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LES CHAPITRES ET LES FABRIQUES

A connaissance exacte de l'organisation administrative et technique des « Bastimens du Roy », des maîtrises d'œuvre de maçonnerie des villes, des commissions artistiques des Chapitres et des Fabriques éclaire vivement certains points, relativement obscurs jusqu'ici, de l'histoire de l'Architecture nationale pendant la Renaissance, notamment la part précise qui revient dans la construction des édifices publics aux maîtres maçons- tailleurs de pierre qui en furent les maîtres d'œuvre et les entrepreneurs.

Ainsi, les ignorances, sinon les préjugés, sur la grande et puissante administration des « Bastimens du Roy » ont fort contribué à créer et propager les fausses légendes des attributions à des artistes étrangers de tous les châteaux royaux, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Madrid, etc., au détriment

Les ï Bastimens du Roy. »

(le cette administration.

des muitrcs maçons-tailleurs de pierre français qui, non seulement les ont construits comme entrepreneurs, mais qui en donnèrent tous les plans et devis ; et qui en sont, par conséquent, les véritables et uniques auteurs.

Les Au sommet de la hiérarchie, l'on trouve les hauts fonctionnaires chargés

hauts fonctionnaires des « ordonnances, roolles, prix et marches », et à qui sont adressées les lettres patentes ordonnant la construction des édifices nouveaux et les réparations des anciens. Pendant le règne de P'rançois I", à partir duquel fut organisée et fonctionna régulièrement cette administration des « Bastimens du Roy » (i), ce sont, pour les châteaux de Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers- Cotterets, Madrid, et le Palais de la Cité à Paris : Nicolas de Neufville, chevalier, seigneur de Villeroy, trésorier de France; Philibert Babou, seigneur de la Bourdaizière; Jean de la Barre, chevalier, comte d'Estampes, vicomte de Brediers, baron de Vcrctz, seigneur de la Barre, de la Souterraine, de Gros et Joy-en-Josas, conseiller et chambellan ordinaire, prévost et bailli de Paris; Pierre de Balsac, chevalier, seigneur d'Entragues, valet de chambre ordinaire du roi ; Guillaume Prudhomme, conseiller général des finances du roi, et trésorier de son épargne.

Ces hautes fonctions n'étaient point exclusivement financières et administratives; elles peuvent être assimilées à celles de véritables surintendants des arts, en considération des avis et des conseils que leurs titulaires avaient constamment à donner sur toutes les affaires et questions d'architecture, de décoration et d'ameublement, concernant les « Bastimens du Roy », sur tous les travaux et œuvres d'art commandés et achetés par le souverain, par la reine et par les favorites; ils étaient aussi chargés des relations directes, au nom du roi, avec les nombreux artistes de tous métiers, entretenus pour son service personnel, à Paris et à Fontainebleau. Mais, en supposer que ces personnages pourraient être les auteurs, sinon les arrangeurs, des plans qu'ils étaient chargés de faire exécuter par les entrepreneurs est une fantaisie qui ne supporte pas le moindre examen.

Puis viennent les fonctionnaires chargés de tenir les comptes, de faire les payements suivant les « ordonnances, roolles, prix et marches ».

Au-dessous de ces hauts administrateurs financiers se trouvent les fonctionnaires chargés du contrôle, qu'on pourrait désigner exactement par le titre moderne d'inspecteurs généraux, divisionnaires, et à résidence. Leurs attributions sont : « conduire, diviser, faire et parfaire, conlreroller tous et chacuns les (( payements des frais, mises et dépenses, avoir l'œil, regard et supérintendance « à faire bien et dijment, promptement et dilligemment, besogner les maçons,

.Surintendants des arts.

Les

inspecteurs divers

(i) L'institution des « Bastimens du Roy » avait été esquissée par Louis XI, qui créa pour Gaspard Bureau rofiice de < général, réformateur et visiteur des œuvres et ouvriers du royaume « de France, en tant de maçonnerie, ctiarpenlerie, qu'autres métiers qui en dépendent, et la capitainerie « du Louvre ».

