AME
En Rouergue.
Jean Salvanh.
Le Rouergue compta, pendant la Renaissance, plusieurs maîtres maçonstailleurs de pierre d’un certain talent comme artistes et comme constructeurs, et dont les noms ont survécu : Jean Salvanh, Guillaume Lissorgues, et Baduel.
Jean Salvanh naquit à Rodez, de 1 5 1 5 à i52o. Il fit tout d’abord l’apprentissage de son métier de maçon-tailleur de pierre auprès de son père, Antoine Salvanh, un de ces « massonniers » ou « peyriers » , qui, à l’exemplede tous les maîtres d’œuvre des autres provinces de France, enseignaient la pratique, en travaillant eux-mêmes sur le chantier (2).
(1) Le château de La Bastie d’Urfé a conservé presque intacte son ordonnance architecturale; mais il a perdu, depuis les dernières années du xix' siècle, toutes les œuvres d’art diverses qui l’ornaient: sculptures, boiseries, marbres, etc. Il a été acheté, en 1909, par un groupe d’archéologues et d’amis des arts, associés pour le sauver d’une démolition imminente.
(2) En 1360, un Pierre Salvanh, « fustier », traite pour la construction du toit de l’Hôpital Sainte- Marie, au faubourg de Lates, à Montpellier (Rknouvif.r et Ricard : Des maîtres de -pierres, un vol. in-8°, Montpellier, 1844, p. 59).
Ce maçon ne serait-il pas un ancêtre du maître rouergat ?
quelques maçons notables
Guillaume Philandrier, l’architecte de Georges d’Armagnac, évêque de Rodez, qui s’était formé en Italie, compléta l’éducation artistique du jeune maçon et le poussa vers les idées architecturales nouvelles (1). Lorsque Antoine Salvanh mourut, vers 1 5 5 2 , son fils lui succéda dans la charge de maître de l’œuvre de la cathédrale. Un acte, en date du 24 octobre 1 55q, dressé par Antoine Fournier, notaire à Rodez, le mentionne avec ce titre; et, en 1 56o- 1 56 1 , il figure au nombre des consuls, avec cette qualification : « mestre de l’obra (œuvre) de la cathédrale ».
On a tout lieu de croire qu’après la retraite de Philandrier, — qui avait décidé de se consacrer exclusivement à ses fonctions de chanoine, et à l’étude de la philosophie, du jour où Georges d’Armagnac quitta Rodez pour Toulouse, dont il venait d’être nommé archevêque — , Jean Salvanh continua les travaux commencés par son maître dans la cathédrale et au palais épiscopal. Il s’en es1 2 établi une confusion des deux artistes dans les attributions respectives de ces travaux. En i5Ô2, sous l’épiscopat de Jacques de Corneilhan, Jean Salvanh construisit le pignon occidental delà cathédrale. Vers le même temps, il forma le projet de terminer la tour sud-ouest dans le style nouveau, mais il ne put le réaliser, on ne sait encore pour quelles raisons. Vers i56i, Georges d'Armagnac chargea Jean Salvanh de reconstruire en style Renaissance le château de Gages (2), qui, bâti au xmc siècle par les comtes de Rodez, tombait en ruines. Marguerite de Valois en avait cédé l’usufruit à l’évêché pour en faire une résidence d’été. Jean Salvanh travailla aussi, pour le compte du cardinal, au château de Muret, â l’église de Sainte-Austremoine, dans le Vclay, à l’église de la Salvetat, à Saint-Amans-de-Rodez, et fut mandé plusieurs fois à Toulouse pour y exécuter certains travaux d’architecture, très probablement â la cathédrale. Le 8 février r58o, il traitait avec Raymond de Frédand, chanoine, et « baile » du Chapitre de Rodez, pour « volter (voûter) la nef de l’église du Castanet et y faire troys croysiers et deux arcs doubleaux », au prix de 200 livres, les charrois et les manœuvres restant à la charge des paroissiens. Il convient de faire remarquer la persistance de l’emploi de la croisée d’ogive dans les édifices religieux de la région, malgré le développement pris par l’architecture nouvelle.
Jean Salvanh entra au service de la Ville de Rodez, comme « maistre des œuvres de maçonnerie ». Les fortifications furent réparées par lui.
Le maître maçon était tenu par ses concitoyens en si haute estime qu’ils l’élisaient consul pour l’exercice administratif i56o-i56i.
On ignore la date et le lieu de la mort de Jean Salvanh.
L’œuvre
de Jean Salvanh.
(1) La vie et l’œuvre de Guillaume Philandrier seront étudiées dans un volume consacré aux « Grands architectes » de la Renaissance française.
(2) Un document concernant ce château qualifie Jean Salvanh « surintendant des réparations de « Gages ». En un autre, daté de 1561, il porte le titre « d’archilecteur ». L’artiste recevait, en 1561, 600 livres du cardinal pour être employées aux travaux de ce château.