‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 38 sur 236 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Les dynasties de maîtres maçonstailleurs de pierre.

d’un siècle, sous trente-deux prévôts des marchands, les gendre, petits-fils, et arrière-petits-fils de l’auteur des plans du palais municipal, dressés en i 535, les ont suivis scrupuleusement, leur apportant uniquement le complément indispensable des dispositions accessoires imposées par les besoins de chaque génération, sans que le caractère et la physionomie de l’œuvre de l’aieul aient eu à subir aucune altération sensible, de telle façon que cette œuvre était, après son incendie en 1871, proclamée comme une des créations de la Renaissance les plus remarquables pour leur unité et pour leur harmonie. La construction de l’église Saint-Eustache a duré plus de temps encore, 1 1 8 ans, — de 1 532 à i65o — ; et pourtant c’est un chef-d’œuvre admirable de tous points, à l’exécution duquel a présidé une pensée géniale, unique, constamment appliquée avec un respect religieux par trois générations de maîtres d’œuvres, appartenant à la même famille, profondément imbus des mêmes idées et des mêmes traditions. Et, quand on dut donner un successeur à Charles David, petit-fils de Pierre Le Mercier, le nouvel architecte, qui n’était point des leurs, ne songea qu’à détruire ce qui existait depuis plus d’un siècle; et la façade inachevée fut reconstruite sur un plan entièrement étranger au plan du vieux maître maçon de l'Ile-de-France.

C’est qu’au sentiment traditionnel de respect pour la pensée humaine, pour l’œuvre de génie, se joignait une piété filiale qui le rendait encore plus irrésistible. L’histoire de l’architecture pendant la Renaissance nous offre de véritables dynasties de maîtres maçons, où le métier, — et ses archives familiales qui étaient les plans, devis, projets, etc. — , se transmettait de père à fils, d’oncle à neveu, de beau-père à gendre, avec l’orgueil professionnel et la science technique. Par exemples, la famille des Chambiges ne compte pas moins de treize « maistres maçons-tailleurs de pierre », maîtres des œuvres de maçonnerie au service de Chapitres de cathédrales, de plusieurs rois de France, de la Ville de Paris, et de grands seigneurs, au cours des xve, xvi<> et xvn* siècles; la famille des Sourdeau peut s’enorgueillir de trois descendants directs, Jacques, Denis et Claude Sourdeau, de deux alliés, Jean Gobereau et Jacques Coqueau, dont les noms figurent avec honneur dans les annales des châteaux d'Amboise, de Blois, et de Chambord. La famille des Grappin eut quatre générations de maîtres maçons de grand talent, Robert, Jehan Ier, Jehan II, Jehan III et Gervais, qui ont construit dans la ville et dans le comté de Gisors, ainsi que dans le Vexin normand, de iq85 à 1600, de nombreux édifices religieux fort remarquables. La famille des Le Breton, — dans laquelle on trouve, à la fin du xve siècle, un « maître juré maçon-voyer de la ville de Paris », Jehan Lebreton, — s'honore du « maçon » de Fontainebleau, « maistre général des œuvres de maçonnerie des rois François Ier et Henri II », Gilles Le Breton, de Guillaume et Jacques Le Breton, les architectes du château de Villers-Cotterets, de l’Arc de Nazareth du Palais de Paris, du château du Huleux,en Picardie, etc. Et combien d’autres

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seraient encore à citer : les Le Prestre, les Le Mercier, les Metézeau, les Bachelier, etc.

Dans la seconde partie du xvi* siècle, apparaîtront les architectes, au sens actuel du terme professionnel, qui, tout d'abord, feront aux maîtres maçonstailleurs de pierre une grande concurrence dans la rédaction des plans, et dans la direction des travaux des « Bastimens du Roi », et, peu à peu, arriveront à les supplanter complètement.

La substitution de l’architecte au maître maçon dans la rédaction des plans et dans la direction des travaux de construction aura pour conséquence, aussi, de spécialiser le métier d’entrepreneur, qui était exercé par le maître maçon, en même temps qu’il remplissait la fonction de maître d’œuvre. Mais, pendant la Renaissance, tout au moins, l’entrepreneur sera toujours un maître maçontailleur de pierre, qui très souvent continuera, sur des chantiers personnels, la tradition du maître d'œuvre faisant exécuter par ses compagnons et apprentis des travaux dont il a dressé les plans. Ainsi, Pierre Lescot confie l’entreprise du Nouveau Louvre à plusieurs maîtres maçons associés, parmi lesquels il y a un Guillain qui était, en ce même temps « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris ».

De ces diverses catégories du personnel du Bâtiment, maîtres maçonstailleurs de pierre, deviseurs de plans, et architectes, la première a été longtemps exclue de l’histoire de l’Architecture de la Renaissance française, alors que c'est elle qui l’a commencée, et qui l’a portée à un haut degré de grandeur, d’originalité, et de beauté. Et la légende du panitalianisme a trouvé une base, apparemment solide, dans l’erreur commise par les historiens qui datent les débuts de la période classique de la moitié du xvie siècle, soit du commencement des travaux du Nouveau Louvre, et indiquent comme ses initiateurs Pierre Lescot, Jean Bullant, et Philibert de l’Orme, qui étaient allés, — tout au moins les deux derniers — , étudier l’Architecture antique en Italie.

Comme l’a fait remarquer judicieusement Louis Courajod (i), « le mot de « Renaissance a désigné d’abord exclusivement le triomphe définitif de l’huma- « nisme, regardé comme absolument contemporain de François Ier, proclamé le « père des lettres dans nos vieux manuels pédagogiques, dont l’influence est si « profonde et si vivace. » Aussi, la fin du Moyen âge qui avait été fixée pour l’Italie à l’année de la prise de Constantinople, — 1 453, — parce que les divers éléments composant le foyer littéraire grec, alors dispersés, s’y étaient réfugiés, fut-elle ajournée, en F'rance, à l’enseignement public des lettres anciennes sous François Ier. Or, les débuts de la Renaissance architecturale française doivent être chronologiquement reportés aux premières années du xvie siècle, et même aux dernières du xv\ Gaillon, achevé en i5oc), en est le prototype indiscutable.

Les architectes.

Les débuts de la Renaissance architecturale.

(i) Louis Courajod : La fart de la France du nord dans V oeuvre de la Renaissance, 1890, p. 8.

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