CHAPITRE DEUXIÈME
Le Tombeau des d’Amboise à la cathédrale.
Au même moment, grâce au génie de Rouland Le Roux, allait éclore, à l'aurore de la Renaissance, l’une des plus belles fleurs de l’art nouveau : le Tombeau des d’Amboise.
Par son testament, Georges Ier d’Amboise avait légué au Chapitre de la cathédrale de Rouen une somme de 2.000 écusd’orau soleil (1) pour qu’il lui fût élevé un tombeau en marbre dans l’édifice religieux, dont l’embellissement avait fait l’objet de tant de libéralités princières du grand cardinal.
Rouland Le Roux fut chargé de dresser les plans et de diriger les travaux de construction du monument (2). Les Comptes nous font connaître que, de l’année i5i6 à l’année iâeo, le maître de l’œuvre de la cathédrale reçut annuellement une somme « de vingt escus sol, vallant 40 liv. pour ses peines et « vacations tant pour les pourtraietz qu’il a faicts et vaqué plusieurs journées, « mesmement d’avoir eu le regard et charge de la sépulture ». Dès 1 5 1 6, l’on rassemblait et préparait dans la loge des « imaygiers » les matériaux qui devaient entrer dans la composition du tombeau; mais la première pierre ne fut posée que quatre ans après, selon les comptes des trésoriers de Georges II d’Amboise. De i52o à 1 5 2 1 , dix-huit maçons-tailleurs de pietre, payés cinq sous par jour, furent occupés aux travaux de la maçonnerie. Les sculptures furent terminées le 3 janvier 1 525. Rouland Le Roux y employa les artistes qui avaient travaillé au grand portail central de la cathédrale, et auxquels il était payé, par jour, de six à sept sous. Desolbeaux touchait, pour lui et son « varlet », vingt sous. Richard Duhay et Léonard P’eschal firent la peinture et la dorure, dont la maind’œuvre et les fournitures occasionnèrent une dépense de 18 livres. Le monument tout entier coûta la somme de 6.952 livres 1 6 sous et 4 deniers.
Le tombeau des cardinaux d’Amboise prouve la fécondité et la diversité du génie de Rouland Le Roux. Avec une aisance merveilleuse, le maître sut composer dans le style nouveau un monument considérable, d’une originalité exceptionnelle, d’une pureté de lignes extraordinaire, d’une parfaite harmonie de proportions, et d’une ornementation aussi délicate que riche. Quelle éclatante et décisive démonstration que la Renaissance française n’a été que l’expression
(1) Soit environ 20.000 francs.
(2) Plusieurs historiens, notamment Deville, déclarent que Pierre Valence, le maître maçon tourangeau, qui avait été employé à Gaillon, fut tout d’abord invité à faire le monument, et qu’il refusa de se charger de ce travail pour des raisons restées inconnues. Le texte du passage du Cahier des mises pour la sépulture (Archives de la Seine-Inférieure, G. 97) relatif à la démarche faite auprès de Pierre Valence, contredit, semble-t-il, l’assertion constamment répétée depuis Deville jusqu’à nos jours, de la commande du monument à cet artiste : « Pour ung voyage fait par Romain Guyot, bonnetier à « Tours, par le commandement de monsr de Sauveterre, devers Pierre Valence machon qui estoit au « dit lieu, pour avoir son oppirtion sur le paict de la dite sépulture et pour savoir s’il vouldroit entre- « prendre l’ouvrage d’icelle avec ses compagnons, comme il appert par la réponce qu’en fist le d. « Valence à mon dit seigneur de Sauveterre, et l’attestation du dit Romain, lequel eust pour le d. « voyage 65 s. ». Suivant la coutume, les plans de Rouland Le Roux avaient été communiqués à Pierre Valence, pour qu’il en donnât son opinion purement et simplement, et qu’il fût à même de prendre une décision pour l’entreprise des travaux.
