I.e château de Sully
Hugues Brouhée.
Le Palais de Justice de Dijon.
il y a peu, dans les environs, de résidences princières et seigneuriales de l’époque de la Renaissance.
Le château de Sully, près d'Autun, que Gaspard de Saulx-Tavannes avait commencé à faire élever, au moment de sa mort, est vraisemblablement l’œuvre du même maître maçon, en considération de l’analogie d’ornementation sculpturale entre les deux édifices. Mais les premiers plans durent subir des modifications considérables au point de vue de l’importance des bâtiments et de la dépense, car on lit dans les « Mémoires » du maréchal les réflexions suivantes inspirées à son fils par la passion de la bâtisse et par la prodigalité du vieux soldat : « Les bastiments sont un honorable appauvrissement et une « espèce de maladie. . . Après qu’on a basti en un lieu, on bastit en un autre, « cherchant des excuses de pluralité d’enfants pour couvrir cette maladie... « Nous devons jouir de ce que Dieu nous a donné, sans superfluité, ny com- « moditez, et sans s’endebter. Si les bastiments des princes et des seigneurs « sont imparfaits c’est que l'envie de bastir ne vient qu’en la vieillesse : tel le- « ment qu’avant que les bastiments soient parfaicts la mort advient. Ainsy est-il « advenu à mon père, lequel avait seulement tracé le bastiment de Seuilly « (Sully), lorsqu’il estoit mareschal de France, gouverneur de Provence, et avait « cent mille francs d’estat du roy. »
En outre de Charles Ribonnier, et d’Hugues Sambin, qui fut plus un deviseur de plans génial qu’un maître maçon-tailleur de pierre, continuant la tradition corporative des maîtres des œuvres de maçonnerie du Moyen âge (i), l’histoire, encore très sommaire et fort incomplète, de l’Architecture nationale en Bourgogne n’offre, dans cette dernière catégorie d’artistes, qu’un seul nom à citer, celui d’Hugues Brouhée, « un inconnu à mettre au rang des meilleurs artistes « provinciaux de l’ancienne France » (2).
A Hugues Brouhée est duc la belle façade du vieux Palais de Justice de Dijon. Par lettres patentes, en date du 12 novembre 1071, Charles IX accordait au premier président du Parlement de Bourgogne, Denis Brulart, que « des « plus clairs deniers provenant ou qui proviendraient des amendes adjugées en « la dite cour, seront prises et levées 3. 000 livres pour estre converties à bastir a et construire une salle à l’entrée du Palais à Dijon, pour servir à Incommodité « et au soulagement des parties poursuivant la justice audict Parlement, et « aussi pour la décoration et embellissement dudict Palais ». Etienne Pinguet, maçon à Dijon, fut déclaré, le 23 mai 1372, adjudicataire de la Salle des Procureurs ; mais, est-il dit, dans un document d’archives (3), pour le portail dont Hugues Brouhée a donné « les pourtraicts » et dressé les devis, il y eut
(1) La vie et l’œitvre d’Hugues Sambin seront étudiées dans un autre volume.
(2) Chabeuf : ffijon, gr. in-folio avec gravures, p. 339.
(3) Archives de la Côte d’ür.
D’après une ancienne lithographie Cour du chateau du Pailly, en Bourgogne
Œuvre de Charles Ribonnier
Façade du Palais de Justice, a Dijon
Œuvre d’Hugues Brouhée
MAITRES ü’ŒUVRE PEU CONNUS 33 I
une adjudication spéciale, « tranchée a Clamonet, maçon, pour 1.800 livres » le 8 avril 1 674.
Hugues Brouhée prit, commecollaborateurpoui l’ornementation sculpturale, le maître imagier dijonnais Gilles Parigot. Cet artiste fit certainement le lion placé au-dessus de la porte, très probablement, la statue d'Henri III, qui couronnait la calotte du porche, ainsi que les figures allégoriques de la Justice et de la Force, abritées dans les niches, celles de la Prudence et de la Tempérance, portées par des colonnes corinthiennes accouplées, en pierre de Sampans. On remarque sur cette façade une fantaisie décorative très particulière, celle d’une sorte de frise formée de tètes de personnages, d’un caractère très réaliste, qui passent populairement pour être les portraits des imagiers employés par le maître d’œuvre ; l’un de ces portraits, notamment, serait celui d’Hugues Sambin.
Qui était cet Hugues Brouhée, dont le talent élégant, fin et original, est révélé par cette œuvre, parfois attribuée à Hugues Sambin, à qui sont dues les sculptures célèbres de la chapelle et de la Salle des pas perdus du palais ? On ignore tout de lui, de ses ascendants et de ses descendants.
Le panitalianisme a sévi jusqu'en Franche-Comté. Un érudit, qui a publié F.n de nombreux et fort intéressants ouvrages sur l’art dans cette province, écrivait, il y a quinze ans, à propos de la construction du Palais Granvelle :
« Pour l’élever, des architectes italiens, l’un dont Delacroix et Castan ont 1,0 « retrouvé les initiales I. O. A., l’autre dont j’ai fait connaître le nom : Qnorato « Magena, furent les initiateurs des ouvriers locaux dans les formes et les « procédés de la Renaissance, implantés pour la première fois dans la vallée du « Doubs. Les bâtisseurs gothiques, qui pullulaient encore, profitèrent de la « leçon, quelques-uns du moins. Un « maître architecteur » fort habile, nommé « Richard Maire, habitait alors Besançon, et prêta son concours, son outillage « et ses connaissances techniques des meilleures carrières du pays, aux artistes « étrangers recrutés par Nicolas Perrenot de Granvelle (1) ».
En présence d’affirmations aussi nettes, on s’attend à les voir appuyées sur des documents formels et décisifs, rendant toute contestation impossible.
Il n’en est rien. Cette thèse de l’initiation des maîtres maçons-tailleurs de pierre franc-comtois à l’art de la Renaissance par desdeviseurs de plans, appelés d’Italie pour construire le Palais Granvelle, n’a aucune base sérieuse. Sur l’un des chapiteaux de la façade du palais dans la cour, un jour, un architecte et un archiviste découvrent trois lettres initiales : I. O. A. Ces lettres peuvent être le sigle professionnel de quelque tailleur de pierre; ils veulent y voir les initiales du nom de l’architecte de l’édifice ; et, de leur forme de voyelles, ils concluent qu’elles ne peuvent se rapporter qu’à un nom italien.
(1) J. Gautier : L'architecture civile en Franche-Comté. Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 23' session, 1S95, p. 676-683.
Franrho-Comté.
Besançon.
panitalianisme
artistique.