CHAPITRE HUITIÈME
Louis XII.
Continuation des travaux du château d’Amboise.
souverain lui fit montrer le modèle du nouveau château d’Amboise dont il voulait faire une « cité », et dont l’ensemble lui parut d’un caractère si vraiment royal qu'il en improvisa ce distique latin :
« Carolus octavus primus me erexit in urbem.
« Hune fontem, hos muros, haee mihi templa dédit Ambosa. »
(Charles VI II. le premier, fit de moi une ville, Amboise me donna cette fontaine, ces murailles et ces temples) (i).
Philippe de Commines écrivait, à propos de la mort de Charles VIII, à Amboise, sur les constructions nouvelles du château :
« Charles VIII estoit en son château d’Amboise, où il avait entreprins « le plus grant édiffice que commença cent ans a roy, tant au chasteau qu’à « la ville ; et se peult voir par les tours, par où l’on monte à cheval et parce « qu’il avoit entreprins à la ville, dont les patrons estoient faietz de merveilleuse « entreprise et despense, et qui de longtemps n’eussent prins fin » (2).
Au retour de la Campagne d’Italie qui les avait fait suspendre, Charles VIII avait ordonné la reprise des travaux du château, et y affectait, dès 1496, cinq deniers à percevoir sur chaque quintal de sel vendu dans tout le royaume (3). On pense que les constructions édifiées par ordre du roi sont : le grand corps de logis situé au midi, le pavillon dit des Vertus (aujourd’hui disparu), les bâtiments en façade sur la Loire, qui constituent actuellement la principale partie du château, et la chapelle Saint-Biaise, ce grand bijou architectural de la fin du xve siècle. Quelques vives sensations d’art antique ou italien que Charles VIII ait pu recevoir au cours de son expédition au delà des Alpes, il n’en resta pas moins fidèle à l’Architecture nationale, et fit constamment appel à des maîtres maçons français pour réaliser ses projets de constructions monumentales.
Louis XII continua les travaux d’Amboise, sans, toutefois, faire suivre les premiers plans ; mais ce ne fut point pour leur en substituer de nouveaux à la mode italienne, demandés à quelques « deviseurs de plans ». Un maître d’œuvre des bords de la Loire, Catien Fordcbraz, nommé « maistre maçon de l’édiffice et bastimentdu chastel d’Amboise », fut chargé de dresser ces plans nouveaux, dont l’exécution fut soumise au contrôle de François de Pontbriant et de Roland de Ploarec, commis pour « conduire et diriger la construction de plusieurs somptueux édiffices ». La part du nouveau roi dans la construction du château est considérable (4). On lui attribue généralement l’achèvement de la tour des Minimes, les terrasses ornées de balcons de pierre qui lui font suite, le Petit Fort, qui était situé entre les ponts d’Amboise et les grands fossés du château,
(1) Abel Desjardixs : Négociations diplomatiques avec la Toscane, t. I, p. 339-340.
(2) Philippe de Commises : Mémoires, liv. VIII, chap. XVIII.
(3) De Croy : Nouveaux documents pour l'histoire de la création des résdences royales des bords de la I.oire, p. 9.
(4) Cartier : Mairie d' Amboise, 1854, p. 8. De Croy : Nouveaux documents, etc..., p. 15.
l.ES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE
l’aile en retour d’équerre joignant la grosse tour du nord et les bâtiments de Charles VIII, toutes constructions en pur style français.
Le roi céda à Louise de Savoie le château pour en faire sa résidence et celle de son fils. La célèbre princesse y fit alors exécuter d'importants travaux, notamment la surélévation d’un étage du corps de logis de l’aile en retour d’équerre.
En même temps qu’il poursuivait avec activité et à grands, frais l’achèvement du château d’Amboise, Louis XII entreprenait de reconstruire le château de Blois qui était « le lieu de sa nativité où il avait été nourri tout son jeune âge»; et il préposait â la surintendance des bâtiments nouveaux François de Pontbriant, qui avait reçu la même charge à Amboise. L’admiration universelle a donné le nom populaire d’aile Louis XII à la partie du château qui fut la création de ce roi, ainsi que d’Anne de Bretagne, dont les chiffres héraldiques entrelacés, les Meurs de lys et les hermines sont répandus partout, « travaillez avec beaucoup de soin et de délicatesse », écrivait Félibien au xvne siècle, en un temps où ces ornements n’avaient point encore subi cruellement les injures du temps et des hommes (1).
Au cours de ses expéditions en Italie, Louis XII avait pu être charmé par les palais, les villas et les églises d une architecture nouvelle pour lui, et dans la splendeur de leurs marbres et de leurs sculptures ensoleillées. L’influence de cet art sur son imagination, quand il fait bâtir â Blois et à Amboise, est absolument nulle; on n’en trouve pas la moindre trace. S’il employa quelques deviseurs de plans étrangers, c’est à des besognes subalternes, à des travaux provisoires et éphémères. Lui aussi, et non moins résolument que Charles VII, il restera fidèle aux maîtres maçons-tailleurs de pierre français et leur fera exclusivement construire les édifices et les monuments de son règne.
A l’actif de Louis XII, protecteur de l’Architecture nationale et de l'Art public, il faut mettre les ordonnances qu’il rendit pour plusieurs villes de France, notamment pour Lyon, Rouen et Troyes, en vue de la suppression des vieilles galeries, échoppes, avant-toits, bannes, etc., qui nuiraient à la beauté des perspectives urbaines, et compromettraient la sécurité et la viabilité des places et des rues.
A l’aurore de la Renaissance brille d’un vif éclat une belle figure de protectrice de l’Architecture : Anne de Bretagne. Dans sa contribution personnelle au développement de la civilisation française, tout est national comme source d’inspiration (2), et comme moyens et éléments d’action. Elle a demandé
Reconstruction du château de Blois.
Louis XII protège
les maîtres maçons.
Anne de Bretagne.
(1) Félibien : Ibidem, p. 9.
(2) Le cardinal Briçonnet écrivait de Naples à Anne de Bretagne, en 1495 : « Madame, je voul- « droye que vous eussiez veu ceste ville et les belles choses qui y sont, car c’est un paradis terrestre. « Le roy, de sa grâce, m’a voulu tout montrer à ma vue de Florence, et dedans et dehors la ville; « et vous asseure que c’est une chose incréable que la beaulté de ces lieux, bien appropriez en toutes « sortes de plaisances mondaines ». La reine n’en prit aucune curiosité de l’architecture italienne; et continua, pour ses constructions personnelles, à s’adresser à des maîtres maçons-tailleurs de pierre français.