L'HOTEL DE VILLE DE PARIS
LES CHATEAUX DE CHANTILLY, FONTAINEBLEAU ET SAINT-GERMAIN-EN-LAYE ; etc., etc.
N i522, arrivé à l'âge de 71 ans et devenu veuf, Guillaume de Montmorency avait partagé ses biens immenses entre ses deux fils. Chantilly, entre autres résidences, échut à son fils aîné, Anne, qui était déjà maréchal de France sous le nom de La Roche- Pot, et qui, à partir de ce moment-là, prit le nom et les armes des Montmorency. Le nouveau propriétaire du domaine décida de transformer en un château de plaisance, au goût du jour, la forteresse féodale des d'Orgemont. Il choisit pour dresser les plans et diriger les travaux du nouveau Chantilly Pierre Chambiges. Ce choix d'architecte prend, des circonstances et du personnage en cause, une signification qu'il convient de signaler. Anne de Montmorency est un des familiers de François I", et remplit quelques-unes des plus hautes charges de l'Etal. Le roi se piquait d'architecture, et aimait fort à raisonner sur tous les arts, Si les deviseurs de plans italiens, Dominique de Cortone,
l88 CllAriTRE SEPTIÈME
OU Boccador, et Girolamo délia Robbia, à qui l'on a longtemps attribué le
château de Madrid, avaient été tenus à la Cour pour les premiers architectes du
temps, on ne peut douter que le Grand maître de France se serait adressé à
l'un d'eux pour construire sa nouvelle résidence où il ambitionnait de recevoir
François I" : courtisan habile enfin, il n'eût point voulu aller à l'encontre des
idées artistiques et des goûts de son souverain; et il ne se serait point exposé
ingénument à ses critiques et à ses plaisanteries en prenant pour maître d'œuvre
un ignorant et un inconnu.
Pierre Chambiges était le fils de Martin Chambiges, un des plus grands
maîtres maçons de la fin du x v" siècle, l'auteur des façades latérales des cathédrales
de Beauvais, de Sens et de Senlis, de la façade principale de la cathédrale de
Troyes; il avait donc de qui tenir au point de vue du métier et des traditions
de l'art. Son père l'avait emmené à Troyes, tout jeune, pour l'employer sur les
Pierre Chambiges chantiers de la cathédrale et lui faire faire ainsi son apprentissage de maçonélève de son père -11 J- O II 1 •■/■•Jl/-' J
M'trtin Chambiees t'^iHcur de pierre, bon nom figure pour la première lois dans les Comptes du Chapitre à la date du mois de mai i Sog. Il reçoit par jour, comme salaire, quatre sous et deux deniers, ainsi que les « varlets » du maître d'œuvre : Léger Chambiges, son cousin germain, et Simon de Saint-Omer. Deux ans après, Martin Chambiges ramenait Pierre à Beauvais où il le fit travailler aux travaux du transept de la cathédrale pour compléter son instruction professionnelle (i). En i5i8, le vieux maître, ne pouvant continuer à diriger seul les travaux, priait le Chapitre de lui adjoindre son fils, en lui donnant les gages qu'il touchait lui-même. Par délibération en date du 19 juillet de cette année-là, le Chapitre rejeta la requête du maître d'œuvre, à cause des « mœurs, jeux, vanités et boissons du candidat ». Pierre Chambiges promit de s'amender; et, revenant sur sa décision, le Chapitre consentit à le prendre à l'essai jusqu'à la Saint- Rémy, soit le i" octobre. Combien de temps dura cette suppléance ? Fut-elle même accordée ? En l'absence de tout document d'archives, on ne peut le savoir. Pierre Chambiges fut ensuite chargé de diriger, avec le maître maçon Jean Dizieult, les travaux de construction du transept et des façades latérales de la cathédrale de Senlis qui sont l'œuvre de son père. Cette direction se continua pendant environ sept ans.
Le château de Chantilly ^^ s'agissait dans les travaux commandés à Pierre Chambiges, par Anne de
Montmorency, à la fois d'une transformation des bâtiments du Moyen âge et de la construction de nouveaux destinés à les compléter, pour faire des uns et des autres réunis habilement une habitation vraiment princière. Les travaux durèrent environ six ans, de i525 à i53o. Jacques Androuet du Cerceau, dans
(i) Marius Vachon : Une famille parisienne d'archilecies maistres-maçons aux xv", xvi' et xvii' siècles, les Chambiges, gr. m-4' de i6o pages, 25 gravures, 1907, avec préface de H. Daumet, de l'Institut. Ouvrage auquel l'Académie des Beaux-Arts a décerné, en 1907, le prix quinquennal de JOest.
D'après Israël Silveslru et J. Andruuct du Cerceau
Ch.\te,iu de Chantilly Œuvre de Pierre Chambiges
PIERRE CHAMBIGES 1 89
« Les plus excellents bastimcnts de F'rance » donne cette description sommaire
de Chantilly : « Ce lieu est situé aux confins de la France, à dix lieues de Description
« Paris, ville cappitalle, à une lieue de la ville deSenlis. Le bastiment consiste P^"" A. Du Cerceau.
