‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 47 sur 236 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Louis XI.

Si imparfaite qu’elle soit inévitablement, cette esquisse suffira pourtant à prouver, d'une manière irréfutable, par la démonstration d’une tradition constante, que le goût très vif des arts, dans leur expression la plus haute, la plus noble et la plus sévère, est, en notre pays, bien antérieur à la période de ces « sensations d’Italie », qui, à l’opinion des panitalianistes, auraient été le levain nécessaire du mécénat français au xvi® siècle. Non certes; nos rois, nos grands seigneurs et nos grands bourgeois n’attendirent point les campagnes militaires de Charles VIII, de Louis XII et de François Ior au delà des Alpes, pour comprendre et aimer les belles ordonnances architecturales. Les branches Orléans et Angoulême des Valois continuent fièrement la branche directe de la grande famille royale à laquelle est due, au xiv6 siècle, et dans les premières années du xv", de Charles V à Charles VII, la magnifique floraison de l’architecture et de la sculpture monumentale qui a été qualifiée, si justement, par Violletle-Duc, une véritable Renaissance.

Louis XI, malgré la nature de son esprit plus porté à la simplicité qu’à la magnificence, à la fois de nature et par politique, ne laissa pas d’encourager particulièrement l’architecture, lorsqu’il pensait y trouver profit pour son renom et pour son autorité de souverain, ainsi que pour le salut de son âme.

Dauphin, et réfugié, pour ainsi dire, dans le Dauphiné, il s’intéresse aux édifices et monuments de la ville de Grenoble, et particulièrement à l’œuvre du Palais du Parlement, œuvre presque séculaire ; et, devenu roi, il lui attribue, le 24 novembre 1478, une subvention vraiment royale, « en prescrivant qu’une somme annuelle de deux cents livres serait prélevée sur les revenus réservés de la province pour ces travaux si longtemps désirés, délaissés et oubliés (1) »

Louis XI fit construire la somptueuse église de Notre-Dame de Cléry, où il voulut avoir son tombeau, et l’église de Notre-Dame de Behuard, pour qui il avait une dévotion particulière. A Orléans, dont il appréciait la bourgeoisie, presque autant que celle de Tours, ses largesses pour la construction ou la restauration d’édifices religieux et civils lui attirent la reconnaissance de la municipalité, qui, sous le règne de Louis XII, fait mettre sa statue sur la façade du nouvel Hôtel de Ville, en pendant à celle de ce dernier roi. Le prieuré de Bonne-Nouvelle est reconstruit de ses propres deniers; en 1498, il pose la première pierre de la nouvelle porte Saint-Jean de l’église Saint-Donatien, dont les parties détruites pendant la Guerre de Cent ans ont été restaurées à ses frais. Sa dévotion pour Saint Jacques lui inspire la construction de la belle chapelle de ce vocable, véritable bijou de pierre, où l’on remarque « le germe des premières innovations de la Renaissance » (2), et qui est tenu pour un des types les plus intéressants de l’alliance de l’ogive et du plein cintre. Il continua

(1) Emile Rémy : Monogra Jliie du Palais de Justice de Grenoble, 1S9-, p. c>.

(2) René BlEMONT : Orléans, pelit in-16, p. 239.

Manoir d’Ango, a Varangeville

1 ype d'innovation de construction dans l'architecture normande

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE 65

l’œuvre de Saint-Aignan, à peine commencée sous son prédécesseur : « Item « (le roy nostre sire) aurait voulu et ordonné que les bourgeois feront parachever « l’église de mon dict sieur Sainct Aignan (i) »; et, pour subvenir aux dépenses de cette entreprise, il abandonna l’aide sur les sels vendus aux pays de Languedoc et Langue d’oil. La célèbre Maison royale du cloître Saint-Aignan fut bâtie à ses frais pour lui servir de logis dans les fréquentes visites à « sa bonne ville d’Orléans ».

Entre iq.53 et 1472, Louis XI fait élever la résidence royale de Plessis-lez- Tours : il affectionne particulièrement la Touraine, et il aime à être dans le voisinage de ses bons amis les riches bourgeois tourangeaux, dont les conseils financiers et commerciaux lui sont fort utiles. Les maîtres maçons-tailleurs de pierre, « maître des œuvres du roy », qui en donnent les plans, Jean Duchemin et Jean Thibault, peut-être, Jean Pépin, Pierre Bertrant, ou Jehan Regnard, apportèrent d’ores et déjà, dans la construction de ce château, — défiguré dans les légendes romantiques, et dans l'imagination populaire, — des idées esthétiques nouvelles. Au milieu des vergers, dans une plaine boisée et verdoyante, ils bâtissent un vaste logis, formant, avec les dépendances et sa « clôture », un grand quadrilatère à la façade tournée du côté de la ville, à deux ailes en retour, reliées par une galerie à arcades richement sculptées, une tourelle octogonale flanquée, à mi-hauteur, d’une tourelle ronde en encorbellement, où se trouve l’escalier à vis, également orné de fines et pittoresques sculptures. Les murs sont de briques rouges avec rampes de pignons, chaînages, fenêtres à meneaux, lucarnes et portes, de pierres blanches. Toute l’architecture est fort plaisante, en harmonie d’aimable aspect, et de couleur agréable avec le ciel de la Touraine. Cette résidence, d’un caractère très artistique, dans ses belles lignes, et dans sa robuste et gaie simplicité, n’est point l’œuvre commandée et inspirée par un roi indifférent aux belles architectures.

Au château d’Amboise, sur les ordres de Louis XI, le maître d’œuvre, Pierre Artault, exécute des travaux importants, qui auraient été : un corps de logis vers la pointe du promontoire, un oratoire en forme de crypte, placé sous le vocable de Saint-Biaise, la tour Heurtault — , moins son couronnement et sa porte — , des tours rondes qui s’élevaient au nord et au midi du mur d’enceinte, à la partie occidentale du coteau (2). Le château de Loches lui doit le bâtiment d’entrée, la tour ronde, et la tour du Martelet.

Dès son avènement au trône, Charles VIII, qui avait passé son enfance à Amboise, s’était pris de goût pour cette résidence et avait décidé de l’agrandir et de l’embellir. Les travaux furent commencés vers 1489. Un ambassadeur de Pierre de Médicis auprès du roi de France, Gentile Becchi, évêque d’Arezzo, qui se trouvait, en septembre 1490, au Plessis-lez-Tours, raconte que le

(1) De BUZONMIÊRE : Histoire architecturale d'Orléans, t. II, p. 311.

(2) BossejiœI'F : Amboise, le château, la ville et le canton, in-4", p. 139-140.

Le château de Plessis-lez-Tours

Louis XI

et les

châteaux d’Amboise et de Loches.

Charles VIII.

La construction du château d’Amboise.

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