CHAPITRE SEPTIÈME
« Montceaulx et maison de Paris (l’hôtel de Soissons) aux gages de 5oo livres « par an ». Marie de Pierrevive, dame du Perron et d’Armentières, femme d’Antoine de Gondy, le frère de l’évêque de Paris, était « commise par la « majesté de la dicte dame à la construction du bastiment du palais des <c Thuilleries » ; elle passait les marchés avec les entrepreneurs, ordonnançait pour le jardin, et faisait les rapports sur l’état d’avancement des travaux. La reine avait, de plus, institué un conseil de dames sur le fait de l’aménagement et de la décoration de l’édifice, dont elle s’occupait elle-même fort activement (i).
Les maîtres des œuvres du roi.
Par suite de ces organisations administratives, quels étaient le rôle et la situation des maîtres des œuvres du roi, des princes, des municipalités, et des Fabriques ?
Nous trouvons en Gilles Le Breton le « maçon » de Fontainebleau, qui construisit la plus grande partie du château, le type le plus complet et le plus représentatif du maître des œuvres du roi. Gilles Le Breton est à la fois maître d’œuvre et entrepreneur. 11 dresse les plans des édifices à construire; il en établit les devis, qui sont soumis, les uns et les autres, à l’approbation des hauts fonctionnaires de l’administration des « Bastimens du Roy » ; il signe les marchés, passés par devant les notaires du Châtelet, par lesquels il s’engage « à faire et parfaire bien et duement, au dire d’ouvriers et gens en ce connoissans, « pour le roy nostre sire, tous et chascuns les ouvrages de maçonnerie et taille « contenus et déclarés au devys cy devant escript » ; et il les exécute sous sa responsabilité personnelle à tous les points de vue. Tantôt l’administration livre au maître maçon les matériaux nécessaires qu’elle achète directement ou fait prendre dans les carrières dépendant du domaine royal; tantôt celui-ci s’oblige à les fournir lui-même.
La fonction de maître des œuvres du roi exige beaucoup de souplesse, de volonté, de fierté professionnelle et de fermeté dans le caractère pour résister victorieusement aux intrigues et aux embûches des deviseurs de plans, protégés par des courtisans, qui proposent des projets nouveaux; et plus encore d’ingéniosité d’esprit, de fécondité d’imagination et d’habileté technique pour réaliser pratiquement les « rechangements » qu’imposent sans cesse les caprices et les fantaisies du roi. Gilles Le Breton excellera en tout, car, malgré l’hostilité publique ou sournoise des artistes étrangers et de Philibert de l’Orme lui-même, il restera en place plus de trente ans, sans perdre jamais la faveur, l’estime des
(i) Dans son Architecture, Philibert de l’Orme écrivait : « Je ne dis point toutes fois cecy pour « empescher ou vouloir conseiller que l’on ne fasse les bâtisses à la volonté des seigneurs qui les « commandent ; car il est raisonnable qu’ils soient servis comme ils le veulent et comme il leur plaist. « Ainsy qu’on voit aujourd’huy estre faict au Palais de la majesté de la Royne mère, à Paris, laquelle « pour son gentil esprit et entendement très admirable, accompagné d’une très grande prudence et « sagesse a voulu prendre la peine, avec un singulier plaisir, d’ordonner le département de son dict « Palais, pour les logis et lieus des salles, antichambres, chambres, cabinets et galleryes, et me « donner les mesures de longueurs et largeurs. »
Clochkr de Saixt-Thégo.nnec, en Bretagne Type d'architecture bretonne
LES ADMINISTRATIONS DES TRAVAUX d’aUCIU LECTURE
souverains pour lesquels il travaille, ni la confiance des fonctionnaires qui le contrôlent.
On n’en a pas moins tenté d'enlever à ce maître des œuvres du roi, — comme à tous les autres, d’ailleurs, — l'honneur d’avoir dressé les plans des constructions qui lui étaient confiées ; et de le rabaisser au simple rôle d’entrepreneur faisant uniquement maçonner d’après « des compositions demandées « par François I"' de tous les côtés et à divers dessinateurs » ou « peut-être « d’après des croquis fournis par le roi » (i). Et cette thèse singulière, qu’infirment les documents officiels les plus authentiques, sera généralisée pour toutes les constructions privées, même dans le pays où travaillèrent les Sourdeau, les Françoys, Pierre Nepveu dit Trinqueau, Guillaume Bcsnouard, etc. : « Quelquefois celui qui a donné le plan pouvait être un gentilhomme ou un « personnage de marque. Assez souvent, le devis était l’œuvre de l’un des « artistes en renom, peintres, sculpteurs ou ingénieurs, qui, à cette époque si <( brillante, exerçaient plusieurs arts avec tant de supériorité et auxquels les « seigneurs recouraient afin d’avoir des plans pour leurs constructions » (■:).
On a vu, au chapitre du « Panitalianisme artistique en France », ce qu’étaient ces fameux deviseurs de plans de la colonie italienne d'Amboisc et de l'Ecole de Fontainebleau.
Le maître des œuvres des princes qui ne peuvent se donner le luxe fort coûteux d’une administration spéciale des bâtiments comprenant un nombreux personnel, semble généralement avoir concentré tous ces services dans leurs mains, en moins toutefois la gestion financière supérieure toujours réservée aux gens des Comptes. Par exemple, le maître des œuvres du duc d’Anjou, dans les dernières années du xve siècle, était un maître maçon, prêtant serment, dirigeant les maçons et les tailleurs de pierre, ainsi que les charpentiers et autres corps de métiers du bâtiment. On le voit dresser des devis et passer des marchés avec des maçons, des charpentiers, des menuisiers et des couvreurs. Il va en expertise, donne ses avis, surveilleet garantit l’exécution des ouvrages. Il sert aussi d’intermédiaire pour le payement des ouvriers ; et quand la distribution des fonds n’est pas faite exactement, le prince ou les gens des Comptes l’en rendent responsable. Assez souvent, il se fait adjuger les constructions au rabais, ou bien il traite à forfait avec la Chambre, surtout lorsqu'il s'agit d’œuvres artistiques ou délicates que le prince désire lui confier personnelrement (3).
Anne de Montmorency, un grand bâtisseur s'il en fut, avait créé, à son usage personnel, une administration vraiment exceptionnelle par la qualité
Les maîtres
des œuvres des princes, et des grands seigneurs.
(1) Charvet : /.’ architecture en France dn x\T au xvm" siècles. Réunion des Sociétés des Reaux-Arts des departements, 8' session, année 1884, p. 2S(>3o.4 ; Edifices de /Iran, p. 237.
(2) I.. H'iSSEntECF : Ambtisr, le château, la ville el le canton, p. 2<)n.
( 3) I.K o Y DK 1 \ Marche : l.e rai René d'Anjou, t. II, p. 65.