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LES ROIS ET LES REINES

lîs auteurs des chroniques et des mémoires de la Renaissance, non plus que les conteurs et les poètes, ne se sont guère préoccupés •'^* 'C^JSâ^ '^^ mouvement artistique de ce temps; h peine, trouve-t-on, i^j Qw^4J^ dans les ouvrages techniques contemporains, tels que ceux de Philibert de l'Orme, de Jean Bullant, de J. Androuet du Cerceau, de Bernard Palissy, de Sébastien Serlio, etc., ça et là, épars, sommaires, vagues et diffus, quelques renseignements sur les personnages divers par lesquels ce mouvement a été créé, ou lui a été donnée cette impulsion prodigieuse, irrésistible, et générale, qui a fait de l'Architecture française, au xvi° siècle, la plus florissante de toutes celles des autres pays, la plus féconde en œuvres originales, grandioses, pittoresques, et d'une variété extraordinaire de caractères et de physionomie. La France n'a point eu, comme l'Italie, de Vasari. Aussi, la plus simple esquisse d'un tableau d'ensemble contenant les principales figures des grands protecteurs de l'Architecture nationale, pendant cette période de notre histoire, est-elle une entreprise très délicate, très difficile, qui présentera forcément bien des ignorances, des incertitudes, des omissions et des oublis.

Indifférence

des écrivains

du xvi' siècle

pour l'architecture.

Si imparfaite qu'elle soit inévitablement, cette esquisse suffira pourtant à prouver, d'une manière irréfutable, par la démonstration d'une tradition constante, que le goût très vif des arts, dans leur expression la plus haute, la plus noble et la plus sévère, est, en notre pays, bien antérieur h la période de ces « sensations d'Italie », qui, à l'opinion des panitalianistes, auraient été le levain nécessaire du mécénat français au xvi" siècle. Non certes; nos rois, nos grands seigneurs et nos grands bourgeois n'attendirent point les campagnes militaires de Charles VIII, de Louis XII et de François I"*" au delà des Alpes, pour comprendre et aimer les belles ordonnances architecturales. Les branches Orléans et Angoulême des Valois continuent fièrement la branche directe de la grande famille royale à laquelle est due, au xiv° siècle, et dans les premières années du xv", de Charles V à Charles VII, la magnifique floraison de l'architecture et de la sculpture monumentale qui a été qualifiée, si justement, par Violletle-Duc, une véritable Renaissance.

Louis XL Louis XI, malgré la nature de son esprit plus porté à la simplicité qu'à la

magnificence, à la fois de nature et par politique, ne laissa pas d'encourager particulièrement l'architecture, lorsqu'il pensait y trouver profit pour son renom et pour son autorité de souverain, ainsi que pour le salut de son âme.

Dauphin, et réfugié, pour ainsi dire, dans le Dauphiné, il s'intéresse aux édifices et monuments de la ville de Grenoble, et particulièrement à l'œuvre du Palais du Parlement, œuvre presque séculaire ; et, devenu roi, il lui attribue, le 24 novembre 1478, une subvention vraiment royale, « en prescrivant qu'une somme annuelle de deux cents livres serait prélevée sur les revenus réservés de la province pour ces travaux si longtemps désirés, délaissés et oubliés (i) »

Louis XI fit construire la somptueuse église de Notre-Dame de Cléry, où il voulut avoir son tombeau, et l'église de Notre-Dame de Behuard, pour qui il avait une dévotion particulière. A Orléans, dont il appréciait la bourgeoisie, presque autant que celle de Tours, ses largesses pour la construction ou la restauration d'édifices religieux et civils lui attirent la reconnaissance de la municipalité, qui, sous le règne de Louis XII, fait mettre sa statue sur la façade du nouvel Hôtel de Ville, en pendant à celle de ce dernier roi. Le prieuré de Bonne-Nouvelle est reconstruit de ses propres deniers; en 1498^11 pose la première pierre de la nouvelle porte Saint-Jean de l'église Saint-Donatien, dont les parties détruites pendant la Guerre de Cent ans ont été restaurées à ses frais. Sa dévotion pour Saint Jacques lui inspire la construction de la belle chapelle de ce vocable, véritable bijou de pierre, où l'on remarque « le germe des premières innovations de la Renaissance » (2), et qui est tenu pour un des types les plus intéressants de l'alliance de l'ogive et du plein cintre. Il continua

(i) Emile Rémy : Monographie du Palais de Justice de Grenoble, 1897, p. 9. (a) René BiF.MONT : Orléans, petit in-i6, p. 239.

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l'œuvre de Saint-Aignan, à peine commencée sous son prédécesseur : « Item « (le roy nostre sire) aurait voulu et ordonné que les bourgeois feront parachever « l'église de mon dict sieur Sainct Aignan (i) »; et, pour subvenir aux dépenses de cette entreprise, il abandonna l'aide sur les sels vendus aux pays de Languedoc et Langue d'oil. La célèbre Maison royale du cloître Saint-Aignan fut bâtie à ses frais pour lui servir de logis dans les fréquentes visites à « sa bonne ville d'Orléans ».

Entre i453 et 1472, Louis XI fait élever la résidence royale de Plessis-lez- Tours : il affectionne particulièrement la Touraine, et il aime à être dans le voisinage de ses bons amis les riches bourgeois tourangeaux, dont les conseils financiers et commerciaux lui sont fort utiles. Les maîtres maçons-tailleurs de pierre, « maître des œuvres du roy », qui en donnent les plans, Jean Duchemin et Jean Thibault, peut-être, Jean Pépin, Pierre Bertrant, ou Jehan Regnard, apportèrent d'ores et déjà, dans la construction de ce château, — défiguré dans les légendes romantiques, et dans l'imagination populaire, — des idées esthétiques nouvelles. Au milieu des vergers, dans une plaine boisée et verdoyante, ils bâtissent un vaste logis, formant, avec les dépendances et sa « clôture », un grand quadrilatère à la façade tournée du côté de la ville, à deux ailes en retour, reliées par une galerie à arcades richement sculptées, une tourelle octogonale flanquée, à mi-hauteur, d'une tourelle ronde en encorbellement, où se trouve l'escalier à vis, également orné de fines et pittoresques sculptures. Les murs sont de briques rouges avec rampes de pignons, chaînages, fenêtres à meneaux, lucarnes et portes, de pierres blanches. Toute l'architecture est fort plaisante, en harmonie d'aimable aspect, et de couleur agréable avec le ciel de la Touraine. (2ette résidence, d'un caractère très artistique, dans ses belles lignes, et dans sa robuste et gaie simplicité, n'est point l'œuvre commandée et inspirée par un roi indifférent aux belles architectures.

Au château d'Amboise, sur les ordres de Louis XI, le maître d'œuvre, Pierre Artault, exécute des travaux importants, qui auraient été : un corps de logis vers la pointe du promontoire, un oratoire en forme de crypte, placé sous le vocable de Saint-Biaise, la tour Heurtault — , moins son couronnement et sa porte — , des tours rondes qui s'élevaient au nord et au midi du mur d'enceinte, à la partie occidentale du coteau (2). Le château de Loches lui doit le bâtiment d'entrée, la tour ronde, et la tour du Martelet.

Dès son avènement au trône, Charles VIII, qui avait passé son enfance à Amboise, s'était pris de goût pour cette résidence et avait décidé de l'agrandir et de l'embellir. Les travaux furent commencés vers 1489. Un ambassadeur de Pierre de Médicis auprès du roi de France, Gentile Becchi, évcque d'Arezzo, qui se trouvait, en septembre 1490, au Plessis-lez-Tours, raconte que le

Le château de Plessis-lez-Tours

Louis XI

et les

châteaux d'Amboise

et de Loches.

Charles VIIL

La construction du château d'Amboise.

(i) De Buzonnière : Histoire architecturale d'Orléans, t. II, p. 311.

(a) BossEBCEUF : Amboise, le château, la ville et le canton, 10-4', p. 139-140.

Louis XII.

Continuation

des travaux

du château d'Amboise.

souverain lui fit montrer le modèle du nouveau château d'Amboise dont il voulait faire une « cité », et dont l'ensemble lui parut d'un caractère si vraiment royal qu'il en improvisa ce distique latin :

« Carolus octavus primus me erexit in urbem.

« Hune fontem, hos mures, haec mihi templa dédit Ambosa. »

(Charles VIII, le premier, fit de moi une \iiie, Amboise me donna cette fontaine, ces murailles et ces temples) (i).

Philippe de Commines e'crivait, à propos de la mort de Charles VIII, à Amboise, sur les constructions nouvelles du château :

« Charles VIII estoit en son château d'Amboise, où il avait cntreprins « le plus grant édiffice que commença cent ans a roy, tant au chasteau qu'à « la ville ; et se peult voir par les tours, par oij l'on monte à cheval et parce « qu'il avoit entreprins à la ville, dont les patrons estoient faictz de merveilleuse « entreprinse et despense, et qui de longtemps n'eussent prins fin » (2).

Au retour de la Campagne d'Italie qui les avait fait suspendre, Charles VIII avait ordonné la reprise des travaux du château, et y affectait, dès 1496, cinq deniers à percevoir sur chaque quintal de sel vendu dans tout le royaume (3). On pense que les constructions édifiées par ordre du roi sont : le grand corps de logis situé au midi, le pavillon dit des Vertus (aujourd'hui disparu), les bâtiments en façade sur la Loire, qui constituent actuellement la principale partie du château, et la chapelle Saint-Biaise, ce grand bijou architectural de la fin du xv' siècle. Quelques vives sensations d'art antique ou italien que Charles VIII ait pu recevoir au cours de son expédition au delà des Alpes, il n'en resta pas moins fidèle à l'Architecture nationale, et fit constamment appel à des maîtres maçons français pour réaliser ses projets de constructions monumentales.

Louis XII continua les travaux d'Amboise, sans, toutefois, faire suivre les premiers plans ; mais ce ne fut point pour leur en substituer de nouveaux à la mode italienne, demandés à quelques « deviseurs de plans ». Un maître d'œuvre des bords de la Loire, Catien Fordebraz, nommé « maistre maçon de l'édiffice et bastimentdu chastel d'Amboise », fut chargé de dresser ces plans nouveaux, dont l'exécution fut soumise au contrôle de François de Pontbriant et de Roland de Ploarec, commis pour « conduire et diriger la construction de plusieurs somptueux édiffices ». La part du nouveau roi dans la construction du château est considérable (4). On lui attribue ge'néralement l'achèvement de la tour des Minimes, les terrasses ornées de balcons de pierre qui lui font suite, le Petit Fort, qui était situé entre les ponts d'Amboise et les grands fossés du château,

(i) Abel Desjardixs : Négociations diplomatiques avec la Toscane, t. I, p. 339-340.

(2) Philippe DE Commines : Mémoires, liv. VIII, chap. XVIII.

(3) De Croy : Nouveaux documents four Vhistoire de la création des résdences royales des bords de la Loire, p. 9.

(4) Cartier : Mairie d^ Amboise, 1854, p. S. De Croy : Nouveaux documents, etc., p. 15.

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l'aile en retour d'équerrc joignant la grosse tour du nord et les bâtiments de Charles VIII, toutes constructions en pur style français.

Le roi céda à Louise de Savoie le château pour en faire sa résidence et celle de son fils. La célèbre princesse y fit alors exécuter d'importants travaux, notamment la surélévation d'un étage du corps de logis de l'aile en retour d'équerre.

