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CHAPITRE SEIZIÈME

Guillaume Lissorgues.

Le château de Graves.

Le château de Canac.

Le

château de Bournazel.

Guillaume Lissorgues fut aussi un élève de Guillaume Philandrier ; mais il n’en avait pas moins fait son apprentissage de maçon « sur le tas » ; et il acquit la maîtrise après toutes les épreuves et dans toutes lesconditions imposées par les traditions et les réglements corporatifs.

Ce maître maçon s’est illustré par la construction, vers i553, du château de Graves, en Roucrgue, tout au moins dans toutes les parties les plus remarquables : le grand portail, la galerie, et la de'coration à pilastres de la cour intérieure; et par sa participation à la construction du château de Bournazel, sous la direction et après la mort d’un autre grand « massonnier » de la province : Baduel. Les noms de ces deux maîtres maçons sont inséparables, car, pendant longtemps, l’on a indistinctement et confusément attribué à l’un et à l’autre ces deux importants édifices, (i)

Le château de Graves, aujourd’hui, doit être considéré comme l’œuvre personnelle de Lissorgues (2). Le 10 juillet i5q3, Jean-Imbert Dardenne, qualifié noble et seigneur de Gabanes, qui devait être consul de Villefranche, en i55o, achetait à Cécile d’Arjac et à ses enfants, la métairie de Graves, et y faisait commencer, l’année suivante, la construction d’un château, dont il avait demandé les plans à Guillaume Lissorgues. L’architecte continua les traditions de l’architecture des châteaux du Moyen âge dans les dispositions topographiques et dans la composition de l’œuvre nouvelle : quatre corps de logis, à apparence extérieure de forteresse, flanqués aux angles de tours rondes, enclosant une cour carrée; toutefois, en raison de la situation de l’édifice sur une éminence privée d’eau, les douves furent supprimées. Mais, dans la cour, la Renaissance s’aflirme avec éclat par la grâce et l’élégance des façades d’ordre toscan.

Dardenne, vers le même temps, faisait élever, près de Rodez, le château de Canac (3), qui rappelle, dans son ornementation sculpturale, les châteaux de Graves et de Bournazel. Cette particularité donne à penser quece château pourrait être l’œuvre de Guillaume Lissorgues.

Vers la fin de la première moitié du xvi® siècle, Jean II de Buisson, seigneur de Mirabel et Roussenac(4), qui avait épousé Charlotte de Mancip, fille de Gaspard de Mancip, seigneur de Bournazel, décida de faire reconstruire le château de Bournazel tombé en ruines. Il s'adressa, pour les plans et la direction des travaux, à un enfant du pays, nommé Baduel (5), qui avait travaillé à Paris sur les

(1) De Gaujal : Annales du Rouer gue.

(2) Bion de Marlavagne : La cathédrale de Rodes, p. 365, et appendices.

(3) Ph. de Barrau : Documents historiques et généalogiques sur tes familles et les hommes remarquables du Rouergue dans les temfs anciens et modernes. Rodez, r86o, t. IV, p. 53.

(4) Jean II de Buisson fut fait chevalier par François I" après la bataille de Cérisoles, où il

avait été blessé en chargeant à la tête de sa compagnie de cinquante hommes d’armes.

(5) Bion de Marlavagne a trouvé dans les Archives de l'Aveyron (fonds du Chapitre de la cathédrale de Rodez et des Dominicains) des documents prouvant qu’il existait à Bournazel, à la même

époque, plusieurs personnes du nom de Baduel, notamment un curé et un notaire.

QUELQUES MAÇONS NOTABLES

chantiers du Nouveau Louvre, après être allé apprendre en Italie le métier d’architecte aux frais de Jean II de Buisson, d’après une tradition qui n’est confirmée par aucun document, et qui semble inexacte.

Une sorte de légende veut que le château resta inachevé parce que le maître maçon, au cours des des travaux, fut tué par la chute d’un échafaud monté pour l’érection sur le toit d’une figure en plomb représentant un pélican. Après la mort de Baduel, Guillaume Lissorgues fut chargé de continuer la construction, qui n’a jamais été terminée, pour des causes que l’on ignore.

Bournazel est une des plus originales œuvres de la Renaissance, et constitue un type fort intéressant de l’architecture privée dans le Midi de la France.

L’édifice se compose de deux corps de bâtiment en équerre. Le corps septentrional comprend cinq travées, présentant, en élévation, une ordonnance de deux ordres, le supérieur dorique et l’inférieur ionique. Entre les colonnes s’ouvrent les fenêtres encadrées dans un petit portique de légers pilastres supportant un fronton. L’entablement de l’ordre dorique ressaute au droit des colonnes; et les métopes ont une riche ornementation de motifs sculpturaux divers : cavaliers, trophées d’armes, bucranes, etc. L’entablement de l’ordre ionique, sans ressauts, a une grande frise à enroulements d’une élégance particulière. Le toit est percé de hautes lucarnes. A l’extérieur, le corps septentrional a un aspect sévère.

Le corps oriental continue les lignes architecturales du septentrional, mais présente des dispositions différentes de façade. Au rez-de-chaussée, les colonnes sont engagées dans des ressauts très saillants, qui motivent des voussures à caissons, dans lesquelles s’insèrent les fenêtres à plein cintre et en retraite.

La saillie des ressauts est utilisée, à l’étage supérieur, pour l’établissement d’une galerie à voussures caissonnées, au moyen de laquelle on peut traverser l’étage, sans passer par les appartements. Deux tours rondes flanquent les encoignures de ce corps de bâtiment ; et il s’y accote un pavillon en retour servant de cage au grand escalier. Une amorce de muraille près du corps de bâtiment septentrional fait supposer que la cour n’était fermée que par un mur de clôture, et que le maître d’œuvre n’éleva jamais la deuxième aile.

Bournazel fut saccagé et fort dégradé au commencement de la Révolution, en 1790, à la suite d’un mouvement populaire contre le seigneur qui l’habitait; mais il a été restauré avec goût à la fin du xixe siècle.

La Ville d'Auch eut, au xvi* siècle, un maître maçon qui paraît avoir joui En Gascogne, d’une grande renommée : Jean de Beaujeu. Cet artiste, dont l’origine n’est point connue encore, vint s’y établir au commencement du xvi* siècle. En 1047, il Jean de Beaujeu. remplaçait Méric Boldoytre à la maîtrise d’œuvre de la cathédrale. On lui doit l’achèvement du côté occidental de la nef, ainsi que le portail à trois portes, et le porche qui le précède. Sur le côté nord du portail, on lit, en effet, cette inscription :

Jo. D. Beaujeu i-ac. an. i56o,

Hervé Boulard.

En Guyenne.

Guirault de Pommier.

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