« en deux places : la première est une court en laquelle sont quelques basti-
« ments ordonnez pour les offices; la seconde est une autre court comme estant
« triangulaire, et est eslevée plus haulte que la première, de quelque neuf ou
« dix pieds et faut monter de la première pour venir à la seconde. Entour de
« laquelle de tous costez est le bastiment seigneurial, faict de bonne matière et
« bien basty. Iceluy bastiment et court sont fondez sur un rocher; dans lequel
« il y a caves à deux estages, sentant plutôt, pour l'ordonnance, un labirinthe
« qu'une cave, tant y a dallées les unes aux autres et toutes voultées. Pour le
« regard de l'ordonnance du bastiment seigneurial, il ne tient parfaitement de
« l'art antique ne moderne, mais des deux meslés ensemble. Les faces sont riches
« et belles, comme verrez par les desseins qu'en ai faict expressément. En la
« court première est l'entrée du logis. Les faces des bastimens entour en icelle
« tant dans la court que dehors, suivent l'art antique, bien conduits et accoustrez.
tf Ces deux courts avec leurs bastimens sont fermez d'une grande eau en manière
(( d'étang dont entre icelles y a séparation comme d'un fossé, par laquelle
« séparation la ditte eau passe au travers. En somme, ce lieu est tenu pour
« une des plus belles places de France. »
Les gravures de Jacques Androuet du Cerceau, Pérelle, Israël Sylvestre, et Aveline nous ont conservé graphiquement l'œuvre de Pierre Chambiges, telle qu'elle était avant les transformations apportées, pendant le xvii° siècle, au grand château, et qui en modifièrent extérieurement la physionomie architecturale. Vu du dehors. Chantilly a, dans son ensemble, une silhouette encore toute féodale, aussi imposante que pittoresque, avec ses sept robustes tours rondes aux soubassements évasés, aux toits en poivrière, et aux larges mâchicoulis s'élançant fièrement des douves profondes; avec son pont-levis jeté sur un large fossé; avec sa porte massive d'entrée, ébrasée en archivoltes, et surmontée d'un t3fmpan; avec les grands combles de ses nombreux corps de logis. Mais la vieille forteresse est rajeunie et égayée par les innovations de Pierre Chambiges. Sur plusieurs façades, les épaisses et sombres courtines ont été ajourées de grandes fenêtres à meneaux, de lucarnes élégantes et très décorées, qui en font déjà extérieurement une habitation de plaisance.
Dans la cour d'honneur du grand château, l'œuvre du maître maçon d'Anne de Montmorency est toute d'élégance, de grâce et d'originalité nouvelles; par son péristyle ou perron, dont Jehan Groslier disait à Anne de Montmorency au moment de sa construction : « Vous le trouverez beau et de toute autre façon de maçonnerie que vous n'avez veu jusqu'icy » ; par sa galerie de cinquantequatre mctres de longueur sur dix de largeur, d'un ordre architectural nouveau ; par son escalier à double révolution desservant deux corps de braiment, proto-
igo
types des escaliers à double révolution que Pierre Lescot, Jacques et Guillaume Le Breton ne feront qu'imiter au Nouveau Louvre et à Villers-Cotterets.
L'œuvre ^^ grand château, la mission confie'e h Pierre Chambiges était la transfor-
de Pierre Chambi^'cs. mation d'une forteresse en château de plaisance; au petit château (i), le maçon d'Anne de Montmorency a pu donner libre carrière à son imagination féconde dans une œuvre créée de toutes pièces sur une terrasse vierge, et merveilleusement située; et si, entre les deux édifices, il y a dissemblance de caractères et de proportions, c'est qu'elle a été dans les intentions formelles du maître d'oeuvre afin de laisser au premier édifice sa physionomie extérieure imposante, en asseyant à ses pieds, au ras du sol et des eaux, le second, plus modeste et plus simple, mais tout souriant de sa grâce nouvelle.
La création de Pierre Chambiges excita l'admiration des contemporains. Jehan Groslier écrivait h Anne de Montmorency, en septembre i53o, que l'ambassadeur de Charles-Quint en France, M. de Noircarmes trouva « très beau » le bâtiment. A la fin de la description de son idéale abbaye de Thélème, dans le « Gargantua » de i535, Rabelais dit: « Estoit cent fois plus magnifique que n'est Chantilly, Bonivet ni Chambourg (Chambord).
Chantilly est, chronologiquement, un des premiers édifices français où il ait été fait, d'une façon méthodique et complète, l'application des éléments architecturaux de l'Art antique, constituant une construction homogène. Et par là, Pierre Chambiges doit être tenu désormais pour un des fondateurs de la Renaissance classique en France. Carnavalet a été commencé en 1644 ; les lettres patentes pour la construction du Nouveau Louvre sont de 1546 ; Jean Bullant ne travailla aux portiques d'Ecouen que vers i56o, et l'édification des Tuileries ne fut ordonnée par Catherine de Médicis qu'après l'avènement de Henri IL Or, le perron et la galerie de Chantilly étaient achevés à la fin de i53o.
Quelle a été l'initiation de Pierre Chambiges à cette connaissance de l'Architecture antique ? Un voyage dans l'Italie classique, comme le fut plus tard, pour Pierre Lescot, Jean Bullant et Philibert de Lorme ? Se contenta-t-il d'étudier cette architecture dans « Vitruve » dont plusieurs éditions avaient été publiées de son temps ? Jehan Groslier, qui était fort érudit et fort expert en matière d'architecture, ne l'aida-t-il point de ses conseils et de ses critiques ? La chronologie la plus minutieuse de la vie du maître maçon de Chantilly ne relève pas entre ses collaborations aux travaux des cathédrales de Troyes, de Beauvais et de Senlis, une lacune de temps suffisante pour un séjour à Rome. Les deux autres hypothèses sont seules possibles ; et un passage de la correspondance de Jehan Groslier avec Anne de Montmorency relativement à la
Pierre Chambiges
fondateur
de la
Renaissance classique.