En même temps qu'il poursuivait avec activité et à grands frais l'achèvement Reconstruction

du château d'Amboise, Louis XII entreprenait de reconstruire le château de du château de Blois. Blois qui était « le lieu de sa nativité où il avait été nourri tout son jeune âge»; et il préposait à la surintendance des bâtiments nouveaux François de Pontbriant, qui avait reçu la même charge à Amboise. L'admiration universelle a donné le nom populaire d'aile Louis XII à la partie du château qui fut la création de ce roi, ainsi que d'Anne de Bretagne, dont les chiffres héraldiques entrelacés, les fleurs de lys et les hermines sont répandus partout, « travaillez avec beaucoup de soin et de délicatesse », écrivait Félibien au xvn" siècle, en un temps où ces ornements n'avaient point encore subi cruellement les injures du temps et des hommes (i).

Au cours de ses expéditions en Italie, Louis XII avait pu être charmé par les palais, les villas et les églises d'une architecture nouvelle pour lui, et dans la splendeur de leurs marbres et de leurs sculptures ensoleillées. L'influence de cet art sur son imagination, quand il fait bâtir à Blois et à Amboise, est absolument nulle; on n'en trouve pas la moindre trace. S'il employa quelques .

deviseurs de plans étrangers, c'est à des besognes subalternes, à des travaux protège

provisoires et éphémères. Lui aussi, et non moins résolument que Charles VII, les maîtres maçons, il restera fidèle aux maîtres maçons-tailleurs de pierre français et leur fera exclusivement construire les édifices et les monuments de son règne.

A l'actif de Louis XII, protecteur de l'Architecture nationale et de l'Art public, il faut mettre les ordonnances qu'il rendit pourplusieurs villes de France, notamment pour Lyon, Rouen et Troyes, en vue de la suppression des vieilles galeries, échoppes, avant-toits, bannes, etc., qui nuiraient à la beauté des perspectives urbaines, et compromettraient la sécurité et la viabilité des places et des rues.

A l'aurore de la Renaissance brille d'un vif éclat une belle figure de protectrice de l'Architecture : Anne de Bretagne. Dans sa contribution personnelle Anne de Bretagne, au développement de la civilisation française, tout est national comme source d'inspiration {2), et comme moyens et éléments d'action. Elle a demandé

(i) FiUBiEN ; Ibidem, p. 9.

(2) Le cardinal Briçonnet écrivait de Naples à Anne de Bretagne, en 1495 : « Madame, je voul- I droye que vous eussiez veu ceste ville et les belles choses qui y sont, car c'est un paradis terrestre. « Le roy, de sa grâce, m'a voulu tout montrer à ma vue de Florence, et dedans et dehors la ville ; « et vous asseure que c'est une chose incréable que la beaulté de ces lieux, bien appropriez en toutes « sortes de plaisances mondaines ». La reine n'en prit aucune curiosité de l'architecture italienne; et continua, pour ses constructions personnelles, à s'adresser à des maîtres maçons-tailleurs de pierre français.

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exclusivement à notre pays les artistes divers dont clic avait besoin pour réaliser ses projets et ses rêves en vue de la grandeur et de la prospérité de sa patrie d'adoption. Dès son avènement au trône de France, pendant ses deux règnes, Anne de Bretagne s'entoura de savants, de lettrés et d'artistes; plusieurs même faisaient partie de sa maison. Le P. Hilarion de Coste a écrit, malheureusement sans fournir d'indications de lieux et de dates : « sa piété envers Dieu parait es Une gracieuse légende. « fondation de plusieurs églises et monastères (i) ». Sa réputation de magnificence était telle, et s'est si bien perpétuée que, jusqu'à nos jours, on a fait constamment honneur à Anne de Bretagne de tout ce qui, dans son pays natal, présente un caractère artistique ou une physionomie monumentale; les voies romaines, les donjons, les cathédrales du Moyen âge, et les châteaux de la Renaissance. Blois lui doit, sans aucun doute, la partie Louis XII d'une si originale architecture, et où elle avait établi le corps de garde plaisamment dénommé par le peuple : la Perche aiix Bretons; et, dans le jardin du château, une construction d'un caractère très artistique, un petit pavillon en forme de croix, avec un oratoire, porte son nom (2). On a toutes raisons plausibles d'attribuer à la reine l'édicule du château de Loches, dénommé l'oratoire d'Anne de Bretagne, qui se fait remarquer par sa décoration sculpturale, véritable joyau de pierre ciselé, qu'on date du règne de Charles VIII.

François I". L^ figure fière et souriante de François I" domine l'histoire de la

Renaissance; elle est la personnification idéale de la Royauté protectrice des arts, dans les conditions de magnificence et de prodigalité qui paraissent indispensables pour lui donner une influence générale, irrésistible et durable. En aucun temps, ni dans aucun autre pays, on n'en saurait trouver que l'imagination populaire ait faite, instantanément et toujours, plus grande, plus noble et plus séduisante, jusque dans ses caprices et ses folies, dans son insouciance des contingences économiques et financières et son dédain des réalités. Il semble bien que, plus que tout autre roi de France, celui-ci ait eu l'intuition, précise et immédiate, de l'obligation, impérieuse pour un souverain, de faire de l'Architecture nationale le moyen d'expression le plus saisissant de la grandeur, de la prospérité et de la richesse d'un pays. Trop souvent, on ne voit, en François I", à ce point de vue, que le créateur des résidences royales, le Nouveau Louvre, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterets, Madrid, etc., qu'il laissa inachevées pour avoir trop entrepris à la fois de constructions colossales et coûteuses; l'on ignore ou l'on oublie que, par son

(i) Hil.ARlON DE CoSTE : Les éloges et vies des roynes, -princesses, daines et demoiselles illustres en fiété, courage et doctrine, qui ont jleury de nostre temfs et du temfs de nos fères, 1647, 2 vol. in-4'.

(2) De Croy : Nouveaux documents four l'histoire des châteaux royaux des bords de la Loire, p. 117. « Pendant ses séjours à Blois, Louis XII, qui, suivant l'exemple des rois de France, assistait « à la messe chaque matin, paraît avoir eu une prédilection pour cette chapelle. >

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initiative et par ses libéralités, autant que par son exemple, il entraîna les municipalités, les Chapitres, les Fabriques, les grands seigneurs et la riche bourgeoisie, dans un mouvement artistique qui, en son temps, a couvert la France d'édifices et de monuments tant privés que publics, innombrables, dont quelques-uns sont des merveilles architecturales, et le plus grand nombre des œuvres d'une beauté et d'une originalité que personne ne conteste et que tout le monde admire.

François I"*^ avait particulièrement pour l'architecture une véritable passion. Tout en faisant la part du lyrisme obligatoire pour les auteurs de dédicaces aux souverains et aux princes, tels que J. Androuet du Cerceau, qui, dans sa notice sur Saint-Germain-en-Laye, déclare que « ledit sieur Roy, en bastissant ledit « chasteau, y estoit si ententif que l'on ne peut presque dire qu'autre que luy « en fust l'architecte »; on ne saurait méconnaître, sans injustice, après tous les témoignages des contemporains, confirmés par des documents officiels, qu'il apportait, dans l'examen des plans de ses châteaux une attention exemplaire, et les préoccupations les plus louables d'une perfection artistique, qui lui inspiraient constamment des « rechangements », des additions, des embellissements, etc., dont souffraient souvent, il est vrai, les constructions dans leur solidité et dans l'harmonie de leur ensemble, parce que ces modifications techniques coïncidaient, presque toujours, avec des périodes d'impécuniosité du trésor royal, imposant, au contraire, des économies de matériaux et de main-d'œuvre.

Le chroniqueur Noël du Fail (i) nous a conservé le souvenir du congrès d'architectes et de maîtres maçons, que Jean de Laval réunit, en mai ou juin i532, à Châteaubriant, pendant un séjour de François !"■, et qu'il fit présider par son hôte, assuré de le tlatter infiniment en lui soumettant divers plans de la nouvelle résidence dont il projetait la construction, et en le priant de désigner le plan et l'architecte à choisir définitivement.

Autant que ses prédécesseurs, sinon mieux encore, — car, en son temps, les deviseurs de plans italiens furent plus nombreux, et plus audacieux en

Sa passion pour l'architecture.

Fausse légende de François I",

leurs ambitions et tenaces dans leurs intrigues, — François I"^ donna, constam- Protecteur des dcMseurs

r. ^ .,,,'. , , de plans italiens,

ment, toute sa confiance aux maîtres maçons-tailleurs de pierre, et les employa

exclusivement dans la construction de ses bâtiments. Aucune innovation architecturale, aucune idée artistique nouvelle, si hardie et si imprévue fût-elle, ne trouva jamais hostile, indifférent ou timide, le chevaleresque et impétueux héros de Marignan et de Pavie — , Saint-Germain-en-Laye, Madrid, qui représentent une révolution dans l'esthétique des châteaux, en sont des témoignages — ; mais il ne les accueillait que des Le Breton, de Gadyer, de Pierre Chambiges, etc, qui seuls étaient, pour lui, capables d'en concevoir de pratiques, d'originaux, et de les réaliser rapidement et avec économie.

(i) Noël ou Fail : Contes et discours d'Eutrafel, chap. XXXIII, de la Moquerie.

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Pour le Louvre, pour Chambord et pour Fontainebleau, les Serlio, Boccador et Benvenuto Cellini, appuyés par de puissants courtisans, offrirent des projets et des plans personnels ; le roi leur préfera toujours, et sans hésitation, ceux des « vieux maçons parisiens », pour qui ces étrangers ne trouvaient pas assez de lazzis et d'injures, mais que le roi vengeait suffisamment par son estime inaltérable, et en les maintenant dans leurs fonctions et charges comme de très grands artistes et de bons et loyaux serviteurs.

^^'^"''' ^^- Henri II continua, avec une piété filiale, et un grand sens politique,

l'œuvre édilitaire de son père. Il fit poursuivre activement les travaux du Louvre, de Fontainebleau, de SaintGermain-en-Laye, de Villers-Cotterets, de Madrid, etc. ; et continua, pendant tout son règne, la haute protection royale, si noble et si généreuse, accordée par François I" aux grands architectes. Pierre Lescot est maintenu par lui à la superintendance des travaux du Nouveau Louvre, avec toutes les attributions administratives et tous les privilèges attachés à la fonction. Gilles Le Breton conserve, sans le moindre changement de situation prépondérante, son titre de « maistre général des œuvres de maçonnerie du roy », à Fontainebleau ; Guillaume et Jacques Le Breton restent les maîtres d'œuvre associés du château de Villers-Cotterets. Jean Bullant est appelé, par la faveur du roi et par la protection d'Anne de Montmorency, à la haute fonction de contrôleur des « Bastimens du roy », à la mort de Pierre des Hostels, le vieux et dévoué serviteur de François I". Quant à Philibert de l'Orme, il fit toute sa fortune artistique sous Henri II, qui, dès son avènement au trône, crée pour lui la charge de surintendant deschâteaux de Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterets, et du Bois de Boulogne ; le nomme son aumônier ordinaire, et lui accorde successivement, en dons gracieux, les commendes des riches abbayes de Saint-Barthélémy de Noyon, d'Ivrj'^, et de Saint-Serges-les-Angers.

La famille royale compte en ce temps de nombreuses protectrices des arts qui ont contribué puissamment à l'essor et à la prospérité de l'Architecture nationale : Claude de France, la première femme de François I", qui réalise superbement, au château de Blois, les projets de son père, Louis XII, que les événements politiques avaient forcé d'ajourner ; Marguerite d'Angoulême, la sœur de François I", qui fait reconstruire les châteaux de Pau et de Cognac par des maîtres maçons-tailleurs de pierre français et non par des artistes italiens ; Françoise d'Alençon, veuve de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, qui s'est honorée par la construction des châteaux de La Flèche et de Châteauneufsur-Cher ; Marguerite de Navarre, fille de Henri II, qui se plaisait aux grandes constructions et à l'embellissement de ses résidences, fit bâtir, à Paris, l'hôtel de Navarre et la chapelle du monastère de la Trinité, et, à Issy, le château que l'on dénommait à la Cour « le Petit Olympe d'Issy » ; Diane de France, fille

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légitime d'Henri II, à qui est dû l'hôtel du Marais, dit aujourd'hui l'hôtel de Lamoignon, que termina plus tard Charles de Valois, duc d'Angoulême.