LES ADMINISTRATIONS DES TRAVAUX d'arCHITECTURE 5J)

« couvreurs, plombiers, serruriers, menuisiers, vitriers, jardiniers, manouvriers, « et autres personnes bcsongnant aux dits ouvrages, en manière qu'ils puissent « être faicts et accomplis le plus tôt que faire se pourra. »

Sous le règne de Henri II, le 3 avril 154X, il avait été créé pour Philibert de l'Orme, alors très en faveur à la Cour, une autre charge, peu différente de la précédente, mais supérieure administrativement : celle d'inspecteur des châteaux de Fontainebleau, Saint-Gcrmain-en-La\e, etc., ayant la commission de « transporter sur les lieux des dits batimens, faire appeler tels personnages « experts que vous adviserez, les faire visiter et toiser, recevoir et vérifier si les « ouvrages ont été bien et deuement et loyaument faitz ». Le 12 juillet iSôg, à l'avènement de François II, le grand architecte tombé en complète disgrâce, ainsi que Jean Bullant, fut remplacé par « maître François Primadicis (le Primatice) de BouUongne, en Italie, abbé de Saint-Martin de Troyes ».

Les châteaux de Chambord et de Blois, le Nouveau Louvre eurent toutefois une administration technique et financière indépendante de celle des « Bastimens du Roy ».

L'administration du Nouveau Louvre fit également l'objet de dispositions royales particulières qui témoignent de la haute considération dans laquelle Pierre Lescot était tenu par François I", Par lettres patentes en date du 2 août 1546, le roi lui « bailla la totale charge, conduicte et superintendance du « grand corps d'hostel qu'il avait délibéré de faire bastir et construire en son « chastel du Louvre ».

On remarque dans ce document qu'il n'est fait aucune mention de rétribution quelconque, sous forme d'appointements, de gages ou d'honoraires, attachée à cette fonction nouvelle (i). Il est vraisemblable qu'en raison de sa fortune personnelle et de sa situation de conseiller au Parlement Pierre Lescot avait offert, ou avait été moralement contraint, d'accepter gratuitement une fonction exceptionnellement honorable, car jamais maître des œuvres du roi n'avait été et ne sera investi de tels pouvoirs administratifs.

Catherine de Médicis avait organisé une administration particulière pour t. j • • ^ .•

° r t L administration

ses bâtiments personnels. Aux Tuileries, Philibert de l'Orme, qui en avait des « Bastimens »

donné les plans, fut le premier architecte; Pierre de Gondy, évêque de Paris, fie Catherine de Médicis.

l'intendant des bâtiments, chargé des ordonnances; Guillaume de Chaponnayc,

le contrôleur général. Après eux, on trouve dans les mêmes fonctions respectives,

Jean Bullant, Jehan-Baptiste de Beneveny, abbé de Bellebranche, le président

de Nicolay, Jehan Pottier, qui étaient en outre « députtés pour avoir la

« surintendance, maîtrise de l'œil sur les bâtiments de Saint-Maur,

(1) Ce n'est que quatre ans après, sous le règne de Henri II, le 7 février 1550, que furent délivrées à Pierre Lescot des lettres patentes royales lui accordant une somme de 100 livres par mois < pour son estât et entretenement, et pour l'aider à supporter les dictes dépenses qu'il fait et peut ( faire à cause de sa ditte charge et commission et superintendance des dits bastimens ».

des œuvres du roi.

« Montceaulx et maison de Paris (l'hôtel de Soissons) aux gages de 5oo livres « par an ». Marie de Pierrevive, dame du Perron et d'Armentières, femme d'Antoine de Gondy, le frère de l'évêque de Paris, était « commise par la « majesté de la dicte dame à la construction du bastiment du palais des « Thuilleries » ; elle passait les marchés avec les entrepreneurs, ordonnançait pour le jardin, et faisait les rapports sur l'état d'avancement des travaux. La reine avait, de plus, institué un conseil de dames sur le fait de l'aménagement et de la décoration de l'édifice, dont elle s'occupait elle-même fort activement (i).