(i) La division de Chantilly en grand et petit château est du xvnr siècle : elle n'existait pas au temps de J. Androuet du Cerceau.
PIERRE CHAMBIGES I9I
construction du château de Chantilly rend la troisième fort vraisemblable. « Monseigneur, écrit l'intendant artistique du connétable, le lo octobre iSzy, « depuis vostre parlement j'ay fait faire plusieurs deviz pour l'ediftice que vous « voulez estre faict au corps d'ostel de votre portail de Chantilly... lequel ne se « peult faire selon votre première intention, à cause de la grosse muraille qu'il « fauldroit faire porter sur la voulte de l'entrée où il ne se pourroit faire faulx « arc qui y fut suffisant. Je vous en envoyeray deux formes entre cy et deux « jours pour vous résoudre à celle qui vous plaira... »
Sans doute aucun, Jehan Groslier faisait plus et mieux que de commander purement et simplement h Pierre Chambiges, et de transmettre à Anne de Montmorency les plans du nouveau château : sa situation personnelle dans cette entreprise et sa compétence technique particulière l'autorisaient à discuter avec le maître maçon, à le conseiller, de façon a faire rendre plus parfaite l'œuvre architecturale dont il avait une certaine responsabilité vis-à-vis d'Anne de Montmorency. Il est certain qu'avant la venue des Italiens de Fontainebleau, nos maîtres maçons-tailleurs de pierre et maîtres d'œuvre de maçonnerie connaissaient fort bien l'Architecture antique, savaient s'en inspirer habilement, et, après avoir fait de belles constructions dans le style ogival flamboyant, bâtissaient, dans le goût de l'art nouveau à la mode, des édifices d'une rare originalité. A Chantilly, Pierre Chambiges qui venait de diriger les travaux des façades des transepts des cathédrales de Senlis et de Beauvais, continuait ainsi la démonstration superbe, commencée à Rouen, à Gaillon, à Amboise, à Blois et au Verger, par les Le Roux, Pierre Fain, Pierre Delorme, les Sourdeau et Colin Byart, d'une filiation directe et ininterrompue entre l'Architecture de la Renaissance et l'Architecture ogivale.
La construction de Chantilly avait donné à Pierre Chambiges un grand renom d'artiste et de maître maçon. Elle lui valut d'être appelé à participer aux importants travaux qui s'exécutaient au château de Fontainebleau, et l'i.'ontaineb'leaii^ d'entrer, ainsi, au service du roi.
Dans les« Comptes des Bastiments du roy » on lit ce passage : « A Pierre « Chambiges, maistre maçon, pour les ouvrages de maçonnerye par luy faicts « et qu'il continue à faire aux dictz bastiments et ediffices de Fontainebleau et « Saint-Germain-en-Laye, par l'ordonnance de Messieurs de Neufville, seigneur « de Villeroy, et Philibert Babou, seigneur de la Bourdaizière, donné soubz leurs « signets, le dernier apvril 1540, somme toute des ouvrages de maçonnerye : « 70.174 livres 8 s. 2d. ». Cette somme considérable s'applique particulièrement à des constructions faites à Fontainebleau (i). D'après les analogies de dispositions architecturales et de modes de construction entre certaines parties de ce château et les autres œuvres de Pierre Chambiges, que révèle une sérieuse
(i) En avril 1540, Pierre Chambiges n'était chargé des constructions de Saint-Germainen-T^aye que depuis sept mois; il n'avait donc pas eu le temps d'y faire travailler beaucoup.
étude comparative, il y a toutes raisons de lui attribuer les bâtiments de la
Cour du Cheval Blanc et le Pe'ristyle de la Cour de l'Ovale. La Cour du Cheval
La Cour Blanc ressemble fort à la Cour des offices de Chantilly : mêmes logis à simple
du Cheval blanc. j l - , 1 1 r ^ , a ,
rez-de-chaussee perce de nombreuses fenêtres et portes alternant, mêmes étages
de galetas éclairés par de longues lucarnes oblongues en aplomb sur les portes ;
mêmes grands combles d'où s'élancent des cheminées multiples, formant autant
de motifs d'ornementation et d'éléments de silhouette pittoresque. La période
de temps entre l'achèvement de Chantilly et l'entrée au service de la Ville de
Paris du maître maçon, — i53o-i534 — , semble correspondre avec précision
à la période de temps fixée par les documents d'archives comme date de la
construction des corps de bâtiment de la Cour du Cheval blanc (i).
