‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 22 sur 236 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Frère Jean Joconde aurait été, en France, à ia fin du xv* siècle, et au commencement du xvi°, l’architecte à la mode. On lui a attribué, pendant longtemps, et même encore à notre époque (1), la grand’salle du Palais en la Cité, le pont Notre-Dame de Paris, la façade orientale du château de Blois, le château de Gaillon, et le château de Sarcus, en Picardie.

La grand’salle du Palais, dont Jacques Androuet du Cerceau nous a transmis la figuration dans « Les plus excellons bastimens de France » n’a absolument rien d’italien en son ordonnance architecturale; elle est du plus pur style ogival parisien de la fin du xv® siècle.

Quant au pont Notre-Dame, la part du « deviseur de bastiments » italien est très nettement établie par les « Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris ». En 1499, au mois de novembre, lorsque le bureau eut résolu de faire reconstruire le pont, qui s’était écroulé l’année précédente, il ordonna aux « commis au gouvernement de la ditte ville d’envoyer quérir des maîtres « maçons, tant à Orléans, Tours, Amboyse, Lion, Amyens, Nantes, que autres « villes et lieux où on sçaura que sont les meilleurs ouvriers de maçon en « ouvraiges de pont ». Deux semaines après, il y eut, en une chambre du Palais de la Cité, une réunion de nombreux personnages, les présidents du Parlement et de la Cour des Comptes, des conseillers du roi, l’évêque de Paris, les échevins et cinq maîtres maçons, tous maîtres des œuvres de maçonnerie de quelques villes de France. Les débats terminés, il fut commandé à ces maîtres maçons « qu’ils façent ung pourtraict de la façon d’icelluy pont de pierre ». Puis, le 8 avril suivant, messire Jean de Doyac et maître Collinet de la Chesnaye ayant été « ordonnez à la superintendance de l’ouvraige », et Didier de Félin, Colin Byart, et André de Saint-Martin désignés comme « maistres des œuvres en l’ediffice du dit pont », il fut tenu une réunion de onze « maîtres maçonstailleurs de pierre », convoqués en vue de « bailler par escrit leur advis et « oppinions de ce qu’on doit faire pour seurement besoigner en l’ediffice du dit « pont ». Le 6 juillet, se réunissaient de nouveau, en la Chambre du Conseil, au Palais, les commis au gouvernement de la Ville de Paris, les maîtres des œuvres du pont et plusieurs autres maîtres maçons-tailleurs de pierre parisiens pour délibérer sur la construction du pont. A cette séance apparaît pour la première fois « frère Jean Joyeulx » (frère Joconde). Le « deviseur de bastiments » eut un différend sur la question de la hauteur des arches avec Didier de Félin et les maîtres maçons; alors, il fut « ordonné aus. d. parties qu’ils façent d’une part « et d’autre ung pourtraietz du dit pont, icelluy veu en estre ordonné ce que de « raison ». Cette simple mention du nom de Jean Joconde dans un acte officiel, à côté de ceux des superintendants, deux autres mentions pour des opérations de nivellement du tablier du pont, et du contrôle des pierres, ne sauraient suffire

(1) Cuoisy : Histoire de V architecture, t. II, p. 727, en ce qui concerne le château de Gaillon. Nouveau Larousse illustré, pour les autres constructions.

Chai-eau de Valençay

Exemple du maintien de la tradition du donjon

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