I.a fontaine
«lu parvis
de la cathédrale.
La fontaine de Lisieux.
Pendant sa longue carrière artistique, le maître des œuvres de maçonnerie Travaux divers de la Ville et de la cathédrale fut chargé de nombreux travaux, en dehors de ceux de Rouiand Le Roux, qui lui incombaient de ces fonctions. En i 5o4, associé avec Richard Boissel, il
(i) En 1541, Georges II d'Amboise fit apporter au tombeau une modification importante par l'adjonction d'un second « priant > qui était son portrait. Le 6 aoxii de cette année-là, Jean Goujon faisait marché < de faire la tête du priant et sépulture de monseigneur » et « parfaire et asseoir icelle « en la place où elle doibt demeurer ». En 1550, par suite des volontés dernières du neveu du grand « cardinal, le « priant » en question fut remplacé par une autre statue où Georges II d'.\mboise est figuré en • habit de cardinal et non plus simplement en costume d'archevêque ».
Mort de Rouland Le Roux.
Les Le Roux, de Rouen.
prend part à l'entreprise de la construction, sur leurs plans, d'une partie de l'église Saint-HerbIand(i).On trouve fréquemment son nom dans des comptes de travaux, dans des procès-verbaux d'expertise et de visites, à Saint-Maclou, à Saint-Nicolas, à Saint-Michel, à Saint-Etienne la Grand'Eglise, au Collège des chapelains du Saint-Esprit (2). Il est cité le premier parmi les maîtres maçons qui, en 1 5 1 7, rédigèrent le devis des travaux de la fondation du Havre de Grâce pour le commissaire de l'amiral de France, Guyon Le Roy, s-eur de Chillon, et pour l'exécution duquel il s'était présenté, en même temps que Jean Gaulvain, « maistre des ouvrages de maçonnerie d'Harfleur )),et Michel Féré,« maistre des ouvrages de maçonnerie d'Honfleur », qui, ayant offert un plus fort rabais, furent déclarés adjudicataires de cette colossale entreprise (3).
Sa renommée s'était répandue hors de sa province. Dans les Registres des délibérations du Chapitre de la cathédrale de Beauvais, est mentionné le voyage que fit à Rouen un chanoine pour obtenir du Chapitre de Notre-Dame qu'il autorisât Rouland Le Roux à se rendre à Beauvais en vue de donner son avis sur les travaux de Martin Chambiges. En i5i8, François de Rohan invitait le maître de l'œuvre delà cathédrale à venir à Angers ; il désirait le consulter, en même temps que d'autres maîtres maçons réputés, sur le projet de la reconstruction en pierre des flèches de Saint-Maurice. Et, il paraît certain que Rouland Le Roux fournit des devis pour beaucoup d'églises et pour des hôtels de riches bourgeois de Rouen et de la province de Normandie.
Au commencement de l'année ib-iô, vieux et malade, Rouland Le Roux songea à résigner toutes ses fonctions. Le 3 février, il adressait au Chapitre sa démission de maître de l'œuvre de la cathédrale, et demandait la charge pour son gendre Julien Chanevyere. Les chanoines décidèrent qu'une enquête serait faite sur les aptitudes professionnelles du candidat. Sur ces entrefaites, Rouland Le Roux mourait; et, après de longues hésitations, le Chapitre lui donnait pour successeur Simon Vitecoq.
Rouland Le Roux avait un frère du prénom de Jean, qui était maître maçon et maître charpentier. On le trouve associé avec Pierre Le Jureur, au début du xvi' siècle, pour la construction du comble du « Parloir aux bourgeois » deRouen. Il prit, avec Rouland, l'entreprise du grand portail de la cathédrale. Dans différents actes, Jean Le Roux porte le titre professionnel de« maistre de l'œuvre pour le roy à Rouen ». Il fut employé en 1 534-1 536, et 1540, 1542, i543, à des expertises et visites de travaux à Saint- Vincent, à Saint-Jean, à Saint-
(1) cil. UE liKALKiiPAlKK : Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, t. IV, p. 178-187.
(i) Archives de la Seine-Inférieure (G. 4882, 6558, 6879, 7164, 7J16, 8843), documents cités p.ir Ch. DK lÎKAiREPAiRR d.ins le Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1904, p. 129.
(3) De Meeval : Documents relatifs à la fondation du Havre, 1875, p. 28.
