‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 92 sur 236 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

« tant au dedans qu'au dehors de l'église, avec singulières hystoires et vistres « que les protestants cassèrent en 1 562 (i). »

La date de i53o, qui se lit dans un cartouche placé au-dessous d’une fenêtre du choeur permet d’assigner l’année i 5^8 comme commencement des travaux de construction; et deux autres inscriptions, qui se voient sur la balustrade, en fixeraient la fin à l’année i5q5. Quant à la date de iD2t, donnée par l’annaliste caennais, elle doit se rapporter à la partie du choeur qui fut commencée en style ogival par un autre maître maçon, mort au cours des travaux, et que remplaça Hector Solder.

L intérieur du chœur.

Le chœur se compose d'un pavillon hexagone, à deux parties superposées, et de quatre édicules, a trois pans, à une seule partie, rangés deux par deux de chaque côté du pavillon. Deux pilastres en aplomb, accompagnés, au bas, d’un contre pilastre que surmonte un candélabre et, en haut, de niches à statues, portent sur un bloc épais de parpain, qui plongeait dans le lit profond de l'Orne et formait, ainsi, à l’édifice une base imposante. Ces pilastres divisent chaque pan du pavillon, et encadrent son double rang de baies — au rez-de-chaussée, de larges fenêtres plein cintre, à l’étage des œils-de-bœuf — , et se terminent, sur la balustrade, par des pinacles. De la base au sommet, sur les piédestaux, les fûts et les chapiteaux des pilastres, dans les dais et les socles des niches, dans les écoinçons des fenêtres, dans les entourages des œils-de-bœuf, sur les frises qui séparent les deux parties de la construction, dans les balustrades et dans les pinacles, ce n'est qu’une broderie, évidée, ajourée, ou appliquée, d’arabesques, de rinceaux, de festons, de guirlandes, de rosaces, de médaillons, de grotesques et d’animaux fantastiques qu’ont ouvrée des tailleurs de pierre d’une féerique habileté. Le même décor, superbe, orne les façades des chapelles, qui se relient à la nef par des arcs-boutants et des contreforts, dans le même style élégant et fleuri (2).

A l’intérieur du pavillon central et des chapelles, l’ornementation n’est pas moins luxuriante. Les voûtes, à nervures rédentées, à pendentifs fleuronnés, à tympans et caissons couverts de médaillons où sont représentées des scènes et des figures mythologiques (Nessus enlevant Déjanire, Vulcain forgeant les armes d’Enée, Cérès, Jupiter, Hercule, etc.,), religieuses de l’Ancien Testament (Moïse, le roi David, etc.), s’harmonisent de richesse décorative avec les piliers

(1) Les recherches et antiquités de la ■province de Neustrie, à présent duché de Normandie, comme des villes remarquables d'icelle, mais plus spécialement de la ville et Université de Caen, par Charles DE BOURGUEVILT.E, sieur du lieu de Bras et de Bricourt, chez Jean de Feurre, 1588.

(2) Les travaux d’édilité exécutés, dans les dernières années du xix’ siècle, autour de l’église Saint-Pierre : la couverture du lit de l’Orne et l’établissement d’un boulevard ont singulièrement altéré la physionomie originelle, si pittoresque, de l’œuvre d'Hector Solder. Le soubassement du choeur plongeait dans la rivière très profonde; l’édifice en était ainsi fort surélevé; et toute son ornementation fleurie recevait «lu contraste avec la nudité sévère de ce soubassement encore plus de richesse et «le svelte élégance. Des lithographies de Ciceri et de Boys nous conservent heureusment l’image de ce qu'était autrefois le choeur de Saint -Pierre, tel «juç le grand architecte caennais l’avait bâti.