Deux reines, Tune de la main droite, l'autre de la main gauche, ont laissé dans l'histoire de l'Architecture nationale un nom immortel par les grandes œuvres qu'elles ont fait créer.

Italienne par son père. Française par sa mère, qui était Madeleine de la Catherine de Médicis. Tour-Bologne, Catherine de Médicis résumait en elle les qualités et les défauts des deux races dont elle était issue. Du côté paternel, elle tenait son amour des arts, sa passion du luxe, son goût de la magnificence, ainsi que l'esprit d'intrigue et la science de la diplomatie ; du côté maternel, elle avait hérité le charme et l'esprit ; tout cela merveilleusement servi par un beau et agréable visage, par une taille élégante, et par une distinction souveraine. A son arrivée en France, Catherine, nullement dépaysée, et moins encore étonnée, conquiert tous les cœurs et tous les yeux par sa bonne grâce, par sa gaieté naturelle, par sa beauté radieuse. Elle tient fièrement sa place non seulement de future reine, mais de femme, dans cette cour brillante, qui ne compta jamais autant de princesses et de grandes dames, « reluisant comme étoiles au ciel, au temps serain », suivant l'expression poétique et galante de Brantôme.

Lorsque Henri II délaissa sa femme pouraimer Diane de Poitiers, Catherine de Médicis ne s'abandonna point à un inutile désespoir. Astucieuse et fine comme une Florentine de race, elle comprit aussitôt qu'elle devait se créer une haute et indiscutée situation personnelle par le rôle brillant et sérieux de protectrice des arts et des lettres, et par la dignité imposante de sa vie privée. Elle eut l'habileté de vouloir plaire à son beau-père au défaut de son mari. François P' avait la passion de l'architecture, il aimait les beaux livres, les beaux tableaux, elles belles statues : et il s'entourait d'artistes, de poètes, de lettrés et desavants, La Dauphine, à dix-neuf ans, a l'énergie de se mettre à apprendre le grec, au grand étonnement de la Cour ; elle fait venir d'Italie des manuscrits anciens, des livres rares, et elle achète de la peinture, de la sculpture et des orfèvreries. Elle se lance dans la reconstruction du château de Saint-Maur qu'elle achète, inachevé, au cardinal du Bellay ; elle le fait rebâtir par Philibert de l'Orme, décorer par les premiers artistes du temps ; et, sous une inspiration des plus gracieuses pour François I", elle place au fronton du portique d'entrée le buste en marbre du roi. Elle relève sa beauté par de magnifiques joyaux dont elle donne elle-même les dessins et compose les devises spirituelles et galantes.

A l'avènement de Henri II au trône, et à l'accession de Diane de Poitiers â la puissance d'une véritable souveraine, Catherine de Médicis continuera plus énergiquement encore la lutte pour l'autorité et pour l'honneur de la reine légitime. Bien qu'elle ne dispose que d'un mince budget annuel, — 59 33 1 livres — , elle se lance dans une entreprise considérable : la construction du château

Le cliâteau de Montceau-eii-Brie.

Les Tuileries.

L'hôtel de Soissons.

Le château de Chenonceau.

Diane de Poitiers.

tic Montccau-en-Brie, et y ciTiploic la plupart des artistes français de Fontainebleau.

A partir de la mort du roi, devenue reine mère et régente, en possession de ressources financières importantes, Catherine de Médicis veut assurer sa haute et exclusive influence par des entreprises de constructions plus considérables encore, qui serviront à la fois sa politique ambitieuse, ses vengeances terribles de femme, et sa passion insatiable de la bâtisse. Elle s'empare de Chenonceau, arrachée violemment à sa rivale exécrée, l'augmente et l'embellit; elle ordonne l'érection de la chapelle des Valois à Saint-Denis ; au Louvre, elle fait élever par Pierre II Chambiges la Petite Galerie; et elle commence les Tuileries.

PVançois I" avait voulu autrefois faire bâtir un palais aux Tuileries « assises es fauxbourg de la Porte-Saint-Honoré, près et joignant les fossés de « la bonne ville de Paris et de la rivière de la Seine»; Henri II avait repris l'idée de son père, l'avait fait mettre en dessins par Pierre Lescot, mais sans pouvoir non plus la réaliser. Catherine de Médicis a repris le projet avec l'intention de donner, avant tout, au nouveau palais, par des jardins et par des arbres, une physionomie pittoresque et plaisante. Philibert de l'Orme fut chargé d'en dresser les plans, sous les yeux de la reine, qui ne dédaignait point de donner fréquemment son avis, et même parfois d'imposer ses idées au révérend abbé de Saint-Serge ; les pages que le grand artiste a consacrées aux Tuileries dans son « Architecture » ne laissent subsister aucun doute sur une véritable collaboration artistique de la reine mère.

Bernard Palissy, appelé de Saintes à Paris par ordre de la reine qui avait admiré ses émaux et ses « figulines », y bâtissait cette grotte « ornée de plusieurs jaspes étranges, et de marbres, pourfires, consoles et diverses quoquilles », dont il a tracé le devis pittoresque qui nous est parvenu. Alors les poètes du temps chantèrent Les Tuileries sur tous les modes de l'admiration et de l'enthousiasme. Mais Catherine de Médicis ne tardera pas à abandonner ce nouveau palais ; elle s'en fait construire, par Jean Bullant, en ibj-i, sur l'emplacement du Petit Nesle, un nouveau, fort somptueux, qui se compose de deux vastes corps de logis réunis par trois pavillons placés au centre et en retrait, avec une grande cour et de fort beaux jardins ; c'est le célèbre hôtel de Soissons.

Mise en possession du château de Chenonceau, au lendemain de la mort de Henri II, la reine mère avait projeté d'agrandir considérablement et d'embellir cette résidence. Entre autres travaux, devait être construit, sur la rive gauche du Cher, un second château plus vaste et plus riche encore que celui de Thomas Bohier. D'après les plans transmis par J. Androuet du Cerceau, la grande galerie jetée au-dessus du Cher aurait été terminée par un grand salon oval, percé de huit fenêtres. Les Guerres de religion empêchèrent la reine mère de réaliser ces projets.

Dans la légende aussi bien que dans la réalité de sa vie, Diane de Poitiers

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LES PROTECTEURS bE l'aRCHITECTURE KATIONALE yS

apparaît comme une sorte de personnification féminine de la protection de l'Architecture nationale. Il n'y a pas, en un coin de France quelconque, si éloigné soit-il, une maison de caractère Renaissance, décorée avec goût, que l'imagination populaire ne déclare avoir été construite pour Diane de Poitiers ou habitée par elle.

Le mari de Diane de Poitiers, Louis de Brezé, grand sénéchal de Normandie, mourut en i533. Diane n'était point, comme dit Brantôme, de ces veuves « hippocrites et marmiicuses qui s'enterrent avec le défunt ». Elle garda ses vêtements de deuil, parce qu'ils lui allaient très bien, et faisaient ressortir sa beauté marmoréenne. Henri de France, qui venait de rentrer de sa captivité d'Espagne, comme otage de François I", s'éprit immédiatement de la grande sénéchale, bien qu'elle eût été la maîtresse de son père. Le charme que cette femme exerça sur le jeune prince en l'initiant aux premières sensations amoureuses s'accrut de la fascination inspirée par les idées et les rêves d'un mysticisme sentimental avec lesquelles elle berça son imagination exaltée. Le dauphin était de tempérament romanesque; elle eut le génie de jouer auprès de lui le rôle de dame de pensée autant que celui de dame d'amour. Elle prend pour emblème héraldique le croissant de Diane, la chaste déesse, enveloppant d'un mystère poétique ses relations avec Endymion. Les poètes à ses gages célèbrent à l'envi cette ingénieuse allégorie de l'amour de celle

. . . Dont le nom gracieux N'est jà besoin d'escrire; Il est escript dans les cieux Et de nuyct se peut lire.

Chenonceau doit à un caprice artistique de la maîtresse d'Henri H d'avoir été sauvé de l'abandon qu'allait entrainer l'indillérence de son nouveau propriétaire, François I", qui ne l'aimait point. Il était dans la destinée de ce château d'être désiré et aimé par les femmes (i). Deux mois après la mort de François I""' Diane de Poitiers entrait en possession de ce beau domaine, que lui octroyait la faveur du nouveau roi, « en considération des grands et très recommandablcs services de feu Loys de Brézé» ! La favorite fit construire par Philibert de l'Orme le pont-galerie qui était dans les projets de son créateur Thomas Bohicr; elle bouleversa à grands frais les jardins, créant des potagers, des parterres, des bosquets et des bocages sur les deux rives du Cher. Aussi, avec quelle profonde douleurse vit-elle, à la mort de Henri II, dépouillée brutalement de Chenonceau dont elle avait fait une véritable merveille d'art et de nature.

(i) Les femmes qui ont possôdô successivement Chenonceau sont : Catherine Briçonnet, la femme lie son fondateur liohier, <|ui en surveilla personnellement la construction et raménagement ; Diane lie Poitiers; Catherine de Mcdicis; Louise de Vaudémont; Gabrielle d'Estrées; Marie de Luxembourg; la duchesse de Mercœur; M" Dupin,. et M"' l'elouse, qui le fit restaurer à la fin du XIX' siècle.

Puis, ce fut la création d'Anet, où Diane de Poitiers dépensa des sommes considérables pour réaliser superbement les plans de Philibert de l'Orme, qui y avait mis tout son génie de grand architecte. La favorite en fit, pendant de nombreuses années, sa préoccupation et son rêve d'art. « Si je « sçavoys quelque chose de nouveau, écrivait-elle, le 17 octobre i55i, au conné- « table de Montmorency, je vous en feroys part, mays je ne vous sçauroys (( parler que de mes massons, où je ne pertzuneseuUe heure de temps et espère, « que quand viendrez icy, que vous y trouverez quelque chose de nouveau où « vous prendrez plaisir. »

Henri II ayant manifesté, un jour, l'intention d'habiter le château d'Amboise, la favorite eut le projet de se faire construire un hôtel personnel à proximité, sur le plateau desChateliers. Lesterrains, — des vignes — , furent même achetés : « afin, est-il écrit, dans l'acte d'achat, d'y bastir, construire et édiffier maisons, « courts, jardins, vergers et autres choses qu'elle verra estre à faire pour plus « commodément ethonnorablement soy loger, approprier, cy accommoder, ses « gens, familles, hoirs et ayans cause » (i). (le projet ne fut point réalisé, sans doute parce que le roi ne donna pas suite à son idée de résidence à Amboise.

Pendant toute sa vie, Diane de Poitiers n'employa que des artistes

français : architectes, sculpteurs, peintres, etc; en aucune des nombreuses

œuvres d'art qu'elle fit créer ne se trouve la moindre trace d'influence artistique de l'étranger.

(i) C. Chevalier : Histoire abrégée du Château de Chenonccau, in-i6, 1879, p. 173-174.

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LES GRANDS SEIGNEURS, LES PRÉLATS, LES BOURGEOIS, LES MUNICIPALITÉS, LES FABRIQUES, etc.

ES personnages qui composent la Cour, qui exercent les hauts emplois militaires, civils et religieux, suivront le grand exemple d'encouragement à l'Architecture nationale, donné successivement par Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François I" et Henri II. Quelques-uns même ont égalé, sinon surpassé, la magnificence des souverains dans les constructions, et ont fait preuve d'une aptitude exceptionnelle au rôle si difficile de mécène, en des créations architecturales superbes, intelligemment conçues, et exécutées avec une ténacité et une régularité' admirables.

