‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 63 sur 236 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

A Besançon.

A Toulouse.

A Montpellier.

A Valence.

Goût du peuple pour

l’Architecture nationale.

pour l’achèvement de cette église, une somme qui, après la liquidation du procès que provoqua ce legs, atteignit 3.ooo livres. Un Jacques Collet prit à sa charge entière la reconstruction de Saint-Nicolas-lc-Calvaire.

Besançon, au temps de la Renaissance.se couvre de nombreux hôtels, d’une architecture imposante et sévère, que se font bâtir à l'envi les bourgeois enrichis par les foires financières et commerciales dont Nicolas Perrenot de Granvelle a doté la petite république, pour compenser la rupture de son traité de combourgeoisie avec Berne, Fribourg et Soleure, trop favorable aux progrès du protestantisme (i) : les Pillot, les Joutïroy, les Mareschal, les Chassignet, les d’Emskerque (2), les Chevanney (3), etc.

A Toulouse, de simples marchands de pastel, les Assézat, les de Bernuy ont assuré l'immortalité à leur nom par la construction de logis qui vont de pair, s’ils ne les éclipsent, avec les hôtels des opulents conseillers du Parlement : les de Bagis, les de Molinier, les de Clary, les de Roquettes, les de Meynier, les de Mcnsancal, etc.

A Montpellier, la bourgeoisie se fera remarquer par le luxe discret de ses demeures, d’une architecture locale très particulière : « Les hôtels dont « le plan est bien conçu ont une façade des plus simples. Tout le luxe architec- « tural est concentré dans l’escalier qui est au fond de la cour et dans la « décoration des appartements. Les portes sont très artistiques comme les « escaliers dont les combinaisons sont des plus ingénieuses, et qui sont ajourés « sur la cour. Certaines cages se terminent par des tours de guet (4). »

A Valence, les rares types de l’architecture privée, la « maison des Tètes », la maison Dupré-Latour, qui ont survécu au vandalisme des Guerres de religion et aux transformations édilitaires modernes, nous révèlent les goûts de magnificence, d’originalité et de fantaisie des opulents marchands, et des savants universitaires de cette ville : les Joubert, lesCondres, les Ploviers, les Giraud, les Mayaûds, les Mervilloux, les de Marquet, les de Saillans, les de Gênas, les de Dorne et les Richard (5).

Et cette passion, ce goût, et cet instinct des belles architectures ne sont point, à la Renaissance, le privilège des hautes classes de la nation : l’aristocratie et la

(1) A. Castan : Besançon et ses environs, 1880, p. 2 6.

(2) Les d’Emskerque, venus d’Anvers, arboraient fièrement sur la façade de leur hôtel des armoiries parlantes : D’azur à trois harengs d’argent couronnés d’or, adextrés et posés en fasce.

(3) L’hôtel Chevanney était si vaste et si luxueux que le duc Charles IV de Lorraine en fit sa résidence quand il séjourna à Besançon avec la belle Béatrice de Cusance.

(4) J. CiAUTHIKR : Du félibrige latin, Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifiques, 4 avril 1907.

(5) Marius Villakü : Les monuments de la Renaissance à Valence, Bulletin de la Société départementale d’archéologie et de statistique de la Drôme, année 1906.

Maison dite de « Jean d’Aliderï », a Orléans Type d’hôtel bourgeois en Orléanais

LES PROTECTEURS DE L’ARCHITECTURE NATIONALE

riche bourgeoisie. Les petits commerçants et industriels, les artisans, les manouvriers, les manants, — le peuple, en un mot, — se piquent de les apprécier, de les goûter et de les aimer; et ils savent manifester leurs sentiments et leur opinion sur les œuvres des maîtres maçons et des architectes d'une façon assez expressive pour qu’on ne s’avise point de les dédaigner.

En 1485-1486, la population rouennaise critique si vivement les travaux d’architecture et de sculpture qui viennent d’être exécutés à la cathédrale, dans la Cour des libraires et au portail Saint-Siméon, que le chanoine Perchart qui les avait dirigés dut immédiatement donner sa démission d’intendant artistique du Chapitre.

On contait dans Toulouse, à la (in du xvie siècle, une plaisante anecdote relative à la construction de l’hôtel de Molinier, célèbre par son portail. Un villageois ayant affaire, pour un procès, avec un homme de loi qui habitait cet hôtel, remarque en entrant que le corps de logis ne répondait point, en scs dimensions et en sa décoration, à la magnificence et à l’énormité du portail. Dès qu’il fut sorti, il s’empressa de demander malicieusement au premier passant : « Où est-ce qu’estoit la maison d’un tel portail ? »

Lorsque, en 1 533, la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, construite sur les plans et sous la direction du Boccador, fut découverte, les Parisiens trouvèrent l’unique création architecturale du deviseur de plans italien si laide, et d’une forme si surannée, que la municipalité, qui pourtant avait adopté, en pleine connaissance de cause, le projet du palais en style ogival, dut faire droit aux critiques, sans doute aucun, très vives et fort malicieuses de la population : Elle ordonna la démolition de la façade, et demanda à Pierre Chambigcs les plans d'un édifice dans le style nouveau.

Les municipalités, les Chapitres de cathédrales, les Fabriques d'églises avaient l'habitude non seulement de faire examiner les plans et devis de constructions importantes par des commissions composées de gens de métiers, maîtres des œuvres du roi ou de la ville, maîtres jurés, etc., auxquels étaient adjoints les échevins et les fonctionnaires compétents, mais de les soumettre ensuite à l’appréciation de bourgeois de la ville connus pour leur bon goût ; et même, parfois, ces plans étaient exposés publiquement pendant plusieurs jours. Par exemple, ces formalités administratives sont remplies scrupuleusement, en 1469, en 1485, en i5oi et i5o4, avant l’entreprise des travaux d'achèvement de la tour Saint-Romain et de la tour de Beurre de la cathédrale de Rouen.

Et l’on ne pourrait assez mettre en relief avec quelle indépendance les membres de ces commissions exprimaient et défendaient leur opinion, leurs avis et leurs conseils. Ainsi, lorsque le Chapitre de cette cathédrale décida de terminer la tour de Beurre, il fut réunie une commission qui comprenait le cardinal-archevêque, les chanoines, des maîtres maçons et des notables. On fit la proposition de couronner le monument par un pavillon faisant

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