Le Péristyle Quant au Péristyle, tout d'abord attribué à Sébastien Serlio, sans ombre
de preuves quelconques, puis d'une façon en apparence plus plausible à Gilles Le Breton, il semble bien être de Pierre Chambiges ; et ce sont les arguments mêmes présentés par l'avocat du « maçon » de Fontainebleau, Léon Palustre, qui justifient cette attribution :
« Dans les expéditions de la fin du xv° siècle, les compagnons de Charles VIII « et de Louis XII avaient pu remarquer au Vatican le portique à triple étage (( récemment destiné aux bénédictions pontificales, et nul doute que, de retour « en France, ils n'aient eu l'idée, lorsque leurs demeures comportaient cet apparat, « de modifier en ce sens les anciennes voûtes, en arcs ogives, avec terrasse « au-dessus, qui abritaient parfois le perron seigneurial. C'est ainsi qu'à « Chantilly le baron Guillaume de Montmorency avait saisi l'occasion d'un « remaniement complet de son château pour entrer dans la voie indiquée. Et, (( à ce propos, serait-il téméraire de supposer que, l'exemple donné par le père « du grand connétable ait été pour quelque chose dans le « rechangement » (2) « commandé par François V ? Si l'on considère le petit avant-corps en forme « de loge dont les gravures de du Cerceau perpétuent seules le souvenir, on est « justement tenté de lui assigner pour date la courte période écoulée entre le « devis de i528 et celui de i53i. Gilles Le Breton n'a donc fait que répondre « victorieusement à une sorte de provocation (3). »
Au moment où il écrivait ces observations, Léon Palustre ignorait et le nom du maître d'œuvre et la date de la construction du château de Chantilly. S'il les eût connus, il aurait été irrésistiblement amené à penser que Pierre Chambiges, incrit parmi les maîtres maçons de Fontainebleau et auteur du perron, avait
(i) Des trois corps de bâtiments construits originellement autour de la cour du Cheval Blanc et qui figurent dans les gravures de J. Androuet du Cerceau, il n'en existe plus qu'un seul aujourd'hui.
(2) Marché en date du 5 août 1531 visant le « rechangement » du grand escalier de la cour de l'Ovale.
(3) Ix'on Palustrk : La Renaissance en France, 5"' livraison, p. iqS. ICn une autre partie de cette livraison, p. 57, l'érudit historien renouvelle ses observations sur l'analogie frappante entre le perron lie Chaniillv et le l'rrislvle de Fontainebleau.
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MERRE CHAMBIGEâ'
Pierre Chaml)igos
:i".i service ? la Ville de Paris.
construit aussi le Péristyle, dont les travaux, sans aucun doute étaient compris dans ceux que Philibert Babou et de Neufville payaient le 3o avril 1540; car à cette date le Péristyle était terminé.
Et, ainsi, se trouve comblée cette lacune qui existait dans la biographie de Pierre Chambiges, de la fin de la construction de Chantilly, id3o, à l'apparition de son nom dans « les Registres des Délibérations du Bureau de la Ville de Paris » comme maître d'œuvre de l'Hôtel de Ville, i534. Le maître maçon construisait les corps de bâtiment de la Cour du Cheval Blanc et le Péristyle de la Cour de l'Ovale du château de Fontainebleau.
Dans une séance tenue le i'5 novembre 1529 par le Bureau de la Ville de * Paris, il avait été décidé de faire agrandir THôtel de Ville, qui était la vieille Maison aux Piliers achetée par Etienne Marcel (i).
François I" donna son autorisation et imposa pour donner les plans et pominique de Cortonne, diriger les travaux des nouveaux bâtiments municipaux Dominique de Cortone, dit Le Boccador. dit le Boccador, un deviseur de plans italien, qui était à son service. La construction fut entreprise en i53o, par conséquent trois ans avant la date donnée par la plupart des historiens de Paris (2); mais elle ne fut pas poussée très activement. Le 23 avril i633, impatient de voir terminer les édifices destinés à embellir le royaume, le roi commandait de nouveau aux prévôts des marchands et échevins, d'y faire « besongner en toute diligence ». Pour lui donner satisfaction, le Bureau de la Ville faisait procéder solennellement au mois de septembre à la cérémonie officielle de la pose de la première pierre de l'Hôtel de Ville du Boccador, constamment ajournée par suite des absences continuelles de François I" qui devait la présider. En commémoration de cette cérémonie, il ,
fut placé « au-dessus de la grande porte du dict hôtel » une inscription latine au bas de laquelle figure le nom de Dominique de Cortone comme architecte.
Mais, en i534, lorsque la façade du nouvel Hôtel de Ville fut achevée et découverte, la population parisienne trouva l'édifice «gothique» (3), soit de style suranné, le Bureau de la Ville décida alors de faire « réformer le desseing antien », c'est-à-dire de faire construire un palais municipal nouveau, dans le goût du jour.
(1) Marius Vachon : L'Ancien Hôtel de Ville de Paris, gr. in-4', i88j, public sous les auspices et avec une subvention du Conseil municipal de Paris; L'Hôtel de Ville de Paris, gr. in-4*, 190O1 publié par ordre et aux frais du Conseil municipal de Paris.
(2) Leroux db Lincy : Histoire de l'Hôtel de Ville de Paris. Cet historien fait à ce propos les déclarations les plus formelles, basées sur des documents officiels, marchés et délibérations du Bureau de la Ville, que l'incendie du palais municipal en 1871 a détruits.
(3) Cet Hôtel de Ville du Boccador, en style gothique, commencé en 1530 et démoli définitivement, dans ses dernières parties subsistantes, en 1545, était toujours resté ignoré graphiquement : on n'en connaissait aucune représentation. Je l'ai découvert et identifié définitfvement, en 1903, sur le fameux plan de Paris, dit de la Tapisserie, daté de 1540, où, par une méprise inconcevable, il était pris constamment pour la Maison aux Piliers.
Décision
de la construction d'un nouveau palais
municipal
destiné à remplacer
l'œuvre « gothique »
du Boccador.
rieric Chanihigus !''• consiructioii du château de Chantill}', et des corps de bâtiments de la
présente Cour du Cheval Blanc au château de Fontainebleau avarcnt mis le nom de
les plans de ce palais ,. /-i i • i i -, , * , . , , . , ■
en 15-55. Pierre Lnambiges hors de pair. Le prevot des marchands et les echevins
s'adressèrent à lui pour remplacer le Boccador. Le 25 avril 1 535 (1), le nouveau
« maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris » présentait le plan
du nouvel Hôtel de Ville : l'édifice de la Renaissance qui a été incendié en 1 87 1 ,
et dont la façade superbe a été réédifiée dans le palais municipal actuel.
