‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 49 sur 236 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

U ne gracieuse légende.

F rançois Ier.

exclusivement à notre pays les artistes divers dont elle avait besoin pour réaliser ses projets et ses rêves en vue de la grandeur et de la prospérité de sa patrie d’adoption. Dès son avènement au trône de France, pendant ses deux règnes, Anne de Bretagne s’entoura de savants, de lettrés et d’artistes; plusieurs même faisaient partie de sa maison. Le P. Hilarion de Coste a écrit, malheureusement sans fournir d’indications de lieux et de dates : « sa piété envers Dieu parait ès « fondation de plusieurs églises et monastères (i) ». Sa réputation de magnificence était telle, et s’est si bien perpétuée que, jusqu’à nos jours, on a fait constamment honneur à Anne de Bretagne de tout ce qui, dans son pays natal, présente un caractère artistique ou une physionomie monumentale; les voies romaines, les donjons, les cathédrales du Moyen âge, et les châteaux de la Renaissance. Blois lui doit, sans aucun doute, la partie Louis XII d’une si originale architecture, et où elle avait établi le corps de garde plaisamment dénommé par le peuple : la Perche aux Bretons; et, dans le jardin du château, une construction d’un caractère très artistique, un petit pavillon en forme de croix, avec un oratoire, porte son nom (2). On a toutes raisons plausibles d’attribuer à la reine l’édicule du château de Loches, dénommé l'oratoire d’Anne de Bretagne, qui se fait remarquer par sa décoration sculpturale, véritable joyau de pierre ciselé, qu’on date du règne de Charles VIII.

La figure fière et souriante de François Pr domine l’histoire de la Renaissance; elle est la personnification ide'ale de la Royauté protectrice des arts, dans les conditions de magnificence et de prodigalité qui paraissent indispensables pour lui donner une influence générale, irrésistible et durable. En aucun temps, ni dans aucun autre pays, on n’en saurait trouver que l’imagination populaire ait faite, instantanément et toujours, plus grande, plus noble et plus séduisante, jusque dans ses caprices et ses folies, dans son insouciance des contingences économiques et financières et son dédain des réalités. Il semble bien que, plus que tout autre roi de France, celui-ci ait eu l’intuition, précise et immédiate, de l’obligation, impérieuse pour un souverain, de faire de l’Architecture nationale le moyen d’expression le plus saisissant de la grandeur, de la prospérité et de la richesse d’un pays. Trop souvent, on ne voit, en François Ier, à ce point de vue, que le créateur des résidences royales, le Nouveau Louvre, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterets, Madrid, etc., qu’il laissa inachevées pour avoir trop entrepris à la fois de constructions colossales et coûteuses; l’on ignore ou l'on oublie que, par son

(1) Hii.arion df. Coste : Les éloges et vies des roynes, princesses, dames et demoiselles illustres en piété, courage et doctrine, qui ont fleury de nos/re temps et du temps de nos pères, 1647, 2 vol. in-4°.

(2) De Croy : Nouveaux documents pour l'histoire des châteaux royaux des bords de la Loire, p. X17. « Pendant ses séjours à Blois, Louis XII, qui, suivant l’exemple des rois de France, assistait « à la messe chaque matin, paraît avoir eu une prédilection pour celte chapelle. »

Aile Louis XII du chateau de Blois (vue extérieure) Œuvre de Jacques Sourdeau

LES PROTECTEURS -DE L ARCHITECTURE NATIONALE

initiative et par ses libéralités, autant que par son exemple, il entraîna les municipalités, les Chapitres, les Fabriques, les grands seigneurs et la riche bourgeoisie, dans un mouvement artistique qui, en son temps, a couvert la France d’édifices et de monuments tant privés que publics, innombrables, dont quelques-uns sont des merveilles architecturales, et le plus grand nombre des œuvres d’une beauté et d’une originalité que personne ne conteste et que tout le monde admire.

François Ier avait particulièrement pour l’architecture une véritable passion. Tout en faisant la part du lyrisme obligatoire pour les auteurs de dédicaces aux souverains et aux princes, tels que J. Androuet du Cerceau, qui, dans sa notice sur Saint-Germain-en-Laye, déclare que « ledit sieur Roy, en bastissant ledit « chasteau, y estoit si ententif que l’on ne peut presque dire qu’autre que luy « en fust l’architecte »; on ne saurait méconnaître, sans injustice, après tous les témoignages des contemporains, confirmés par des documents officiels, qu’il apportait, dans l’examen des plans de ses châteaux une attention exemplaire, et les préoccupations les plus louables d’une perfection artistique, qui lui inspiraient constamment des « rechangements », des additions, des embellissements, etc., dont souffraient souvent, il est vrai, les constructions dans leur solidité et dans l’harmonie de leur ensemble, parce que ces modifications techniques coïncidaient, presque toujours, avec des périodes d’impécuniosité du trésor royal, imposant, au contraire, des économies de matériaux et de main-d'œuvre.

Le chroniqueur Noël du Fail (i) nous a conservé le souvenir du congrès d’architectes et de maîtres maçons, que Jean de Laval réunit, en mai ou juin 1 53a, à Châteaubriant, pendant un séjour de François Ier, et qu’il fit présider par son hôte, assuré de le flatter infiniment en lui soumettant divers plans de la nouvelle résidence dont il projetait la construction, et en le priant de désigner le plan et l’architecte à choisir définitivement.

Autant que ses prédécesseurs, sinon mieux encore, — car, en son temps, les deviseurs de plans italiens furent plus nombreux, et plus audacieux en leurs ambitions et tenaces dans leurs intrigues, — François Ier donna, constamment, toute sa confiance aux maîtres maçons-tailleurs de pierre, et les employa exclusivement dans la construction de ses bâtiments. Aucune innovation architecturale, aucune idée artistique nouvelle, si hardie et si imprévue fût-elle, ne trouva jamais hostile, indifférent ou timide, le chevaleresque et impétueux héros de Marignan et de Pavie — , Saint-Germain-en-Laye, Madrid, qui représentent une révolution dans l'esthétique des châteaux, en sont des témoignages — ; mais il ne les accueillait que des Le Breton, de Gadyer, de Pierre Chambiges, etc, qui seuls étaient, pour lui, capables d’en concevoir de pratiques, d’originaux, et de les réaliser rapidement et avec économie.

Sa passion pour l'architecture.

F ausse légende de François Ier, protecteur des deviseurs de plans italiens.

(i) Noël DU Fail : Contes et discours d' Eutrapel , chap. XXXIII, de la Moquerie.

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