont de Pont-à-Mousson, et le château de Neufchâteau. Deux ans après, il entreprenait et dirigeait, à la tour Mandraguerre, à Pont-à-Mousson,

(1) Dans les Comptes des dépenses de la construction de Gai/Ion, p. 107, figurent parmi les maîtres maçons-tailleurs de pierre, travaillant en 1504, à la « Grant Maison », un Jehan de Lorraine, ainsi (|ti'un Simon de Lorraine. Il est douteux que ce Jehan de Lorraine soit Jehan Tabourin. Mais cette mention montre que les maçons lorrains faisaient volontiers le Tour de France pour se perfectionner dans leur métier.

MAITRES D’ŒUVRE PEU CONNUS

des travauximportants pourlesquelsil lui était compté une somme de 2.600 florins.

En 1 585 , le maître est employé, au Palais ducal de Nancy, pour la construction de la Grosse tour, et signe, en qualité de « maistre de l’ouvrage », aux marchés passés avec Claude Chevillon, Jean Le Brun, et Jean de Virton, touchant « l’ouvrage de taille et massonnerie qu’il convient faire pour le rehaussement « du corps de logis du costé de l’église des Cordeliers, que Son Altesse prétend « faire rehausser en l’année prochaine i586 », et dont la dépense totale était évaluée à 7.944 francs. Le grand pont de Deneuvre, bâti de 1 586 à 1.S90, est son œuvre.

Florent Drouyn, dit le Jeune, pratiquait les deux métiers de maçon et Florent Drouyn,

sculpteur. Après avoir été, tout d’abord, au service de l’évêque de Metz, il vint dit le Jeune, tà Nancy, vers 1572 , appelé par Charles 111 de Lorraine, qui le prit à son service, aux gages annuels de 200 livres, et avec le titre : « sculpteur du duc ».

Claude Villon, « maistre des œuvres de maçonnerie du duché de Lorraine », ayant démissionné pour cause de santé, la charge fut donnée à Florent Drouyn.

A partir de cette date, ses travaux de maçonnerie et de sculpture alternent avec régularité. En i582, il visite le château de Rozières, et exécute la « Cène » des Cordeliers de Nancy ; il dirige ensuite la construction du château de Vézelise, et, en 1689, il fait le mausolée du cardinal de Vaudemont aux Cordeliers. Des documents d’archives le montrent, à partir de 1594, occupé aux entreprises les plus diverses. Tout en construisant, à Nancy, une écurie, travail pour lequel il reçoit 100 florins en remboursement de ses frais, il donne le modèle d’un char à l’antique, qui lui est payé 80 livres. Lors des grandes fêtes organisées, en 1600, par la duchesse de Bar, il est chargé de dessiner toute la décoration ; et il monte « une machine en forme de fontaine et jardin, dans laquelle estoyent « douze cheises et y assises madame (la duchesse) et unze tant princesses que « damoiselles estantes de la suytte » ; il lui fut donné 520 florins pour ce dernier travail. En 1601, l’érection en la chambre de la duchesse de Bar d’un « cabinet artificiel, suspendu et advancé du jardin de la court » lui vaut une rémunération de 3 10 écus. A l’occasion de l’entrée à Nancy de la duchesse de Bar, en 1606, il construit un arc de triomphe et une galerie. L’année suivante, il dresse les plans d’une fontaine à ériger sur la Crand’Place, en remplacement de l'ancienne.

En 1609, Florent Drouyn recevait la mission de préparer les dessins des constructions et décorations projetées pour l’entrée à Nancy du duc Henri IL

La façade de l’hôtel Lunatis-Visconti, qui fut transportée, pierre par pierre, au xix* siècle, de Nancy à Jarville, au château de Renemont, est attribuée à ce maître (1).

Florent Drouyn le Jeune mourut le 8 septembre 1612.

(1) D’après le nouvel historien de la Ville de Nancy, M. Pfister, la façade de cet hôtel aurait été envoyée toute faite d’Italie à Nancy !

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