Pierre Chambiges Pierre Chambiges commença le nouvel Hôtel de Ville en construisant le
commence les travaux corps de bâtiment sur la ruelle Saint-Jean, qui fut terminé en iSSy; puis il éleva
1 Tj-i. 1 1 Ar-ii eiï i63c)-i54o le corps de bâtiment sur la rue du Martrov, en utilisant le aros nouvel Hôtel de Ville. ^ t r ... •■ ^
œuvre du rez-de-chaussée de l'édifice primitif du Boccador. A la mort du
maître, arrivée en 1544, le prévôt des marchands et les echevins choisirent pour
Le gendre lui succéder dans la direction des travaux de l'Hôtel de Ville, son gendre
de Pierre Chambiges Guillaume Guillain. Le nouveau « maistre des œuvres de maçonnerie de la continue les travaux ,,.,, . , . . r ■ . • 1 ,. 1 • • ' i.-
à la mort du maître * "'^ "^ Pans » entrait en fonction en une période d accalmie, sinon d interruption des travaux, motivée par des considérations de pénurie financière. En i545, Guillaume Guillain procédait avec rapidité à la démolition de la façade de l'Hôtel de Ville ogival du Boccador sur la place de Grève, jusqu'au rez-dechaussée (2). On utilisa plus tard le gros œuvre du rez-de-chaussée (3), mais en le transformant de dispositions et de style pour le mettre en harmonie avec le pavillon de l'arcade Saint-Jean commencé en 1549. Pendant plus de cinquante ans, cette partie de l'édifice resta à l'état de rez-de-chaussée. Un procès pendant entre la municipalité et l'Hôpital du Saint-Esprit ne permettait pas d'élever le pavillon nord de la façade. Ce ne fut qu'en i6o5, après la pacification complète du royaume par Henri IV, que les travaux de l'Hôtel de Ville purent être repris. Pierre Guillain qui, depuis 1 582, avait succédé à son père dans la charge de « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris » achevait le corps de bâtiment central, d'après le plan du 25 avril i535, dressé par Pierre Chambiges. Pour consacrer cet événement, le Bureau de la Ville fit placer, au-dessous de l'inscription latine de i533, relative à la pose de la première pierre de l'Hôtel de Ville ogival du Boccador, où le nom du deviseur de plans italien figure à la suite de ceux des prévôts des marchands et echevins en exercice, une seconde inscription qui en est à la fois le complément et le correctif :
(i) La mention de la date précise du plan de l'Hôtel de Ville de Pierre Chambiges se trouve dans le document de la transaction intervenue le 5 mai 1609 entre la Ville de Paris et l'Hôpital du .Saint-Esprit, ce plan ayant été communiqué au.x experts des deu.\ parties, parmi lesquels était Pierre II Chambiges, pour servir de base à la rédaction définitive du devis d'achèvement de la façade.
(2) La plupart des historiens de Paris, Antoine de Montroyal (1678), Sauvai (1724), Félibien (1725), Piganiol de la Force (1765), et Jaillot (1775), signalent le fait et le commentent.
(3) T,EEOtJX DE LiNcv, et DE Guir.HERMY (Itinéraire archéologique de Paris, 1855) déclaraient avoir reconnu, par un examen technique minutieux de l'ancien Hôtel de Ville, que certaines parties de l'édifice du Boccador furent utilisées par l'architecte du monument définitif.
PIERRE CII.V.MBIGES
Al HeNRICO IV l'RANCORlM ET NaVARRORUM REGE INVICTISSIMO, P'RANriS, MlROiN PROPRE- TORE ET DECURIORUM PRŒFECTO, P. SaINC-
TOT. J. DE LA Haye. G. de Flécelles, et H. Belut, décurionibus, hoc opus, superio-
RUM TEMPORUM FORTUNA INTERMISSUM, A SOLO AD FASTIGIUM USQUE CONTEXTU ŒDIFICII REPE- TITUM EST. M. D. C. VI.
(Mais sous Henri IV, roi invincible de France et de Navarre, François Miron, prévôt des marchands, et P. Sainctot, Jean de la Haye, G. de Flécelles, et H. Belut, échevins, ce monument interrompu par les éxénements des temps antérieurs a été repris du soi à son sommet, 1606.)
En 1609, Pierre Guillain commença la construction du pavillon du Saint- Esprit, qui reproduisait complètement l'ordonnance architecturale et l'ornementation du pavillon de l'arcade Saint-Jean, et dont le devis avait été dressé d'après le « vieux plan du 25 avril i3'32 ». A la date du 5 mai de cette année-là, était intervenue entre la Ville et l'Hôpital du Saint-Esprit la transaction qui mettait fin au procès. De 1618 à i623, Augustin I"" Guillain, fils de Pierre Guillain, élevait le corps de bâtiment fermant la cour centrale du côté nord. Et, en 1628, sous la direction du même maître maçon, l'Hôtel de Ville était définitivement achevé.