Par suite de ces organisations administratives, quels étaient le rôle et la situation des maîtres des œuvres du roi, des princes, des municipalités, et des Fabriques?

Les maîtres Nous trouvons en Gilles Le Breton le « maçon » de Fontainebleau, qui

construisit la plus grande partie du château, le type le plus complet et le plus représentatif du maître des oeuvres du roi. Gilles Le Breton est à la fois maître d'œuvre et entrepreneur. Il dresse les plans des édifices à construire; il en établit les devis, qui sont soumis, les uns et les autres, à l'approbation des hauts fonctionnaires de l'administration des « Bastimens du Roy » ; il signe les marchés, passés par devant les notaires du Châtelet, par lesquels il s'engage « à faire et parfaire bien et duement, au dire d'ouvriers et gens en ce connoissans, « pour le roy nostre sire, tous et chascuns les ouvrages de maçonnerie et taille « contenus et déclarés au devys cy devant escript » ; et il les exécute sous sa responsabilité personnelle à tous les points de vue. Tantôt l'administration livre au maître maçon les matériaux nécessaires qu'elle achète directement ou fait prendre dans les carrières dépendant du domaine royal; tantôt celui-ci s'oblige à les fournir lui-même.

La fonction de maître des oeuvres du roi exige beaucoup de souplesse, de volonté, de fierté professionnelle et de fermeté dans le caractère pour résister victorieusement aux intrigues et aux embûches des deviseurs de plans, protégés par des courtisans, qui proposent des projets nouveaux; et plus encore d'ingéniosité d'esprit, de fécondité d'imagination et d'habileté technique pour réaliser pratiquement les « rechangements » qu'imposent sans cesse les caprices et les fantaisies du roi. Gilles Le Breton excellera en tout, car, malgré l'hostilité publique ou sournoise des artistes étrangers et de Philibert de l'Orme lui-même, il restera en place plus de trente ans, sans perdre jamais la faveur, l'estime des

(i) Dans son Architecture, Philibert de l'Orme écrivait : « Je ne dis point toutes fois cecy pour « empescher ou vouloir conseiller que l'on ne fasse les bâtisses à la volonté des seigneurs qui les I commandent; car il est raisonnable qu'ils soient servis comme ils le veulent et comme il leur plaist. « Ainsy qu'on voit aujourd'huy estre faict au Palais de la majesté de la Royne mère, à Paris, laquelle « pour son gentil esprit et entendement très admirable, accompagné d'une très grande prudence et « sagesse a voulu prendre la peine, avec un singulier i)laisir, d'ordonner le département de son dict « Palais, pour les logis et lieus des salles, antichambres, chambres, cabinets et galleryes, et me i donner les mesures de longueurs et largeurs. »

Cl.OCHKR IIK SaiNT-THÉGON\EC, EN BRETAGNE

Tyijc d'architecture bretonne

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souverains pour lesquels il travaille, ni la confiance des fonctionnaires qui le contrôlent.

On n'en a pas moins lenté d"enlever à ce maître des œuvres du roi, — comme à tous les autres, d'ailleurs, — l'honneur d'avoir dressé les plans des constructions qui lui étaient confiées; et de le rabaisser au simple rôle d'entrepreneur faisant uniquement maçonner d'après « des compositions demandées « par François I" de tous les côtés et à divers dessinateurs » ou « peut-être « d'après des croquis fournis par le roi » (i). Et cette thèse singulière, qu'infirment les documents olliciels les plus authentiques, sera généralisée pour toutes les constructions privées, même dans le pays où travaillèrent les Sourdeau, les François, Pierre Nepvcu dit Trinqueau, Guillaume Bcsnouard, etc. : « Quelquefois celui qui a donné le plan pouvait être un gentilhomme ou un « personnage de marque. Assez souvent, le devis était l'œuvre de l'un des « artistes en renom, peintres, sculpteurs ou ingénieurs, qui, à cette époque si « brillante, exerçaient plusieurs arts avec tant de supériorité et auxquels les « seigneurs recouraient afin d'avoir des plans pour leurs constructions » ('i).

