CHAPITRE SEPTIEME
Les
« maistres des œuvres de la Ville de Paris. »
Le
Bureau de la Ville.
et la haute situation de ceux qu’il y emploie. A Chantilly, Pierre de Garges, écuyer, capitaine, et receveur du château, remplit le rôle du fonctionnaire des « Bastimens du Roy » chargé des « ordonnances, roolles et marchés »; celui qui • « fait faire les devis » n’est rien moins que Jehan Groslier, trésorier des Guerres, général des Finances d'Outrc Seine, un des plus illustres amateurs du temps, très versé en architecture; et Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, le surintendant des Arts de François Itr, inspecte les constructions élevées par Pierre Chambiges, et rend compte au connétable de l'état des travaux.
De tout temps, — au moins à partir du milieu du xni® siècle — , l’administration municipale de la Ville de Paris a compté un fonctionnaire ayant dans ses attributions la construction et la surveillance des bâtiments municipaux, service auquel était annexé celui de l'entretien des rues et des places. Ce fonctionnaire portait le titre de « Maistre des œuvres de maçonnerie et pavement de la Ville ». C’était un haut personnage dans la hiérarchie administrative ; il y tenait protocolairement un des premiers rangs. Aux entrées de rois et de reines, aux réceptions d'ambassadeurs, aux mariages ou aux funérailles de souverains, de princes et de grands dignitaires, etc., il venait dans les cortèges en tête de « Messieurs de la Ville ». Aux cérémonies de la pose de la première pierre d’un édifice, le maitre des œuvres de maçonnerie avait le privilège de présenter au roi, au prévôt des marchands et aux échevins, la truelle d’argent traditionnelle servant à prendre le mortier pour maçonner la pierre. Il jouissait aussi de certains droits particuliers, notamment d’utiliser ou vendre à son profit les matériaux de démolition des bâtiments municipaux, et particulièrement « le vieil pavé rebuté par les paveurs comme non valable pour être employé en « rues » ; de cultiver des légumes et des herbes potagères sur le boulevard de la Porte du Temple, de pêcher ou faire pêcher à son profit dans les fossés des remparts. Il était compris au nombre des membres de la municipalité déclarés « franez, quittes, exempts et deschargez d’aller ne envoyer aux guetz, gardes « des portes et aultres lieux, tant de jour que de nuyet, monstres (revues), et « aultres affaires de la dicte ville, pour la garde, tuition detTencc d'icelle « ville (i) ».
Le « Maistre des œuvres de maçonnerie et pavement » était sous les ordres directs du Bureau de la A ille, formé par le prévôt des marchands et les échevins. Les « Registres du Bureau de la Ville » nous font connaître le genre et la diversité de ce service, qui fonctionnait généralement en connexion avec le service du « Maistre des œuvres de charpenterie », très important jadis, en raison du nombre considérable de constructions en bois, terminées en grands combles de charpente, avec pignons, tourelles, flèches et clochetons en
(i) Registres du Bureau de la Ville de Paris : fassim
LES ADMINISTRATIONS DES TRAVAUX D’ARCHITECTURE
charpente, qui les décoraient pittoresquement. Voici, entre 1499 et 1 55 2 , quelques-unes des opérations communes des deux maîtres des œuvres, mentionnées en ces registres et résumées : Les Maîtres des œuvres sont consultés sur l’opportunité de l’établissement d'un pont volant en attendant la réfection du Pont Notre-Dame, ils se prononcent contre ce projet; rapport dressé par eux sur les dispositions du nouveau pont en pierre; les Maîtres des œuvres visitent les portes et murailles de la ville, afin de reconnaître les points où des réparations sont nécessaires; on enjoint aux Maîtres des œuvres de s’assurer si les chaînes fermant les rues sont en bon état; les Maîtres des œuvres procèdent au toisé du quai nouvellement construit à partir de l'arche Beaufilz; les Maîtres des œuvres sont consultés sur la nature des travaux qu’on doit exécuter au Châtelet; projets des Maîtres des œuvres pour les réparations des ponts.
Malgré toute la confiance qu'il pouvait avoir dans l’expérience, l’habileté et le bon goût de ses maîtres des œuvres, le Bureau de la Ville, pour tous les travaux d’une certaine importance et d’un caractère artistique exceptionnel, appelait en consultation les maîtres maçons-tailleurs de pierre les plus réputés et les invitait à donner, non seulement de vive voix, mais par écrit, leurs avis et leurs conseils sur les « pourtraictz, devis et modelles » présentés. On a vu plus haut ce qui se passa au commencement du xvi° siècle, lors de la reconstruction du Pont Notre-Dame pour laquelle furent réunis de véritables congrès « d’ouvriers ».