Dessin el lithographie de E. Ciceri

Chevet de Saint-Pierre, a Caen (Euvre d'Hector Sohier

Dessin et lithographie de Maiissou

Saint-Pierre, a Caen

Œuvre d’Hector Sohier

LES MAITRES CAENNÀ1S

cj u i les soutiennent, et contre lesquels s’adossent tout un peuple de statues, de saints et de saintes insérés dans des niches aux dais rappelant par leurs silhouettes les candélabres et pinacles extérieurs, et aux soubassements de fines colonnettes, qui servent de piédroits à des fenestrages géminés et étresillonnés : piquant et gracieux mélange d’art ogival et d’art Renaissance, de paganisme, d’antiquité juive, et de religion chrétienne.

La création originale d’Hector Solder peut être mise en parallèle avec les inventions les plus fameuses des architectes de la Renaissance italienne, même avec la Chartreuse de Ravie; elle les égale en richesse d’ornements et les surpasse en beauté. Le chœur de Saint-Pierre de Caen est un pur chef-d’œuvre d’architecture et de sculpture.

La partie Renaissance de Saint-Sauveur est attribuée à Hector Sohier, en raison de la ressemblance complète des fenêtres et des contreforts entre cette construction et le chœur de Saint- Pierre (i).

Cette attribution est d’autant plus vraisemblable que la construction présente la particularité d’avoir été commencée, au même temps, par un architecte inconnu, dans le style ogival, et continuée dans le style Renaissance, sans avoir pu être achevée, il est vrai.

Dans la rue Caponnière, l’on admirait autrefois un vieil hôtel de physionomie très pittoresque, dont les superbes lucarnes, actuellement conservées au musée de la Société archéologique, rappellent beaucoup le dessin et l’exécution de certaines parties du chœur de Saint-Pierre, et évoquent le nom d’Hector Sohier.

Les documents sur la famille de Biaise et Abel Le Prestre ne sont pas plus nombreux que ceux qui concernent Hector Sohier.

Ils se bornent à de simples mentions de noms relevés dans les Registres des Pasteurs de Caen (2).

(1) Gaston La valley : La Normandie monumentale , t. I, p. 60 : « Avec son clocher gothique et son abside Renaissance, Saint-Sauveur est en quelque sorte le sosie défiguré de Saint-Pierre. »

(2) Henri Prentout : Les Le Prestre, maçons caennais et les monuments de la Renaissance, in-8*, Caen, 1906. « Le dimanche XXIII* jour de juillet, au presche fait au Tripot à Blé par Monsieur Sylvestre, « ministre, ont été baptiséz les enfants qui ensuyvent : le fils de Abel Le Prestre, maçon, et de « Catherine, sa femme, du Bourg L’Abesse, lequel a été présenté par noble homme Raoul Baillehache, « sieur de la Corderie, qui l’a nommé Daniel. »

« Le dimanche XXII* jour de juillet ont esté baptisés 4 enfants, par Monsieur Sylvestre, ministre, « desquels enfants les noms ensuyvent : la fille de Richard Le Prestre, du mestier de maçon, et de

« Guilemette, sa femme, du cartier de Vaugneux, laquelle a été présentée par Jehan Barton, dudist

« métier de maçon, du cartier de Saint-Pierre, qui l’a nommée Marie et pour ce que ledit Richard, « père de ladite fille, n’a esté trouvé recepvable par le consistoire de l’église à faire les promesses « comme père, requises en pareil cas, il a substitué en sa place Maistre Abel Le Prestre, son frère, « lequel a fait lesdites promesses. »

« Le vendredy 27* jour de septembre, M. V" LXVII a esté baptisé par Monsieur Pinson, ministre, « au presche qu’il a fait au Tripot à Blé, le fils de M* Richard Le Prestre, du métier de carrieur, « du cartier de Vaucelles, qui l’a nommé Jean. » — Le merquedy V* jour de mars (1567), la fille de

« M. Abel Le Prestre et de Catherine, sa femme, du cartier de Vaugneux, était présentée par Robert

« Vautyer de Froide Rue, qui l’a nommé Jeanne. »

L’église

de Saint-Sauveur.

Les Le Prestre.

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