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naturelle, logique et spontanée d’idées artistiques depuis longtemps en germe dans l’imagination de nos maîtres maçons-tailleurs de pierre, qui, pour donner à cette expression, la précision, la clarté et la beauté complètes, n’eurent point besoin de faire appel à une intervention étrangère! Le simple reflet de l’Antiquité, qui leur vint subitement, comme il était venu aux « quatrocentisti » italiens, fut le rayon de soleil qui féconda ces idées et amena leur floraison superbe. Le maître de l’œuvre de la cathédrale, qui avait dessiné pour le grand portail central, d’une main si sûre et si ferme, les ogives des voussures, les enroulements de feuilles, de fruits et de fleurs des pieds-droits et des archivoltes, les profils des colonnettes, les nervures flamboyantes des fenestrages, les aiguilles et les clochetons des pinacles; qui avait inséré dans les niches aux dais ajourés et aux consoles fleuronnées des figures d’un sentiment si touchant, et fait ramper sur les gables, dans les gorges des moulures, des animaux d’allures si pittoresques; allait couvrir les pilastres, les frises, les corniches, les attiques et les entablements, en marbre polychrome, du Tombeau des d’Amboise, de rinceaux, de guirlandes, de chutes, d’arabesques, de volutes, d’une élégance raffinée, d'une grâce exquise, et animer ce décor fastueux de statues, de groupes, de hauts et bas-reliefs, de figurines et de médaillons, où la recherche de la séduction sensuelle des formes prime la préoccupation de l’allégorie, du mythe, et du symbole. Rouland Le Roux avait vu à Gaillon les premiers essais d’ornementation d'après l’antique ; il connaissait le tombeau de François II de Bretagne à la cathédrale de Nantes, œuvre de Jehan Perréal et de Michel Colombe. Cette vision avait suffi pour éveiller en lui l’instinct d’une évolution, qui ne lui coûta ni tâtonnements ni efforts, et où il resta, ce qu’il était auparavant, un grand artiste original et puissant (i).
Entre temps, en i520, le maître de l’œuvre de la cathédrale avait dirigé la reconstitution de la fontaine du parvis de Notre-Dame, qui avait été démolie, lors de l’entrée de Louis XII à Rouen. Cette fontaine était un édifice octogone, de style ogival, en forme de tambour, richement orné de pilastres à pinacles, de figures de vertus et d'anges, insérées dans des arcatures à gable fleuronné; l’eau se déversait sur quatre des faces du soubassement du tambour dans une large vasque de pierre. Et il avait bâti, en outre, la pittoresque fontaine dite de Lisieux.
Pendant sa longue carrière artistique, le maître des œuvres de maçonnerie de la Ville et de la cathédrale fut chargé de nombreux travaux, en dehors de ceux qui lui incombaient de ces fonctions. En i 504, associé avec Richard Boissel, il
(1) F.n 1541, Ceorges II d’Amboise fit apporter au tombeau une modification importante par l’adjonction d’un second « priant » qui était son portrait. Le 6 août de cette année-là, Jean Goujon faisait marché « de faire la tête du priant et sépulture de monseigneur » et # parfaire et asseoir icelle « en la place où elle doibt demeurer ». En 1550, par suite des volontés dernières du neveu du grand « cardinal, le « priant » en question fut remplacé par une autre statue où Georges II d’Amboise est figuré en « habit de cardinal et non plus simplement en costume d’archevêque ».
La fontaine du parvis de la cathédrale.
La fontaine de Lisieux.
Travaux divers de Rouland Le Roux.
Mort
de Rouland Le Roux.
Les Le Roux, de Rouen.
prend part à l’entreprise de la construction, sur leurs plans, d’une partie de l'église Saint-Herbland (1 ). On trouve fréquemment son nom dans des comptes de travaux, dans des procès-verbaux d’expertise et de visites, à Saint-Maclou, à Saint-Nicolas, à Saint-Michel, à Saint-Etienne la Grand’Eglise, au Collège des chapelains du Saint-Esprit (2). Il est cite le premier parmi les maîtres maçons qui, en 1 5 1 7, rédigèrent le devis des travaux de la fondation du Havre de Grâce pour le commissaire de l’amiral de France, Guyon Le Roy, sœur de Chillon, et pour l’exécution duquel il s’était présenté, en même temps que Jean Gaulvain, « maistre des ouvrages de maçonnerie d'Harfleur »,et Michel Féré,« maistre des ouvrages de maçonnerie d'Honfleur », qui, ayant offert un plus fort rabais, furent déclarés adjudicataires de cette colossale entreprise (3).