Il n’en fut pas différemment pour la transformation du Petit Pont en 1 55-2, soit un demi-siècle après (1). Le prévôt des marchands et les échevins s’adressèrent pour examiner les plans du maître des œuvres de maçonnerie de la ville,
Guillaume Guillain, à Gilles Le Breton, le « maçon » de Fontainebleau, à Guillaume Le Breton qui venait de construire le château de Villcrs-Cottcrcts avec son frère Jacques, et à Pierre Lescot, l’architecte du Nouveau Louvre.
L’Administration des Bâtiments municipaux dans les cités importantes était généralement organisée sur le modèle de celle de la Ville de Paris. A Les
Cambrai, par exemple, le maître des œuvres de la ville est tenu de visiter, maîtres des œuvres soit, comme expert, les ouvrages municipaux, soit, comme conservateur, les (les villes c,e province, monuments, maisons, ponts, fortifications, etc., en un mot, toutes les propriétés communales, et d y faire les menues réparations nécessaires, qui lui étaient payées en surplus. C’est lui qui fournissait les « patrons et devises » des nouvelles constructions, quand ces plans n’étaient pas mis au concours, car il n'était pas nécessairement chargé de leur exécution. Il pouvait, concurremment avec les autres maîtres maçons ou en association avec eux, participer « au moins
(1) Le Petit Pont et le Tont Notre-Dame n’étaient point de simples voies de communications jetées sur la Seine; ils portaient une double rangée de maisons d’un type uniforme, louées par la ville à des industriels et commerçants de toutes corporations. J. Androuet du Cerceau a laissé une gravure inachevée du Pont Notre-Dame, qui nous le montre avec ses maisons d’un type uniforme, très pittoresque, à rez-de-chaussée, un étage, et grenier surmonté d'un toit aigu à pignon.
L’administration des édifices religieux.
Les maîtres des œuvres et les
maçons des Chapitres et des Fabriques.
6o CHAPITRE SEPTIÈME
demandant » et « a candeille (chandelle) », à l’entreprise des travaux reconnus assez importants pour être mis en adjudication. Le maître maçon lait partie des « officiers » de la Ville portant ce que l'on nommait les « petits draps », par opposition aux fonctionnaires d’un ordre administratif plus élevé, revêtus de « grands draps ». En conséquence, il recevait, chaque année, un vêtement de drap noir avec manteau court de même étoffe, d’une valeur d’environ vingtsept livres. Il devait s’en parer lorsqu'il figurait dans une assemblée officielle, ou lorsqu’il suivait MM. les échevins dans les processions religieuses auxquelles tous les fonctionnaires municipaux devaient assister (i).
Dans la construction des édifices religieux, l’organisation des travaux d’architecture apparaît relativement assez simple. La gestion des finances est toujours réservée au Chapitre qui perçoit les subsides royaux, les dons, les aumônes, les produits des indulgences, spécialement affectés à l’œuvre. Des délégués choisis parmi ses membres sont chargés de surveiller les ouvriers, de tenir l’état des dépenses diverses pour achats de matériaux et de matériel, pour payements de gages et de salaires. En certains endroits, le Chapitre, continuant la tradition des chefs des grands ordres religieux d’autrefois, les Cisterciens, les Cluniciens, des prieurs d’abbayes tels que Sugcr, prenait en mains la direction technique des chantiers, dressait, avec le maître maçon, les devis et les marchés, visitait les carrières et les forêts pour les pierres et les bois de charpente, passait directement les contrats de livraisons avec leurs propriétaires, s’employait au mesurage des matériaux, fournissait même aux tailleurs de pierre, aux imagiers les sujets de la sculpture ornementale, de la statuaire, et des peintures (2). Aussi, parfois, trouve-t-on dans les actes et les comptes la qualification « maistre des œuvres » donnée à des chanoines délégués à ces délicates et laborieuses fonctions (3).
Les Chapitres et les Fabriques, à la Renaissance, semblent, mieux que toutes autres administrations, avoir conservé les traditions de générosité et de bienveillance, de fêtes et réjouissances corporatives, qui, au Moyen âge, mettaient tant de gaieté, de bonne humeur et d’entrain dans la vie des ouvriers du Bâtiment. Les registres de comptes et de délibérations qui ont échappé aux pillages et aux incendies des archives ecclésiastiques, pendant les Guerres de religion et pendant la Révolution, sont remplis, sur ce sujet, de renseignements pittoresques et souvent touchants. Ce sont des sommes d’argent, relativement importantes parfois, offertes aux maistres des œuvres de maçonnerie et de
(1) A. Durieux : J. es corporations d'art de Cambrai, Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 8' session, année 1884, p. 302-316.
(2) Dksjardixs : Histoire de la cathédrale de Beauvais, 1864, passim;
Piceottk : Etude sur tes travaux d'achèvement de la cathédral e de Trcyes, de 1/50 à 1610, passim.
(3) Archives île Reims : collection Tarbé.
Hôtel de Lasborues, a Toulouse Type d'architecture toulousaine