‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 96 sur 236 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

d’Harcourt n’avait pas etc étrangère à son choix d’un architecte ingénieux et habile; elle dut servir de type pour résumer ce qu’il attendait de lui.

Le château de Lasson.

Vers ce même temps, Jacques 1 1 Thézard, seigneur de Lasson, — un domaine distant de quelques lieues de Caen, — épousa, en secondes noces, Françoise d’Harcourt, fille du seigneur de Fontaine-Henry. Après son mariage, il se fit bâtir un château, dans le style nouveau à la mode, en remplacement du vieux manoir de ses ancêtres. Plusieurs parties de cet édifice font songer, par de nombreux points de ressemblance, aux bâtiments que Biaise Le Prestre avait élevés pour Jean d’Harcourt. N’est-il pas vraisemblable que Jacques II Thézard voulut donner à sa jeune femme, qui venait de quitter la résidence, pittoresque et riante, dans laquelle elle avait vécu jusque-là, le plaisir d’en retrouver à Lasson l'équivalent ? La tendresse conjugale et l’amour-propre d’un grand seigneur inspirèrent cette construction, et le génie du maître maçon en fit un bijou d’art. On lit, dans le couronnement de la façade de l’aile gauche, sur une Irise, cette gracieuse inscription, en une langue composite quelque peu baroque :

Spero Lacon bv assez perlen,

Le château de Chanteloup.

Le château de Luc-sur-Mer.

qui se peut traduire ainsi, semble-t-il : « Laçon, je l’espère, est assez une perle ». La qualification donnée par le mari amoureux à la réalisation de son rêve galant par Biaise Le Prestre est parfaitement justifiée : le château de Lasson est un chef-d’œuvre de goût, d’élégance et de fantaisie.

Un Montgommery, seigneur de Chanteloup, en Basse-Normandie, était allié aux d’Harcourt. L’idée lui vint, aussi, un jour, de transformer en un château moderne la vieille demeure, d’allure féodale, qu’un héritage avait transmise à sa famille dans les dernières années du xvc siècle. A Chanteloup, les travaux furent moins importants qu’à Lasson; on reconstruisit simplement les façades sur la cour. L’analogie frappante de dispositions architecturales entre ces façades et celles des châteaux de Fontaine-Henry et Lasson donne à croire que Biaise Le Prestre en fut le constructeur. Le maître maçon de Caen était évidemment entré en relations d’affaires avec ces trois familles par suite de leur alliance; et, dans ses travaux pour Montgommery, comme dans ceux pour Jacques II Thézard, il s’était inspiré systématiquement de ce qu’il avait tout d’abord fait pour Jean d’Harcourt, et qui plaisait à tous, au point que l’imitation et même la ressemblance en était demandée ou acceptée comme une condition essentielle des marchés de construction.

Il est encore, aux environs de Caen, à Luc-sur-Mer, un autre château de style Renaissance qui en raison de la ressemblance de sa physionomie avec celles de l’Hôtel d'Escovillc et de l'Hôtel de Mondrainville, a été attribué constamment (i) à l’artiste qui a construit l’un et l’autre, avant même que son

(i) A. de Catjmont : Statistique monumentale du Calvados, t. I, p. 396. Emile Travers : Normandie monumentale , 1 vol., p. 171-172.

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