Sa renommée s’était répandue hors de sa province. Dans les Registres des délibérations du Chapitre de la cathédrale de Beauvais, est mentionné le voyage que fit à Rouen un chanoine pour obtenir du Chapitre de Notre-Dame qu’il autorisât Rouland Le Roux à se rendre à Beauvais en vue de donner son avis sur les travaux de Martin Chambiges. En 1 5 1 8, François de Rohan invitait le maître de l’œuvre de la cathédrale à venir à Angers; il désirait le consulter, en même temps que d'autres maîtres maçons réputés, sur le projet de la reconstruction en pierre des flèches de Saint-Maurice. Et, il parait certain que Rouland Le Roux fournit des devis pour beaucoup d’églises et pour des hôtels de riches bourgeois de Rouen et de la province de Normandie.
Au commencement de l'année 1 526, vieux et malade, Rouland Le Roux songea à résigner toutes ses fonctions. Le 3 février, il adressait au Chapitre sa démission de maître de l’œuvre de la cathédrale, et demandait la charge pour son gendre Julien Chanevyere. Les chanoines décidèrent qu’une enquête serait faite sur les aptitudes professionnelles du candidat. Sur ces entrefaites, Rouland Le Roux mourait; et, après de longues hésitations, le Chapitre lui donnait pour successeur Simon Vitecoq.
Rouland Le Roux avait un frère du prénom de Jean, qui était maître maçon et maître charpentier. On le trouve associé avec Pierre Le Jureur, au début du xvi* siècle, pour la construction du comble du « Parloir aux bourgeois » de Rouen.
II prit, avec Rouland, l’entreprise du grand portail de la cathédrale. Dans différents actes, Jean Le Roux porte le titre professionnel de« maistre de l’œuvre pour le roy à Rouen ». Il fut employé en 1 534-1 536, et 1540, 1642, 1 543, à des expertises et visites de travaux à Saint-Vincent, à Saint-Jean, à Saint-
(1) C'h. de IIeaurepaire : Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, t. IV, p. 178-187.
(2) Archives de la Seine-Inférieure (G. 4882, 6558, 6879, 7164, 7316, 8843), documents cités par Ch. de Beaurepairf. dans le Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1904, p. 129.
( }) De Mervai. : Documents relatifs à la fondation du Havre, 1875, p. 28.
Tombeau des d’Amboise, dans la cathédrale de Rouen
Œuvre de Rouland Le Roux
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Maclou, et à Notre-Dame-dc-la-Ronde. On a trouve dans les archives (i), mais sans indications familiales permettant de les rattacher à Jacques et Rouland Le Roux, les noms de Jean Le Roux, maçon à Beuzeville (i5o5), de Richard Le Roux « imagynier » à la cathédrale de Rouen (i5i3), et de Nicolas Le Roux « maître des œuvres de maçonnerie du bailliage de Caen » ( 1 5 1 7 ) . Un maître maçon du nom de Robert Le Roux figure, à la date du 19 février 1 5 1 o, dans les comptes des dépenses du pavillon d’entrée du doyenné d’Evreux, 1507- 1 5 3 1 (2).
Dans les travaux de la cathédrale, Rouland Le Roux eut sous ses ordres de nombreux maçons; quelques-uns devinrent des maîtres habiles et réputés, dont les noms figurent avec honneur dans l’histoire de l’Architecture normande(3). Robert Frcsnellc fut le maître d’œuvre de Saint-André, en 1544. Thomas Theroulde est mentionné fréquemment dans les registres des délibérations du Conseil de la Ville comme expert pour d’importants travaux. Doudement s’associa avec Simon Vitecoq pour la reconstruction de l’église et de la tour Saint-Jean. Chaillot,de 104b à 1 5 53, fut le constructeur de Saint-Nicaise. Tyrouin fait des expertises à la Cour des Aydes en 1 5 3q ; à Saint-Nicolas, en 1 55 5 ; à Saint- Godard, en i55g. Rouland Le Roux fut donc un vrai chef d’école dont le génie artistique, l’autorité professionnelle, et l’influence corporative, contribuèrent puissamment à donner à l’Architecture normande, dans la première moitié du xvi® siècle, l'essor extraordinaire qui permet de la comparer, sans infériorité, à celui de l’Architecture italienne, pendant la même période, à Florence, à Venise, à Rome, et à Milan.