Tombeau des d'Amboise, dans la cathédrale de Rouen Œuvre de Rouland Le Roux
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS
Maclou, et à Notrc-Dame-de-la-Ronde. On a trouvé dans les archives (i), mais sans indications familiales permettant de les rattachera Jacques et Rouiand Le Roux, les noms de Jean \.e Roux, maçon à Beuzeville (i5o5), de Richard Le Roux « imagynier » à la cathédrale de Rouen (i5i3), et de Nicolas Le Roux « maître des œuvres de maçonnerie du bailliage de Caen »(i5i7). Un maître maçon du nom de Robert Le Roux figure, à la date du 19 février 1 5 10, dans les comptes des dépenses du pavillon d'entrée du doyenné d'Evreux, iDoyi53i (2).
Dans les travaux de la cathédrale, Rouiand Le Roux eut sous ses ordres Lç^ élèves
de nombreux maçons; quelques-uns devinrent des maîtres habiles et réputés, de Rouiand Le Roux, dont les noms figurent avec honneur dans l'histoire de l'Architecture normande (3). Robert Fresnelle fut le maître d'œuvre de Saint-André, en 1544. Thomas Theroulde est mentionné fréquemment dans les registres des délibérations du Conseil de la Ville comme expert pour d'importants travaux. Doudement s'associa avec Simon Vitecoq pour la reconstruction de l'église et de la tour Saint-Jean. Chaillot,de 1645 à i553, fut le constructeur de Saint-Nicaise. Tyrouin fait des expertises à la Cour des Aydes en i534; à Saint-Nicolas, en i655;à Saint- Godard, en 1559. Rouiand Le Roux fut donc un vrai chef d'école dont le génie artistique, l'autorité professionnelle, et l'influence corporative, contribuèrent puissamment à donner à l'Architecture normande, dans la première moitié du xvi" siècle, l'essor extraordinaire qui permet de la comparer, sans infériorité, à celui de l'Architecture italienne, pendant la même période, à Florence, à Venise, à Rome, et à Milan.
Vers le même temps que Jacques Theroulde et Pierre Delorme bâtissaient pour Antoine Bohier l'hôtel abbatial de Saint-Ouen, Guillaume Le Roux, seigneur du Bourgtheroulde, et collègue de ce dernier à la Cour de l'Echiquier, faisait construire l'Hôtel du Bourgtheroulde. Les deux édifices se ressemblent beaucoup dans leur physionomie générale : mêmes façades ici et là, — sauf qu'au Bourgtheroulde les travées sont au nombre de deux au lieu de trois — , mêmes tours d'angle polygonales pour l'escalier à vis desservant les étages ; mêmes tourelles en encorbellement à l'angle opposé; mêmes ordonnance architecturale et conception décorative : des pilastres à pinacles superposés formant encadrement d'ouvertures et séparation de travées dans les façades et de faces dans les tours ; même disposition particulière des lucarnes faisant encoche profonde
L'Hôtel
du Bourgtheroulde
à Rouen.
(i) Ch. DE Beaurepaire : Les architectes de Rouen au commencement du xvi* siècle, Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1904, p. 130-131.
(2) Abbé Blanquart : Comftes des défenses four la construction du pavillon d'entrée du doyenné d^Evreux.
(3) On lit dans le procès-verbal de l'entrée \ Rouen du roi Henri II, transcrit sur les registres de l'Hôtel de Ville, octobre 1550, cette réflexion piquante : « Les éclievins, avec grande instance et t prières, mandèrent donc de venir de toingtains pays souverains et excellent/, maistres en leur art « consommez, quoiqu'il y en eut grand nombre de suffisant/ et très experts en la ville. >
L'Hôtel
du Bourgtheroulde,
création probable
de Rouland Le Roux.
dans le mur de façade, au lieu de partir de la base du comble. Seules, les tours d'angle présentent une différence d'aspect : celle de l'Hôtel du Bourgtheroulde est parée de bas- reliefs à ses deux étages, alors qu'à l'hôtel abbatial, la tour n'a d'autres ornements que les encadrements des baies et son couronnement de lucarnes d'une grande élégance. De tout cela, il semble qu'il y ait entre les deux édifices une certaine parenté d'origine, ou tout au moins que les deux propriétaires se soient piqués d'une émulation de bon goût, de luxe et d'amour-propre. Au premier étage de l'Hôtel du Bourgtheroulde, les parois des travées sont entièrement remplies par deux compositions de caractère idyllique et champêtre. La première représente les travaux et les plaisirs rustiques de l'été : la fenaison, la natation, etc.; la seconde, ceux de l'automne : la chasse, la pêche, etc. On admire leur disposition ornementale ingénieuse formant aux fenêtres un encadrement fort pittoresque. Au second étage, les bas-reliefs n'occupent que le soubassement des fenêtres. Ce sont des scènes galantes, à personnages de paysans, de bergers et de bergères, accompagnées de légendes qui en indiquent
le thème :
Berger à sa bergère Promptement se ingère.
