‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 86 sur 236 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

La chapelle de Gamaches.

vers, desquels il convient de citer les suivants, pour les renseignements qu’ils contiennent sur cette oeuvre, fort admirée :

« Le buffet qui soutient cette puissante charge « Partout est enrichy, si spacieux et large « Qu’en tous les temples saints esclairez au soleil « En une beauté pareille on ne voit son pareil.

Après avoir dit qu'en haut du monument se voient les armes de France et des anges tenant une trompette, un soleil d’or, une étoile, une statue de la Vierge et les ligures des

« I >cux heureux patrons par compas escartez,

Dorival décrit ainsi le motif décoratif principal :

Deux colonnes portant l’ordre corinthien,

Et deux autres pilliers font l’assuré soutien D’un pupitre remply d’autant belles figures Que l’on en puisse voir, pour les hautes cambrures Des cercles estoillez. — Tcy diversement Chacun pourtraict humain jouant d’un instrument L’un bat un tambourin, l’autre sonne trompette Pince un luth, touche fluste, anime une musette,

La cimballe annellée accorde en ce bel air;

L’autre d’un livre ouvert fait feinte de porter;

Mais sur tous un David et l’heureuse Cécilie Ensemble s’accordant et chantant entre milie Assis égallement, marient leurs doux fredons Aux refrains gracieux de leurs saintes chansons (i).

Pendant l’exercice 1 572-1 5y3, Jehan Grappin construit la chapelle pour la fondation de laquelle Nicolas de Gamaches avait fait un legs. Il fut payé pour cette entreprise au « maistre maçon de l’œuvre » la somme de livres et 1 5 sous.

Au cours des années 1074 et 1376, fut construite la vis de la tour. Pour ce travail Jehan Grappin reçut 246 livres. On voit figurer dans les Comptes, à côte de son nom, celui d’Etienne Grappin, son fils, auquel il est donné un salaire de trois sous par jour. Il touche 17 livres et 17 sous pour 1 19 jours de travail. A cette dernière date, les Comptes font mention d’un maître maçon du nom de Borgnet (ou Bocquel), qui parait adjoint au maître d’œuvre ou associé avec lui pour ce travail de la vis.

Deux ans après, apparaît un nouveau nom de maître maçon, Barbier, qui fait de l’entreprise à côté de Jehan Grappin. « Il fust arresté, lit-on dans un

(1) Manuscrit public par Ulanrjuart et Régnier.

LES MAITRES L)U VEXIX

« passage des Comptes de l’exercice i 5 7S- 1 5 79, par l’advis des dits liabitans « que l’on feroit ung pulpitrede pierre enrichy suyvant le pourtraict qui lors en « fust faict », pupitre destiné à supporter les orgues. Comme il avait été décidé que « l’embassement » du pupitre serait de pierre de Vernon, le maître d’œuvre fut envoyé au dit Vernon, « le jour de la Magdelaine » pour choisir « de la pierre commode » ; les trésoriers lui allouaient 3o sous pour sa peine et scs frais de voyage.

En i58o, Jehan Grappin passe avec maître Anthoine Le Sueur, « procureur commun au d. Gisors », par devant m° Jehan Coings, notaire royal à Gisors et maître Jehan Bucquet, son adjoint, un marché (1) où il est qualifié « maistre architecteur et sculpteur », pour l’exécution d’un contretable de pierre de Le rétable

Vernon, de cinq pieds de large et trois de haut, dont il fit le « modelle et , la

pourtraict » destiné à la chapelle Saint- Louis de la confrérie fondée par les gens de justice et officiers du bailliage ; le devis s’en élevait à 80 livres.

Le 27 février 1 583, les trésoriers de l’église paient une somme de cent sous à Jehan Grappin pour un travail indéterminé.

Le nom du maître ne reparaîtra plus qu’une seule fois, et quinze ans après, en 1598, dans les Comptes de l’église :

« 1 598-254. 16 mai, à Jehan Grappin maistre maçon et à Bocquet pour leur « peine et pierre qu’il a convenu pour racoustrer le pi Nier du pupitre 1 escu « i.vnj s. »

Pourtant, en i58y, la Fabrique avait décidé de faire achever la tour du Reprise des travaux Rosaire; elle chargeait de l’entreprise un maître maçon de Gisors, Adrien de (le la tour 1,11 Rosaire Montheroult, le fils ou le frère peut-être de Pierre de Montheroult (2), , , .

qui avait succédé à Robert Grappin comme maître d’œuvre de l’église. Le ,ie Montheroult 11 septembre 1 588, Adrien de Montheroult touche soixante sous pour avoir « faict et dressé le devis de ce qu’il convient faire à la tour » ; et, le 1 1 février 1 58p, il conclut un marché pour l’exécution des travaux. D’après les Comptes de 1 58t> et 1591, on toise la « bcsongne » 'faite par Adrien de Montheroult. Mais les travaux sont tout à coup interrompus par ordre du gouverneur de la ville et du château de Gisors pour la Ligue, Christophe d’Alègre, sous le prétexte que « l’on pourroit élever du canon dessus d’où l’on battrait le château ». Et la tour est ainsi restée définitivement inachevée.

La tour du Rosaire a été mise par les divers historiens de l’église de Gisors au compte de Jehan Grappin; et cette œuvre superbe place ainsi ce maître maçon hors de pair. « La tour, a écrit Léon Palustre, fait le plus grand honneur

(1) Blanquakt : Les métamorphoses d'un bas-relief, Gisors, plaquette de 6 pages; 1893.

(2) Adrien de Montheroult, au mois de février 1591, donna en mariage sa fille l’erette à un maître maçon de Dangu, Jehan Bessin, auquel on pourrait attribuer la chapelle fort remarquable par son architecture, que Guillaume de Montmorency-Thoré, fils cadet du célèbre connétable Anne de Montmorency, fit ajouter à l’église de ce village, pendant le règne de Henri III.

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