Vers le même temps que Jacques Theroulde et Pierre Delorme bâtissaient pour Antoine Bohier l’hôtel abbatial de Saint-Ouen, Guillaume Le Roux, seigneur du Bourgtheroulde, et collègue de ce dernier à la Cour de l'Echiquier, faisait construire l’Hôtel du Bourgtheroulde. Les deux édifices se ressemblent beaucoup dans leur physionomie générale : mêmes façades ici et là, — sauf qu’au Bourgtheroulde les travées sont au nombre de deux au lieu de trois — , mêmes tours d’angle polygonales pour l’escalier à vis desservant les étages; mêmes tourelles en encorbellement à l’angle opposé; mêmes ordonnance architecturale et conception décorative : des pilastres à pinacles superposés formant encadrement d'ouvertures et séparation de travées dans les façades et de faces dans les tours ; même disposition particulière des lucarnes faisant encoche profonde
(1) Ch. de Beaurepaire : Les architectes de Rouen au commencement du XVI' siècle, Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1904, p. 130-131.
(2) Abbé Blanquart : Comptes des défenses four la construction du favillon d' entrée du doyenné
d' Evreux.
(3) On lit dans le procès-verbal de l’entrée à Rouen du roi Henri II, transcrit sur les registres de l’ Hôtel de Ville, octobre 1550, cette réflexion piquante : « I.es échevins, avec grande instance et « prières, mandèrent donc de venir de loingtains pays souverains et excellentz maistres en leur art « consommez, quoiqu’il y en eut grand nombre de suflîsantz et très experts en la ville. »
Les élèves
de Rouland Le Roux.
L'Hôtel
du Bourgtheroulde à Rouen.
dans le mur de façade, au lieu de partir de la base du comble. Seules, les tours d'angle présentent une différence d’aspect : celle de l’Hôtel du Bourgtheroulde est parée de bas-reliefs à scs deux étages, alors qu’à l’hôtel abbatial, la tour n’a d’autres ornements que les encadrements des baies et son couronnement de lucarnes d’une grande élégance. De tout cela, il semble qu’il y ait entre les deux édifices une certaine parenté d’origine, ou tout au moins que les deux propriétaires se soient piqués d’une émulation de bon goût, de luxe et d'amour-propre.
Au premier étage de l'Hôtel du Bourgtheroulde, les parois des travées sont entièrement remplies par deux compositions de caractère idyllique et champêtre. La première représente les travaux et les plaisirs rustiques de l’été : la fenaison, la natation, etc.; la seconde, ceux de l’automne : la chasse, la pêche, etc. ,On admire leur disposition ornementale ingénieuse formant aux fenêtres un encadrement fort pittoresque. Au second étage, les bas-reliefs n’occupent que le soubassement des fenêtres. Ce sont des scènes galantes, à personnages de paysans, de bergers et de bergères, accompagnées de légendes qui en indiquent le thème :
Berger à sa bergère Promptement se ingère.
Passe temps légers Nous valent argent.
S’ilz ne sont d'argent Ilz sont de bergers.
Nous sommes des fins Aspirant à fins.
L’Hôtel
du Bourgtheroulde, création probable de Rouland Le Roux.
(1) Le Likur, en son Livre des Fontaines, 1525, dit de la fontaine de Lisieux : « La plupart des « frais furent payés par noble homme Guillaume Le Roux, seigneur du Bourgtheroulde, conseiller du « roy en sa cour du Parlement h Rouen qui, comme vray et bon zélateur du bien public, paya de ses
Au cours des siècles, l’Hôtel du Bourgtheroulde a subi des modifications qui l’ont altéré profondément. Les ouvertures, au rez-de-chaussée et au premier étage, ont perdu leurs encadrements très ornés; le comble a été abaissé; et la tour d’angle a été décapitée, sans doute aucun, de ses lucarnes. En 1824, à la suite d’un procès intenté par la Ville de Rouen au propriétaire de l’immeuble, la tourelle en encorbellement sur la rue du Panneret, qui menaçait ruine, a été démolie. Heureusement on peut se rendre compte par d’anciennes gravures de ce qu’était l’œuvre primitive : un pur bijou d’Architecture normande.
