LE PANITALIANISME ARTISTIQUE EN FRANCE
Le maître n’ambitionna-t-il point une intluence plus directe et plus décisive, en créant quelque grande œuvre monumentale, où il pût faire l’application de ses multiples aptitudes géniales d’architecte, de sculpteur, et de peintre ? Sans doute aucun. Dans les « Manuscrits » de Leonard de Vinci, l’on trouve une esquisse et des notes relatives à un projet de construction à Amboise d’un vaste palais à l’italienne. Léonard de Vinci ne fut pas plus heureux que Sébastien Serlio, le Primatice et le Boccador, auprès de François Ier, dans ses espérances et dans ses efforts pour imposer à l’Architecture nationale une direction dans le sens des doctrines de l’art italien.
Le panitalianisme en architecture, une des formes les plus typiques du travers de de'nigrement systématique du génie national, a toujours, hélas ! existé. Philibert de l’Orme, qui, dans son « Architecture », affichait fièrement le titre de « Lyonnais », pour affirmer avec énergie son patriotisme, même régional, a écrit cette éloquente déclaration :
« Mais quoy, les singularitez de son propre pais et royaume sont « toujours moins prisées, principalement en France, que celles de l’étranger. « Je crois certainement qu’il ne se trouvera royaume ne pais, quelqui soit, « mieux meublé et garny de diversitezde pierres pour bastiments quecestuy çy. « De sorte que nature y a bien pourveu qu’il me semble qu’on ne scauroyt « trouver nation qui ait plus beau moien de bastir que les françoys. Mais la « plupart d’eux ont telle coutume qu’ils ne trouvent rien de bon s’il ne vient « d’estrange pais etcouste bien cher. Voilà le naturel du Françoys, qui en pareil « cas prise beaucoup plus les artisans et artifices des nations estranges que « ceux de sa patrie, j’açoit qu’ils soient très ingénieux et excellents. »
Pendant la Renaissance, des évêchés et archevêchés importants, des abbayes fort riches ont été accordés à des prélats italiens de grandes et puissantes familles: Léonard et Antoine de la Rovère, évêques d’Agen (1487-1538); Julien de la Rovère, le futur pape Jules II, abbé de Saint-Gilles; Hippolyte et Louis d’Este, archevêques d’Auch (i55i-i586); François et Julien Soderini, évêques de Saintes (1514-1544) ; Lascaris de Tende, évêque de Beauvais (i523-i53o). Leur influence sur l’Architecture nationale a été nulle; quand ils commandèrent quelques travaux d’architecture importants, comme le fit ce dernier, c’est dans le style ogival français, et non point même dans le style nouveau, que ces travaux furent exécutés.
Le duché de Valentinois, donné à César Borgia par Louis XII, pour récompenser son père, Alexandre VI, du bref de divorce avec Jeanne de France; et le duché de Nevers, échu, en 1 565, à Louis de Gonzague, troisième fils du duc de Mantoue, à la suite de son mariage avec Henriette de Clèves, ont-ils jamais subi, du fait de cette italianisation momentanée, un changement quelconque de
Projet d’un palais à Amboise.
Philibert de l’Orme contre le panitalianisme artistique.
Personnages italiens en F rance
sans aucune influence sur
l’Architecture nationale.