On a vu, au chapitre du « Panitalianisme artistique en France », ce qu'étaient ces fameux deviseurs de plans de la colonie italienne d'Amboise et de l'Ecole de Fontainebleau.

Le maitre des œuvres des princes qui ne peuvent se donner le luxe fort Les maîtres

coûteux d'une administration spéciale des bàtiinents comprenant un nombreux des œuvn-s des princes, personnel, scinble généralement avoir concentré tous ces services dans leurs ^ es yran s seigneurs, mains, en moins toutefois la gestion financière supérieure toujours réservée aux gens des Comptes. Par exemple, le maître des œuvres du duc d'Anjou, dans les dernières années du xv" siècle, était un maître maçon, prêtant serment, dirigeant les maçons et les tailleurs de pierre, ainsi que les charpentiers et autres corps de métiers du bâtiment. On le voit dresser des devis et passer des marchés avec des maçons, des charpentiers, des menuisiers et des couvreurs. Il va en expertise, donne ses avis, surveilleet garantit l'exécution des ouvrages. Il .sert aussi d'intermédiaire pour le payement des ouvriers ; et quand la distribution des fonds n'est pas faite exactement, le prince ou les gens des Comptes l'en rendent responsable. Assez souvent, il se fait adjuger les constructions au rabais, ou bien il traite à forfait avec la Chambre, surtout lorsqu'il s'agit d'œuvres artistiques ou délicates que le prince désire lui confier personnellement (3).

Anne de Montmorency, un grand bâtisseur s'il en fut, avait créé, à son usage personnel, une administration vraiment exceptionnelle par la qualité

(i) Charvkt : Varchilecliire en France du xvl' au xviii' siècle!. Réunion des Socii-lés des Heaux-Arls des dcp.irlements, 8' session, année 1884, p. 286-304; Edi/ices de Krou, p. 257.

(2) L. HosSEBŒUK : Ambcise, le château, la ville et le canton, p. 2go.

(3) I.EroY DR I.A Marchk : !.c roi Renf d'Anjou, I. II, p. b$.

et la haute situation de ceux qu'il y emploie. A Chantilly, Pierre de Garges, écuyer, capitaine, et receveur du château, remplit le rôle du fonctionnaire des « Bastimens du Roy » chargé des « ordonnances, roolles et marchés »; celui qui « fait faire les devis » n'est rien moins que Jehan Groslier, trésorier des Guerres, général des Finances d'Outre Seine, un des plus illustres amateurs du temps, très versé en architecture; et Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, le surintendant des Arts de François I", inspecte les constructions élevées par Pierre Chambiges, et rend compte au connétable de l'état des travaux.

Les De tout temps, — au moins à partir du milieu du xiii° siècle — , l'adminis-

« maistres des œuvres tratjon municipale de la Ville de Paris a compté un fonctionnaire avant dans de la Ville de Pans. » ., . , . , •,,,,• ■ •

ses attributions la construction et la surveillance des bâtiments municipaux,

service auquel était annexé celui de l'entretien des rues et des places. Ce fonctionnaire portait le titre de « Maistre des œuvres de maçonnerie et pavement de la Ville ». C'était un haut personnage dans la hiérarchie administrative; il y tenait protocolairement un des premiers rangs. Aux entrées de rois et de reines, aux réceptions d'ambassadeurs, aux mariages ou aux funérailles de souverains, de princes et de grands dignitaires, etc., il venait dans les cortèges en tête de « Messieurs de la Ville ». Aux cérémonies de la pose de la première pierre d'un édifice, le maître des oeuvres de maçonnerie avait le privilège de présenter au roi, au prévôt des marchands et aux échevins, la truelle d'argent traditionnelle servant à prendre le mortier pour maçonner la pierre. Il jouissait aussi de certains droits particuliers, notamment d'utiliser ou vendre à son profit les matériaux de démolition des bâtiments municipaux, et particulièrement « le vieil pavé rebuté par les paveurs comme non valable pour être employé en « rues » ; de cultiver des légumes et des herbes potagères sur le boulevard de la Porte du Temple, dé pêcher ou faire pêcher à son profit dans les fossés des remparts. Il était compris au nombre des membres de la municipalité déclarés « francz, quittes, exempts et deschargez d'aller ne envoyer aux guetz, gardes « des portes et aultres lieux, tant de jour que de nuyct, monstres (revues), et « aultres affaires de la dicte ville, pour la garde, tuition deffence d'icelle « ville (i) ».

