‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 57 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Le nom de François de Bouillé, un des héros des expéditions d’Italie, est intimement lié au château du Rocher, un joyau architectural de la Renaissance dans le Maine.

François de Coligny, frère de l’amiral, faisait construire, vers 1 559, *e château de Tanlay, en Bourgogne.

Claude de Cuise, qui épousa Antoinette de Bourbon, a laissé dans le château du Grand-Jardin, élevé, au milieu du xvi® siècle, dans son domaine de Joinville, en Champagne, un témoignage précieux de son goût pour l’architecture classique la plus pure.

Au château d’Ancy-Le-Franc, dans la vallée de l’Armançon, que J. Androuet du Cerceau a reproduit comme un des plus excellents châteaux de France, sc rattache étroitement le souvenir d’Antoine III de Clermont-Tonnerre, grand maître des eaux et forêts sous François I"r.

Vers i563, (Charles Ribonnier, a maître des œuvres de maçonnerie du duché de Bourgogne », bâtit les châteaux du Pailly, près de Langres, et de Sully, en Bourgogne, pour le maréchal Gaspard de Saulx-Tavannes, qui, à la suite de la mort d'un de ses (ils, quitta pour toujours l’armée et la Cour.

Il convient de faire remarquer que parmi ces nombreux compagnons d’armes de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, pendant les expéditions en Italie, qui ont vu et admiré les palais, les églises, les hôtels, les châteaux et les villas des cités et des campagnes de la Toscane, du Milanais, du Mantouan, de la Romagnc, etc., aucun, de retour en France, n’a fait appel aux deviseurs de plans ultramontains pour élever quelque construction « à l’Ytalienne », d’une physionomie très nettement caractérisée; mais que tous, au contraire, se sont adressés, pour bâtir leurs nouvelles résidences, urbaines ou rurales, à des maîtres maçons-tailleurs de pierre provinciaux, qui ont continué à «massonner» à la Française.

Les gens d'église de la Renaissance maintiennent hautement la tradition des prélats et abbés du Moyen âge, tous grands bâtisseurs, qui ont fait créer par nos maîtres d’œuvre, connus ou ignorés, tant de chefs-d’œuvre d’architecture religieuse.

Le cardinal de Lorraine achetait, en 1 55-2, la terre de Dampierre; il y fit bâtir le superbe château que J. Androuet du Cerceau a fait figurer dans « Les plus excellents bastiments de France », et dont l’auteur fut probablement Claude Fouge. Le célèbre château de Meudon, longtemps attribué, mais sans vraisemblance, à Philibert de l’Orme, à cause de son grand caractère artistique, était dû au même prélat, qui en demanda très probablement les plans au même maître maçon, qualifie' dans un acte officiel « architecte de M. le révérendissime

CH ATEAU DE PAILLY, EN BOURGOGNE Œuvre de Charles Ribonnier

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE 8l

cardinal ». En 1 559, Isabelle de Chanteloup, veuve de Pierre de Bray, vendait au cardinal le Château Gaillard, près d’Amboise, qu’il fit restaurer et embellir magnifiquement.

Le cardinal Charles de Bourbon, connu dans l’histoire sous le nom ironique de Roi de la Ligue, successeur de Georges II d’Amboise à l’archevêché de Rouen, se prit de passion artistique pour le château de Gaillon, se plut à l’embellir, et fit construire près de là cette Chartreuse que l’ambassadeur vénitien Lippomano appelait « un lieu de délices » et comparait aux palais enchantés de Morgane et d’Alcine, créés par l’imagination des romanciers (i). J. Androuet du Cerceau l’a décrite, et déclare « la place de cet hermitage fort « mignarde et jolie, et autant plaisante qu’autre qui se puisse trouver ». A ce prélat est dû aussi le château de Roussillon, en Dauphiné, bâti pendant le règne de Henri IL

Le cardinal Louis de Bourbon fait construire, vers 1527, le château d’Anisy, en Picardie; et, en 1 535, le grand corps de logis, en style Renaissance, de l’archevêché de Sens, par le maître maçon Godinet.

Jean de Salazar, qui occupa le même siège archiépiscopal pendant quarantequatre ans, — du 17 février 1470 au 11 février 1 5 1 9 — , enrichit la cathédrale des deux superbes portails du transept, œuvre magistrale de Martin Chambiges; et, probablement sur les plans du même maître maçon, il fait élèver à Paris le célèbre hôtel de Sens.

Le successeur de Jean de Salazar, Etienne Poncher, — qui, avant d’être nommé archevêque de Sens, avait été conseiller au Parlement de Paris, entra dans les ordres et devint évêque de Paris, — fait entreprendre la construction de l’hôtel archiépiscopal, sans doute par Cuvelier, le « varlet » de Martin Chambiges, en même temps qu’il fait bâtir le château de Villeneuve-en-Brie.

Deux prélats créèrent à Rodez un centre d’art qui rayonnera brillamment sur toute la région.

A Erançois d’Estaing, d’une vieille famille noble du Rouergue, nommé évêque de Rodez en i5oi, la cathédrale doit la haute tour en hors d’œuvre construite par le maître maçon Guillaume Cusset, et achevée en i52Ô. Le même évêque fit décorer magnifiquement de sculptures fort remarquables la cathédrale, agrandit et embellit l’hôtel épiscopal.

Son successeur, Georges d’Armagnac, fut aussi très passionné d’architecture. De i53oài562, il répara et consolida le palais épiscopal qui menaçait ruine sur quelques points; et fit reconstruire dans un style élégant et pittoresque la vieille porte Saint-Martial. Il donna les fonds nécessaires pour la construire, et

(1) Relations des ambassadeurs vénitiens. Collection des documents inédits de l’ Histoire de

France, t. II, p. 375 à 490.

Le cardinal Charles de Bourbon.

Le cardinal Louis de Bourbon.

Jean de Salazar.

Etienne Poncher.

François d’Estaing.

Le cardinal Georges d’Armagnac.

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