CHAPITRE SEIZIÈME
En Dauphiné.
Pierre La Cuisse.
En Forez.
Antoine Joynillon.
Le château de La Bastie d’LTrfé.
Cordeliers, de Saint-Bonavcnture, des Augustins, la flèche de Saint-Paul, la commanderie de Saint-Georges, la chapelle des Gadaigne aux Jacobins, etc. (i).
Parmi les maçons étrangers travaillant à Lyon, en ce temps, un seul se fit remarquer: François de Royers de la Valfénière, « piémontais », le fondateur de la dynastie francisée de ce nom, dont un membre acquit, au xvme siècle, un grand renom : François, deuxième du prénom, qui bâtit, à Lyon, la belle abbaye des Dames de Saint-Pierre, sur la place des Terreaux (2). François, premier du prénom, fut au service du marquis de Saluces, gouverneur de la citadelle de Lyon, en 1 536- 1 53y.
L’histoire du Dauphiné pendant la Renaissance ne contient qu’un seul nom de maître maçon-tailleur de pierre de quelque notoriété, qui vécut pendant la seconde moitié du xvi® siècle : Pierre La Cuisse, qualifié, dans quelques actes officiels, « architecteur du seigneur des Diguières (de Lcsdiguières) », et qui était originaire de Saint-Denis, dans cette province. En 1 583, Pierre La Cuisse construisit un grand pavillon dans un château appartenant à Gabriel de Morgues, seigneur de la Motte-Verdayer. Il fit les plans de l'Hôtel de Lcsdiguières à Grenoble, et ceux de la partie du château de Yizille qui a été édifiée de 1 Sgg à i6o3 (3).
La même particularité se remarque dans l’histoire du Forez. A la Renaissance, cette province comptait de riches et puissantes familles, les d’Urfé, les de Lévis, les Girard de Vaugirard, les d’Albon de Saint-André, les de l’Aubespin, et les de Saint-Priest. Elles firent transformer leurs anciens manoirs ou construire des châteaux nouveaux : La Bastie d’Urfé, Challaind’Issoure, Vaugirard, Saint-Marccl-de-Félines, l’Aubespin, Château-Morand, et Saint-André-d’Apchon, qui prouvent, encore aujourd’hui, malgré les injures du temps et des hommes, le goût artistique et la science technique de leurs maîtres d’œuvre : des maîtres maçons-tailleurs de pierre foréziens ou lyonnais. Un seul nom de ces maîtres est connu : Antoine Joynillon.
Claude d’Urfé, ambassadeur de France au Concile de Trente, gouverneur des fils d’Henri II, et surintendant du Dauphin, qui possédait, au sommet le plus élevé des monts du Forez, un vieux manoir ancestral, dont les ruines majestueuses portent une dénomination populaire pittoresque : les Cornes d’Urfé, décida de se faire construire, dans la plaine, en un site riant, sur les bords du Lignon, — que chantera son fils Honoré dans le fameux roman de « L’Astrée », — un château dans le style architectural à la mode. Ce grand seigneur, qui connaissait les premiers architectes parisiens de son temps, Pierre Lescot, Philibert de l'Orme, Jean Bullant, etc., qui les avait vus à l’œuvre
(1) Charvet : Les architectes lyonnais, gr. in-8", Lyon.
(2) Actuellement le Palais des Arts.
(3) Edmond Maigxf.n : Les artistes grenoblois, un vol. in-8", 1887.
QUELQUES MAÇONS NOTABLES
dans les résidences royales et princières, s’adressa, non à l’un d’eux, mais à un maitre maçon-tailleur de pierre du Forez. Certainement il n’aurait point confié la construction d’un édifice aussi important, dans laquelle il allait dépenser des sommes considérables, à ce maître, si celui-ci ne s’était point déjà distingué par des travaux prouvant ses talents exceptionnels d'artiste et de maçon.
Deux documentsd’archivesfont mention d’Antoine Jovnillon antérieurement.
Dans un terrier — iSqg-iSSo — de Saint-Bonnet-le-Château, en Forez(i), sont nommés .Mathieu et Jean Joynillon, qui habitent, en 1549, Fspisolles, hameau de la commune de Sûint-Nizier-de-Fornas, et Antoine Joynillon, possédant, au même lieu, quelques pièces de terre.
Un acte notarial, en date de 1 552, signale « l’achapt d’une pension annuelle « de vingt-cinq livres tournois pour messieurs (les prêtres) de l’église de Saint- « Bonnet-le-Chàteau, contre maistre Anthoine Jonilhon, masson, sur la grande « maison de Puys ». Pierre Puys, frère ou neveu de François de Puteo, général de l’ordre des Chartreux, avait institué les prêtres de Saint-Bonnet-le-Chàteau ses héritiers universels, à la condition qu’ils payeraient à Catherine Faure, sa veuve, 660 livres tournois; mais, comme les maisons faisant partie de la succession, « à cause de leur caducité et antiquité estoient en danger de ruyncs », les prêtres jugèrent à propos de les vendre; elles furent adjugées à Antoine Joynillon, « maistre maçon du bourg de Laverdière, audit Sainct-Bonnet (2) », comme plus offrant, au prix de cinq cent cinquante livres tournois. La maison Puys, que Joynillon restaura, sans aucun doute, est, aujourd’hui, une des curiosités de la petite ville, qui compte encore quelques autres logis de l’époque, très intéressants, probablement construits par le même maitre maçon (3).
Antoine Joynillon n’en était donc point à ses débuts de maître maçon lorsqu’il fut chargé de donner les plans et de diriger les travaux du château de la Bastie d’Urfé.
Un historien lyonnais, le P. Fodéré (4), écrivait, au commencement du xvn® siècle, sur cette œuvre d’architeciure : « Le château de la Bastie en Forest « est une des plus belles maisons que l’on pourrait désirer, bien bastie, « couverte de fines ardoises, accompagnée de beaux jardins et parterres, d’un « dédale, belles allées, espaillers, ruisseaux et toutes singularitez qui peuvent « embellir une maison de marque. » Le bon franciscain évidemment aimait plus la nature que l’art : sa description manque de renseignements sur l’architecture de l’œuvre de Joynillon.
(1) Bibliothèque et archives de la Société historique et archéologique La Diana, à Montbrison.
{2) Félix Thiollier et G. de Soultrait : Le château de la Bastie d'Urjé et ses seigneurs, un vol. gr. in-folio, avec gravures, publié sous les auspices de la Société archéologique et historique La Diana, à Montbrison, 1886.
(3) Marius Vachon : Trois semaines en Auvergne et dans le Velay; Le Tour de France, année
1880, 10 livraisons.
(4) I\ Fodéré : Narration historique de l'ordre de Saint-François, un vol. iu-4*, Lyon, 1609.