CHAPITRE CINQUIEME
Honneurs funèbres rendus aux maîtres d’œuvre d’églises.
<< A esté convenu que le d. Bagis sera tenu de payer ausd. maistres troys « soubz pour chascune palm de pierre qui sera employée et mise en besoigne « en lad. mayson, et s)' y a molure enlevée, à quatre karoluspar paulm. »
D’après le bail à besogne consenti par « les bailles de l’ovre de l’esglise de « la Dalbade », à Toulouse, son beau portail fut payé i .600 livres tournois — plus la « galerie de lad. église », à Michel Colin, « massonnier », qui en avait fait « le pourtraict (1 ) ».
Mais ces maîtres d’œuvre, laborieux et économes, vivant d’une vie fort simple, n’en acquièrent pas moins une honnête aisance et font souche de bonne bourgeoisie; pour la plupart, on les trouve ayant pignon sur rue dans la ville qu’ils habitent, honorés de l'estime et de la considération de leurs concitoyens, propriétaires de fermes, de vignes, et de champs. Et, quand ils meurent, les Chapitres et les Fabriques, pour qui ils ont travaillé, leur accordent, presque toujours, les honneurs de l’inhumation dans l’église même, réservés aux dignitaires du clergé, aux nobles, et aux riches bourgeois bienfaiteurs de la paroisse. Les épitaphes de leurs tombes célèbrent leurs vertus et leurs mérites professionnels, parfois sous la forme la plus pittoresque, comme l’épitaphe de Jehan Guailde, le maître d’œuvre du fameux jubé de la Madeleine, de Troyes. Le grand artiste avait obtenu la faveur insigne d’être enterré sous la quille de l’ambon ; et il déclare fièrement, ayant rédigé lui-même son inscription funéraire, qu’à cette place et dans cette attitude il attend tranquillement le jour de la consommation des siècles, sans crainte d’être écrasé (2).
(1) Douais : L'art à Toulouse, in-8’, 1904, p. 28 et 126.
(2) Assier : Les Comptes de la fabrique de l'église de la Madeleine de Troyes, in-8’, 1854,