CHAPITRE NEUVIÈME
pendant à celui de la tour Saint-Romain. Une longue et vive discussion s’ouvrit à ce propos; la commission fut unanime à la repousser, et donna la préférence au projet d’une flèche, en dépit du sentiment contraire du grand prélat. La question, toutefois, resta pendante durant plusieurs années; et Rouland Le Roux réussit, par son éloquence professionnelle, à imposer un nouveau plan de sa façon, celui de l’achèvement de la tour en couronne (i).
A Troyes, en 1549, la Fabrique de Saint-Etienne commande à Dominique Florentin, sculpteur, et à son gendre, le maître maçon Gabriel Favereau, le « pourtraict » d'un jubé à élever dans cette église; il spécifie qu’il soit fait à plusieurs exemplaires pour être « montré à gens à ce congnoissans » (2).
Les faits d’enthousiasme populaire pour les œuvres d’art, dont Vasari et les annalistes italiens ont fleuri si abondamment l’histoire artistique de la Renaissance, ne furent certainement point rares chez nous, au même temps. Malheureusement, les chroniqueurs locaux n'étaient guère curieux de tout ce qui se rapportait à l'architecture; et l’érudition sur ce point ne nous a encore fait que des révélations bien peu nombreuses et fort sommaires. En voici une pourtant qui ne manque point de saveur :
Lorsque Jehan Guailde eut terminé les sculptures du fameux jubé de la Madeleine, à Troyes, les bourgeois et les prêtres vinrent en foule s’offrir pour aider les maçons à porter les pierres ouvrées dans l’église et à les monter sur les échafaudages. La Fabrique fit servir à ces manœuvres volontaires des goûters complets avec pains blancs, vin et « flannetz » (tartes composées de farine, lait, œufs et beurre) (3).
(1) Deville : Revue des architectes de la cathédrale de Rouen.
(.2) Babeau: Dominique Florentin, p. 133-134.
(3) Assier: Comptes de la fabrique de l'église de la Madeleine, in-8", 1854.