Dans la dernière période du xv° siècle, c'est : Philippe de Commincs, l'illustre historien, secrétaire de Louis XI, qui fait agrandir et embellir le vieux manoir de sa famille; Philippe Pot, dont le château de la Roche-Pot, en Bourgogne (i), prouve le goût et la richesse*, Jean Jouffroy, commandant des armées du roi, et légat du pape en France, que son hôtel de Luxeuil, entre autres

(i) Rcslauré à lu lin du XIX' siècle par lu famille Carnot.

7b CHAPITRE NEUVIÈME

constructions, classe parmi les prélats de ce temps amateurs de belles architectures; le cardinal Guillaume d'Estouteville, archevêque de Rouen, un des plus grands bâtisseurs qui furent jamais ; Louis de Bourbon, seigneur de Montpensier, qui, au lendemain de son mariage avec la fille naturelle de Louis XI, transforma le château féodal du Coudray en une résidence vraiment royale; Etienne Chevalier, qui entretenait avec un soin artistique de nombreux châteaux : Eprunes, Plessis-le-Comte, et Grigny ; Jean Bourré, qui a gardé son nom de l'oubli par la construction de Langeais, et du Plessis-Bourré, dont le chroniqueur Jehan de Bourdigné, en son « Ystoire aggrégative des annales et chroniques d'Anjou », disait qu'il était réputé « ung des chasteaulx de France, pour ce qu'il contient, le plus aysé et le mieux basti », et de la chapelle du château de Jarzé, orné dun sépulcre magnifique dont il avait tenu à arrêter lui-même toutes les dispositions architecturales et décoratives, à déterminer le nombre, les attitudes et les gestes des personnages, à indiquer les tons de leur mise en couleurs, et à choisir les matériaux : ce qui dénote en cet homme d'état et financier des goûts artistiques personnels très prononcés.

Dans les dernières années du xv° siècle, et les premières du xvi% les protecteurs de l'Architecture nationale sont nombreux. Les (l'Amboise. Les d'Amboise tiennent parmi eux le premier rang. Pierre d'Amboise,

seigneur de Chaumont, chambellan de Louis XI, qui le nomma ambassadeur à Rome, élève, vers 1475, l'aile ouest du château de Chaumont, un des types les plus intéressants de l'architecture militaire de la fin du Moyen âge. Le deuxième de ses dix-sept enfants, Georges I" d'Amboise, le grand ministre de Louis XII, cardinal-archevêque de Rouen, est un des plus grands mécènes que compte l'Histoire 'universelle de l'Art; Gaillon, la cathédrale de Rouen, le Palais archiépiscopal, le Palais du, Parlement de Normandie, le Bureau des Finances de Rouen, en témoignent magnifiquement. Deux frères de Georges I" d'Amboise suivirent son haut exemple de magnificence artistique. Jacques, qui fut d'abord abbé de Cluny, puis évêque de Clermont en Auvergne, reprenait en 1490, et achevait les travaux de construction de l'Hôtel de Cluny, à Paris, commencés par Jean de Bourbon, fils naturel de Jean I" duc de Bourbon ; et édifiait à Clermont la célèbre fontaine qui porte son nom. Louis, évêque d'Autun, puis archevêque d'Albi, et nommé cardinal en i5o6, a fait construire dans la cathédrale de cette ville le jubé et le portique, qui ont rendu célèbre cet édifice religieux. Charles d'Amboise, le fameux maréchal de Chaumont, que Georges I"' avait nommé gouverneur de Milan, à la suite de la Campagne de i5oo, éleva le château de Meillant, en Berry, sur lequel la malice populaire fit ce dicton : « C'est Milan qui a fait Meillant ».

Georges II d'Amboise, qui succéda à son oncle sur le siège archiépiscopal de Rouen, sut continuer les grandes traditions artistiques des prélats de Normandie. Un autre neveu du fameux cardinal, Charles de Hangest, évêque

Ed S O

LES PROTECTEURS DE L ARCHITECTURE NATIONALE 77

de Noyon, de i5oi à i525, a marqué son épiscopat par la construction de l'évêché en style de la Renaissance (i), et par l'érection, vers i52o, dans la cathédrale de la chapelle de Notre-Dame de Bonsecours, œuvre intéressante exécutée dans le même style.

Pierre de Rohan, cadet de la maison de Rohan-Guéménée, célèbre, dans Le maréchal de Gié. l'histoire, sous le nom de maréchal de Gié, puis de duc de Nemours, se consola, par la construction du fastueux château du Verger, en Anjou, « une des plus belles maisons de France », disait l'auteur des « Mémoires de Fleuranges », de sa disgrâce sous Louis XII, et de l'inique procès politique qu'il eut à subir, de i5o4 à i5o6, par suite de la haine de son puissant rival, le cardinal Georges I"' d'Amboise, appuyé par Anne de Bretagne et par Madame d'Angoulême. .

Mais ce fut, sous les règnes de François I" et de Henri II, que la Cour et la noblesse bâtirent le plus et le mieux, et ornèrent la France de constructions monumentales, — églises, chapelles, hôtels et châteaux, — qui, malgré les destructions opérées par les Guerres de religion, les invasions étrangères, le fanatisme révolutionnaire, et le vandalisme officiel et privé, font encore aujourd'hui de notre pays le plus riche de tous en chefs-d'œuvre d'architecture.

Anne de Montmorency, connétable, grand maitre de France, ministre favori Anne de Montmorency, de François 1"" et de Henri II, crée Chaniill}', Ecouen, et la Fère-en-Tardenois, où, pendant de nombreuses années, il fait travailler les premiers maîtres maçons-tailleurs de pierre, les plus habiles sculpteurs, peintres et verriers de son temps. Aucun prince, ni grand seigneur ne posséda plus de châteaux, entretenus et restaurés avec autant de soins que l'étaient Méru, Oflemont, Magny et Gaudelu dans l'Ile-de-France, Chàteaubriant en Bretagne, et la Roche-Pot en Bourgogne; n'habita plus de résidences parisiennes qui, par leur lu.xe et leur caractère artistique, aient surpassé l'hôtel de la Roche-Pot, rue Saint-Antoine, Ihôtel de Méru, rue du Temple, l'hôtel de Danville, rue de la Culture-Sainte-Catherine, et l'hôtel de Montmorency, rue Sainte-Avoyc, dans lesquels étaient accumulées, comme à Chantilly et à Ecouen, les merveilles artistiques de tous genres, modernes, anciennes, et même antiques, recrutées partout, en France et à l'étranger, par des agents nombreux empressés à servir le connétable et le grand maître de France : des prélats, des ambassadeurs, des gouverneurs de provinces, des lieutenants du roi, des chefs d'escadre de la marine du roi, etc.

Guillaume Gouftier, connu sous le nom de Bonivet, qui avait été nommé j^^ Gourtier.

par François I"', en i5i5, amiral de P'rance, et qui mourut à Pavie aux côtés du roi, élève, de i5i5 à iSaS, en Poitou, le fameux château de Bonivet, que

(i) II ne reste plus aujouririiul de celle belle (onstruclion (iii'iin |>;in de mur ilans Ie<|iicl s'ouvre une rroist'e remarc[n.ible p.ir sa décoration sculpturale.

Hélène de Hangest.

Jacques D ai lion, seigneur du Lude.

Galiot de Genouillac.

Biaise de Montluc.

Rabelais, dans son « Pantagruel », mettait, pour sa beauté architecturale, au rang de Chambord et de Chantilly.

Son fils, Artus, chambellan de François I", puis grand maître de F"rance, était propriétaire, au commencement duxvi' siècle, de « l'Hostel fort «d'Oiron; il décida de le remplacer par un château nouveau, qui est considéré comme une des plus belles oeuvres de la Renaissance. Le château de Boissy, en Roannais, fut restauré et embelli par lui dans le goût artistique du jour. La veuve d'Artus de Gouffier, Hélène de Hangest, a laissé un nom comme protectrice éclairée des arts. A partir de 1 524, elle entreprend la construction du château de Thouars, dont elle a demandé les plans à André Amy, et celle de la collégiale d'Oiron, afin de se conformer au vœu de son mari ; elle y placera la sépulture collective de la famille, qu'elle commanda au sculpteur Jean I" de Juste. Charlotte Gouffier, femme de René de Cossé, reconstruisit l'église de Brissac, en Anjou.

Un autre des compagnons d'armes de François I" à Marignan et à Pavie, Jacques Daillon, fait tranformer en un château, aussi élégant que plaisant, le manoir familial du Lude, de caractère féodal, par le maître maçon-tailleur de pierre Jehan Turbillon, dont le père avait bâti, vers 1470, les hautes tours, qui furent, en même temps, modifiées par l'ouverture de portes et fenêtres aux chambranles et frontons richement décorés.

Philippe de Chabot, comte de Charny et de Buzançais, seigneur de Brion, généralement connu sôus le nom d'amiral Chabot, fait reconstruire le château de Pagny, en Bourgogne. Son fils, Léonor de Chabot, rebâtit, à Dijon, l'ancien hôtel de Vergy, qui prend désormais le nom d'hôtel de Chabot.

Galiot de Genouillac, le soldat chevaleresque d'Agnadel, de Marignan et de Pavie, le défenseur héroïque de Mézières et de Marseille, consacre sa glorieuse retrait^ des camps et de la Cour à la construction, en Saintonge, de l'église de Lonzac (i), célèbre par sa litre « la Guirlande » ; en Quercy, du château d'Assicr, dont Brantôme a dit qu'il était « la plus superbe maison qu'on sçauroit veoir » (2), de l'éalise d'Assier, au beau portail renommé ; à Figeac, du logis Galiot, édifice pittoresque et original; à Paris, dans le quartier Saint- Paul, d'un hôtel somptueux, qui sera plus tard l'Hôtel de la Vieuville.

Biaise de Montluc, le vieux routier des guerres d'Italie, retiré dans ses terres de l'Agenais, fait ajouter à la vieille demeure féodale de ses ancêtres, le château d'Estillac, des constructions considérables qui en accentuent encore le caractère militaire, en le mettant, en même temps qu'au goût artistique de l'époque, au niveau des progrès de la tactique et de l'artillerie nouvelles.

(i) D'ArssY : L'cglise de Loitsac , Arcliives liistorii|iies de lu Saintonge el de l'Aunis, t. VIII. (2) A. G.u.ABERT et J. Gary : Galiot de Genouillac , seigneur d'Assier. grand maî/re de rarlilleric, Paris, 1901.

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Le château, bien connu, de la Roche du Mayne, en Poitou, est bâti par Thiercelin d'Appelvoisin, gouverneur et capitaine du château de Chinon, sons François I", et l'un des grands capitaines du xvi* siècle, auquel Brantôme a consacré plusieurs pages élogieuses.

Jean d'Estre'es, vicomte de Cœuvres, nommé par Henri II grand maître de l'artillerie, en i55o, fait édifier à Cœuvres, en Picardie, de cette date à i565, un magnifique château, en forme d'un quadrilatère isolé par un large fossé de la colline sur laquelle il est édifié; et, pour commémorer sa nomination à cette haute charge militaire, il fait entrer dans l'ornementation sculpturale de l'édifice tous les emblèmes et attributs de l'arme dont il est le chef : pièces sur leurs affûts en marche, canons en position, bombardes, boulets, écouvillons, torches d'allumage, etc.

La Picardie s'enorgueillit encore du château de Sarcus, bâti vers i52o, pour Jean de Sarcus, général de l'artillerie sous François I"; et du château de Marchais, résidence de Jean de Longueval, qui fut au service diplomatique du même roi.

