‹ La renaissance françaiseChapitre 39 sur 68 · LES MAITRES D'AMBOISE · texte numérisé non relu

LES MAITRES D'AMBOISE

BLOIS ET CHAMBORD ^^ ^^ tT^ ^^

JACQUES ET CLAUDE SOURDEAU JEAN GOBEREAU - PIERRE NEPVEU, DIT TRINQUEAU

JACQUES COQUEAU

N a lu, plus haut, que, dès son avènement au trône, Charles VIII,

qui avait passe son enfance au château d'Amboise, décida

d'agrandir et d'embellir cette résidence, dans laquelle il s'était

, 1 ti /• , • 1 - 1 • Charles VIII

toujours beaucoup plu. Il y fut encourage et aide par la reme ^^ ,g ^^.j^j^^ d'Amlwise.

Anne de Bretagne, protectrice éclairée et ardente des arts, et a3'ant un grand goût pour les belles architectures.

Le « maistre des œuvres du roy » était, à ce moment-là, un maître maçontailleur de pierre, de la vallée de la Loire : Jehan Regnart ou Renart, qu'on suppose avoir été' employé par Louis XI à l'achèvement du château de Plessislès-Tours. Il y a toutes raisons de supposer qu'il fut l'architecte du nouveau château, et le directeur des travaux de construction (i).

(i) L.-A. BosSEBŒUF, dans son Hisloire du château d'Amboise, a émis l'hypclhise qu'un monogramme qui se voit sur le couronnement de la tour du Midi est le sigle de Jehan Renart, dont toutes les lettres de nom et prt-nom se trouvent entrelacées.

Le maître maçon Jehan Renart.

CllAITlRE DIXIEME

Coitimenoement

(If's travaux

(le ronstnirtion

(lu château vers 1489.

Commines et le château cl' Amboise.

Le chroniqueur

ne mentionne

aucun architecte italien.

Jehan Renart était un maitrc maçon fort expérimenté. La municipalité de Tours lui avait confié la reconstruction de la porte du Chardonnet (1478), d'une partie de la muraille nord (i486); elle devait, plus tard (1494 et 1498), le charger de bâtir le nouveau portail Feu-Hugon, et la tour carrée près de la porte de Bretagne. En 1490, Jehan Renart était commis à la réception du nouveau couvent des Minimes, construit près de Plessis-lès-Tours. Amboise comptait encore en ce temps-là d'autres maçons habiles et renommés : Hervé Rcgnault, Jean Martin, et Bastien Françoys, à qui le roi pouvait, en toute confiance, faire appel pour lui bâtir sa nouvelle résidence. Point-besoin n'était de l'intervention d'architectes étrangers, comme paraît le préjuger un historien soutenant la fausse thèse du château de Blois berceau de la Renaissance française, du fait que Charles VIII, au lendemain de sa première expédition en Italie, y installa quelques artisans italiens (i).

Les travaux commencèrent vers 1489. Cette année-là, d'après des document^ des archives communales d'Amboise, l'on transportait une quantité considérable de « terrier » du pied du château aux marais que l'on se proposait de combler (2). On sait par la copie, faite au xviii° siècle, d'un ancien manuscrit de la Bibliothèque du Chapitre d'Amboise, quelles furent les parties du château construites à partir de cette date, et pour les dépenses desquelles le roi avait décidé, en 1496, de prendre cinq deniers par quintal de sel vendu par tout le royaume (3). C'étaient : un corps de logis, flanqué de tours, situé au midi, vaste bâtiment à un étage, avec galerie haute et basse, quantité de pièces et de chambres ; et la chapelle de Saint-Biaise, ce pur joyau d'architecture. Les travaux furent poussés avec une rare activité, car Charles VIII, à la date du 10 octobre 1493, rendait une ordonnance en vue de meubler et décorer « les dites chapelles des aournc- « mens et beaux paremens, et le dit chastel et maison de vaisselle d'argent et « autrement, ensemble de lit/,, tappicerie, tapis et autres ustencilles nécessaires ».

On sait qu'à son retour d'Italie, en octobre 1495, Charles VIII avait ramené dans ses fourgons « certains ouvriers, gens de mestier et autres personnages... pour ouvrer de leur mestier, à l'usaige et mode d'Ytallie ». Aucun des artistes appartenant au Bâtiment, trois en tout et pour tout, mentionnés officiellement, n'eutà intervenir dans la construction du nouveau château d'Amboise. Commines est très formel à ce propos dans le passage de ses Mémoires, où il est question des travaux exécutés dans cette résidence (4), ainsi que des ouvriers étrangers qui étaient employés : « Il (le roi) estoit en son chasteau d'Amboise où il avait « entreprins le plus grand édifice que commença centans a roy,tant au chasteau « qu'à la ville, et se peult voir par les tours, par où l'on monte à cheval, et « parce qu'il avoit entreprins à la ville, dont les patrons en estoient faicts

(i et 2) I,.-A. lîo.ssF.nŒUF : Le CJiâlrnu (i'Am//t>isr. p. 144 et 2S7.

( ;) Bibliothèque nationale : Cabinet des Titres, pièces originales, vol. 365, dossier 7906, pièce n° 2.

(4) Liv. VIII, chap. XVIII.