Le Le « Maistre des oeuvres de maçonnerie et pavement » était sous les ordres

Bureau de la Ville, directs du Bureau de la Ville, formé par le prévôt des marchands et les échevins. Les « Registres du Bureau de la Ville » nous font connaître le genre et la diversité de ce service, qui fonctionnait généralement en connexion avec le service du « Maistre des œuvres de charpenterie », très important jadis, en raison du nombre considérable de constructions en bois, terminées en grands combles de charpente, avec pignons, tourelles, flèches et clochetons en

(i) Registres du Bureau de la Ville de Paris : fassim

LES ADMINISTRATIONS DES TRAVAUX d'aRCHITECTURE Sg

charpente, qui les décoraient pittoresquement. Voici, entre 1499 et i552, quelques-unes des opérations communes des deux maîtres des œuvres, mentionnées en ces registres et résumées : Les Maîtres des œuvres sont consultés sur l'opportunité de l'établissement dun pont volant en attendant la réfection du Pont Notre-Dame, ils se prononcent contre ce projet; rapport dressé par eux sur les dispositions du nouveau pont en pierre; les Maîtres des œuvres visitent les portes et murailles de la ville, afin de reconnaître les points où des réparations sont nécessaires; on enjoint aux Maîtres des œuvres de s'assurer si les chaînes fermant les rues sont en bon état; les Maîtres des œuvres procèdent au toisé du quai nouvellement construit à partir de l'arche Beaufilz; les Maîtres des œuvres sont consultés sur la nature des travaux qu'on doit exécuter au Châtelet; projets des Maîtres des œuvres pour les réparations des ponts.

Malgré toute la confiance qu'il pouvait avoir dans l'expérience, l'habileté et le bon goût de ses maîtres des œuvres, le Bureau de la Ville, pour tous les travaux d'une certaine importance et d'un caractère artistique exceptionnel, appelait en consultation les maîtres maçons-tailleurs de pierre les plus réputés et les invitait à donner, non seulement de vive voix, mais par écrit, leurs avis et leurs conseils sur les « pourtraictz, devis et modelles » présentés. On a vu plus haut ce qui se passa au commencement du xvi' siècle, lors de la reconstruction du Pont Notre-Dame pour laquelle furent réunis de véritables congrès « d'ouvriers ».

Il n'en fut pas différemment pour la transformation du Petit Pont en i552, soit un demi-siècle après (i). Le prévôt des marchands et les échevins s'adressèrent pour examiner les plans du maître des œuvres de maçonnerie de la ville, Guillaume Guillain, à Gilles Le Breton, le « maçon » de Fontainebleau, à Guillaume Le Breton qui venait de construire le château de Villers-Cotterets avec son frère Jacques, et à Pierre Lescot, l'architecte du Nouveau Louvre.

L'Administration des Bâtiments municipaux dans les cités importantes était généralement organisée sur le modèle de celle de la Ville de Paris. A Les

Cambrai, par exemple, le maître des œuvres de la ville est tenu de visiter, maîtres des œuvres soit, comme expert, les ouvrages municipaux, soit, comme conservateur, les ^^* """ ^^ provuKc. monuments, maisons, ponts, fortifications, etc., en un mot, toutes les propriétés communales, et d'y faire les menues réparations nécessaires, qui lui étaient payées en surplus. C'est lui qui fournissait les « patrons et devises » des nouvelles constructions, quand ces plans n'étaient pas mis au concours, car il n'était pas nécessairement chargé de leur exécution. Il pouvait, concurremment avec les autres maîtres maçons ou en association avec eux, participer « au moins

