‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 56 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Hélène de Hangest.

Jacques D ai lion, seigneur du Lude.

Galiot de Genouillac.

Biaise de Montluc.

Rabelais, dans son« Pantagruel », mettait, pour sa beauté architecturale, au rang de Chambord et de Chantilly.

Son fils, Artus, chambellan de François Ier, puis grand maître de France, était propriétaire, au commencement duxvi® siècle, de « l'Hostel fort »d'Oiron; il décida de le remplacer par un château nouveau, qui est considéré comme une des plus belles œuvres de la Renaissance. Le château de Boissy, en Roannais, fut restauré et embelli par lui dans le goût artistique du jour. La veuve d’Artus de Gouffier, Hélène de Hangest, a laissé un nom comme protectrice éclairée des arts. A partir de 1024, elle entreprend la construction du château de Thouars, dont elle a demandé les plans à André' Amy, et celle de la collégiale d’Oiron, afin de se conformer au vœu de son mari ; elle y placera la sépulture collective de la famille, qu’elle commanda au sculpteur Jean Ier de Juste. Charlotte Goullier, femme de René de Cossé, reconstruisit l'église de Brissac, en Anjou.

Un autre des compagnons d’armes de François Ier à Marignan et à Pavie, Jacques Daillon, fait tranformer en un château, aussi élégant que plaisant, le manoir familial du Lude, de caractère féodal, par le maître maçon-tailleur de pierre Jehan Turbillon, dont le père avait bâti, vers 1470, les hautes tours, qui furent, en même temps, modifiées par l’ouverture de portes et fenêtres aux chambranles et frontons richement décorés.

Philippe de Chabot, comte de Charny et de Buzançais, seigneur de Brion, généralement connu sous le nom d’amiral Chabot, fait reconstruire le château de Pagny, en Bourgogne. Son fils, Léonor de Chabot, rebâtit, à Dijon, l’ancien hôtel de Vergy, qui prend désormais le nom d’hôtel de Chabot.

Galiot de Genouillac, le soldat chevaleresque d’Agnadel, de Marignan et de Pavie, le défenseur héroïque de Mézières et deMarseille, consacre sa glorieuse retraite des camps et de la Cour à la construction, en Saintonge, de l’église de Lonzac (1), célèbre par sa litre « la Guirlande » ; en Quercy, du château d’Assier, dont Brantôme a dit qu’il était « la plus superbe maison qu’on sçauroit veoir » (2), de l’église d’Assier, au beau portail renommé; à Figeac, du logis Galiot, édifice pittoresque et original; à Paris, dans le quartier Saint-Paul, d’un hôtel somptueux, qui sera plus tard l’Hôtel de la Vieuvillc.

Biaise de Montluc, le vieux routier des guerres d’Italie, retiré dans ses terres de l’Agenais, fait ajouter à la vieille demeure féodale de ses ancêtres, le château d’Estillac, des constructions considérables qui en accentuent encore le caractère militaire, en le mettant, en même temps qu’au goût artistique de l’époque, au niveau des progrès de la tactique et de l’artillerie nouvelles.

(1) D’Aussy : L'église de Lonzac, Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, t. VIII.

(2) A. Galabert et J. Gary : Galiot de Genouillac , seigneur d' Assier, grand maitre de l'artillerie, l’aris, 1901.

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE 71J

Le château, bien connu, de la Roche du Mayne, en Poitou, est bâti par Thiercelin d’Appelvoisin, gouverneur et capitaine du château de Chinon, sons François Ier, et l’un des grands capitaines du xvi® siècle, auquel Brantôme a consacré plusieurs pages élogieuses.

Jean d’Estrées, vicomte de Cœuvres, nommé par Henri II grand maître de l'artillerie, en 1 55o, fait édifier à Cœuvres, en Picardie, de cette date à 1 565, un magnifique château, en forme d’un quadrilatère isolé par un large fossé de la colline sur laquelle il est édifié; et, pour commémorer sa nomination à cette haute charge militaire, il fait entrer dans l’ornementation sculpturale de l’édifice tous les emblèmes et attributs de l’arme dont il est le chef : pièces sur leurs affûts en marche, canons en position, bombardes, boulets, écouvillons, torches d’allumage, etc.

La Picardie s’enorgueillit encore du château de Sarcus, bâti vers i52c, pour Jean de Sarcus, général de l’artillerie sous François Ier; et du château de Marchais, résidence de Jean de Longueval, qui fut au service diplomatique du même roi.

Claude d’Annebaut, que François Ier promut successivement aux charges de capitaine général de la cavalerie légère, de maréchal de France, de gouverneur du Piémont, et de grand amiral, faisait élever, de i522 à i 5q6, sur le domaine familial d’AppIevi 1 le, en Normandie, un château de dimensions si colossales et d’une si riche ornementation qu’il ne put l’achever faute de ressources financières, et sur lequel il se créa une légende populaire : « Le diable démolissait pendant la nuit les constructions élevées pendant le jour par les maçons. »

Le frère de Claude, Jacques d’Annebaut, abbé de l’abbaye du Bec, évêque de Lisieux, puis cardinal, continua à ses frais les travaux de l’église d’Applevillc, commencés par le grand amiral de France, en même temps que le château, et contribua par ses largesses, en i 555, à l’achèvement de l’église Saint-Ouen, â Pont-Audemer.

Leur sœur, Marie d’Annebaut, dota, en 1 53g- 1 5qo, l’abbaye Saint-Amand, à Rouen, dont elle fut pendant de longues années l’abbesse, de constructions importantes exécutées dans le plus pur style de la Renaissance, véritables bijoux d’architecture et de sculpture.

Claude d’Urfé, gouverneur des enfants de François Ier, puis surintendant du Dauphin, lait bâtir en Forez le beau château de la Bastie, sur les bords de ce « doux » Lignon, que chantera plus tard, dans 1’ « Astrée », son fils Honoré.

Jean de Laval restaura le vieux manoir féodal de Châteaubriant et l’agrandit de deux vastes corps de logis d’une architecture aussi élégante que noble, dont le maître d’œuvre, resté inconnu, fut choisi à la suite du célèbre congrès artistique présidé par François Ier.

Thiercelin

d’Appelvoisin.

Jean d'Estrées.

Jean de Sarcus.

Jean de Longueval.

Les d’Annebaut.

Claude d’Urfé.

Jean de Laval.

François de Bouillé.

François de Coligny.

Claude de Guise.

Antoine III de Clermont Tonnerre.

Gaspard

de Saulx-Tavannes.

Le cardinal de Lorraine.

Page 1