‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 60 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Les Berthelot.

Jean Breton.

Jean de la Barre.

Bertrand d’Argentré, en son « Histoire de Bretagne », remarque qu’ « il y feist « parachever grand nombre de bastimens commencez et délaissez imparfaicts « par ses prédécesseurs ». Archevêque de Reims, il commença la construction de la salle archiépiscopale qu’acheva Robert de Lenoncourt ; et le Bureau de l’Hôtel-Dieu de Paris était dû aux libéralités du cardinal. « Il ne se contenta « pas d'orner la France de tant de superbes édifices, ajoute Guy Bretonneau, si « Rome n’eut porté les marques de sa magnificence, où personnes dignes de foy « m’ont asseuré d’avoir veu ses armes parsemées en divers endroicts de l’église « et monastère des Minimes francoys, et tient on par tradition qu’il y feist « bastir un collège des plus magnifiques de toute la ville (i). »

Denis Briçonnet, successivement abbé de Cormery, en Poitou, et de Saint- Martin d’Epernay, en Champagne, bâtit, au prieuré de Coulîay, dépendant de l’abbaye de Cormery, un hôtel dans lequel il dépensa plus de cinquante mille francs, au dire de l’historiographe de la famille, y restaura la grand maison dite Les Estanges ; et reconstruisit, en 1 520, le chœur de Saint-Martin d’Epernay.

Jean Briçonnet, fils de Guillaume, qui fut trésorier-général de Provence et du Dauphiné, second président de la Cour des Comptes, fit construire, dans l’église de Saint-Jean-en-Grève, à Paris, la célèbre chapelle des Briçonnet.

Anne Briçonnet, fille de Nicolas Briçonnet et de Nicole de Poncher, petitefille de Guillaume Briçonnet, épousa Jehan Groslier, le célèbre amateur d’art, trésorier de France, dont il sera question plus loin.

Jean Berthelot, beau-père de Jean Briçonnet l’aîné, consentait généreusement à démolir, en 1460, une partie de son hôtel, à Tours, pour l’agrandissement de l’église Sainte-Croix, auquel il contribua, en outre, par l’érection de la chapelle Saint-Barthélemy ; puis, il se fit bâtir un nouveau logis plus somptueux que le précédent. Son petit-fils, Gilles, successivement secrétaire de Louis XII, maître, puistroisième président de la Chambre des Comptes, et, sous François Ier, l’un des quatre trésoriers de France, s’est immortalisé par la construction du château d’Azay-le-Rideau.

Un Berthelot, maire de Poitiers, possédait dans cette ville, en 1529, un magnifique hôtel, qui en est encore une des curiosités artistiques les plus intéressantes.

Jean Breton, secrétaire de François Ier, pendant de nombreuses années, fit construire, en 1 532, sur l’emplacement d'un vieux manoir féodal, — le Colombiers — , situé sur le coteau du Cher, le château de Villandry, renommé pour son élégante architecture, et pour la richesse de son ornementation sculpturale.

Le château de Véretz, sur le même coteau, fut bâti pour Jean de la Barre,

(1) Guy Bretonneau : Ibidem, p. 110.

CHATEAU DU ROCHER, DANS LE MAINE Construit pour François de Bouillé

Porte de l’Abbatiale df. Saint-Martin d Acchy • Portail de l’abbaye d'Aumale

En Normandie En Normandie

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE 87

trésorier du roi. et prévôt de Paris, qui, en témoignage de gratitude pour François Ier, avait fait placer, au-dessus du portail d'entrée, une statue équestre de son souverain.

Parmi les grands seigneurs que François Ier commit à l’administration supérieure de ses « Bàstimens », il en est un, Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, trésorier de France, qui justifia de tous points cette faveur royale, et mérita constamment la confiance que, pendant tout son règne, lui accorda le souverain, et que lui continuèrent ses successeurs, Henri II et François II. Dans la construction du château de Villeroy, achevé vers i53ç), ce personnage fit preuve du goût le plus délicat et d’une grande largesse dans la dépense. Il se fit bâtir à Paris, près du Louvre, rue des Poulies, « un beau et somptueux logis, et maison, court et jardin, estables et autres aisances et appartenances » (i), qu’en 1 568 le duc d’Anjou acheta, pour la somme de cinquante mille livres, aux héritiers de Villeroy ; l’hôtel devint ensuite la propriété de .Marguerite de Navarre.

Un autre haut fonctionnaire de la même administration, Philbert Babou de la Bourdaisière, se fit remarquer également par un goût exceptionnel pour l’architecture. Lorsque Louise de Savoie fut mise en possession du château de Clos-Lucé, près du château d’Amboise, dont il était une sorte de dépendance, elle le donna à Philbert Babou, alors secrétaire du roi, qu’elle avait en estime particulière; celui-ci fit augmenter et embellir cette agréable maison, à laquelle le voisinage de la résidence royale ajoutait une valeur spéciale, fort appréciable pour un courtisan. Sur la terre patrimoniale de la Bourdaisière, située dans la paroisse de Montlouis en Touraine, Babou éleva un château important, d’un grand caractère artistique et de proportions monumentales, dont l’architecte est resté inconnu, mais qui fut, sans doute aucun, un des maîtres maçons que le surintendant des « Bàstimens du roi » avait sous son contrôle. Le i 5 avril i 044, il fonda, sur le coteau abrupte de Bondésir, également en Touraine, une fort belle chapelle prieurale, où il fut enterré en 1 557. François Ier concéda, en 1 5^3, à Philibert Babou, alors en grande faveur, de vastes terrains situés à l’extrémité sud de la place Foire-Le-Roi, à Tours, pour y faire bâtir un hôtel particulier. Cet hôtel, construit en 1624, était assez vaste et artistique pour que le roi daigna y loger en 1042, et pour qu’il put servir de résidence habituelle aux gouverneurs de la Touraine (2). Il existe encore à Tours un logis, de la fin du xve siècle, qui porte le nom populaire de la Petite Bourdaisière (3).

La haute influence de Philbert Babou au point de vue artistique était si bien consacrée que Geoffroy Tory, dans la préface de l’édition française du

(1) A. Berty : Topographie historique du vieux Paris, t. I, p. 91.

(2) Hôtel démoli en 1820.

(3) Aujourd’hui le Petit Séminaire.

Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroy.

Philbert Babou de la Bourdaisière.

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