Qui fit les plans et dirigea la construction de l’Hôtel du Bourgtheroulde ? Cette question a fort préoccupé les érudits sans qu’ils aient pu la résoudre, en l’absence de tout document et même de toute tradition. Rouland Le Roux n’en serait-il point l’auteur ? Cette hypothèse ne pourrait-elle se justifier par les considérations suivantes ? Le maître maçon rouennais était en relations avec Guillaume Le Roux. Ce fut celui-ci qui paya une grande partie de la dépense faite pour l’érection de la fontaine de Lisieux, création de Rouland Le Roux (1).
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS I 2 7
Guillaume Le Roux avait fait construire un château à Boissey, non loin du Bourgtheroulde. Une des lucarnes du grand corps de logis contient, comme motif de décoration, la « roue », qui a été relevée à la fois au Palais de l'Echiquier et au grand portail central de la cathédrale, et qui est tenue, par de bons juges en la matière, pour les armes parlantes du maître d’œuvre (i), ce qui permettrait de supposer que Rouland Le Roux fut chargé de faire les plans de ce château. Au défaut du célèbre maçon, ne serait-ce point à l’un des auteurs de l’hôtel abbatial de Saint-Ouen que Guillaume Le Roux aurait demandé les plans de son logis? Les analogies de dispositions architecturales que présentent les deux constructions autorisent à faire cette seconde hypothèse. 11 semble bien que ces divers maîtres maçons peuvent être mis en cause dans cette question historique avec quelque vraisemblance.
Après la mort de Guillaume Le Roux, en i52o, l’Hôtel du Bourgtheroulde échut en héritage à son fils, prénommé également Guillaume, abbé d’Aumale et du Val-Richer. Le nouveau propriétaire l’agrandit d’une galerie en retour sur le côté gauche de la cour, et fit modifier la façade du corps de logis par l’apposition de nouveaux bas-reliefs, pour la mettre en harmonie de caractère avec cette annexe. La galerie servait pour les réceptions auxquelles ce religieux, à la tête de deux importantes et riches abbayes, était forcément astreint pendant son séjour à Rouen. Elle ne comprend qu’un vaste rez-de-chaussée, percé de six larges baies en arc surbaisse”, que séparent des pilastres d’ordre corinthien, divisant le bâtiment en autant de travées, dont le mur plein porte un triple rang de panneaux recouverts de bas-reliefs. La décoration sculpturale de cette galerie a rendu l’édifice célèbre dans le monde entier; c’est, en effet, une œuvre d’art unique et un monument historique d’un intérêt exceptionnel. Les panneaux qui servent d’allèges aux croisées forment une sorte de frise consacrée à la représentation de l’entrevue du Camp du Drap d’or, qui eut lieu, le 7 juin i52o, dans la plaine du Val-Doré, entre Guines et Ardres. Guillaume Le Roux, grand dignitaire de l’Eglise et haut personnage officiel, puisqu’il avait été un des négociateurs du Concordat de 1 5 16, devait faire partie du cortège de François Ier, aux côtés du cardinal de Boissi, légat du Saint-Siège en France. Il aura voulu commémorer dans l’hôtel familial cet événement, pour faire perpétuellement honneur à sa maison du rôle qu'il y tint. Et c’était en outre pour l’abbé un moyen de faire habilement sa cour au roi, et de parvenir aux honneurs suprêmes qu’il pouvait ambitionner : un siège archiépiscopal et un chapeau de cardinal.
« propres deniers tous les ouvrages besoignant en ses cours et prêta à la ville la somme de douze à « quinze cents livres tournois; lesquels furent rendus et remboursés. Plut à notre seigneur qu’il y eut « dans la dicte ville bon nombre de bons citoyens désirant ainsi subvenir aux nécessités de la ville
« au cas offrant. »
(i) Communication faite par J. -B. Foucher à la Société des architectes de Rouen, le 27 juin 1903: Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1903, p. 150-152.
La galerie de l’Hôtel du Bourgtheroulde.
Les bas-reliefs du Camp du Drap d’or.