Passe temps légers Nous valent argent.
S'ilz ne sont d'argent Hz sont de bergers.
Nous sommes des fins Aspirant à fins.
Au cours des siècles, l'Hôtel du Bourgtheroulde a subi des modifications qui l'ont altéré profondément. Les ouvertures, au rez-de-chaussée et au premier étage, ont perdu leurs encadrements très ornés; le comble a été abaissé; et la tour d'angle a été décapitée, sans doute aucun, de ses lucarnes. En 1824, à la suite d'un procès intenté par la Ville de Rouen au propriétaire de l'immeuble, la tourelle en encorbellement sur la rue du Panneret, qui menaçait ruine, a été démolie. Heureusement on peut se rendre compte par d'anciennes gravures de ce qu'était l'œuvre primitive : un pur bijou d'Architecture normande.
Qui fit les plans et dirigea la construction de l'Hôtel du Bourgtheroulde ? Cette question a fort préoccupé les érudits sans qu'ils aient pu la résoudre, en l'absence de tout document et même de toute tradition. Rouland Le Roux n'en serait-il point l'auteur ? Cette hypothèse ne pourrait-elle se justifier par les considérations suivantes ? Le maître maçon rouennais était en relations avec Guillaume Le Roux. Ce fut celui-ci qui paya une grande partie de la dépense faite pour l'érection de la fontaine de Lisieux, création de Rouland Le Roux (i).
(i) Le Likur, en son Livre des Fontaines, 1525, dit de la fontaine de Lisieux : « La plupart des i frais furent payés par noble homme Guillaume Le Roux, seigneur du Bourgtheroulde, conseiller du i roy en sa cour du Parlement à Rouen qui, comme vray et bon zélateur du bien public, paya de ses
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS
Guillaume Le Roux avait fait construire un château à Boisscy, non loin du Bourgtheroulde. Une des lucarnes du grand corps de logis contient, comme motif de décoration, la « roue », qui a été relevée à la fois au Palais de" l'Echiquier et au grand portail central de la cathédrale, et qui est tenue, par de bons juges en la matière, pour les armes parlantes du maître d'œuvre (i), ce qui permettrait de supposer que Rouland Le Roux fut chargé de faire les plans de ce château. Au défaut du célèbre maçon, ne serait-ce point à l'un des auteurs de l'hôtel abbatial de Saint-Ouen que Guillaume Le Roux aurait demandé les plans de son logis ? Les analogies de dispositions architecturales que présentent les deux constructions autorisent à faire cette seconde hypothèse. Il semble bien que ces divers maîtres maçons peuvent être mis en cause dans cette question historique avec quelque vraisemblance.
Après la mort de Guillaume Le Roux, en 1620, l'Hôtel du Bourgtheroulde échut en héritage à son fils, prénommé également Guillaume^ abbé d'Aumale et du Val-Richer. Le nouveau propriétaire l'agrandit d'une galerie en retour sur le côté gauche de la cour, et fit modifier la façade du corps de logis par l'apposition de nouveaux bas-reliefs, pour la mettre en harmonie de caractère avec cette annexe. La galerie servait pour les réceptions auxquelles ce religieux, à la tête de deux importantes et riches abbayes, était forcément astreint pendant son séjour à Rouen. Elle ne comprend qu'un vaste rez-de-chaussée, percé de six larges baies en arc surbaissé, que séparent des pilastres d'ordre corinthien, divisant le bâtiment en autant de travées, dont le mur plein porte un triple rang de panneaux recouverts de bas-reliefs. La décoration sculpturale de cette galerie a rendu l'édifice célèbre dans le monde entier; c'est, en effet, une œuvre d'art unique et un monument historique d'un intérêt exceptionnel. Les panneaux qui servent d'allèges aux croisées forment une sorte de frise consacrée à la représentation de l'entrevue du Camp du Drap d'or, qui eut lieu, le 7 juin i52o, dans la plaine du Val-Doré, entre Guines et Ardres. Guillaume Le Roux, grand dignitaire de l'Eglise et haut personnage officiel, puisqu'il avait été un des négociateurs du Concordat de 1 5 16, devait faire partie du cortège de François I"", aux côtés du cardinal de Boissi, légat du Saint-Siège en France. Il aura voulu commémorer dans l'hôtel familial cet événement, pour faire perpétuellement honneur à sa maison du rôle qu'il y tint. Et c'était en outre pour l'abbé un moyen de faire habilement sa cour au roi, et de parvenir aux honneurs suprêmes qu'il pouvait ambitionner : un siège archiépiscopal et un chapeau de cardinal.
