CHAPITRE NEUVIÈME
Les Le Veneur.
Les Le Roux de T i 1 1 y .
demanda à son protège et ami Guillaume Philandrier les plans des belles arcades qui accompagnent cette porte, et soutiennent la terrasse de l’évêché, achevée sous l’épiscopat de Jacques de Corneillan.
Trois Le Veneur, Ambroise, Gabriel et Jean, de l'illustre famille normande de ce nom, alliée aux d’Annebaut et aux de Brezé, ajoutèrent à sa gloire militaire l’auréole de la création d’œuvres d’architecture qui honorent grandement la Normandie.
Ambroise, doyen d'Evrcux, dans les premières années du xvie siècle, faisait construire, dans cette ville, — sur le modèle du châtelet du château de Carrouges, domaine familial — , le pavillon du Doyenné, où il recevait avec une hospitalité fastueuse. En 1 5 1 1 , après la mort de Raoul du t'ou, qui avait marqué sa prélature de plus de trente ans, — 1479 a tbio — > Par l’édification du palais épiscopal, nommé évêque d’Evreux, il commande à Jehan Gossart les plans de la façade nord de la cathédrale. De 1 5 1 1 à i532, le château de Condésur-Iton était, par ses soins, entièrement rebâti en style Renaissance, pour servir de maison de plaisance aux évêques; le prélat y mourut le 27 septembre 1 536.
Gabriel, neveu d’Ambroise, ayant succédé à son oncle sur le siège épiscopal, continuait la reconstruction de la cathédrale par la façade occidentale.
Jean, frère d’Ambroise, parvenu aux plus hautes dignités ecclésiastiques par la faveur de François Ier, qui le tenait en haute estime pour ses talents de diplomate et d’administrateur, tout d’abord abbé commendataire de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre des Préaux, puis évêque de Lisieux, et nommé cardinal en 1 533, édifia le chœur de l’église de Tillières, une des plus belles œuvres de la Renaissance. Il fit restaurer, dans le style nouveau, le château des Loges, situé aux portes de Lisieux, et bâtir, au château de Garrouges, un pavillon qui constitue un type fort original de l’Architecture normande.
Les Le Roux de Tilly, d’une autre vieille famille normande, figurent avec honneur dans l’histoire de l’architecture.
Guillaume, conseiller à la Cour de l’Echiquier, achetait, vers la fin du xve siècle, la terre de Boisset-le-Chastel, et l’agrémentait d’un nouveau château, dont les plans furent dressés par Rouland Le Roux. Dans les premières années du xvie siècle, il ornait Rouen de cet hôtel du Bourgtheroulde qui en est un des joyaux artistiques.
Son fils, du même prénom, abbé d’Aumale et du Val Richer, hérita à la fois de sa grande fortune et de ses goûts artistiques. C’est lui qui, pour rendre cet hôtel plus vaste, et pour le faire répondre â son train de maison princier de grand dignitaire du clergé de Normandie, ajouta la fameuse galerie, où est représentée, en panneaux d’admirables sculptures, l’Entrevue du Camp du drap d’or. Avec le concours financier de Claude de Lorraine, duc de Guise et comte
LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE
d'Aumale, il fit bâtir la porte monumentale du monastère de Sainte-Marguerited’Auchy ou lès-Aumale, une des plus originales œuvres d’architecture en Normandie, malheureusement détruite aujourd'hui.
Le château de Nantouillet, dans l’Ile-de-France, création architecturale des plus remarquables, dont il ne reste plus que des ruines malheureusement, fut bâti pour le cardinal Du Prat, le célèbre ministre de François Ier, qui, avant son entrée dans les ordres après la mort de sa femme, fut chancelier de France et de Bretagne.
Le cardinal Joachim du Bellay, évêque de Paris, mis en possession des revenus de l’abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, sécularisée par Clément VII, les consacra à la construction, dans ce site charmant, d'un château dont les plans furent dressés par Philibert de l’Orme, qu'il avait connu en Italie, et ramené de Rome à Lyon en i 536.
Il faut adjoindreà ces illustres prélats, protecteurs de l’Architecture nationale, afin que cet aperçu rapide du mécénat religieux pendant la Renaissance ne soit pas trop imparfait : Geoffroy d’Estissac, doyen de Saint-Hilaire de Poitiers, et évêque de Maillezais, qui protégea Rabelais ; le cardinal de Givry, évêque de Langres ; le cardinal Robert de Lenoncourt, archevêque de Reims, François 1er et François II de Dinteville, et Jacques Amyot, le populaire traducteur de « Plutarque » et des « Amours pastorales de Daphnis et Chloé », évêques d’Auxerre ; Jacques de Saint-Gelais, doyen d’Angoulême et évêque d’Uzès; Lancelot du Fau, évêque de Luçon; et Jean de Langeac, évêque de Limoges. Les uns et les autres ont leurs noms inscrits glorieusement dans l’histoire artistique des cathédrales où ils siégèrent, pour les grands travaux de restauration, d'agrandissement, et d’embellissement qu’ils y firent exécuter, le plus souvent à leurs frais, avec une magnificence et un goût admirables.
Les grands financiers, les Robertet, les de Beaune, les Bohier, etc., tous issus de la bourgeoisie provinciale, et arrivés, par leur génie, leur activité, et leur audace dans les affaires, aux plus hautes charges de l’Etat, peuvent être, sans hésitation, mis en parallèle avec les plus fameux protecteurs des arts en Italie, les Médicis, les Chigi, les Pucci, les Gondi, les Altoviti, les Borgherini, les Strozzi, les Ruccelaï, les Taddeï, etc., qui tenaient à honneur, sinon à devoir, de consacrer une partie de leurs grandes richesses à des œuvres d’architecture pouvant devenir la gloire ou l’orgueil de leur ville et de leur province; et tous, par leurs descendants et parleurs alliés, ont constitué de véritables dynasties de mécènes.
Florimond Robertet, dit le grand Robertet, secrétaire de la reine Anne de Bretagne, nommé par Louis XII notaire et secrétaire signant en finances, puis trésorier de France au département de Normandie, véritable ministre des