CHAPITRE NEUVIÈME
Jehan Groslier.
En Franche-Comté.
Les Granvelle.
« De Re œdificatoria » d’Alberti, publiée en i 5 1 2 , après avoir rappelé que Charles VIII victorieux rapporta d’Italie l’art agréable de bàtird'après l’antique, donne au secrétaire et conseiller du roi, conjointement avec Nicolas Laurent Aleman, le premier imprimeur italien de l'ouvrage, la qualification de « Patrice columnaet ornamenta » (1).
Jehan Groslier, trésorier de France, général des finances en la charge d’Outre Seine et Yonne, trésorier payeur des armées en Italie, sous le règne de François Ier, né à Lyon en 147a, est un type fort original, sinon de mécène, du moins d’amateur des arts, et particulièrement expert en architecture.
En 1 5 1 o, il succédait à son père, Etienne Groslier, dans la charge importante de trésorier du duché de Milan, qui le força à résider pendant quelque temps dans cette ville, ainsi qu’à Venise, où le roi l’envoya en mission diplomatique. Il acquit de sérieuses connaissances artistiques dans la fréquentation des peintres et des sculpteurs de la Cour des Sforza, sans cesser d’être essentiellement français d'esprit, de goût et de tempérament, et il prit la passion des beaux livres auprès d’Alde Manuce et d’Erasme, ses habituels commansaux. Aussi, de retour en France, il organisait, dans son hôtel de la rue Saint-André-des-Arcs, une très riche collection de peintures, de dessins, de médailles, de manuscrits, de livres et de reliures. En matière de bâtiments, il devint une sorte de conseil officiel constamment employé par le roi, par les grands seigneurs et par les administrations de l’Etat. Catherine de Médicis le nomma un des commissaires chargés de vendre les hôtels d’Angoulême et des Tournelles ; le Parlement le choisit comme inspecteur des bâtiments du Palais; François Ier l’adjoignit à Pierre Chambiges, lorsque celui-ci reçut l’ordre de préparer les plans du Collège de France, projeté sur l’emplacement de l’hôtel de Nesles. Et le Bureau de la Ville de Paris l’appelait fréquemment en consultation, avec de grands artistes tels que Pierre Lescot et Gilles Le Breton, pour les constructions municipales importantes. Anne de Montmorency lui confia pendant longtemps une véritable surintendance des travaux d’architecture qu’il faisait exécuter à Chantilly, à Ecouen, et dans ses hôtels de Paris.
La Franche-Comté, qui, pendant la Renaissance, était une province placée sous la protection de l’Empire germanique, compte, en ce temps, quelques grands protecteurs de l’architecture, qui ont fait bâtir des édifices publics et privés, entrés, aujourd’hui, par l'annexion à la France, dans le patrimoine artistique national, où ils représentent une Ecole provinciale très caractéristique, ayant beaucoup plus d’affinités d’esthétique et de technique avec la France qu’avec tout autre pays.
L’illustre famille des Granvelle a laissé à Besançon les admirables témoignages d’un long mécénat exercé avec une magnificence toute princière.
(1) Alberti : Libri de re œdificatoria decem, un vol. in-8“, B. Rembolt, Parrhisiis.
LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE
Nicolas Pcrrenot de Granvcllc, petit-fils d'un forgeron d’Ornans, et le fondateur de cette brillante lignée d’hommes d’Etat et de prélats, qui fut premier conseiller d’Etat et garde des sceaux de Charles-Quint, se fait bâtir, de 1534 a 1540, le palais auquel on a donné populairement son nom; puis, reliant par un passage voûté ce palais à l’église des Grands-Carmes, il ordonnait l’érection de la chapelle des Granvcllc, achevée en 1 555, monument de haute architecture classique (1).
Nicolas Pcrrenot épousa, en i5i3, Nicole Bonvalot, d’une des premières familles bisontines. Pendant son veuvage, en i56o, Nicole Bonvalot lit transformer le vieil hôtel qu’elle tenait de son père, Jacques Bonvalot, seigneur de Champagney, en une résidence urbaine somptueuse, avec de vastes dépendances et un magnifique jardin.
Antoine Pcrrenot, le célèbre cardinal, le quatrième des quinze enfants du chancelier, que Philippe II pourvut successivement de l’évêché d’Arras, et de l’archevêché de Malines, achetait, en 1 382, un vieil hôtel, dit la tour de Montmartin, et le donnait à reconstruire à Richard Maire, qui bâtit un véritable palais, devenu, plus tard, sous Louis XIV, « le Gouvernement (2) ».
Le beau-frère de Nicolas Perrenot de Granvelle, François Bonvalot, ambassadeur de Charles-Quint en France, élu archevêque de Besançon en 1544, faisait bâtir, entre les années 1 538 et 1544, un grand hôtel, qui subsiste encore, remarquable par ses dimensions et son caractère monumental (3).
L’hôtel d’Archey, à Besançon, est dû à un des beaux-frères du cardinal.
Simon Gauthiot d’Ancier, surnommé le « Petit empereur de Besançon » (4), pour l’influence politique qu’il s’était acquise par ses rares qualités d’administrateur, par son ambition et par sa fortune, et qui accueillit, en Franche- Comté, le connétable de Bourbon lors de sa fuite de France, a laissé, à Besançon et à Gray, des témoignages de son goût pour l’architecture.
Et, enfin, parmi les mécènes bisontins, il convient de citer Ferry Carondelet, maître des requêtes au Grand Conseil de Malines, procureur en Cour de Rome de Marguerite d’Autriche, et, de 1 5 1 o à 1 5 1 3 , ambassadeur de cette princesse à Bologne et à Rome, qui reconstruisit, de i522 à 1 526, l’abbaye de Montbenoit, dont il fut nommé abbé commendataire, lorsqu’il se retira du Conseil des Flandres pour raison de santé.
La bourgeoisie enrichie par le commerce, par l’industrie et par la banque, ainsi que par les charges parlementaires, et qui accède pour ainsi dire automati-
(1) La chapelle des Granvelle a été transformée, au xix' siècle, en magasins industriels et en locaux d'habitation.
(2) Propriété du Sacré-Cœur.
(3) Siège de la Communauté de la Sainte-Famille.
(4) A. Castan : Granvelle et le Petit empereur de Besançon.
François Bonvalot.
Gauthiot d’Ancier.
Ferry Carondelet.
Les bourgeois protecteurs de l’Architecture nationale.