‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 26 sur 236 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Léonard de Vinci en F rance.

La base de l’attribution à l’émailleur italien de cet édifice, d’une beauté et d’une originalité extraordinaires, est le passage suivant de la biographie des délia Robbia par Vasari : « Il (Girolamo) bâtit à Madrid, non loin de Paris, pour le « roi François, un palais qu’il enrichit de figures et d’ornements formés avec « une pierre tendre assez semblable au plâtre de Volterra, mais de meilleure « nature, car elle devient dure et solide avec le temps. » Tout d’abord l’étude de la question au point de vue de la chronologie fournit une première preuve de la fausseté de la légende. Les biographes les plus récents des délia Robbia (i) déclarent qu’on peut supposer que Girolamo arriva en France à la fin de 1327. Or, suivant les lettres patentes, en date des 28 juillet et 3 décembre 1 528, la construction du château était décidée depuis un certain temps, puisqu’â la première date l’administration des travaux fonctionnait déjà, et qu’à la seconde date les travaux étaient commencés. Il faudrait donc admettre que les plans et devis de ce château colossal ont été improvisés au débotté par l’artiste italien, qui, au dire même de Vasari, n’était qu’un sculpteur et un céramiste, n’ayant jamais fait oeuvre d’architecte, ni même de simple deviseur de plans; et qui, en outre, n’avait été appelé en France ni par le roi, ni par aucun grand personnage de la Gour, mais venait simplement chercher fortune chez nous à ses risques et périls, en compagnie de marchands florentins, et par conséquent avait dû préalablement mettre un certain temps pour arriver à se faire connaître et à se faire apprécier.

Les documents officiels relatifs au château de Madrid, bien qu’ils soient peu nombreux et incomplets, révèlent, à les lire simplement, le nom de l’auteur unique et véritable de cet édifice, Pierre Gadyer, par la qualification qui lui est constamment donnée : « maître maçon-tailleur de pierre », celle seule que reçoivent dans les « Comptes des Bâtiments du roy » tous ceux qui ont construit sur leurs plans Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, Villers- Cotterets, etc. Pendant la première période des travaux, du vivant de Pierre Gadyer, Girolamo délia Robbia ne fut que le « tailleur d’ymaiges », le « sculpteur », et « l’esmailleur », chargé spécialement et exclusivement de l’exécution de la partie décorative de l’édifice, en ce qui concernait la céramique et l’émaillerie, sous les ordres du maître des œuvres du roy, c'est-à-dire de l’architecte, au sens actuel du terme.

Mais, il y avait, en ce moment, au château de Clos-Lucé, près d’Amboise, un artiste italien dont le génie artistique universel était unanimement reconnu : Léonard de Vinci. François I“r, en le faisant venir en France et en l’attachant, pour ainsi dire, à sa Cour, semblait avoir voulu lui créer une situation de haut arbitre et de souverain conseil en matière d’art. Sa gloire et son grand âge lui devaient rendre facile et indiscuté l’exercice de cette sorte de suprême magistrature.

(1) Cavalucci et Molinier : Les délia Robbia, leur vie et leur oeuvre, in-4*, Paris, 1884.

CHATEAU D’AZAV-LE-RlDEAU

Page 1