‹ La renaissance françaiseChapitre 28 sur 68 · I.E MAÇON DU CHATEAU DU VERGER (aNJOU) lyS · texte numérisé non relu

I.E MAÇON DU CHATEAU DU VERGER (aNJOU) lyS

« par des courtines surmontées d'un chemin de ronde et qui formaient une 0 haute enceinte bordée extérieurement de larges douves vives, à revêtement de « briques. Un pont-levis, entre deux tours rondes, à plate-forme rase, donnait « accès dans la première cour, fermée à droite par le logis des cavaliers, à « gauche, par le quartier des gens de pied. Une nouvelle douve vive, couronnée « d'une balustrade à jour et franchie par un second pont-levis, précédait le « vaste logis transversal, contenant la galerie des fêtes, dite de Vénus. « L'escalier, ouvrant au centre, était couronné d'une statue équestre du maréchal « de Gié, et, au-dessus, d'un joli beffroi entre deux tourillons, armorié de « gueules à neuf macles d'or posées par trois en pal. A cette façade principale « de la cour d'honneur correspondait, relié par les appartements particuliers « des officiers et des demoiselles, un second corps de logis parallèle, qui « comprenait la salle de comédie et la chapelle domestique, avec une galerie « supérieure communiquant à la chambre du roi et à la chambre du conseil. »

Le portique d'entrée, contenant la statue équestre du maréchal de Gié, avec une inscription commémorant la campagne d'Italie de i5o2 et son second mariage, en i5o3, était, d'après la description qu'en donne Montfaucon, avec une reproduction graphique de Seroux d'Agincourt (i), une fort belle œuvre, inspirée, évidemment, dans son architecture, sa décoration et son inscription (2), de la porte de la façade Louis XII du château de Blois, ornée d'une statue équestre du roi, qu'accompagne une inscription rédigée par Faustus Andrelinus.

Le maréchal de Gié avait réussi, grâce au talent de Colin Byart, à faire du Verger, suivant l'expression de l'auteur des « Mémoires de Fleuranges », « une des plus belles maisons de France ». En 1499, cette résidence princière était achevée et aménagée. Le maréchal y recevait, en février 1499, pendant trois jours, Louis XII et Anne de Bretagne, venant de Nantes oiî avait été célébré leur mariage. Georges I"" d'Amboise faisait partie de la suite des souverains. Il allait, peu de temps après, confier à Colin Byart la mission de contrôler les travaux d'architecture de Gaillon. L'impression qu'avait dû produire sur le fastueux cardinal le nouveau château du Verger, par son originalité et par sa beauté architecturales, ne fut certainement pas étrangère au choix qu'il fit de l'habile maître maçon; il l'avait vu, en outre, à l'œuvre au château de Blois, que Louis XII, dès son avènement au trône, avait décidé de reconstruire.

On peut penser que Colin Byart fut employé aux travaux de construction Le prieuré du Verger, de prieuré du Verger, bâti de 1490 à 1493, qui était également célèbre autrefois, et dans la chapelle duquel Pierre de Rohan avait fait élever, de son vivant, son tombeau, orné de sa « ressemblance en albastre » ; et, sans doute aucun, le maréchal dut faire appel aux conseils du maître d'œuvre du Verger pour les

(i) Montfaucon : Monuments de la Monarchie française, t. III, p. 142-143. (2) L'inscription fut placée postérieurement à la construction du portique sur lequel était gravée la date de son achèvement : 1499.

Colin Byart au château de Blois.

Colin Byart à Gaillon.

autres constructions très importantes qu'il édifiait dans le même temps : le château de la Motte-Glain, près de Châteaubriant, achevé en 1497, puisque Charles VIII et Anne de Bretagne y séjournaient cette année-là ; le prieuré de Notre-Dame-des-Anges, à Mortiercrolles, en Bretagne, commencé en 1499; et le château de Gillebourg, en Anjou.

