LEUR ESTHÉTIQUE ET LEUR TECHNIQUE
os maîtres maçons-tailleurs de pierre, qui ne se piquent ni de belles-lettres, ni de beau langage, qui n’écrivent point sur leur art, et qui sont plus praticiens que théoriciens d’architecture, bâtissent des cathédrales, des châteaux et des hôtels, parce que c’est leur métier, parce qu’ils se sentent, et qu’on les sait, capables d’entreprendre des travaux importants. Leur travail est patient, volontaire, énergique, et loyal. Un instinct d'ordre et de régularité, un goût inné de logique et d’harmonie, des habitudes d’économie, et les sévères traditions corporatives les empêchent de se perdre dans les nuages, de s’abuser avec des formes, de faire ce que l’on fait, à ce moment-là, dans toute l’Italie, « de beaux masques », suivant l’expression pittoresque d’un écrivain ultramontain, Algarotti (i).
Ils ne s’imaginent point pour cela révolutionner l’esthétique et changer la face du monde. Ils n’ont d’autre ambition que de bien faire ce qu’on leur
(i) Algarotti : Œuvres, t. VI, p. 245.