La galerie de l'Hôtel du Bourgtheroulde.
Les bas-reliefs du Camp du Drap d'or.
■ propres deniers lous les ouvrages besoignant en ses cours et prêta à la ville la somme de douze à « quinze cents livres tournois; lesquels furent fendus et remboursés. Plut k notre seigneur qu'il y eut < dans la dicte ville bon nombre de bons citoyens dc-sirant ainsi subvenir aux nécessités de la ville « au cas offrant. »
(i) Communication faite par J.-13. Koucher h la Société des architectes de Rouen, le jy juin 190J : Bulletin de la Société des amis des monuments rouennais, année 1903, p. 150-152.
Si, en 1540, François I"'' vint loger à l'Hôtel du Bourgtlieroulde, cette attention flatteuse, survivant à celui qui l'avait eue, ne fut pas sans doute étrangère à la dérogation à la tradition qui faisait toujours recevoir les souverains à l'hôtel abbatial de Saint-Ouen (i).
Pour les sujets des bas-reliefs supérieurs d'après les fragments d'inscription : « Fama vincit.. », « Tempus vincit.. », et les morceaux de sculpture qui ont résisté aux injures des hommes et aux dégâts des intempéries, Guillaume Le Roux fit choix de quelques-uns des « Triomphes de Pétrarque ». Léon Palustre (2), pour expliquer ce choix, a imaginé une version originale : « Ces bas-reliefs, pense-t-il, furent commandés par l'abbé pour rappeler le souvenir des tapisseries de la suite des « Triomphes » qui, au Camp du Drap d'or ornaient la tente de François I" (3); de même que, d'après Millin (4), il voulut, dans l'ordonnance de la porte extérieure de l'hôtel, rappeler l'une des entrées de la tente du roi d'Angleterre, « où, rapporte un chroniqueur, il y avoit deux « grands piliers dorés et sur chacun d'iceulx une image à l'antique, l'une « représentant Cupidon, dieu d'amour, et l'autre le dieu Bacchus qui jetoient « incessamment l'un du vin de Malvoisie et l'autre du vin Clairoit, lequel cheoit « en belles grandes tasses d'argent pour boire à qui vouloit ». En effet, dans les anciennes gravures représentant cette porte, qui a été démolie en i858, et remplacée en 1897 par une nouvelle imitée de l'ancienne, on remarque la disposition particulière de sortes de contreforts latéraux contenant des niches destinées à recevoir des statues. La porte subit aussi, à l'intérieur, des modifications motivées par l'ornementation spéciale de la galerie. Au gable fleuronné de l'arc surbaissé, de caractère ogival, il fut ajouté deux pilastres couverts d'arabesques, qui portent deux médaillons encadrés d'une couronne, représentant l'un François I" et l'autre Henri VHI, et qui se terminent par une colonnette candélabre que traverse un cartouche où est gravé le monogramme G. L. R., initiales du nom de Guillaume II Le Roux. Les deux pilastres sont reliés, à la hauteur du sommet et du gable, par un bandeau également couvert d'arabesques.
Sur la façade du corps d'hôtel, l'abbé fit placer sept bas-reliefs, ayant pour but évident de la mettre en harmonie de physionomie sculpturale avec la galerie. Ces bas-reliefs n'ont rien de commun, ni comme sujets, ni comme dimensions
(i) Dans la légende de la gravure représentant cet hôtel, édifié par Antoine Boliier, que contient l'ouvrage de Dom Tommeraye : Histoire de Pabbaye royale de Saint-Ouen, on lit ces vers : D'Amboise et de Boyer les riches bastimens Servent à leur piété d'illustres monumens ; Rouen fut le beau lieu de leur magnificence, L'un loge des Prélats, l'autre nos Roys de France.
(2) Léon pALUSTRK : La Renaissance en France, \o' livrais., p. 294-296.
(3) Exposition d'art rétrospectif au Trocadéro, en 1878, collection Leclanché.
