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CHAPITRE DEUXIÈME

Même particularité dans l’ornementation sculpturale.

volutes, que l’admiration universelle a consacré un des plus magnifiques joyaux de la Renaissance.

Pierre Chambigcs, l’architecte de Chantilly, de l’Hôtel de Ville de Paris, et du château de Saint-Gcrmain-en-Laye, avait été auparavant employé, par son père, comme compagnon et chef de chantier, aux travaux de construction des portails latéraux et des transepts des cathédrales de Beauvais, de Sens, de Senlis et de la façade principale de la cathédrale de Troyes.

Robert Grappin, nommé maître de l’œuvre de l’église Saint-Gervais et Saint-Protais,à Gisors, continue tout d’abord la construction du portail du nord, commencé, dans le plus pur style flamboyant, en 1 5 1 5, par Robert Jumel et Pierre Gosse; et entreprend ensuite celle du grand portail de la façade occidentale, tout entier de style Renaissance, très original, et très personnel.

Colin Byart bâtit la tour du nord de la cathédrale de Bourges, chef-d’œuvre majestueux d’architecture ogivale, avec une décoration sculpturale toute nouvelle, au lendemain de la construction du château du Verger, en style de transition, et après avoir été appelé à Gaillon par le cardinal d’Amboise pour donner son avis sur les plans du prototype des châteaux de la Renaissance.

Et combien d’autres créations glorieuses de maîtres maçons-tailleurs de pierre, aux xv* et xvi° siècles, pourraient êtres citées en exemples de cette simultanéité de la pratique parfaite de l’architecture ancienne et de l’architecture nouvelle !

Dans la sculpture ornementale, on doit remarquer cette même particularité intéressante: Les dernières œuvres monumentales de la période ultime de l’art ogival, et les premières de l’art de la Renaissance à son aurore, sont dues aux mêmes imagiers, qui ont exécuté celles-ci avec tant d’originalité, de fantaisie, de délicatesse et de verve qu’on a voulu, constamment, en faire honneur à des italiens, ayant seuls, disait-on, la pratique de la technique spéciale et des éléments particuliers de cette ornementation nouvelle en France, ür, pour ne citer qu'un exemple, entre beaucoup d’autres, les sculptures du portail central de la cathédrale de Rouen et celles du Tombeau des d’Amboise ont les mêmes auteurs : Pierre Desobeaulx, le célèbre imagier rouennais, scs « varlets » et ses compagnons (i), qui feront ensuite à l'église Saint-Gervais et Saint-Protais de Gisors la chapelle de la Vierge, superbe floraison d’art nouveau.

Mais il y a mieux encore : L’hôtel de la Trémouille, à Paris, construit à la fin du xvn siècle, ou au commencement du xvi®. C’était là, dans cette merveilleuse création du génie d'un maître maçon parisien, resté, hélas! inconnu, comme

(i) Paul Vitry, dans sa récente Monographie de Jean Goujon, p. 115, n’en a pas moins écrit cette assertion : « La ville de Rouen avait pu donner aux asiles aux débris des ateliers franco-italiens occupés par le cardinal d’Amboise. » On verra plus loin quelle fut la part de l’art italien dans la décoration sculpturale de Gaillon.

LA RENAISSANCE ARCHITECTURALE

une sorte de bouquet, colossal et superbe, de toutes les plus belles fleurs décoratives ogivales et Renaissance, « trossc » avec la fantaisie la plus spirituelle et la plus charmante, dans le but, semble-t-il, d’une démonstration malicieuse, offerte à tous les passants, de l’aptitude égale des artistes de France à faire indifféremment, et d’une façon parfaite, ceci ou cela. Les oves, les cordons de perles, les denticules et les palmettes, de jeunes pousses d’acanthe, d’olivier et de laurier, s’y mêlent, harmonieusement, aux feuilles de chardon et de choux, aux épis de blé et de folle avoine, aux gousses de pois et de haricots, aux oeillets, aux marguerites et aux roses. De gracieux oiseaux, au naturel, becquetant des insectes, des fruits et des baies, voisinent avec des animaux fantastiques, des dauphins, des hyppocampes, etc.: et des figures d’enfants sortent à mi-corps de rosaces ou de volutes, qui s’enroulent à côté de noueux sarments de vigne et de rustiques branches de chêne. Et toute cette faune, toute cette flore de notre pays ou du pays du rêve, sont sorties du cerveau d’un même maître d’œuvre, ont été sculptées par les mêmes tailleurs de pierre. N’en avait-il point, ce maître, trouvé la première idée inspiratrice aux voussures de la porte nord du grand portail de Notre-Dame de Paris, ornées de rinceaux avec figures symboliques, mi-partie de tètes humaines, de corps d’animaux, dont la transformation en grotesques lui paraîtra naturelle et logique?

Les dais et les culs-de-lampe des niches, composés d’édicules insérés si pittoresquement les uns dans les autres ou superposés d’une façon si plaisante, que les sculpteurs de la Renaissance aiment à mettre aux façades des hôtels, aux porches des églises, aux manteaux de cheminées, et aux monuments funéraires, ne dérivent-ils point en droite ligne de ceux que les tailleurs de pierre du Moyen âge et de l’Epoque romane multipliaient partout, comme éléments essentiels de la décoration des édifices civils et religieux?

Et ne faut-il point voir dans les têtes et bustes d’hommes et d’enfants, ainsi que de femmes, saillant pittoresquement des corniches et des frises, — qui sont un des thèmes préférés de la Renaissance — , les descendants des marmousets, des angelots, des gnomes, des grotesques, des masques satiriques et symboliques, qui peuplent les chapiteaux, les clefs de voûte, les retombées d’ogives, etc., dans les constructions ogivales du passé ? Par exemple, autrefois, dans le corps de logis de la Tour-des-Valois, à Angoulême, dénommé la Tour-Marguerite, qui est la première manifestation de la Renaissance dans cette ville (i),on voyait divers motifs de décoration sculpturale d’une fantaisie plaisante, rappelant ceux des « ymagiers » : A une console de fenêtre, un joueur de cornemuse, à la figure gouailleuse, saisissante d'expression ; à une autre, un personnage encapuchonné, avec de longues oreilles, tenant à pleines mains une bouteille pansue qu’il porte

(i) Emile Riais : Monuments angoumoisins , Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, année 1902, p. 143.

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