Claude d'Annebaut, que François I" promut successivement aux charges de capitaine général de la cavalerie légère, de maréchal de France, de gouverneur du Piémont, et de grand amiral, faisait élever, de i522 à 1546, sur le domaine familial d'Appleville, en Normandie, un château de dimensions si colossales et d'une si riche ornementation qu'il ne put l'achever faute de ressources financières, et sur lequel il se créa une légende populaire : « Le diable démolissait pendant la nuit les constructions élevées pendant le jour par les maçons. »

Le frère de Claude, Jacques d'Annebaut, abbé de l'abbaye du Bec, évêque de Lisieux, puis cardinal, continua à ses frais les travaux de l'église d'Appleville, commencés par le grand amiral de France, en même temps que le château, et contribua par ses largesses, en i555, à l'achèvement de l'église Saint-Ouen, à Pont-Audemer.

Leur sœur, Marie d'Annebaut, dota, en 1539-1540, l'abbaye Saint- Amand, à Rouen, dont elle fut pendant de longues années l'abbesse, de constructions importantes exécutées dans le plus pur style de la Renaissance, véritables bijoux d'architecture et de sculpture.

Claude d'Urfé, gouverneur des enfants de François I", puis surintendant du Dauphin, fait bâtir en Forez le beau château de la Bastie, sur les bords de ce « doux » Lignon, que chantera plus tard, dans 1' « Astrée », son fils Honoré.

Jean de Laval restaura le vieux manoir féodal de Châteaubriant et l'agrandit de deux vastes corps de logis d'une architecture aussi élégante que noble, dont le maître d'œuvie, resté inconnu, fut choisi à la suite du célèbre congrès artistique présidé par François I"'.

Thiercelin d'Appelvoisin.

Jean d'Estrées.

Jean de Sarcus.

Jean de Longueval.

Les d'Annebaut.

Claude d'Urfé.

Jean de Laval.

FTançois de Bouille.

François de Colîgny.

Claude de Guise.

Le nom de François de Bouille, un des héros des expéditions d'Italie, est intimement lié au château du Rocher, un joyau architectural de la Renaissance dans le Maine.

François de Coligny, frère de l'amiral, faisait construire, vers i559, le château de Tanlay, en Bourgogne.

Claude de Guise, qui épousa Antoinette de Bourbon, a laissé dans le château du Grand-Jardin, élevé, au milieu du xvi" siècle, dans son domaine de Joinville, en Champagne, un témoignage précieux de son goût pour l'architecture classique la plus pure.

Antr)ine III

Au château d'Ancy-Le-Franc, dans la vallée de l'Armançon, que >h (Icinioiu-Tonnerre. J. Androuet du Cerceau a reproduit comme un des plus excellents châteaux de France, se rattache étroitement le souvenir d'Antoine III de Clermont-Tonnerre, grand maître des eaux et forêts sous P'rançois I".

Gaspard de Saulx-Tavannes.

Vers i363, Charles Ribonnier, o maître des oeuvres de maçonnerie du duché de Bourgogne », bâtit les châteaux du Pailly, près de Langres, et de Sully, en Bourgogne, pour le maréchal Gaspard de Saulx-Tavannes, qui, à la suite de la mort d'un de ses fils, quitta pour toujours l'armée et la Cour.

Il convient de faire remarquer que parmi ces nombreux compagnons d'armes de Charles VIII, de Louis XII et de François T"", pendant les expéditions en Italie, qui ont vu et admiré les palais, les églises, les hôtels, les châteaux et les villas des cités et des campagnes de la Toscane, du Milanais, du Mantouan, de la Romagne, etc., aucun, de retour en France, n'a fait appel aux deviseurs de plans ultramontains pour élever quelque construction « à l'Ytalienne », d'une physionomie très nettement caractérisée; mais que tous, au contraire, se sont adressés, pour bâtir leurs nouvelles résidences, urbaines ou rurales, à des maîtres maçons-tailleurs de pierre provinciaux, qui ont continué à « massonner» à la Française.

Les gens d'église de la Renaissance maintiennent hautement la tradition des prélats et abbés du Moyen âge, tous grands bâtisseurs, qui ont fait créer par nos maîtres d'œuvre, connus ou ignorés, tant de chefs-d'œuvre d'architecture religieuse.

Le cardinal de Lorraine. Le cardinal de Lorraine achetait, en i552, la terre de Dampierre; il y fit

bâtir le superbe château que J. Androuet du Cerceau a fait figurer dans « Les plus excellents bastiments de PVance », et dont l'auteur fut probablement Claude Fouge. Le célèbre château de Meudon, longtemps attribué, mais sans vraisemblance, à Philibert de l'Orme, à cause de son grand caractère artistique, était dû au même prélat, qui en demanda très probablement les plans au même maître maçon, qualifié dans un acte oflicicl « architecte de M. le révérendissime.

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cardinal ». En iSSg, Isabelle de Chanteloup, veuve de Pierre de Bray, vendait au cardinal le Château Gaillard, près d'Amboise, qu'il fit restaurer et embellir magnifiquement.

Le cardinal Charles de Bourbon, connu dans l'histoire sous le nom ironique de Roi de la Ligue, successeur de Georges II d'Amboise à l'archevêché de Rouen, se prit de passion artistique pour le château de Gaillon, se plut à l'embellir, et fit construire près de là cette Chartreuse que l'ambassadeur vénitien Lippomano appelait « un lieu de délices » et comparait aux palais enchantés de Morgane et d'Alcine, créés par l'imagination des romanciers (i). J. Androuet du Cerceau l'a décrite, et déclare « la place de cet hermitage fort « mignarde et jolie, et autant plaisante qu'autre qui se puisse trouver ». A ce prélat est dû aussi le château de Roussillon, en Dauphiné, bâti pendant le règne de Henri II.

Le cardinal Louis de Bourbon fait construire, vers 1 527, le château d'Anisy, en Picardie; et, en i535, le grand corps de logis, en style Renaissance, de l'archevêché de Sens, par le maître maçon Godinet.

Jean de Salazar, qui occupa le même siège archiépiscopal pendant quarantequatre ans, — du 17 février 1475 au 11 février iSig — , enrichit la cathédrale des deux superbes portails du transept, œuvre magistrale de Martin Chambiges; et, probablement sur les plans du même maître maçon, il fait élever à Paris le célèbre hôtel de Sens.

Le successeur de Jean de Salazar, Etienne Poncher, — qui, avant d'être nommé archevêque de Sens, avait été conseiller au Parlement de Paris, entra dans les ordres et devint évêque de Paris, — fait entreprendre la construction de l'hôtel archiépiscopal, sans doute par Cuvelier, le « varlet » de Martin Chambiges, en même temps qu'il fait bâtir le château de Villeneuve-en-Brie.

Deux prélats créèrent à Rodez un centre d'art qui rayonnera brillamment sur toute la région.

A François d'Estaing, d'une vieille famille noble du Rouergue, nommé évêque de Rodez en i5oi, la cathédrale doit la haute tour en hors d'oeuvre construite par le maître maçon Guillaume Cusset, et achevée en i526. Le même évêque fit décorer magnifiquement de sculptures fort remarquables la cathédrale, agrandit et embellit l'hôtel épiscopal.

Son successeur, Georges d'Armagnac, fut aussi très passionné d'architecture. De i53o à i562, il répara et consolida le palais épiscopal qui menaçait ruine sur quelques points; et fit reconstruire dans un style élégant et pittoresque la vieille porte Saint-Martial. Il donna les fonds nécessaires pour la construire, et

Le cardinal Charles de Bourbon.

Le cardinal Louis de Bourbon.

Jean de Salazar.

Etienne Poncher.

François d'Estaing.

Le cp.rdinal Georges d'Armagnac.

(i) Relations des ambassadeurs vénitiens. Collection des documents inédits de l'Histoire de France, t. II, p. 375 à 490.

demanda à son protégé et ami Guillaume Philandrier les plans des belles arcades qui accompagnent cette porte, et soutiennent la terrasse de l'évêché, achevée sous l'épiscopat de Jacques de Corneillan.

Les Le Veneur. Trois Le Veneur, Ambroise, Gabriel et Jean, de l'illustre famille normande

de ce nom, alliée aux d'Annebaut et aux de Brezé, ajoutèrent à sa gloire militaire l'auréole de la création d'œuvres d'architecture qui honorent grandement la Normandie.

Ambroise, doyen d'Evreux, dans les premières années du xvi' siècle, faisait construire, dans cette ville, — sur le modèle du châtelet du château de Carrouges, domaine familial — , le pavillon du Doyenné, où il recevait avec une hospitalité fastueuse. En i5ii, après la mort de Raoul du Fou, qui avait marqué sa prélature de plus de trente ans, — 1479 à i5io — , par l'édification du palais épiscopal, nommé évêque d'Evreux, il commande à Jehan Cossart les plans de la façade nord de la cathédrale. De i5i 1 à i632, le château de Condésur-Iton était, par ses soins, entièrement rebâti en style Renaissance, pour servir de maison de plaisance aux évêques; le prélat y mourut le 27 septembre i536.

Gabriel, neveu d' Ambroise, ayant succédé à son oncle sur le siège épiscopal, continuait la reconstruction de la cathédrale par la façade occidentale.

Jean, frère d'Ambroise, parvenu aux plus hautes dignités ecclésiastiques par la faveur de François I", qui le tenait en haute estime pour ses talents de diplomate et d'administrateur, tout d'abord abbé commendataire de l'abbaye bénédictine de Saint-Pierre des Préaux, puis évêque de Lisieux, et nommé cardinal en i533, édifia le chœur de l'église de Tillières, une des plus belles œuvres de la Renaissance. Il fit restaurer, dans le style nouveau, le château des Loges, situé aux portes de Lisieux, et bâtir, au château de Carrouges, un pavillon qui constitue un type fort original de l'Architecture normande.

Les Le Roux de Tilly. Les Le Roux de Tilly, d'une autre vieille famille normande, figurent avec

honneur dans l'histoire de l'architecture.

Guillaume, conseiller à la Cour de l'Echiquier, achetait, vers la fin du XV' siècle, la terre de Boisset-le-Chastel, et l'agrémentait d'un nouveau château, dont les plans furent dressés par Rouland Le Roux. Dans les premières années du xvi' siècle, il ornait Rouen de cet hôtel du Bourgtheroulde qui en est un des joyaux artistiques.

Son fils, du même prénom, abbé d'Aumale et du Val Richer, hérita à la fois de sa grande fortune et de ses goûts artistiques. C'est lui qui, pour rendre cet hôtel plus vaste, et pour le faire répondre à son train de maison princier de grand dignitaire du clergé de Normandie, ajouta la fameuse galerie, où est représentée, en panneaux d'admirables sculptures, l'Entrevue du Camp du drap d'or. Avec le concours financier de Claude de Lorraine, duc de Guise et comte

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d'Aumale, il fit bâtir la porte monumentale du monastère de Sainte-Marguerited'Auchy ou lès-Aumale, une des plus originales œuvres d'architecture en Normandie, malheureusement détruite aujourd'hui.

Le château de Nantouillet, dans l'Ile-de-France, création architecturale des Le cardinal Du Prat. plus remarquables, dont il ne reste plus que des ruines malheureusement, fut bâti pour le cardinal Du Prat, le célèbre ministre de François I"", qui, avant son entrée dans les ordres après la mort de sa femme, fut chancelier de France et de Bretagne.

Le cardinal Joachim du Bellay, évêque de Paris, mis en possession des Joachim du Bellay, revenus de l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, sécularisée par Clément VII, les consacra à la construction, dans ce site charmant, d'un château dont les plans furent dressés par Philibert de l'Orme, qu'il avait connu en Italie, et ramené de Rome à Lyon en 1 536.