Ainsi, pendant l'espace de près d'un siècle, sous trente-deux prévôts des marchands, les descendants et successeurs de Pierre Chambiges suivirent le plan du 26 avril i532 avec un respect filial, en lui apportant uniquement le complément indispensable des dispositions accessoires imposées par les besoins de chaque génération, sans que le caractère et la physionomie de l'œuvre de l'aïeul aient eu à subir aucune altération.
Avec une décision de conception et une fermeté d'exécution admirables, qui prouvent la puissance de son génie, Pierre Chambiges avait continué à l'Hôtel de Ville de Paris, la création d'une architecture nouvelle, innovée hardiment à Chantilly, en la développant dans l'unité et l'ampleur d'une œuvre neuve et complète. Le rez-de-chaussée de la façade sur la place de Grève et le portique de la cour centrale, inspirés de la galerie et du perron du château d'Anne de Montmorency, représentent la première application en grand des éléments des ordres antiques purs de tout mélange par les sveltes et robustes colonnes, d'ordre dorique ou d'ordre composite, supportant un entablement du plus fin relief, encadrant des baies plein cintre lumineuses, dont l'archivolte élégante repose sur de légers pilastres, et dont les écoinçons sont occupés par des cercles et des médaillons très délicats.
L'analyse des diverses parties de l'édifice construit par Pierre Chambiges, ses gendre, petits-fils et arrière-petits-fils, démontre l'ingéniosité extraordinaire de l'artiste et du maître maçon. Pour mettre fin au conflit élevé entre la Ville et l'Hôpital du Saint-Eprit, pour maintenir les communications entre deux parties
Achèvement de l'Hôtel de Ville,
en 1628,
par l'arrière-petil-fils
de Pierre Chambiges.
Reconstitution,
en 1872,
de l'œuvre
du quartier de l'Hôtel de Ville du Boccador supprimées, et donner à rédificc nouveau les développements nécessités par les besoins administratifs constamment en progression, il avait imaginé cette conception, nouvelle et hardie, de deux pavillons d'angle portant sur une large arcade ouverte. Et, afin d'harmoniser l'architecture des deux pavillons et celle du corps de logis central, qui devaient cependant varier de proportions, en vue d'une silhouette pittoresque, il les relie par cette superbe théorie de statues du premier étage se développant sur toute l'étendue de la façade ; innovation charmante charmante car l'idée décorative se complétait d'une idée sociale : la glorification des hommes qui ont le plus honoré la cité par leurs vertus, leurs actes et leurs œuvres.
Aussi, lorsque après l'incendie de l'Hôtel de Ville par la Commune, en mai 1871, les représentants officiels de Paris furent appelés à délibérer sur la reconstruction du palais municipal, ils décidèrent de faire réédifier la création de Pierre Chambiges. ^^ Pierre Chambiges, de manière à ce que le palais nouveau, comme le premier, extension successive de l'antique Maison des Nantes, de la Marchandise de l'Eau, de la Maison aux Piliers, et de l'Hôtel de la Renaissance française, construit sur le même emplacement, avec la même orientation, continuât le symbole glorieux et poétique du vaisseau héraldique de la Ville de Paris, ancré sur la rive droite de la Seine, dans le sens de son cours éternel de l'orient à l'occident comme le soleil, et justifiât, avec ses vieilles pierres ressuscitées, la fière et éloquente devise parisienne : « Fluctuât nec mergitur ».
Comme « maistre des œuvres de maçonnerie et de pavement de la Ville de Paris », Pierre Chambiges figure dans les « Registres des Délibérations du Bureau de la Ville » pour de nombreux travaux et visites des fortifications, et pour l'entreprise de la transformation en voie navigable de la rivière de l'Ourcq. Des documents des années ibîg et ib42 le désignent avec le titre officiel de « commis voyer de Monseigneur l'Evèque de Paris ».
rierre Chambiges En iSSy, pendant qu'il construisait l'Hôtel de Ville de Paris, Pierre
maître d'œuvre Chambiges fut chargé par François 1°' de donner les plans et diriger les travaux du château neuf de Saint-Germain-en-Laye, que François 1" avait décidé de
(lu cliâteau de .St-Gerniain-en-Lave.
faire bâtir dès i532. Le maître maçon avait ici une mission architecturale qui différait fort peu de celle qu'il avait reçue d'Anne de Montmorency, à Chantilly. « Cette place, écrivait J. Androuet du Cerceau, dans « Les plus excellents « bastiments de France », a esté tenue par les Anglais durant leur séjour en « France. Depuis eux estant déchassez elle demeura quelque temps sans « entretien. Or, il est advenu que le roi François l", trouvant ce lieu plaisant, « fait abattre le vieil bastimcnt sans toucher néanmoins au fondement, sur « lequel il fait dresser le tout comme on le voit pour le jourd'hui et sans rien (( changer du dit fondement, ainsi que l'on peult cognoistre par la court d'une « assez sauvage quadrature. » Pierre Chambiges devait remplacer la vieille
CHATEAU DE SaINT-GERMAIN-E.\-LA\E
Œuvre de Pierre Chambiges
PIERRE CHAMBIGES I97
forteresse, — sauf le donjon, la chapelle, et les substructions, — par un château de plaisance, vaste, commode et élégant, mais peu coûteux, car c'est le temps où le roi fait bâtir le Nouveau Louvre, Chambord, Fontainebleau, et le château de Madrid au Bois de Boulogne ; et ses finances sont fort obérées.