(i) Le Petit Pont et le Pont Notre-Dame n'étaient point de simples voies de communications jetées sur la Seine; ils portaient une double rangée de maisons d'\m type uniforme, louées par la ville à des industriels et commerçants de toutes corporations. J. Androuet du Cerceau a laissé une gravure inachevée du Pont Notre-Dame, qui nous le montre avec ses maisons d'un type" uniforme, très pittoresque, à rez-de-chaussée, un étage, et grenier surmonté d'un toit aigu à pignon.

6o CHAPITRE SEPTIÈME

demandant » et « a candeille (chandelle) », à Tentreprisc des travaux reconnus assez importants pour être mis en adjudication. Le maître maçon iait partie des « officiers » de la Ville portant ce que ''on nommait les « petits draps », par opposition aux fonctionnaires d'un ordre administratif plus élevé, revêtus de « grands draps ». En conséquence, il recevait, chaque année, un vêtement de drap noir avec manteau court de même étotte, dune valeur d'environ vingtsept livres. Il devait s'en parer lorsqu'il figurait dans une assemblée officielle, ou lorsqu'il suivait MM. les échevins dans les processions religieuses auxquelles tous les fonctionnaires municipaux devaient assister (i).

L'administration Dans la construction des édifices religieux, l'organisation des travaux

des édifices religieux, d'architecture apparaît relativement assez simple. La gestion des finances est toujours réservée au Chapitre qui perçoit les subsides royaux, les dons, les aumônes, les produits des indulgences, spécialement affectés à l'œuvre. Des délégués choisis parmi ses membres sont chargés de surveiller les ouvriers, de tenir l'état des dépenses diverses pour achats de matériaux et de matériel, pour payements de gages et de salaires. En certains endroits, le Chapitre, eontinuant la tradition des chefs des grands ordres religieux d'autrefois, les Cisterciens, les Cluniciens, des prieurs d'abbayes tels que Suger, prenait en mains la direction technique des chantiers, dressait, avec le maître maçon, les devis et les marchés, visitait les carrières et les forêts pour les pierres et les bois de charpente, passait directement les contrats de livraisons avec leurs propriétaires, s'employait au mesuragc des matériaux, fournissait même aux tailleurs de pierre, aux imagiers les sujets de la sculpture ornementale, de la statuaire, et des peintures (2). Aussi, parfois, trouve-t-on dans les actes et les comptes la qualification « maistre des œuvres » donnée à des chanoines délégués à ces délicates et laborieuses fonctions ('3).

Les maîtres des œuvres Les Chapitres et les Fabriques, à la Renaissance, semblent, mieux que

et les toutes autres administrations, avoir conservé les traditions de générosité et de

maçons des Chapitres bienveillance, de fètesetréjouissanccscorporatives. qui, au Moyen âge, mettaient et des l-abruiues. ' ' ^ • , • .

tant de gaieté, de bonne humeur et d'entrain dans la vie des ouvriers du

Bâtiment. Les registres de comptes et de délibérations qui ont échappé aux

pillages et aux incendies des archives ecclésiastiques, pendant les Guerres de

religion et pendant la Révolution, sont remplis, sur ce sujet, de renseignements

pittoresques et souvent touchants. Ce sont des sommes d'argent, relativement

importantes parfois, offertes aux maistres des œuvres de maçonnerie tt de

(i) A. Dl'RiKUX : Les corporations d'art de Cambrai, lit'union des Sociétés des lîeaux-Arls des dépiirtements, 8' session, année 1884, p. 30J-316.

(2) Desjardins : Histoire de la cathédrale de Beauvais, 1864, fassim;

PiGEOTTE : Elude sur les travaux d'achèvement de la cathédrale de Troyes, de 14^0 à 1610, fassim.

(5) Ariliives de lU'iins : collection Tarbé.

HOTEI. DE I.ASBORMES, A TOILOUSE

Type d'architecture toulousaine

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