La disparition des Comptes du château de Blois pour les dernières années du xv" siècle et les premières du xvi' rend impénétrable le mystère qui en est résulté sur les travaux nouveaux exécutés dans cet édifice d'après les plans et sous la direction de Colin Byart. L'analogie architecturale et décorative qui existait entre le portique du Verger et la porte de l'aile Louis XII au château de Blois autorise l'hypothèse de son attribution au maître maçon du maréchal de Gié. La mission d'architecte-conseil que le « masson de Blois » allait recevoir du cardinal Georges I" d'Amboise, à Gaillon, a fait supposer que sa situation administrative dans la résidence royale n'était peut-être pas différente de celle-là (i). Au fond, on ne peut rien savoir là-dessus, faute de documents.

Les « Comptes du château de Gaillon » contiennent, comme il a été dit plus haut, plusieurs passages relatifs à Colin Byart, au service du cardinal d'Amboise pendant environ deux ans, mais avec intermittence. La première mention qui le concerne est du 3o mai 1604 :

« A esté ratiffié à Monsieur le général de Normandie qu'il avoit baillé à « maistre Colin Bian (Byart), dès le pénultième jour de may mil v'' et quatre, (' pour ung vo3^age, qu'il a fait de Bloys à Gaillon, visiter les bastimens, par « quictance rendue par mond' sieur le général, la somme de lxx'. »

« A un an de là, est inscrit un payement concernant deux voyages à « Gaillon et à Rouen :

« 24 mai i5o5 : a esté donné à maistre CoUin Byart qui a esté envoyé « de par monseigneur de Bloys à Gaillon et Rouen visiter les édifices que mon «. dit seigneury fait faire, la somme de dix escus soleil, qui vallent xvniliv. 5 s.».

A la fin de l'année, nouveau voyage qui vaut au maître maçon une indemnité de xvul. x s. Lorsque les ouvriers commencèrent les travaux pourles fondations de la chapelle du château, au mois de mai i5o6, Colin Byart se rendit à Gaillon ; et, d'après les Comptes de cette année-là, on a toutes raisons de croire qu'il y séjourna plusieurs mois, car il est fait mention de son nom aux dates du 28 juillet, des 8 et 29 août, et du 26 septembre pour des voyages faits en compagnie de Guillaume Senault, et du capitaine du château à Saint-Leud'Estrés^ à Vernon et à Louviers, afin de visiter des carrières de pierre. Le nom de Colin Byard est cité, pour la dernière fois, dans les Comptes à la date du 26 septembre i5o6 : mais l'éditeur des Comptes, Deville, croit que cet

(i) J. DE Croy : Nouveaux documents four l'histoire de la création des résidences royales des lords de la Loire, p. 38.

LE MAÇON DU CHATEAU DU VERGER (aNJOU)

article pourrait bien faire double emploi avec celui du 28 juillet. Le même érudit attribue à ce maître maçon un dessin représentant un projet de décoration de la chapelle de Gaillon, qui porte une marque en triangle tracée à la plume, où est inscrite la lettre B (i).

Sur la proposition du cardinal d'Amboise, sans doute aucun, les chanoines de la cathédrale de Rouen firent aussi appel à l'expérience de Colin Byart, lorsque la question du couronnement de la tour de Beurre fut mise à l'étude. Le 14 septembre i5o6, le maître se rendait à Rouen, en compagnie de Guillaume Senault, pour assister à une délibération du Chapitre sur ce sujet.

Colin Byart est au nombre des maîtres maçons mandés par le Chapitre de la cathédrale de Bourges, après la catastrophe du 3i décembre i5o6, qui causa la chute de la tour du nord et la rupture de plusieurs voûtes dans la grande nef et dans les nefs moyenne et basse. Il y avait là Henriet, architecte de la cathédrale de Saint-Jean à Lyon, maître des œuvres de maçonnerie de la Ville de Lyon, qui jouissait, en son temps, d'une si grande renommée que Marguerite d'Autriche fit appel à son talent pour continuer la construction de l'église de Brou, après la disgrâce de Jehan Pérréal ; Jean Chesneau, architecte de la cathédrale d'Auch ; Guillaume Senault, le maître d'œuvre de Gaillon, Pierre Merle et Jean Merle, son fils, et Jeiian Meynier, maîtres maçons d'Orléans, Jehan Roulx, maître d'œuvre du château de Bridoré, en Touraine, Clément Leclerc, ou Mauclerc, alors au service de la duchesse de Bourbon, à Bourbonl'Archambault. Les conférences de ces maîtres avec le maçon du Chapitre de Bourges, Guillaume Pelvoysin, et les maîtres maçons berruyers Jehan Bailly et Pierre Boytières, et le maître charpentier Chapuzet, durèrent huit jours (2).