Le vieux donjon carré, protégeant l'entrée de la forteresse, est rajeuni par des ouvertures nombreuses, qui y font pénétrer l'air, la lumière et le soleil; la chapelle du temps de saint Louis reçoit quelques « méliorations ». Sur le soubassement de la forteresse, aux énormes et sombres murs de pierre de taille, plongeant dans les douves profondes, et au chemin de ronde posté sur des corbeaux formant mâchicoulis, Pierre Chambiges élève ses constructions nouvelles, afin d'en accentuer, par le contraste d'aspects, la grâce, l'élégance et la légèreté. Comme François I" a choisi Saint-Germain-en-Laye à cause de sa merveilleuse situation topographique, d'où le regard embrasse, dans toutes les orientations, un panorama immense et de toute beauté; que le château a ses horizons libres de tous les côtés, et que la résidence royale, à cause de la grande et giboyeuse forêt, doit être surtout un séjour de chasse et de fêtes champêtres, l'ingénieux maître maçon imagine de construire le nouvel édifice en façon de colossal belvédère, avec terrasses, galeries et balcons surtout le pourtour; de donner aux quatre façades les mêmes dispositions architecturales, les mêmes figures et les mêmes profils (i), dont l'élégance, la simplicité et la netteté suffiront pour charmer les yeux. Et il résout aussi habilement le problème financier. Les dimensions considérables du château à construire imposent l'emploi de matériaux peu coûteux et la suppression de l'ornementation sculpturale qui entraînerait à de grands frais. Le constructeur expérimenté bâtit en moellons et en briques, réservant la pierre et employant la terre cuite moulée et émaillée pour des combinaisons décoratives économiques, — encadrement des baies, frontons de croisées, corniches, balustrades, vases de faîtage, panneaux de souches de cheminées, gargouilles, médaillons, etc., — en vue de donner aux corps de bâtiment l'agrément d'une polychromie variée à chaque étage.
Jacques Androuet du Cerceau, qui se connaissait en architecture et était d'une assez vaste érudition et d'une science incontestable en matière d'édifices anciens et modernes, a signalé, par la notice consacrée au château de Saint- Germain-en-Laye, dans « Les plus excellens bastiments de France » deux particularités techniques de sa construction : « Les derniers estages sont voultez, « dit-il, chose grandement à considérer à cause de la largeur des membres... Sur « ces voultes et par dessus tout le circuit du bastiment est une terrasse de liais
(i) Arthur Heularu : Rabelais, p. 10. « Rabelais croit à la puissance des beaux pays.-iges sur « répanouissement de l'esprit, et pour que les hqies de Thclème planent de toutes parts sur les eaux, « les prés et les bois, loin de développer sa construction sur une seule façade, il la développe sur « six façades à la fois, inclinant aux quatre points cardinaux. >
Il n'est pas invraisemblable de supposer que Saint-Germain-en-Laye a servi à Rabelais de prototype il ce point de vue pour son abbaye de Thélùme.
Pierre Chambiges
construit les châteaux
de la Muette
et de Challuau.
Projet de P. Chamijiges pour un « Collège des Trois Langues ».
« qui fait la couverture, lesquelles portans les unes sur les autres, et descendans « de degré en degré commencent du milieu du hault de la voulte un peu en « pente, jusques à couvrir les murailles. Et est ceste terrace, à ce que je croy, « la première de l'Europe pour sa façon, et chose digne d'estre veue et « considérée. »
L'œuvre de Pierre Chambiges continuée après sa mort par son gendre Guillaume Guillain, et Jehan Langeois, terminée en 1548, présentait une grande unité de conception et d'exécution. Les termes du marché passé par ces derniers avec les représentants du roi, en 1544, sont formels sur l'obligation de poursuivre et d'achever les travaux d'après les plans, devis et marchés de 1539, signés par le premier maître d'oeuvre. Elle subsista dans son intégrité pendant plus de cent ans. Malheureusement, les agrandissements ordonnés par Louis XlVen 1674 et exécutés parHardouin Mansart dénaturèrent complètement l'édifice de la Renaissance. La restauration entreprise par Eugène Millet et que vient de mènera bonne fin H. Daumet, membre de l'Institut, a rendu au château de Saint-Germain sa physionomie architecturale primitive, qui est fort belle.
Pierre Chambiges construisit vers le même temps, pour François I", le château de la Muette de la Garenne de GIandaz,dans la forêt de Saint-Germaincn-Laye, et le château de Challuau près Moret, destinés à servir, l'un et l'autre, de rendez-vous de chasse. Les documents d'archives qui concernent ces deux bâtiinents, ainsi que les descriptions que J.Androuet du Cerceau en a faites, nous informent que les travaux y furent exécutés d'après les procédés et avec les matériaux de construction employés à Saint-Germain-en-La3'e, et particulièrement qu'on y fit des voûtes et des terrasses de pierre de liais dans le genre de celles de ce dernier château. La Muette a été démolie dans les dernières années du règne de Louis XV; et Challuau existait encore en 1840, mais dans un état fort délabré. A cette date il fut vendu ; le nouveau propriétaire le fit raser, et construisit sur son emplacement une maison de campagne.
François 1°'' tenait en grande estime artistique Pierre Chambiges. Le nom du maître maçon se trouve mentionné dans un compte du Domaine de Paris, 1 538-1 539, pour « les formes et pourtraictz que le roy a commandé luy faire de « certains bastimens que ledict seigneur entend et délibère en son hostel es « environ de Nesles,à Paris, pour la fondation du Collège des Trois Langues ». Des lettres patentes en date du 19 décembre ibig et 1' « Oraison sur le trcspas du roy François », par Pierre Galland, nous font connaître que l'édifice projeté devait comprendre des corps de logis propres à recevoir plus de six cents enfants, le principal, les régents, les prêtres, une « belle et somptueuse église », et qu'il avait été réservé pour cette grande entreprise une somme de deux cent mille écus d'or au soleil.