Il faut adjoindre à ces illustres prélats, protecteurs de l'Architecture nationale, Autres prélats français, afin que cet aperçu rapide du mécénat religieux pendant la Renaissance ne soit protecteurs

pas trop imparfait : Geoffroy d'Estissac, doyen de Saint-Hilaire de Poitiers, et j- ,

évêque de Maillezais, qui protégea Rabelais ; le cardinal de Givry, évêque de Langres ; le cardinal Robert de Lenoncourt, archevêque de Reims , François I"' et François II de Dinteville, et Jacques Amyot, le populaire traducteur de « Plutarque » et des « Amours pastorales de Daphnis et Chloé », évêques d'Auxerre ; Jacques de Saint-Gelais, doyen d'Angoulême et évêque d'Uzès; Lancelot du Fau, évêque de Luçon; et Jean de Langeac, évêque de Limoges. Les uns et les autres ont leurs noms inscrits glorieusement dans l'histoire artistique des cathédrales où ils siégèrent, pour les grands travaux de restauration, d'agrandissement, et d'embellissement qu'ils y firent exécuter, le plus souvent à leurs frais, avec une magnificence et un goût admirables.

Les grands financiers, les Robertet, les de Beaune, les Bohier, etc., tous Les grands financiers

issus de la bourgeoisie provinciale, et arrivés, par leur génie, leur activité, et protecteurs de

, jjia- IL x. ji-i- -N 1 Architecture nationale.

leur audace dans les affaires, aux plus hautes charges de 1 Etat, peuvent être,

sans hésitation, mis en parallèle avec les plus fameux protecteurs des arts en

Italie, les Médicis, les Chigi, les Pucci, les Gondi, les Altoviti, les Borgherini,

les Strozzi, les Ruccelai, lesTaddeï, etc., qui tenaient à honneur, sinon à devoir,

de consacrer une partie de leurs grandes richesses à des œuvres d'architecture

pouvant devenir la gloire ou l'orgueil de leur ville et de leur province; et tous,

par leurs descendants et par leurs alliés, ont constitué de véritables dynasties de

mécènes.

Florimond Robertet, dit le grand Robertet, secrétaire de la reine Anne de Les Robertet.

Bretagne, nommé par Louis XII notaire et secrétaire signant en finances, puis trésorier de France au département de Normandie, véritable ministre des

Les Bohier.

Les de Beaune.

finances de François I"', puissamment enrichi par son mariage avec la fille de Michel I" Gaillard de Longjumeau, a laissé un nom dans l'histoire de la Renaissance parla construction du célèbre château de Bury, vers i5o4, et à Blois du fameux hôtel d'AUuye, d'une si belle ordonnance architecturale et d'une ornementation à la fois charmante et pittoresque.

Son fils Charles, évêque d'Albi, continua, en i5io, la décoration picturale de la voûte de la cathédrale, commencée par Louis d'Amboise.

La création de Chenonceaua illustré, plus que toutes ses charges officielles si nombreuses, le nom de Thomas Bohier, allié et apparenté à toutes les grandes familles de robe, de finance et de cléricature de son temps, neveu de Jacques de Beaune-Semblançay, et de Robert Briçonnct, premier président de la Cour des Comptes, beau-frère de Jean du Bois, secrétaire des finances de Charles VIII, proche parent du cardinal Du Prat; qui fut chambellan de Louis XI, trésorier notaire de Charles VIII, trésorier général des finances de Normandie, sous Louis XII, et que François I" avait nommé trésorier général des Guerres, et lieutenant général pour le roi en Italie. Thomas Bohier habitait, à Tours, un hôtel qui, au dire de Guy Bretonneau, était « une des plus superbes maisons de toute la ville entre beaucoup d'autres qui s'y trouvent (i) ».

Thomas Bohier avait un frère du prénom d'Antoine, qui fut successivement nommé, en 1496, abbé de l'abbaye de Saint-Ouen, à Rouen, puis, en i5o5, abbé de l'abbaye de Fécamp, en i5i3, archevêque de Bourges, et, en iSiy, cardinal. Pendant son séjour à Rouen, en i5o2, Antoine Bohier fit bâtir l'hôtel abbatial de Saint-Ouen, le manoir de Periers, qui dépendait de cette abbaye, et le château de Fontainc-le-Bourg. Abbé de l'abbaye de Fécamp, il enrichit l'église du monument destiné à commémorer les largesses faites à l'abbaye par les ducs de Normandie Richard l" et Richard II ; du Tabernacle du Saint-Sang, œuvre italienne d'un grand prix, et des clôtures des chapelles, merveille d'art de la Renaissance normande. Archevêque de Bourges, il obtenait de Louis XII une partie des fonds nécessaires à la restauration de la cathédrale après le terrible incendie du 27 novembre 1614, et il commença la construction de la tour Neuve, dite aussi la tour de Beurre.

Jacques de Beaune, tout d'abord trésorier général d'Anne de Bretagne, puis, sous Louis XII, trésorier général du Languedoc et de la Languedoil, nommé par François I" surintendant des finances, et connu tragiquement dans l'histoire sous le nom de Semblançay, fit construire, de i5i8 à iSaS, à Tours, sa ville natale, le célèbre hôtel de Beaune (2). L'admiration et la reconnaissance populaires ont consacré, en lui donnant son nom, la fameuse fontaine de marbre élevée en

(i) Guy Bretonneau : Histoire généalogique de la maison des Srifonnet, MDCXX, chez Jean Davmale, à Paris.

(1) Spont : Semblançay ; la Bourgeoisie financière au début du xvi* siècle, in-8°, 1895, Paris.

Portail de l'écji.ise u'Auxon, en Champagne Œuvre présumée d'un des Faulchot

LES PROTECTEURS DE l' ARCHITECTURE NATIONALE 85

face de son hôtel par la municipalité, grâce à ses libéralités. Les châteaux de La Carte et de Semblançay furent agrandis et embellis de constructions considérables, d'un grand caractère artistique. Le fils de Jacques, Martin, archevêque de Tours, à partir de 1 52o, est probablement le prélat qui fit exécuter les parties nord et est du cloître de la cathédrale, les plus remarquables parties de cet intéressant édifice.

Une fille de Jacques de Beaune fut mariée à Raoul Hurault, comte de Cheverny et chancelier de France. A ce haut personnage est dû l'hôtel de la rue Saint-Martin, à Blois, dénommé populairement le « Petit Louvre », en raison de son caractère artistique et de son importance ; ainsi que les premières constructions du château de Cheverny, en Sologne, à trois lieues de Blois, que fit achever son fils Philippe, et que devait démolir son petit-fils, Henry, pour faire bâtir un nouveau château en 1634.

« Les Briçonnet, a écrit Guy Bretonneau, l'historiographe de cette famille, Les Briçonnet. « pourraient se vanter d'avoir embelly, non pas une ville seulement, comme « Cœsar, mais bien plusieurs provinces de notre France, des plus magnifiques « bastimens qui s'y retrouvent. Les églises, tours, chapelles, châteaux, palais et « belles maisons, qu'ils ont faict ediftier en divers endroits de ce royaume, « portent encore les marques de leur magnifique libéralité (i). »

Le premier membre de la famille qui ait laissé un nom dans l'histoire des arts est Jean Briçonnet, premier maire élu de Tours en 14G2, et receveur général des finances, qui épousa Jeanne Berthelot, fille de Jean Berthelot, maître de la Chambre aux deniers du roi, et que la reconnaissance publique fit surnommer « l'amateur des pauvres ». L'historiographe de la famille le qualifie « restaurateur et comme nouveau fondateur » de Saint-Clément de Tours. Il se fit construire un logis répondant par sa physionomie artistique à la situation sociale de ce haut magistrat.

François Briçonnet, qui fut aussi maire de Tours en 1499, trésorier de France, consacra des sommes importantes à la reconstruction, en 1 5o8,du château de Candé, un ancien manoir féodal.

Guillaume Briçonnet, fils de Jean, qui, après la mort de sa femme, était entré dans les ordres, et fut successivement évêque de Saint-Malo, de Meaux, archevêque de Reims, et cardinal, fit, à la fin du xv' siècle, et au commencement du xvi" siècle, étant ministre de Charles VIII, reconstruire en grande partie Saint-Saturnin de Tours, l'église paroissiale des riches bourgeois de la ville, édifier le magnifique clocher où était placée l'horloge municipale ; et aida, par ses libéralités, à la construction de Saint-Clément.

Pendant son épiscopat de Saint-Malo, il ordonna la construction, en une île de la mer distante de deux lieues de la ville, d'un couvent des Cordeliers.

(i) Guy Beetonxeau : Ibidem, p. lo.

Les Berthelot.

Jean Breton.

Jean de la Barre.

Bertrand d'Argentré, en son « Histoire de Bretagne », remarque qu' « il y feist « parachever grand nombre de bastimens commencez et délaissez imparfaicts « par ses prédécesseurs ». Archevêque de Reims, il commença la construction de la salle archiépiscopale qu'acheva Robert de Lenoncourt ; et le Bureau de l'Hôtel-Dieu de Paris était dû aux libéralités du cardinal. « Il ne se contenta « pas d'orner la France de tant de superbes édifices, ajoute Guy Bretonneau, si « Rome n'eut porté les marques de sa magnificence, où personnes dignes de foy « m'ont asseuré d'avoir veu ses armes parsemées en divers endroicts de l'église <( et monastère des Minimes francoys, et- tient on par tradition qu'il y feist « bastir un collège des plus magnifiques de toute la ville (i). »

Denis Briçonnet, successivement abbé de Gormery, en Poitou, et de Saint- Martin d'Epernay, en Ghampagne, bâtit, au prieuré de Couffay, dépendant de l'abbaye de Gormery, un hôtel dans lequel il dépensa plus de cinquante mille francs, au dire de l'historiographe de la famille, y restaura la grand maison dite Les Estanges; et reconstruisit, en i52o, le chœur de Saint-Martin d'Epernay.

Jean Briçonnet, fils de Guillaume, qui fut trésorier-général de Provence et du Dauphiné, second président de la Gour des Gomptes, fit construire, dans l'église de Saint-Jean-en-Grève, à Paris, la célèbre chapelle des Briçonnet.

Anne Briçonnet, fille de Nicolas Briçonnet et de Nicole de Poncher, petitefille de Guillaume Briçonnet, épousa Jehan Groslier, le célèbre amateur d'art, trésorier de France, dont il sera question plus loin.

Jean Berthelot, beau-père de Jean Briçonnet l'aîné, consentait généreusement à démolir, en 1460, une partie de son hôtel, à Tours, pour l'agrandissement de l'église Sainte-Groix, auquel il contribua, en outre, par l'érection de la chapelle Saint-Barthélémy ; puis, il se fit bâtir un nouveau logis plus somptueux que le précédent. Son petit-fils, Gilles, successivement secrétaire de Louis XII, maître, puis troisième président de la Ghambre des Gomptes, et, sous François l", l'un des quatre trésoriers de France, s'est immortalisé par la construction du château d'Azay-le-Rideau.

Un Berthelot, maire de Poitiers, possédait dans cette ville, en 1529, un magnifique hôtel, qui en est encore une des curiosités artistiques les plus intéressantes.

Jean Breton, secrétaire de François I"", pendant de nombreuses années, fit construire, en i532, sur l'emplacement d'un vieux manoir féodal, — le Golombiers — , situé sur le coteau du Gher, le château de Villandry, renommé pour son élégante architecture, et pour la richesse de son ornementation sculpturale.

Le château de Véretz, sur le même coteau, fut bâti pour Jean de la Barre,

(i) Guy Bketonneau : Ibidem, p. iio.

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LES PROTECTEURS DE I. ARCHITECTURE NATIONALE

trésorier du roi. et prévôt de Paris, qui, en témoignage de gratitude pour François I"', avait fait placer, au-dessus du portail d'entrée, une statue équestre de son souverain.

