‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 62 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

A Paris.

A Rouen.

A Caen.

A Dieppe.

quement à la noblesse par l’achat des fiefs provenant des ventes fréquentes de parties du domaine royal, et des biens nobles tombés en déshérence, n'a pas moins d’amour du luxe, de goût pour les arts, et d'ambition de paraître au moyen d'habitations magnifiques, construites dans les formes architecturales nouvelles.

A Paris, les négociants français et étrangers luttent de richesse et de luxe, ainsi que d’amour-propre, avec les grands seigneurs, les parlementaires, les robins, et les financiers; et ils jouissent de leurs grandes fortunes par l'étalage orgueilleux d’un luxe vraiment princier, dans leurs demeures à la ville, et dans le « suburbanum » parisien.

La simple énumération de leurs hôtels et de leurs châteaux exigerait de nombreuses pages.

Dans les provinces, il n’en est pas différemment.

A Rouen, les fabricants de toiles, les marchands d’épices, les armateurs, etc., se font construire, par les maîtres maçons et les maîtres charpentiers, d’une ingéniosité et d’une hardiesse extraordinaires, ces logis et ces maisons de pierre et de bois, d’une architecture et d’une décoration si originales et si pittoresques, dotent chaque quartier de ces églises et de ces chapelles, qui, hier encore, au temps du Romantisme, faisaient de la capitale de la Normandie la cité d’art célébrée avec enthousiasme par Victor-Hugo :

... La ville aux vieilles rues,

Aux vieilles tours, débris des races disparues,

La ville aux cent clochers carillonnant dans l'air,

Le Rouen des châteaux, des hôtels, des bastilles,

Dont le front hérissé de flèches et d’aiguilles'

Déchire incessamment les brumes de la mer.

A Caen, les Vallois, les Duval, les Morel, et les Le Sens, enrichis par le commerce, font bâtir, au xvi° siècle, les beaux hôtels de la ville qui sont encore aujourd’hui les plus exquis joyaux de la couronne artistique de l’Athènes normande.

A Dieppe, Jean Ango, le fameux armateur dieppois enrichi par son commerce de mer et par le fermage des recettes du duché de Longueville et Etourville, des abbayes de Fécamp et de Saint-Wandrille, et des revenus de la vicomté de Dieppe, dont François Ier lui conférera le titre en même temps que le gouvernement de la ville et du château, lors du voyage de 1 5 3q, faisait construire à Dieppe une maison de bois, qui devint l’objet d’une admiration universelle; dans l'église Saint-Jacques, des chapelles d’une rare magnificence; et, à Varangeville, un manoir, auquel le nom d’Ango est resté historiquement attaché.

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE 91

A Orléans, ce ne sont point des marchands, mais des gens de robe et de Cour qui construisirent les hôtels qui font encore de cette ville une des cités les plus artistiques de France : Jacques Groslot, docteur en droit, chevalier, seigneur de Champ-Baudoin, maître des requêtes des hôtels du roi. chancelier d’Alençon et bailli d’Orléans, dont le beau logis est aujourd’hui le siège de la municipalité; Nicolas Compaing, sieur de Fresnay et de Villette, conseiller du roi au Grand Conseil, et chancelier de Navarre, fils de Pierre Compaing, récompensé, pour sa belle conduite pendant le fameux siège des Anglais, par le don royal delà maison dite d’Agnès Sorel ; Jean d’Alibert, qui a laissé son nom à l’une des œuvres d’architecture les mieux conservées ; Guillaume Toutain, valet de chambre du dauphin François; Hugues Bergereau, écuyer de cuisine du duc d'Orléans; François Colas, sieur des Francs, maire d’Orléans, que Charles IX appelait affectueusement « son père », etc.

A Poitiers, de vieilles familles, Les Le Bascle, les d’Elbène, les Fumée, les Gervains, les Bauce, les La Touche, les La Béraudière, les Moulins de Rochefort, les Herbert, et les Claveurier, qui détiennent les principales charges, embellissent la ville d’hôtels et de logis. Ceux qui ont échappé aux Guerres de religion, douloureuse période de vandalisme, de désastres et de ruines pour l’Architecture nationale, permettent d’imaginer ce que devait être, au xvie siècle, en pleine floraison d’art local, cette cité encore si pittoresque et si originale.

A Troyes, les marchands et les industriels, les tanneurs, les blanchisseurs, les teinturiers, les papetiers, etc., les Molé, les Mesgrigny, les Mauroy, les Largentier, les Lesprivier, les Dorigny, les Huyard, les Angenoust, les Marisy, les Hennequin, les Le Mairot, les Raguier, etc., qui, enrichis par la prospérité du commerce, se substituent, peu à peu, dans la hiérarchie sociale, aux nobles décimés, appauvris sinon ruinés par la Guerre de Cent ans, se font remarquer par le luxe de leurs habitations, dont les hôtels de Vauluisant, de Chappelaines, des Ursins, de Marisy, d’Autruy, Deheurles, Riglet, etc., nous ont conservé des types caractéristiques, mais non, sans doute, les plus beaux, disparus dans le terrible incendie de 1524, qui détruisit les riches quartiers de la ville. Animés d’un ardent patriotisme local, ces bourgeois tiennent à honneur et devoir de faire profiter la cité de leur goût pour les arts et de leur générosité qui touche ci la magnificence. Guillaume Molé et sa femme, Simone Boucherat, font édifier à leurs frais le portail de Notre-Dame-aux-Nonnains que l’admiration publique avait baptisé le Beau Portail (1). La famille de Mauroy, par ses dons, permet l’érection de la porte de l’ancien cimetière à la Madeleine. Jean Dorigny et Claude Molé donnent les terrains nécessaires pour l’agrandissement de Saint- Pantaléon (2); et Nicolas Largentier, seigneur de Vireloup, laisse par testament,

A Orléans.

A Poitiers.

A Troyes.

(1) Boutiot : N otre Dame-aux-N onnains dans l’Annuaire de l’Aube de 1867.

(2) Babf.au : L'église Sainl-Panlclcon de Troyes, 1881, in-8% p. 12.

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