‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 95 sur 236 · CHAPITRÉ QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ QUATRIÈME

Dans un livre de raison que rédigèrent Etienne Duval et son fils Nicolas,

la construction de cet hôtel est notée avec la mention de l’année 1 53q (i). En

i 549, Henri II conférait à Etienne Duval le titre de sire de Alondrainville. Le

„ , , „ , marchand anobli décida de faire construire un corps de bâtiment qui contiendrait

Description de son hôtel. . ... .

une grande salle des fêtes, et lui permettrait ainsi de recevoir. Cette construction

fut élevée à l'extrémité du jardin de l'hôtel, en une forme de pavillon comprenant :

r un vaste rez-de-chaussée, ajouré par trois arcades que séparent de très

élégantes colonnes d’ordre composite, où se trouve une salle de près de 1 1 mètres

de long sur 4™, 60 de large; 20 un étage à attique desservi par un escalier à vis

inséré dans une tourelle quadrangulaire. Le fronton est orné de l’écusson des

Duval de Alondrainville, et la frise laisse apparaître les lettres d’une inscription :

De svdore qvies et de mœrore volvptas.

Ne vitam silentia prætereant.

Qvid optes avt qvid fvgias (2).

Des bas-reliefs représentent les Cavaliers de l'Apocalypse.

Les diverses parties de l’Hôtel de Alondrainville présentent les plus grandes analogies de dispositions architecturales et décoratives avec l’Hôtel d’Escoville. Les mêmes allégories et inscriptions philosophiques se retrouvent ici et là, témoignant de la même préoccupation de symboliser la fortune des propriétaires, les vertus privées et sociales qui leur ont permis de l’acquérir. N’est-il pas vraisemblable, d’après tout cela, que Biaise Le Prestre fut le maître maçon, à la fois d’Etienne Duval et de Nicolas Le Valois?

Dans la rue des Capucins, est une maison de style Renaissance, dite : la « Alaison à la tète de mort ». Elle porte sur la façade l’inscription suivante :

L’an mdxxxii, ccste fenêtre Eut puys le bas jusques au hault Faictect assise par un prestre Le trentième jour du moys d’ault.

Le jeu de mots de cette inscription ne doit-il pas être interprété dans le sens que la fenêtre fut construite par Biaise Le Prestre ? Sans doute aucun, en considération de la date de 1 S3 2 . Le propriétaire en était très fier, et tenait à faire savoir à qui l’admirait qu’elle était l’œuvre du célèbre maître maçon.

L’Hôtel de Than. Caen possède un fort bel hôtel Renaissance, très renommé : l’Hôtel de Than.

Son premier propriétaire fut Thomas Morel, sieur de Torps, qui avait épousé

(1) Manuscrit de la Bibliothèque de Caen.

(2) Du labeur naît le repos; de la peine le plaisir.

Qu’ils ne passent pas leur vie dans le silence.

Que souhaiter, ou que fuire?

Delaquérière signale la façade d’une maison de la rue des Vergeaux, à Amiens, qui, en son temps, présentait des inscriptions de maximes latines analogues.

LES MAITRES CAENNAIS l63

une sœur de Nicolas Le Valois. Le nom du maître maçon qui en donna les plans est resté ignoré jusqu’ici; mais, si l'on compare l’ordonnance architecturale et décorative de ses remarquables lucarnes avec des parties de l’ornementation de l’Hôtel d’Escoville, certaines analogies inspirent l’idée d’émettre une hypothèse d’attribution de ces lucarnes à Biaise Le Prestre. Les dauphins qui servent d’accotoirs au fronton de la porte d’entrée de l’Hôtel d’Escoville, sous le péristyle du pavillon de gauche, les têtes agencées dans les entablements des façades de la cour se voient à l’Hôtel de Than. Il semble bien que les lucarnes en question aient été ajoutées après coup au corps de bâtiment; elle ne correspondent point aux baies de la façade. Ne peut-on supposer, avec vraisemblance, que Thomas Morel ait demandé à l’architecte de l’Hôtel d’Escoville d’égayer par ces fantaisies architecturales charmantes la façade de sa demeure qui lui apparut sans doute un peu sévère, lorsqu’il eut vu le logis artistique construit pour son beau-frère ?

L’œuvre de Biaise Le Prestre comprend encore la partie Renaissance du château de Fontaine-Henry, les châteaux de Lasson et de Chanteloup, et probablement le manoir de Luc-su r-Mcr.

Vers 1 5 3 5 (i), Jean d’Harcourt seigneur de Fontaine-Henry, décidait d’agrandir le manoir de sa famille. Contrairement à l’habitude générale, en cette de circonstance, de démolir, sinon de transformer, les constructions anciennes, propriétaire et maître maçon les respectèrent religieusement; ils firent, en cela, preuve d'intelligence et de bon goût, car ce s constructions, conservées et entretenues avec soin, sont d’une beauté et d’une originalité exceptionnelles.

On prolongea le principal corps de logis en lui donnant, au delà d’un pavillon d’angle, une annexe de mêmes proportions. Puis, en retour, était élevé un bâtiment carré énorme, qui présente la particularité d’un toit incliné gigantesque, d’une hauteur égale à celle des murs de façade ; et l’on ajourait de trois étages de croisées une vieille tour polygonale, qui se trouvait ainsi réunie au château. L’ordonnance architecturale et l’ornementation de ces divers corps de logis rappellent si fort celles des hôtels d'Escoville et de Mondrainville — , notamment la double lucarne du pavillon, les allèges des fenêtres, les pilastres superposés du rez-de-chaussée à la corniche, les médaillons et bustes de la façade, les figurines demi-corps paraissant sortir du mur, la tourelle d’angle en encorbellement, et à l’intérieur, sur le palier de l’escalier, une représentation sculpturale de Judith tenant à la main la tête d’Holopherne, — qu’il est impossible d’attribuer le nouveau château de Fontaine-Henry à un autre maître maçon que Biaise Le Prestre. De toute évidence, c’est l’artiste caennais qui en a donné les plans; et, lorsque Nicolas Le Valois le chargea de construire son logis du quartier Saint-Pierre, certainement l’œuvre exécutée pour Jean

Le château Fontaine-Henry.

(i) La lucarne du pavillon porte gravée sur un linteau la date de 1537.

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