Parmi les grands seigneurs que F'rançois I" commit à l'administration Nicolas de Neuville, supérieure de ses « Bàstimens », il en est un, Nicolas de Neufville, seigneur seigneur de Villeroy. de Villeroy, trésorier de France, qui justifia de tous points cette faveur royale, et mérita constamment la confiance que, pendant tout son règne, lui accorda le souverain, et que lui continuèrent ses successeurs, Henri II et François II. Dans la construction du château de Villeroy, achevé vers i559, ce personnage fit preuve du goût le plus délicat et d'une grande largesse dans la dépense. Il se fit bâtir à Paris, près du Louvre, rue des Poulies, « un beau et somptueux logis, et maison, court et jardin, estables etautres aisances et appartenances» (i), qu'en i568 le duc d'Anjou acheta, pour la somme de cinquante mille livres, aux héritiers de Villeroy ; l'hôtel devint ensuite la propriété de Marguerite de Navarre.

Un autre haut fonctionnaire de la même administration, Philbert Babou de la Bourdaisière, se fit remarquer également par un goût exceptionnel pour l'architecture. Lorsque Louise de Savoie fut mise en possession du château de Clos-Lucé, près du château d'Amboise, dont il était une sorte de dépendance, elle le donna à Philbert Babou, alors secrétaire du roi, qu'elle avait en estime particulière ; celui-ci fit augmenter et embellir cette agréable maison, à laquelle le voisinage de la résidence royale ajoutait une valeur spéciale, fort appréciable pour un courtisan. Sur la terre patrimoniale de la Bourdaisière, située dans la paroisse de Montlouis en Touraine, Babou éleva un château important, d'un grand caractère artistique et de proportions monumentales, dont l'architecte est resté inconnu, mais qui fut, sans doute aucun, un des maîtres maçons que le surintendant des « Bàstimens du roi » avait sous son contrôle. Le 1 5 avril 1 644, il fonda, sur le coteau abrupte de Bondésir, également en Touraine, une fort belle chapelle prieurale, où il fut enterré en 1557. François I"" concéda, en i523, à Philibeit Babou, alors en grande faveur, de vastes terrains situés à l'extrémité sud de la place Foire-Le-Roi, à Tours, pour y faire bâtir un hôtel particulier. Cet hôtel, construit en 1 524, était assez vaste et artistique pour que le roi daigna y loger en 1342, et pour qu'il put servir de résidence habituelle aux gouverneurs de la Touraine (2). Il existe encore à Tours un logis, de la fin du xv° siècle, qui porte le nom populaire de la Petite Bourdaisière (3).

La haute influence de Philbert Babou au point de vue artistique était si bien consacrée que Geoffroy Tory, dans la préface de l'édition française du

Philbert Babou de la Bourdaisière.

(i) A. Berty : Topografhie, historique du vieux Paris, t. I, p. 91.

(2) Hôtel démoli en 1820.

(3) Aujourd'hui le Petit Séminaire.

Jehan Groslier.

En Franche-Comté.

Les Granvelle.

« De Re œdificatoria » d'Alberti, publiée en i5i2, après avoir rappelé que Charles VIII victorieux rapporta d'Italie l'art agréable de bâtir d'après l'antique, donne au secrétaire et conseiller du roi, conjointement avec Nicolas Laurent Aleman, le premier imprimeur italien de l'ouvrage, la qualification de « Patrice columnaet ornamenta» (i).

Jehan Groslier, trésorier de France, général des finances en la charge d'Outre Seine et Yonne, trésorier payeur des armées en Italie, sous le règne de François I", né à Lyon en 1476, est un type fort original, sinon de mécène, du moins d'amateur des arts, et particulièrement expert en architecture.

En i5io, il succédait à son père, Etienne Groslier, dans la charge importante de trésorier du duché de Milan, qui le força à résider pendant quelque temps dans cette ville, ainsi qu'à Venise, où le roi l'envoya en mission diplomatique. Il acquit de sérieuses connaissances artistiques dans la fréquentation des peintres et des sculpteurs de la Cour des Sforza, sans cesser d'être essentiellement français d'esprit, de goût et de tempérament, et il prit la passion des beaux livres auprès d'Aide Manuce et d'Erasme, ses habituels commansaux. Aussi, de retour en France, il organisait, dans son hôtel de la rue Saint-André-des-Arcs, une très riche collection de peintures, de dessins, de médailles, de manuscrits, de livres et de reliures. En matière de bâtiments, il devint une sorte de conseil officiel constamment emplo3'é par le roi, par les grands seigneurs et par les administrations de l'Etat. Catherine de Médicis le nomma un des commissaires chargés de vendre les hôtels d'Angoulême et des Tournelles ; le Parlement le choisit comme inspecteur des bâtiments du Palais ; François I" l'adjoignit à Pierre Chambiges, lorsque celui-ci reçut l'ordre de préparer les plans du Collège de France, projeté sur l'emplacement de l'hôtel de Nesles. Et le Bureau de la Ville de Paris l'appelait fréquemment en consultation, avec de grands artistes tels que Pierre Lescot et Gilles Le Breton, pour les constructions municipales importantes. Anne de Montmorency lui confia pendant longtemps une véritable surintendance des travaux d'architecture qu'il faisait exécuter à Chantilly, à Ecouen, et dans ses hôtels de Paris.

La Franche-Comté, qui, pendant la Renaissance, était une province placée sous la protection de l'Empire germanique, compte, en ce temps, quelques grands protecteurs de l'architecture, qui ont fait bâtir des édifices publics et privés, entrés, aujourd'hui, par l'annexion à la France, dans le patrimoine artistique national, où ils représentent une Ecole provinciale très caractéristique, ayant beaucoup plus d'affinités d'esthétique et de technique avec la France qu'avec tout autre pays.

L'illustre famille des Granvelle a laissé â Besançon les admirables témoignages d'un long mécénat exercé avec une magnificence toute princière.

(i) Alberti ; Libri de re œdificatoria decem, un vol. in-8", B. Rembolt, Parrhisiis.

LES PROTECTEURS DE L ARCHITECTURE NATIONALE

Nicolas Perrenot de Granvelle, petit-fils dun forgeron d'Ornans, et le fondateur de cette brillante lignée d'hommes d'Etat et de prélats, qui fut premier conseiller d'Etat et garde des sceaux de Charles-Quint, se fait bâtir, de i534 à 1640, le palais auquel on a donné populairement son nom; puis, reliant par un passage voûté ce palais à l'église des Grands-Carmes, il ordonnait l'érection de la chapelle des Granvelle, achevée en i555, monument de haute architecture classique (i).

Nicolas Perrenot épousa, en i5i3, Nicole Bonvalot, d'une des premières familles bisontines. Pendant son veuvage, en i56o, Nicole Bonvalot fit transformer le vieil hôtel qu'elle tenait de son père, Jacques Bonvalot, seigneur de Champagney, en une résidence urbaine somptueuse, avec de vastes dépendances et un magnifique jardin.

Antoine Perrenot, le célèbre cardinal, le quatrième des quinze enfants du chancelier, que Philippe II pourvut successivement de l'évêché d'Arras, et de l'archevêché de Malines, achetait, en i582, un vieil hôtel, dit la tour de Montmartin,et le donnait à reconstruire à Richard Maire, qui bâtit un véritable palais, devenu, plus tard, sous Louis XIV, « le Gouvernement (2) ».

Le beau-frère de Nicolas Perrenot de Granvelle, François Bonvalot, ambassadeur de Charles-Quint en France, élu archevêque de Besançon en 1544, faisait bâtir, entre les années i538 et 1644, un grand hôtel, qui subsiste encore, remarquable par ses dimensions et son caractère monumental (3).

L'hôtel d'Archey, à Besançon, est dû à un des beaux-frères du cardinal.

Simon Gauthiot d'Ancier, surnommé le a Petit empereur de Besançon » (4), pour l'influence politique qu'il s'était acquise par ses rares qualités d'administrateur, par son ambition et par sa fortune, et qui accueillit, en Franche- Comté, le connétable de Bourbon lors de sa fuite de France, a laissé, à Besançon et à Gray, des témoignages de son goût pour l'architecture.

Et, enfin, parmi les mécènes bisontins, il convient de citer Ferry Carondelet, maître des requêtes au Grand Conseil de Malines, procureur en Cour de Rome de Marguerite d'Autriche, et, de i5io à i5i3, ambassadeur de cette princesse à Bologne et à Rome, qui reconstruisit, de 1622 à i526, l'abbaye de Montbenoit, dont il fut nommé abbé commendataire, lorsqu'il se retira du Conseil des Flandres pour raison de santé.

La bourgeoisie enrichie par le commerce, par l'industrie et par la banque, ainsi que par les charges parlementaires, et qui accède pour ainsi dire automati-

François Bonvalot.

Gauthiot d'Ancier.

Ferry Carondelet.

Les bourgeois

protecteurs de

l'Architecture nationale.

(i) La chapelle des Granvelle a élé transformée, au xix' siècle, en magasins industriels et en locaux d'habitation.

(2) Propriété du Sacré-Cœur.

(3) Siège de la Communauté de la Sainte-Famille.

(4) A. Castan : Granvelle et le Petit emferenr de fSesatifon.

quement à la noblesse par l'achat des fiefs provenant des ventes fréquentes de parties du domaine royal, et des biens nobles tombés en déshérence, n'a pas moins d'amour du luxe, de goût pour les arts, et d'ambition de paraître au moyen d'habitations magnifiques, construites dans les formes architecturales nouvelles.

A Paris. A Paris, les négociants français et étrangers luttent de richesse et de luxe,

ainsi que d'amour-propre, avec les grands seigneurs, les parlementaires, les robins, et les financiers; et ils jouissent de leurs grandes fortunes par l'étalage orgueilleux d'un luxe vraiment princier, dans leurs demeures à la ville, et dans le « suburbanum » parisien.

La simple énumération de leurs hôtels et de leurs châteaux exigerait de nombreuses pages.

Dans les provinces, il n'en est pas différemment. A Rouen. A Rouen, les fabricants de toiles, les marchands d'épices,les armateurs, etc.,

se font construire, par les maîtres maçons et les maîtres charpentiers, d'une ingéniosité et d'une hardiesse extraordinaires, ces logis et ces maisons de pierre et de bois, d'une architecture et d'une décorations! originales et si pittoresques, dotent chaque quartier de ces églises et de ces chapelles, qui, hier encore, au temps du Romantisme, faisaient de la capitale de la Normandie la cité d'art célébrée avec enthousiasme par Victor-Hugo :

... La ville aux vieilles rues, Aux vieilles tours, débris des races disparues, La ville aux cent clochers carillonnant dans l'air, Le Rouen des châteaux, des hôtels, des bastilles, Dont le front hérissé de flèches et d'aiguilles Déchire incessamment les brumes de la mer.

. -^ A Caen, les Vallois, les Duval, les Morel, et les Le Sens, enrichis par le

A Caen. ' ' ' /

commerce, font bâtir, au xvi" siècle, les beaux hôtels de la ville qui sont encore aujourd'hui les plus exquis joyaux de la couronne artistique de l'Athènes normande.

A Dieppe. ^ Dieppe, Jean Ango, le fameux armateur dieppois enrichi par son

commerce de mer et par le fermage des recettes du duché de Longueville et Etourville, des abbayes de Fécamp et de Saint-Wandriile, et des revenus de la vicomte de Dieppe, dont François I" lui conférera le titre en même temps que le gouvernement de la ville et du château, lors du voyage de i534, faisait construire à Dieppe une maison de bois, qui devint l'objet d'une admiration universelle; dans l'église Saint-Jacques, des chapelles d'une rare magnificence; et, à 'Varangcvillc, un manoir, auquel le nom d'Ango est resté historiquement attaché.

