CHAPITRE TROISIEME
Le portail de l’église de Genainville.
Autres travaux dans la région.
Accident
à la tour du Rosaire.
portail, qui, suivant Léon Palustre, marque une évolution intéressante dans 1 architecture de la Renaissance :
(( Pour la première fois peut-être, dit-il, apparait dans un monument fran- « çais l’ornement courant désigné sous le nom de postes et sa présence est la « preuve incontestable d’un mouvement de plus en plus prononcé vers l’Antiquité.
« Quant aux grecques surmontées d’un rang d’oves sur chaque face de l’archi- « trave, aux admirables rinceaux de la frise, aux denticules de la corniche,
« contentons-nous d'en recommander l’examen à quiconque, négligeant les « chemins battus, visitera un édifice bien digne à tous égards de figurer au « premier rang. » Le portail de Saint-Gervais est une œuvre incontestable de Jehan Grappin.
Vers le même temps, les moines de Saint-Bruno, qui possédaient un couvent à Genainville, petit village d’un vallon situé au sud-ouest de Magny, ajoutaient à leur église, construite vers i5q3, dans le style de transition, un portail. Les dispositions architecturales et décoratives dans le goût le plus nouveau de ce monument le font attribuer à Jehan Grappin. «■ Lui seul, déclare nettement « Louis Régnier, a pu ordonner cette double façade et ces entrées jumelles « flanquées de colonnes ioniques et composites, et disposer ces postes, malheu- « reusement grattées, qui décoraient la frise de la porte principale, aussi bien « que ces cercles entrelacés qui figurent à pareil endroit de l’étage supérieur. »
A l’opinion de cet érudit, les tours des églises de Ghaumont, Chars et de Nucourt, le château d’Ambleville, dans la vallée de l’Aubette, à deux lieues de Magny, peuvent être mises aussi au compte de Jehan Grappin, en raison des analogies architecturales et décoratives que ces derniers édifices présentent entre eux et avec les églises de Vétheuil et de Saint-Gervais ; et l'influence directe des grands travaux de Gisors s’est fait sentir également à Sérifontaine, Parnes, Serans, et en bien d’autres endroits encore (i).
Les Comptes de la Fabrique de l’église Saint-Gervais et Saint-Protais pour l’exercice 1 5 56- 1 5 5 7 relatent un accident qui se produisit à cette époque dans les travaux dirigés par Pierre de Montheroult. ün y lit :
« 1 556-i 557. 1 2 1 . Item par l’ordonnance des trésoriers a esté fait venir deux « maistres massons de la ville de Paris pour visiter l’œuvre de l’église, dont ils « ont lait leur rapport xxv liv. »
La tour du Rosaire dut donner à ce moment de grandes inquiétudes par suite de tassements du sol sur lequel elle est bâtie. La consultation eut, sans doute aucun, pour but d’aviser aux moyens de prévenir une catastrophe. Dans les Comptes de l'année i55t),on relève le passage suivant qui se rapporte à des travaux de consolidation de la tour du Rosaire :
(1) L. Régnier : Statistique monumentale du canton de Chaumont-en-Vexin, 1891, p. 10; La Renaissance française dans le Parisis et le Vexin, p. 54-56.
LES MAITRES DU VEXIN I 3g
« Pour xxxin bûches de chesnc à faire les pillottis soubzle pillier attendant « de la grosse tour, pour la façon et guisage des dicts pii lotis, xix s. m d. »
Pierre de Montheroult fut-il jugé incapable de continuer à diriger les travaux, ou était-il mort, et la Fabrique fit-elle alors appel à Jehan Grappin pour le remplacer ? Ou, encore, renonça-t-on à poursuivre la construction de la tour du Rosaire sur les plans de Robert Grappin, et son fils reçut-il la mission d’en dresser de nouveaux ? Quoi qu’il en soit de ces diverses hypothèses, sur lesquelles il y a toutes raisons de revenir, on retrouve, en 1 558, le nom de Jehan Grappin dans les Comptes de la Fabrique :
« 1558-127. A maistre Jehan Grappin, maistre masson de la dicte église, « pour avoir vacqué à l’opération des œuvres d’icelle par ije uxj jours à raison de x sols par jour vixx xi., xvs. »
Le fils de Robert Grappin a donc succédé à Pierre de Montheroult, comme maître d’œuvre de l’église. On remarquera le salaire quotidien qu’il touche : le double de celui de son père et de celui de son prédécesseur. Ne faut-il point voir là une preuve de son autorité et de sa réputation ?
De 1 56o à 069, il se produisit probablement une suspension des travaux de l’église. Libre, Jehan Grappin retourne à Magny, achève les chapelles méridionales de la nef de l’église, et commence la vaste chapelle seigneuriale du transept que Pierre Le Mercier terminera en 1 56 1 . Il va aussi à Montjavoult et construit le portail méridional de l’église qui ressemble fort, en réduction, au portail du nord de Saint-Gervais et Saint-Protais.
La construction du pupitre ou ambon formant la clôture du chœur de Saint-Gervais et Saint-Protais, qui dura trois ans, 1569-1572, ramène le maitre maçon à Gisors. Plusieurs passages des Comptes se rapportent à cette entreprise :
« 1569-1570 — 167. A Jehan Grappin pour deux voyages par luy faicts à « Vernon pour choisir de la pierre à la carrière pour besongner au pipitre, luy « a esté baillé i.xxxs. »
« 1570-1571 — 168. Les dits trésoriers ont payé à maistre Jehan Grappin, « maistre maçon, conducteur de l’œuvre d’icelle église, sur tant moings du « marché faict avec luy par messieurs les officiers de la ville et plusieurs bour- « geois pour le parachèvement de l’œuvre du pipitre de la dite église jouxte ses « quittances du xxvi juing et xvi sept, mil vc i.xxj i je xxi liv. xij s. »
« 1571-1572 — 175. Payé à maistre Jehan Grappin sur le marché et accord « qu’il a fait avec Messieurs les trésoriers pour la façon du pipitre suivant « l’ordonnance mic. liv. »
Jehan Grappin construisit vers ce temps le buffet d’orgues (1), auquel Dorival, qui faisait, vers 1629. la description versifiée de l’église, consacre de nombreux
Retour
de Jehan Grappin à Gisors.
Travaux à Saint-Gervais et Saint-Protais.
Jehan Grappin retourne à Magny.
L’ ambon de Saint-Gervais et Saint-Protais.
T.e buffet d'orgues œuvre
de Jehan Grappin.
(t) I.e buffet d’orgues fut restauré en 16.19, et supprimé en 1772.