François l" anoblii le maître d'œuvrc de ses châteaux de Saint-Germain-en- Laye et Fontainebleau, et lui donna pour armes : d'azur à un compas d'argent,
PIERRE CHAMBIGES
Pierre Chambiges et les vantaux
de la cathédrale de Beauvais.
accompagné de rechef à dextre d'une étoile d'or, à senestre d'un croissant d'argent et en pointe d'une biche d'or couchée sur une terrasse de sinople.
Le portail méridional de la cathédrale de Beauvais contient une merveille d'art : les fameux vantaux de porte sculptés par Jean Le Pot. Deux historiens de l'édifice, Desjardins (i) et Woillez (2), ont émis l'hypothèse que le dessin en 'Je la porte méridionale avait dû être fourni au maître huchier par quelque artiste italien, probablement Le Primatice. Pourquoi aller chercher parmi des étrangers l'auteur de ce chefd'œuvre ? Une comparaison minutieuse des ornements de la partie inférieure des vantaux avec les ornements de certaines parties des façades de l'ancien Hôtel de "Ville de Paris, sur la place de Grève et sur la cour centrale, permet d'en faire l'attribution à Pierre Chambiges. Après la mort de son père, le grand maître maçon continua à avoir des relations avec le Chapitre de la cathédrale, qui le mandait, notamment en iSoy, pour venir visiter les travaux de cette façade, à la construction de laquelle il avait collaboré pendant sa jeunesse.
Pierre Chambiges mourut en 1544, le 21 juin. Son corps fut inhumé dans la nef de l'église Saint-Gervais de Paris; l'épitaphe inscrite sur sa tombe le qualifiait : ;c maistre des œuvres de maçonnerye et de pavement de la Ville de Paris M.
Mort
de Pierre Chambiges
en 1544.
Il laissais un fils du prénom de Pierre qui embrassa la carrière paternelle.
Les renseignements qui concernent Pierre II Chambiges sont peu nombreux.
En i564, cet architecte était chargé par Charles IX de construire la Petite Pierre II Chambiges Galerie du Louvre. P'ut-ce sur ses dessins, ou d'après le « Grand dessin » •'^f'^^^ecte du ouvre, général que Pierre Lescot avait dressé du palais sur l'ordre de Henri II? La question est controversable. L'attribution de cette œuvre si originale et si gracieuse à Pierre II (Jhambiges a pour base une assertion de Sauvai. Léon Palustre lui fait honneur, aussi, de la Lanterne des Galeries, aujourd'hui dénommée Pavillon de Lesdiguières; mais l'identification récente des plans de Pierre Lescot avec les dessins du xvi° siècle de la collection Destailleur du Cabinet des Estampes, plans d'après lesquels furent continués sous Henri IV et Louis XIII les bâtiments du Louvre (3), semble devoir infirmer désormais toutes ces h3'pothèses et attributions.
Vers la fin du xvi" siècle, Pierre II Chambiges s'associait avec son neveu Pierre Guillain, Guillaume Marchant, François Petit, Robert Marquelct et Isaye Fournier, pour l'entreprise des travaux de maçonnerie de la Grande Galerie du Louvre; à la date du 26 juillet 1600, il signait avec ses associés une requête au surintendant des « Bâtiments du Roi » pour le payement intégral de ce qui leur était dû depuis longtemps sur ces importants travaux. Le
(i) DESJA8DINS : Histoire de la calhcâralc de Beauvais, p. 75.
(i) WoiLLRZ -.'Répertoire archéologique du défartement de l'Oise, p. 24.
(3) Batiffol : Le Louvre et les flans de Lescot, Gazette des Beaux-Arts, avril 1910.
14 mars i582, Pierre II Chambiges soumissionnait en concurrence avec Thibaut Me'tezeau, Fleurant Fournier, Jean Le Breton, François Petit et Chiaries Bullant pour les travaux à faire en la chapelle des Valois à Saint-Denis sur les plans de Pierre Lescot. A la date du 3 juillet 1607, il était choisi par le Bureau de la Ville de Paris comme arbitre avec Loys Fournier et François Petit pour réviser les projets et devis de la construction du pavillon du Saint-Esprit à l'Hôtel de Ville de Paris, ainsi qu'on l'a vu plus haut.
Pierre II Chambiges avait épousé Marguerite de Saint-Quentin, fille de l'entrepreneur du Louvre, Pierre Berton, — dit de Saint-Quentin à cause de son lieu de naissance, — associé dans cette entreprise avec Guillaume Guillain, le gendre de Pierre I" Chambiges. On ignore la date de la mort de Pierre II Chambiges.
Beriy signale un Chambiges du prénom de Robert qui figure comme expert dans un accord du 6 décembre 1564 où il est qualifié « bourgeois de Paris ». Etait-ce un fils de Pierre l" Chambiges? On l'ignore. Enfin, il est un cinquième Chambiges du prénom de Louis, qui mourut en 1619. Le 2(3 février i6i5, les marguilliers de Saint-Pierre-des-Arcis, à Paris, l'invitèrent, en sa qualité de « juré maçon », à visiter certaines parties de l'église qu'on voulait réparer. Quelle était sa filiation? Aucun document ne nous la fait connaître.