LES PROTECTEURS DE l'aRCHITECTURE NATIONALE 9I

A Orléans, ce ne sont point des marchands, mais des gens de robe et de a Orléans.

Cour qui construisirent les hôtels qui font encore de cette ville une des cités les plus artistiques de France : Jacques Groslot, docteur en droit, chevalier, seigneur de Champ-Baudoin, maître des requêtes des hôtels du roi. chancelier d'Alençon et bailli d'Orléans, dont le beau logis est aujourd'hui le siège de la municipalité; Nicolas Compaing, sieur de Fresnay et de Villette, conseiller du roi au Grand Conseil, et chancelier de Navarre, fils de Pierre Compaing, récompensé, pour sa belle conduite pendant le fameux siège des Anglais, par le don royal de la maison dite d'Agnès Sorel; Jean d'Alibert, qui a laissé son nom à l'une des œuvres d'architecture les mieux conservées ; Guillaume Toutain, valet de chambre du dauphin François; Hugues Bergereau, écuyer de cuisine du duc d'Orléans; François Colas, sieur des Francs, maire d'Orléans, que Charles IX appelait affectueusement « son père », etc.

A Poitiers, de vieilles familles, Les Le Bascle, les d'Elbène, les Fumée, les A Poitiers.

Gervains, les Bauce, les La Touche, les La Béraudière, les Moulins de Rochefort, les Herbert, et les Claveurier, qui détiennent les principales charges, embellissent la ville d'hôtels et de logis. Ceux qui ont échappé aux Guerres de religion, douloureuse période de vandalisme, de désastres et de ruines pour l'Architecture nationale, permettent d'imaginer ce que devait être, au xvi" siècle, en pleine floraison d'art local, cette cité encore si pittoresque et si originale.

A Troyes, les marchands et les industriels, les tanneurs, les blanchisseurs, A Troves.

les teinturiers, les papetiers, etc., les Mole, les Mesgrigny, les Mauroy, les Largentier, les Lesprivier, les Dorigny, les Huyard, les Angenoust, les Marisy, les Hennequin, les Le Mairot, les Raguier, etc., qui, enrichis par la prospérité du commerce, se substituent, peu à peu, dans la hiérarchie sociale, aux nobles décimés, appauvris sinon ruinés par la Guerre de Cent ans, se font remarquer par le luxe de leurs habitations, dont les hôtels de Vauluisant, de Chappelaines, des Ursins, de Marisy, d'Autruy, Deheurles, Riglet, etc., nous ont conservé des types caractéristiques, mais non, sans doute, les plus beaux, disparus dans le terrible incendie de 1624, qui détruisit les riches quartiers de la ville. Animés d'un ardent patriotisme local, ces bourgeois tiennent à honneur et devoir de faire profiter la cité de leur goût pour les arts et de leur générosité qui touche à la magnificence. Guillaume Mole et sa femme, Simone Boucherat, font édifier à leurs frais le portail de Notre-Dame-aux-Nonnains que l'admiration publique avait baptisé le Beau Portail (i). La famille de Mauroy, par ses dons, permet l'érection de la porte de l'ancien cimetière à la Madeleine. Jean Dorigny et Claude Mole donnent les terrains nécessaires pour l'agrandissement de Saint- Pantaléon (2); et Nicolas Largentier, seigneur de Vireloup, laisse par testament,

(i) BoUTiOT : Notre-Dame-aux-Nonnains- dans l'Annuaire de l'Aube de 1867. (2) Babkau : Véglise Saint-Panlaléon de Troyes, 1881, in-8°, p. 12.

A Besançon.

A Toulouse.

A Montpellier.

A Valence.

Goût du peuple

pour

l'Architecture nationale.

pour l'achèvement de cette église, une somme qui, après la liquidation du procès que provoqua ce legs, atteignit .S.ooo livres. Un Jacques Collet prit à sa charge entière la reconstruction de Saint-Nicolas-le-Calvaire.

Besançon, au temps de la Renaissance, se couvre de nombreux hôtels, d'une architecture imposante et sévère, que se font bâtir à Tenvi les bourgeois enrichis par les foires financières et commerciales dont Nicolas Perrenot de Granvelle a doté la petite république, pour compenser la rupture de son traité de combourgeoisie avec Berne, Fribourg et Soleure, trop favorable aux progrès du protestantisme (i) : les Pillot, les Jouffroy, les Mareschal, les Chassignet, les d'Emskerque (2), les Chevanney (3), etc.

A Toulouse, de simples marchands de pastel, les Assézat, les de Bernuy ont assuré l'immortalité à leur nom par la construction de logis qui vont de pair, s'ils ne les éclipsent, avec les hôtels des opulents conseillers du Parlement : les de Bagis, les de Molinier, les de Clary, les de Roquettes, les de Meynier, les de Mensancal, etc.

A Montpellier, la bourgeoisie se fera remarquer par le luxe discret de ses demeures, d'une architecture locale très particulière : « Les hôtels dont « le plan est bien conçu ont une façade des plus simples. Tout le luxe architec- « tural est concentré dans l'escalier qui est au fond de la cour et dans la « décoration des appartements. Les portes sont très artistiques comme les « escaliers dont les combinaisons sont des plus ingénieuses, et qui sont ajourés « sur la cour. Certaines cages se terminent par des tours de guet (4). »

A Valence, les rares types de l'architecture privée, la « maison des Têtes », la maison Dupré-Latour, qui ont survécu au vandalisme des Guerres de religion et aux transformations édilitaires modernes, nous révèlent les goûts de magnificence, d'originalité et de fantaisie des opulents marchands, et des savants universitaires de cette ville : les Joubert, lesCondres, les Ploviers, les Giraud, les Mayaùds, les Mervilloux, les de Marquet, les de Saillans, les de Gênas, les de Dorne et les Richard (5).

Et cette passion, ce goût, et cet instinct des belles architectures ne sont point, à la Renaissance, le privilège des hautes classes de la nation : l'aristocratie et la

(i) A. Castan : Besançon et ses environs, i88o, p. 26.

(2) Les d'Emskerciue, venus d'Anvers, arboraient fièrement sur la façade de leur hôtel des armoiries parlantes : D'azur à trois harengs d'argent couronnés d'or, adextrés et posés en fasce.

(3) L'hôtel Chevanney était si vaste et si luxueux que le duc Charles IV de Lorraine en fit sa résidence quand il séjourna à Besançon avec la belle Béatrice de Cusance.

(4) J. Gauthikr : Du fclibrige latin. Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifiques, 4 avril 1907.

(5) Marins Vii.i.ARi) : Les monuments de la Renaissance à Valence, Bulletin de la Société départementale d'archéologie et de statistique de la Drflme, année 1906.

Maison uiïk de u Je.an u'Aliuickt n, \ Orléans Type d'hôtel bourjjcois en Orléanais

LES PROTECTEURS DE l'aRCHITECTURE NATIONALE gS

riche bourgeoisie. Les petits commerçants et industriels, les artisans, les manouvriers, les manants, — le peuple, en un mot, — se piquent de les apprécier, de les goûter et de les aimer; et ils savent manifester leurs sentiments et leur opinion sur les œuvres des maîtres maçons et des architectes d'une façon assez expressive pour qu'on ne s'avise point de les dédaigner.

En 1485-1486, la population rouennaise critique si vivement les travaux d'architecture et de sculpture qui viennent d'être exécutés à la cathédrale, dans la Gourdes libraires et au portail Saint-Siméon, que le chanoine Perchart qui les avait dirigés-dut immédiatement donner sa démission d'intendant artistique du Chapitre.

On contait dans Toulouse, à la fin du xvi" siècle, une plaisante anecdote relative à la construction de l'hôtel de Molinier, célèbre par son portail. Un villageois ayant affaire, pour un procès, avec un homme de loi qui habitait cet hôtel, remarque en entrant que le corps de logis ne répondait point, en ses dimensions et en sa décoration, à la magnificence et à l'énormité du portail. Dès qu'il fut sorti, il s'empressa de demander malicieusement au premier passant : « Où est-ce qu'estoit la maison d'un tel portail ? »

Lorsque, en i533, la façade de l'Hôtel de Ville de Paris, construite sur les plans et sous la direction du Boccador, fut découverte, les Parisiens trouvèrent l'unique création architecturale du deviseur de plans italien si laide, et d'une forme si surannée, que la municipalité, qui pourtant avait adopté, en pleine connaissance de cause, le projet du palais en style ogival, dut faire droit aux critiques, sans doute -aucun, très vives et fort malicieuses de la population : Elle ordonna la démolition de la façade, et demanda à Pierre Chambiges les plans d'un édifice dans le style nouveau.

Les municipalités, les Chapitres de cathédrales, les Fabriques d'églises avaient l'habitude non seulement de faire examiner les plans et devis de constructions importantes par des commissions composées de gens de métiers, maîtres des œuvres du roi ou de la ville, maîtres jurés, etc., auxquels étaient adjoints les échevins et les fonctionnaires compétents, mais de les soumettre ensuite à l'appréciation de bourgeois de la ville connus pour leur bon goût ; et même, parfois, ces plans étaient exposés publiquement pendant plusieurs jours. Par exemple, ces formalités administratives sont remplies scrupuleusement, en 146g, en 1485, en i5oi et i5o4, avant l'entreprise des travaux d'achèvement de la tour Saint-Romain et de la tour de Beurre de la cathédrale de Rouen.

Et l'on ne pourrait assez mettre en relief avec quelle indépendance les membres de ces commissions exprimaient et défendaient leur opinion, leurs avis et leurs conseils. Ainsi, lorsque le Chapitre de cette cathédrale décida de terminer la tour de Beurre, il fut réunie une commission qui comprenait le cardinal-archevêque, les chanoines, des maîtres maçons et des notables. On fit la proposition de couronner le monument par un pavillon faisant

pendant à celui de la tour Saint-Romain. Une longue et vive discussion s'ouvrit à ce propos ; la commission fut unanime à la repousser, et donna la préférence au projet d'une flèche, en dépit du sentiment contraire du grand prélat. La question, toutefois, resta pendante durant plusieurs années; et Rouland Le Roux réussit, par son éloquence professionnelle, à imposer un nouveau plan de sa façon, celui de l'achèvement de la tour en couronne (i).

A Troyes, en 1549, la Fabrique de Saint-Etienne commande à Dominique Florentin, sculpteur, et à son gendre, le maître maçon Gabriel Favereau, le « pourtraict » d'un jubé à élever dans cette église ; il spécifie qu'il soit fait à plusieurs exemplaires pour être « montré à gens à ce congnoissans » (2).

Les faits d'enthousiasme populaire pour les œuvres d'art, dont Vasari et les annalistes italiens ont fleuri si abondamment l'histoire artistique de la Renaissance, ne furent certainement point rares chez nous, au même temps. Malheureusement, les chroniqueurs locaux n'étaient guère curieux de tout ce qui se rapportait à l'architecture ; et l'érudition sur ce point ne nous a encore fait que des révélations bien peu nombreuses et fort sommaires. En voici une pourtant qui ne manque point de saveur :

Lorsque Jehan Guailde eut terminé les sculptures du fameux jubé de la Madeleine, à Troyes, les bourgeois et les prêtres vinrent en foule s'offrir pour aider les maçons à porter les pierres ouvrées dans l'église et à les monter sur les échafaudages. La Fabrique fit servir à ces manœuvres volontaires des goûters complets avec pains blancs, vin et « flannetz » (tartes composées de farine, lait, œufs et beurre) (3).

(i) Deville : Revue des architectes de la cathédrale de Rouen.

(2) Babeau : Dominique Florentin, p. 133-134.

(3) Assier: Comptes de la fabrique de Véglise de la Madeleine, in-8°, 1854,

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