I.E PANITALIANISME ARTISTIQUE EN FRANCE
pour lui faire attribuer la construction du pont Notre-Dame, « le plus beau et le mieux bâti de Paris et du Royaume » (1), qui fut achevé deux ans après le retour du moine de Vérone en Italie.
Dans les Comptes de construction du château de Gaillon, qui donnent les noms de tous les maîtres maçons-tailleurs de pierre, de tous les ouvriers et de tous les maîtres d’œuvre, conseils, vérificateurs des travaux, employés par le cardinal Georges Ier d’Amboise, on ne trouve jamais le nom de frère Joconde. Pour le château de Sarcus, la date seule de sa construction, — 1 020-1 523 — , suffit à prouver que le « deviseur de bâtiments » italien n’y fut pour rien : il avait quitté la France depuis quinze ans, et il était mort depuis cinq ans.
Quant à Domenico de Cortonne, dit le Boccador, on connait exactement le genre particulier et spécial de ses travaux pendant qu’il était au service de Charles VIII, de Louis XII, et de François Ier : ils ne sont rien moins que ceux d’un architecte de grand renom. L’Etat des gages et entretenements des artistes sous le règne du premier de ces rois le qualifie « faiseur de châteaulx (tours de bois pour fortifications) et menuisier de tous ouvrages de menuiserie ». D’après un mandement de Louis XII, en date du 1 1 novembre 1 5 1 o, il reçoit 42 livres pour des « chalitz de camp à quenouilles »; dans un acte du 5 juin 1 5 1 2 , il porte le titre de « varlet de chambre et menuysierde la reine ». Sous le règne de François Ier, en 1 5 1 8, il est chargé d’élever, à Amboise, en planches et en charpentes, une lice, des galeries, et des tribunes, pour les fêtes du baptême du Dauphin et du mariage du duc d'Urbin; un chapitre des Acquits sur l’Epargne, en date de 1 53 1 , mentionne un payement pour « patrons, levées de boys, tant de la ville et chateau de Tournay, Ardres, Chambort, patrons de ponts à passer rivières, moulins à vent, à chevaux et à gens » (2).
Le Boccador présenta bien à François Ier des plans pour Chambord; il en avait même exécuté, suivant l'habitude professionnelle, un modèle en bois (3) ; mais le roi leur préféra ceux de Jacques Sourdeau, le maître maçon-tailleur de pierre de Blois. Le deviseur de bâtiments et menuisier italien fut plus heureux, il est vrai, pour ses plans de l'Hôtel de Ville de Paris. Le prévôt des marchands et les échevins les acceptèrent, et nommèrent le Boccador « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville ». On sait ce qu’il leur en coûta. Lorsqu'en 1 5 34 la façade du nouveau palais municipal fut découverte, la population parisienne trouva l’édifice « gothique », soit suranné; et la municipalité décida de faire « reformer le desseing antien ». Elle demanda à Pierre Chambiges, qui venait
Fausse légende de Joconde, architecte de Gaillon.
Dominique de Cortonc dit le Boccador :
Menuisier,
Leveur de plans.
L’Hôtel de Ville de Paris,
« gothique »
bâti sur les plans du Boccador, démoli par ordre de la municipalité.
(1) Sauvai..
(2) Joo. Sincerus : Itinerarium Gallice, 1616, p. 104. Précisément, d’après ce géographe, on admirait fort au château de Blois, à la tour dite du Moulin, au commencement du xvii* siècle, un moulin mû par des chevaux, que l’on montrait aux étrangers comme une curiosité.
(3) On voyait à Blois, au xvii* siècle, ce modèle en bois, qui ne présentait aucune ressemblance avec le château bâti par les maîtres maçons français.