(4) Millin : Les antiquités nationales, t. IL
HOIFL DU BOURGTHEROULDE, A ROtJEN
pa »
QUELQUES MAITRES ROUENNAIS I 29
et dispositions, ni comme technique, avec les bas-reliefs de la tourelle. Ils continuent, au contraire, d'une façon logique, tant au point de vue symbolique et historique qu'ornemental, ceux de la frise des « Triomphes » de la galerie. Dans l'un, on distingue un char traîné par des chevaux, sur lequel est assis un guerrier à longue barbe, la main gauche appuyée sur une longue épée; dans un autre, c'est une femme, tenant de la main droite un sceptre, de la main gauche faisant un signe de commandement, qui est assise auprès d'un vieillard, couronné de lierre, sur un char traîné par des lions ; et, dans le troisième, se voit un char traîné par des molosses, et escorté par des danseurs, sur lequel trône une figure féminine dont on ne peut préciser l'allure ni les attributs, à cause de son état de dégradation. Il est à remarquer, en outre, que les bas-reliefs de la travée de milieu et de la travée d'angle sont encadrés de pilastres à arabesques, semblables à ceux de la frise supérieure de la galerie. Les bas-reliefs du premier étage contiennent, l'un, — celui du milieu, — la salamandre classique sculptée en ronde-bosse au-dessus d'un paysage, et l'autre, — celui de l'allège de la croisée de droite, — le phénix qui est le symbole he'raldique de la seconde femme de François l", Eléonore d'Autriche. Un troisième bas-relief, disparu, devait, certainement, faire pendant au deuxième dans l'allège de la croisée correspondante.
A quel artiste le nouveau propriétaire de l'Hôtel du Bourgtheroulde ^ , j i ii s'adressa-t-il pour construire cette galerie et transformer le corps de logis ? On maître d'œuvre probable ne peut faire à ce propos qu'une hypothèse qui se rapporte à Jehan de la Rue (i), de la galerie,
maître maçon rouennais. Dans le testament de l'abbé d'Aumale(2), se trouve ce paragraphe : « Item, Je quitte à Jehan de la Rue, masson, demeurant à Rouen,
« la somme de.. qu'il doibt pour obligacion et veuil que la dite
« obligacion lui soit rendue quitte et cassé et toute aultre debte qu'il me pourroit « devoir. » Cet acte de générosité est le témoignage des relations intimes et cordiales qui existaient entre Guillaume Le Roux et Jehan de la Rue. La dette en question se rapporte-t-elle à des avances pour travaux commandés par le premier ou à un prêt fait pour quelque entreprise de maçonnerie nécessitant une importante mise de fonds ? On ne peut le savoir, car rien dans le texte n'indique ceci ou cela. Mais il convient d'en retenir le fait d'une amitié qui justifie la présomption que Jehan de la Rue fut le maître d'œuvre de la galerie de l'Hôtel du Bourgtheroulde.
Ce maître maçon rouennais avait une certaine renommée. Le Chapitre de la cathédrale, en 1541, lui demandait, ainsi qu'à Simon 'Vitecoq et à Robert Becquet, des plans et devis pour la réfection de la flèche, après l'incendie qui
(i) T. A. Prévost : Une famille normande et la Renaissance en Haute Normandie., Evreiix, 1896. (2) Archives de la Seine-Inférieure : Série C, n* 3435.
la détruisit cette année-là (i). Jehan de la Rue avait achevé le portail de Saint-Herbland du côté de la rue du Grand-Pont ; et, en 1 53 1 , en association avec Etienne Giffart, il prenait à l'entreprise la construction du grand degré du « Parloir aux bourgeois ». Dans les Comptes de la cathédrale, à propos d'une expertise du chœur, il est qualifié « masson tailleur d'images ». Ne serait-ce pointa ce double titre qu'il fut chargé de construire un bâtiment où l'ornementation sculpturale tient une si grande place ? Et la critique acerbe que lui adressait Robert Becquet, pour son église de Saint-Martin de Rénelle, « moytié anticque « et moderne », n'indique-t-elic pas formellement qu'il fut un partisan décidé des idées artistiques nouvelles, dont la galerie de l'Hôtel du Bourgtheroulde est une des plus caractéristiques et plus brillantes expressions ?
(i) Les Rcgislres des comptes de la cathédrale de- Rouen ont conservé le procès-verbal de la visite des projets de ces trois maîtres faite, en 1542, par le Chapitre, et de la réplique violente faite par Robert Becquet aux critiques de ses deux concurrents : « Leur devis à eux, disait-il, est impertinent « et non recepvable, où il n'y avoit nulle proportion, ne beauté, ne forme d'ouvrier de bien besogner. « La flèche pourroit tomber en bref temps comme avoit fait l'église du Bourgtheroulde, les pilliers « de la Magdelaine, les pilliers de l'esglise Saint-Denys et la tour de pierre de Grainville la Tein- « turière que auroit faicte le dit Vitecoq, qui estoit tombée par terre depuis quinze jours; et aussi la « dite tour seroit bigarrée comme l'église Saint-Martin que avoit faict le d. de la Rue, moytié « anticiiue et moderne, qui n'est correspondant l'un à l'autre. >