LES ADMINISTRATIONS DES TRAVAUX D ARCHITECTURE
charpenteric pour le « mouton » de l'Ascension ou de la Pentecôte, en même temps que le don du drap d'une robe ou d'une paire de chausses, et de bourses pour leurs femmes ou leurs filles. Celles-ci viennent-elles à se marier, le Chapitre ou la Fabrique fait des présents de noces fort appréciables. Les maçons et les tailleurs de pierre reçoivent des gratifications « pour leur vin du jour que le bouton est mis sur le pignon de la croise'e », ou quand ils ferment « la clef du grand ost (l'ogive des grandes fenêtres) ». Martin Chambigcs vient-il de Troyes à Sens conférer avec le Chapitre de la cathédrale « d'aucunes affaires touchant « l'œuvre du croison, commencée devers le cloistre, pour icelluy mieux dresser « et mener à perfection de l'édifice » les compagnons conduisent leur ancien patron dans une hôtellerie, et lui offrent, aux frais des chanoines, un souper qui coûta vingt et un sous, et dont le menu, savoureux et pantagruélique, était composé d'une omelette de vingt-quatre œufs, d'undemi-cent de goujons de l'Yonne, d'un gigot rôti, d'un civet de lièvre, d'un ftan, d'un rayon de miel, d'une livre de fromage, et de quinze litres de vin dit de maçon.
Les soins hygiéniques et les mesures de précaution contre les intempéries sont pris constamment à l'égard des ouvriers occupés aux travaux extérieurs. A la cathédrale de Troyes, par exemple, on paie « à un cordonnier 8 livres i5 sous, « pour cinq paires dehouseaulx, larges et longs, ou façon de houseaulxà pécher, « pour ce que par aucune fois l'eau soulsit es fondemens et ne scavoyent « besongner sans les dicts houseaulx »; un gantier livre treize paires de gants de peau de mouton double, à 2 sous la paire pour que « le mortier ne gâtât pas les mains des maçons » ; et un sabotier reçoit la commande de deux paires de sabots à 10 deniers la paire « pour ceulx qui font le mortier pour ce que la « chaulx brusle leurs souliers ». Les ouvriers qui tombent malades ou se blessent à la suite de quelque accident sont hospitalisés aux frais des Chapitres et des Fabriques, et il leur est accordé des indemnités de chômage.
Quant aux maîtres maçons travaillant pour des particuliers, les seules particularités de leur situation professionnelle qui présentent de l'intérêt sont celles des marchés, prix faits, baux à besognes, qu'ils signaient pour l'exécution des travaux avec ceux qui les leur confiaient.
Ces actes sont passés devant et par des notaires, en présence de témoins, désignés par les deux parties, leur servant de cautions, les contractants promettant « tenir, accomplir, garder et observer de poinct en poinct et ne « venir au contraire, obligeant leurs biens, et renoncent à toutes exceptions, etc., « voulant estre contraincts et compellés par toutes rigueurs de justice, etc., « ainsi que l'ont promis et juré aux Sainctz Evangiles Nostre-Seigneur, touché « le livre, entendre et tenir ce que dessus » (i).
Les maîtres maçons
au service
des particuliers.
(i) Bail à besogne pour la construction du château de Lasserre, signé le 8 avril 1559 par Antoine I-escale, < maistre des oeuvres et réparations toyalles en la séneschaussée de Tholose (Toulouse) », archives du notaire Fossé.
Parfois, les engagements pris par le maître d'œuvre, relativement à la « bonne et deue » exécution des travaux, le sont avec des formules fort originales, et d'une saveur de langage de terroir. Ainsi, Nicolas Bachelier, traitant pour la construction du château de Saint-Jorj', dans le Lauraguais, déclare, avec assurance, qu'il « bastira le tout solidement, de telles matières et de tel « art et force que aucuns vcntz, neiges, gresie, tempeste, ne aucune fureur de « temps ny pourra nuyre, ny rien gâter de sept générations. »
Les conditions de payement des travaux présentent aussi parfois des singularités pittoresques. Par exemple, à Toulouse, Jean de Bernuy, dans un bail à besogne passe entre lui et Louis Privât, « massonnicr », pour l'achèvement de son hôtel, spécifie qu'il donnera, en outre de la somme fixée, 200 livres tournois pour la dot de sa fille aînée, ou de sa seconde fille, si la première meurt ou ne se marie pas, payable le jour des noces. Très souvent, à l'argent monnayé sont joints des payements en nature ; ici, tant de setiers de blé, tant de sacs de farine, ailleurs, une barrique de vin du pays, ou l'autorisation de prendre dans les forêts des propriétaires tout le bois nécessaire pour le chaudage et la cuisson des aliments dans les loges des maçons-tailleurs de pierre, occupés à des constructions à la campagne (1).
Mengin Paillet, maître des œuvres du comte de "Vaudémont, reçoit, en i5i7-i5i8, des gages consistant en provisions d'avoine délivrées par ordre (2).
(i) Douais : Varl à Toulouse, fassini.
J. Lestrade : V Histoire de Vart à Toulouse, fassim. (2) Archives de Mcurllie-et-Moselle, B. 9.77510. 030, et T. m, 190.
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