CHAPITRE HUITIEME
Henri II.
Pour le Louvre, pour Chambord et pour Fontainebleau, les Serlio, Boccador et Benvenuto Ccllini, appuyés par de puissants courtisans, offrirent des projets et des plans personnels ; le roi leur préféra toujours, et sans hésitation, ceux des « vieux maçons parisiens », pour qui ces étrangers ne trouvaient pas assez de lazzis et d’injures, mais que le roi vengeait suffisamment par son estime inaltérable, et en les maintenant dans leurs fonctions et charges comme de très grands artistes et de bons et loyaux serviteurs.
Henri II continua, avec une piété liliale, et un grand sens politique, l’œuvre édilitaire de son père. Il lit poursuivre activement les travaux du Louvre, de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye, de Villers-Cotterets, de Madrid, etc. ; et continua, pendant tout son règne, la haute protection royale, si noble et si généreuse, accordée par François Ier aux grands architectes. Pierre Lescot est maintenu par lui à la superintendance des travaux du Nouveau Louvre, avec toutes les attributions administratives et tous les privilèges attachés à la fonction. Gilles Le Breton conserve, sans le moindre changement de situation prépondérante, son titre de « maistre général des œuvres de maçonnerie du roy », à Fontainebleau ; Guillaume et Jacques Le Breton restent les maîtres d’œuvre associés du château de Villers-Cotterets. Jean Bullant est appelé, par la faveur du roi et par la protection d’Anne de Montmorency, à la haute fonction de contrôleur des « Bastimens du roy », à la mort de Pierre des Hostels, le vieux et dévoué serviteur de François Ior. Quant à Philibert de l’Orme, il fit toute sa fortune artistique sous Henri II, qui, dès son avènement au trône, crée pour lui la charge de surintendant deschâtcaux de Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterets, et du Bois de Boulogne ; le nomme son aumônier ordinaire, et lui accorde successivement, en dons gracieux, les commendes des riches abbayes de Saint-Barthélemy de Noyon, d’Ivry, et de Saint-Serges-les- Angers.
La famille royale compte en ce temps de nombreuses protectrices des arts qui ont contribué puissamment à l’essor et à la prospérité de l’Architecture nationale : Claude de France, la première femme de François Ier, qui réalise superbement, au château de Blois, les projets de son père, Louis XII, que les événements politiques avaient forcé d'ajourner; Marguerite d’Angoulême, la sœur de François Ier, qui fait reconstruire les châteaux de Pau et de Cognac par des maîtres maçons-tailleurs de pierre français et non par des artistes italiens ; Françoise d’Alençon, veuve de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, qui s’est honorée par la construction des châteaux de La Flèche et de Châteauneufsur-Cher ; Marguerite de Navarre, fille de Henri II, qui se plaisait aux grandes constructions et à l'embellissement de ses résidences, fit bâtir, à Paris, l’hôtel Je Navarre et la chapelle du monastère de la Trinité, et, à Issy, le château que l’on dénommait à la Cour « le Petit Olympe d’Issy » ; Diane de France, fille
LES PROTECTEURS DE L ARCHITECTURE NATIONALE
légitime d’Henri II, à qui est du l'hôtel du Marais, dit aujourd’hui l’hôtel de Lamoignon, que termina plus tard Charles de Valois, duc d’Angoulème.
Deux reines, l’une de la main droite, l’autre de la main gauche, ont laissé dans l’histoire de l’Architecture nationale un nom immortel par les grandes œuvres qu'elles ont fait créer.
Italienne par son père, Française par sa mère, qui était Madeleine de la Catherine de Médicis. Tour-Bologne, Catherine de Médicis résumait en elle les qualités et les défauts des deux races dont elle était issue. Du côté paternel, elle tenait son amour des arts, sa passion du luxe, son goût de la magnificence, ainsi que l’esprit d’intrigue et la science de la diplomatie ; du côté maternel, elle avait hérité le charme et l’esprit ; tout cela merveilleusement servi par un beau et agréable visage, par une taille élégante, et par une distinction souveraine. A son arrivée en France,
Catherine, nullement dépaysée, et moins encore étonnée, conquiert tous les cœurs et tous les yeux par sa bonne grâce, par sa gaieté naturelle, par sa beauté radieuse. Elle tient fièrement sa place non seulement de future reine, mais de femme, dans cette cour brillante, qui ne compta jamais autant de princesses et de grandes dames, « reluisant comme étoiles au ciel, au temps serain », suivant l’expression poétique et galante de Brantôme.
Lorsque Henri II délaissa safemme pour aimer Diane de Poitiers, Catherine de Médicis ne s’abandonna point à un inutile désespoir. Astucieuse et fine comme une Florentine de race, elle comprit aussitôt qu’elle devait se créer une haute et indiscutée situation personnelle par le rôle brillant et sérieux de protectrice des arts et des lettres, et par la dignité imposante de sa vie privée. Elle eut l’habileté de vouloir plaire à son beau-père au défaut de son mari. François Ier avait la passion de l’architecture, il aimait les beaux livres, les beaux tableaux, et les belles statues : et il s’entourait d’artistes, de poètes, de lettrés et de savants.
La Dauphine, à dix-neuf ans, a l’énergie de se mettre à apprendre le grec, au grand étonnement de la Cour ; elle fait venir d’Italie des manuscrits anciens, des livres rares, et elle achète de la peinture, de la sculpture et des orfèvreries.
Elle se lance dans la reconstruction du château de Saint-Maur qu’elle achète, inachevé, au cardinal du Bellay ; elle le fait rebâtir par Philibert de l’Orme, décorer par les premiers artistes du temps ; et, sous une inspiration des plus gracieuses pour François Ier, elle place au fronton du portique d’entrée le buste en marbre du roi. Elle relève sa beauté par de magnifiques joyaux dont elle donne elle-même les dessins et compose les devises spirituelles et galantes.
A l’avènement de Henri II au trône, et à l’accession de Diane de Poitiers à la puissance d’une véritable souveraine, Catherine de Médicis continuera plus énergiquement encore la lutte pour l’autorité et pour l’honneur de la reine légitime. Bien qu’elle ne dispose que d’un mince budget annuel, — 59 . 3 3 1 livres — , elle se lance dans une entreprise considérable : la construction du château
Llj château de Montceau-en-Brie.
Les Tuileries.
L’hôtel de Soissons.
Le château de Chenonceau.
Diane de Poitiers.