La reconstruction de la tour fut décidée. Le Chapitre chargea Colin Byart d'en dresser les plans ; il devait, deux ans plus tard, lui confier la direction des travaux. Le lundi 19 octobre i5o8, la première pierre des fondations était posée solennellement, en présence de tous les chanoines et du clergé berruyer. Nommé maître d'œuvre, Colin Byart s'adjoignit Jean Chesneau, dont la collaboration ne dura que trois ans (3). De iSoy à la Saint-Jean de i5i3, les Comptes capitulaires permettent de constater, pendant cette période de sept ans, la présence de Colin Byart sur les chantiers de la cathédrale comme directeur des travaux, surveillant l'exécution de ses plans (4). Faute d'argent, très vraisemblablement, la construction de la tour était poussée fort lentement. En sept ans, on n'avait atteint que l'entablement du portail. Il fallut encore plusieurs

Colin Byart à Rouen.

Colin Byart à Bourges.

La tour du nord

de la cathédrale

de Bourges.

(i) Dessin découvert dans les archives de Gaillon par Lenoir et publié par Deville.

(2) De GiRARDOT et Durand : Histoire de la cathédrale de Bourges, 1849, in-18, p. 120-126.

(3) Le receveur du Chapitre, Claude Métier, note, dans ses comptes, que Jean Chesneau < a heu congé » et reçut à son départ, le 13 janvier 1511, une certaine somme pour c les frais de retour de son pays ». (Archives du Cher, série G.)

(4) Dans les Comptes de la cathédrale. Colin Byart figure avec des gages de dix sous par jour, et avant le maître maçon berruyer Guillaume Pelvoysin, qui ne touche que cinq sous.

années pour l'achever. Malgré le long temps mis à la bâtir, la tour du nord de la cathédrale de Bourges est une fort remarquable oeuvre d'architecture dans le style ogival, d'une grande unité et d'une harmonie parfaite.

Colin Byart En i5i5, Colin Byart quittait Bourges ; il venait d'être appelé au château

au château d'Amboise. d'Amboise pour prendre (fia charge et conduytte du fait de la maçonnerie».

On lit dans le « Roole des parties et sommes des deniers ordonnées par « noble homme Jehan Aborthic, chevalier, seigneur de la Maison Fort et « Anthoyne de Troyes, receveur des levées et thurcys de la rivière de Loyre, « commis par le roy à faire fère les édiffices et bastimens de son château « d'Amboyse , la mention suivante :

« A Colin Biart, maistre maçon, comme ayant la charge et conduytte du « fait des dits édiffices, pour xx journées par luy mises et employées au temps « dessus dit pour le fait des d. édiffices, au prix de vi s. m d. par jour, « valient : vi liv. v s.(i). »

Colin Byart aurait construit, d'après ses plans, l'étage supérieur de l'aile perpendiculaire au fleuve, dite aile François I*"".

S'appu3'ant sur un passage des « Comptes des Bâtiments du roi », de l'année i5i5, où il est question des « édiffices et bastiments » non seulement Colin Bvart d'Amboise, mais aussi des environs, et interprétant ce terme « environs » dans

au château de Clos-Lucé. le sens de la formule employée dès l'année i5i6 : 0 les édiffices et réparations des chastels et doux d'Amboise » (2), J. de Croy a émis l'hypothèse qu'on peut attribuer à Colin Byart les travaux qui furent exécutés, en ce temps, au château de Cloux ou Clos-Lucé, en vue du séjour de Léonard de Vinci.

On ignore la date de la mort de Colin Byart et l'endroit oià il mourut.

(i) Bibliothèque nationale : Cabinet des titres, pièces originales, vol. III, dossier 79, n* 2. (2) fbidem : r. fr. 26ri5, n* 143.

Ancien hôtel de ville d'Orléans Œuvre de Charles Viart

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