‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 59 sur 236 · I.es Bohier · texte numérisé non relu

I.es Bohier

Les de Beaune.

finances de François Ier, puissamment enrichi par son mariage avec la fille de Michel Ier Gaillard de Longjumeau, a laissé un nom dans l’histoire de la Renaissance par la construction du célèbre château de Bury, vers i5o4, et à Blois du fameux hôtel d’Alluye, d’une si belle ordonnance architecturale et d’une ornementation à la fois charmante et pittoresque.

Son fils Charles, évêque d'Albi, continua, en i5io, la décoration picturale de la voûte de la cathédrale, commencée par Louis d’Amboise.

La création de Chenonceaua illustré, plus que toutes ses charges oilicielles si nombreuses, le nom de Thomas Bohier, allié et apparenté à toutes les grandes familles de robe, de finance et de cléricature de son temps, neveu de Jacques de Beaune-Semblançay, et de Robert Briçonnet, premier président de la Cour des Comptes, beau-frère de Jean du Bois, secrétaire des finances de Charles VIII, proche parent du cardinal Du Prat ; qui fut chambellan de Louis XI, trésorier notaire de Charles VIII, trésorier général des finances de Normandie, sous Louis XII, et que François Ier avait nommé trésorier général des Guerres, et lieutenant général pour le roi en Italie. Thomas Bohier habitait, à Tours, un hôtel qui, au dire de Guy Bretonneau, était « une des plus superbes maisons de toute la ville entre beaucoup d’autres qui s’y trouvent (i) ».

Thomas Bohier avait un frère du prénom d’Antoine, qui fut successivement nommé, en 149a, abbé de l’abbaye de Saint-Ouen, à Rouen, puis, en i5o5, abbé de l’abbaye de Fécainp, en 1 5 1 3 , archevêque de Bourges, et, en 1 5 1 7, cardinal. Pendant son séjour à Rouen, en i5o2, Antoine Bohier fit bâtir l’hôtel abbatial de Saint-Ouen, le manoir de Periers, qui dépendait de cette abbaye, et le château de Fontainc-le-Bourg. Abbé de l'abbaye de Fécamp, il enrichit l’église du monument destiné à commémorer les largesses faites à l’abbaye par les ducs de Normandie Richard Ier et Richard II ; du Tabernacle du Saint-Sang, œuvre italienne d'un grand prix, et des clôtures des chapelles, merveille d'art de la Renaissance normande. Archevêque de Bourges, il obtenait de Louis XII une partie des fonds nécessaires à la restauration de la cathédrale après le terrible incendie du 27 novembre 1 5 14, et il commença la construction de la tour Neuve, dite aussi la tour de Beurre.

Jacques de Beaune, tout d’abord trésorier général d’Anne de Bretagne, puis, sous Louis XII, trésorier général du Languedoc et de la Languedoil, nommé par François Ier surintendant des finances, et connu tragiquement dans l’histoire sous le nom de Semblançay, fit construire, de 1 5 1 8 à i525, à Tours, sa ville natale, le célèbre hôtel de Beaune (2). L’admiration et la reconnaissance populaires ont consacré, en lui donnant son nom, la fameuse fontaine de marbre élevée en

( x ) Guy Bretonneau : Histoire généalogique de la maison des Briçonnet, MDCXX, chez Jean Davmale, à Paris.

(1) Spont : Semblançay ; la Bourgeoisie financière au début du XVI" siècle, in-8°, 1895, Paris.

Portail de l’église d’Auxo.n, en Champagne

Œuvre présumée d’un des Faulchot

LES PROTECTEURS DE l'aRCHITECTURE NATIONALE

face de son hôtel par la municipalité, grâce à scs libéralités. Les châteaux de La Carte et de Semblançay furent agrandis et embellis de constructions considérables, d’un grand caractère artistique. Le fils de Jacques, Martin, archevêque de Tours, à partir de i 520, est probablement le prélat qui fit exécuter les parties nord et est du cloître de la cathédrale, les plus remarquables parties de cet intéressant édifice.

Une fille de Jacques de Beaune fut mariée à Raoul Hurault, comte de Cheverny et chancelier de France. A ce haut personnage est dû l'hôtel de la rue Saint-Martin, à Blois, dénommé populairement le « Petit Louvre », en raison de son caractère artistique et de son importance ; ainsi que les premières constructions du château de Cheverny, en Sologne, à trois lieues de Blois, que fit achever son fils Philippe, et que devait démolir son petit-fils, Henry, pour faire bâtir un nouveau château en 1634.

« Les Briçonnet, a écrit Guy Bretonneau, l’historiographe de cette famille, j,es Briçonnet. « pourraient se vanter d’avoir embelly, non pas une ville seulement, comme « Cœsar, mais bien plusieurs provinces de notre France, des plus magnifiques « bastimens qui s’y retrouvent. Les églises, tours, chapelles, châteaux, palais et « belles maisons, qu’ils ont faict ediffier en divers endroits de ce royaume,

« portent encore les marques de leur magnifique libéralité (1). »

Le premier membre de la famille qui ait laissé un nom dans l’histoire des arts est Jean Briçonnet, premier maire élu de Tours en 14G2, et receveur général des finances, qui épousa Jeanne Berthelot, fille de Jean Berthelot, maître de la Chambre aux deniers du roi, et que la reconnaissance publique fit surnommer « l’amateur des pauvres ». L’historiographe de la famille le qualifie « restaurateur et comme nouveau fondateur » de Saint-Clément de Tours. Il se fit construire un logis répondant par sa physionomie artistique à la situation sociale de ce haut magistrat.

François Briçonnet, qui fut aussi maire de Tours en 1499, trésorier de France, consacra des sommes importantes à la reconstruction, en 1 5o8, du château de Candé, un ancien manoir féodal.

Guillaume Briçonnet, fils de Jean, qui, après la mort de sa femme, était entré dans les ordres, et fut successivement évêque de Saint-Malo, de Meaux, archevêque de Reims, et cardinal, fit, à la fin du xve siècle, et au commencement du xvie siècle, étant ministre de Charles VIII, reconstruire en grande partie Saint-Saturnin de Tours, l’église paroissiale des riches bourgeois de la ville, édifier le magnifique clocher où était placée l'horloge municipale ; et aida, par ses libéralités, à la construction de Saint-Clément.

„ Pendant son épiscopat de Saint-Malo, il ordonna la construction, en une île de la mer distante de deux lieues de la ville, d’un couvent des Cordeliers.

(1) Guy Bretonneau : Ibidem, p. 10.

Page 1