LES MAITRES d'aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD îSy

« de merveilleuse entreprinse et despensc, et qui de longtemps n'eussent prins « fin ; et avoit amené de Naples plusieurs ouvriers et excellens en plusieurs « ouvrages, comme tailleurs et peintres, et sembloit bien que ce qu'il entrepre- « noit estoit entreprinse de roy jeune et qui ne pcnsoit point à la mort, mais « espéroit longue vie, car il joignoit ensemble toutes les belles choses dont on « lui faisoit feste, en quelque pais qu'elles eussent esté veiies, fust en France, « Italie ou Flandre. » Le chroniqueur ne fait mention que de sculpteurs, et de peintres italiens, point d'architectes.

La surintendance des travaux, soit la charge de « faire faire les édiilices et bastimens », avait été confiée à Raymond de Dezest ; et Alexandre Blandin était employé « à tenir le compte et faire les payements des édiftices et bastimens de la place et chastel d'Amboise, achapt de maisons, héritaiges, recompenses et autres dépendances de cette nature ».

Monté sur le trône, Louis XII continua l'œuvre de Charles VIII. Un Louis XII

fragment de Comptes d'un trimestre de 1400 contient le rôle de de vingt-deux ,. ':°'Li""^ ,,ttt

^ '^ . ^-'■^ ° 1 œuvre de Charles VIII

maçons qui besoignaient au château. Pas un seul des noms n'est de forme ."i Amboise.

italienne ; et tous, au contraire, indiquent la nationalité française : Fordebras, Boureau, Servais, Hubert, Chastigné, Tatineau, Naudeau, Dupont, Françoys, Martin, Tulasne, etc. (1). En 1 5oo, François de Pontbriand et Roland de Ploarec étaient chargés de « conduire et diriger la construction de plusieurs . somptueux édiflices que le roy vouloit faire faire à son château d'Amboise ». Cette nomination semble indiquer l'ouverture d'une nouvelle campagne architecturale, destinée à ajouter de nouvelles et importantes constructions à celles qui avaient été achevées sous le règne précédent. Il est mentionné, dans un acte, daté de la fin de i5oi, des indemnités accordées aux religieux de Moncé « pour la démolition de plusieurs maisons situées au château pour l'accroissement d'icelluy ». Pendant la période de cinq années à laquelle se rapportent les documents concernant les travaux en cours d'exécution, il est question d'achats considérables destinés : à « former les voultes de la grosse tour du chasteau... les corbeaux et machicoly de la grosse tour », qui est, sans doute (2), la seconde grosse tour du côté de la Loire, pourvue, — ainsi que la tour située au midi, construite antérieurement, — d'une montée en spirale praticable aux cavaliers; à bâtir la tour des Minimes (3) ; à élever les terrasses ornées de balcons de pierre, qui font suite, du côté de l'est, à la tour des Minimes ; à construire l'aile en retour d'équerre joignant la grosse tour du nord et les bâtiments de Charles VIII ne formant qu'un rez-de-chaussée.

(i) Chevat.ikr ; Inventaire analytique des archives communales d^ Amboise, p. XX. (2) J. DE Croy : Nouveaux documents four l'histoire de la création des résidences royales des bords de la I.oire, iin vol. in-8', 1894, p. 14, 15.

()) I-. -A. HossElKEfF pense cpi'il s'a{;it pltilôl <lc la loiir Ileiirlauli, en raison île son raradère Renaissance.

Catien Fordebraz

maître d'œuvre

du château d'Amboise.

Louise de Savoie ;u ciiâteau d'Amboise.

Le château de Blois et Louis XI L

Simonnet Guischart

maître d'œuvre du château de Blois.

L'architecte du château d'Amboise pendant cette période était un maître maçon de la vallée de la Loire : Gatien P"ordebraz. Dans une quittance en date du II juillet i5oi, il se qualifie lui-même « maistre maçon de l'édiffice et bastiment du chastel d'Amboise » (i).

Lorsque Louis XII eut cédé le château d'Amboise à Louise de Savoie, pour qu'elle en fit sa résidence ordinaire et celle de son fils, le duc d'Angoulême, la célèbre princesse y fit exécuter d'importants travaux. Le corps de logis de l'aile en retour d'équerre Joignant la grosse tour du nord et les bâtiments de Charles VIII était surélevé d'un étage; mais cette construction ne fut terminée que sous le règne de François I"'', dont la salamandre et le chiffre royal ornaient encore, au commencement du xix" siècle, les pinacles des lucarnes. Ces travaux auraient été dirigés successivement par Gatien Fordebraz, et par Antoine de Troyes, que des documents des archives d'Amboise mentionnent comme ayant donné une gratification a aux compagnons menuisiers pour les faire avancer », et comme ayant fait procéder à l'aménagement intérieur du château d'Amboise et à « l'enlèvement de vidanges et terriers » (2). Nous retrouverons un peu plus tard Antoine de Troyes au château de Chambord comme maître d'œuvre, auteur d'une partie de l'édifice. On ne peut, à cette époque de l'histoire du château, relever aucune trace d'intervention d'architectes ou maîtres maçons italiens.

Dès son avènement au trône, le 7 avril 1498, Louis XII se préoccupa de reconstruire le château de Blois, « lieu de sa nativité, où il avait été nourri tout son jeune âge ». Déjà, Charles d'Orléans, avant et après sa captivité en Angleterre, au milieu du xv" siècle, l'avait réparé et fort agrandi; mais, si cette résidence était vaste au point de pouvoir loger plusieurs milliers d'hommes et de chevaux (3), et, suivant l'expression pittoresque de Froissart, était « plantureuse », elle n'avait point le caractère artistique, ni le confort qui convenaient à un château royal. Le roi confia la surintendance des bâtiments à François de Pontbriand, qui remplissait la même fonction au château d'Amboise, et nomma comptable des travaux Jean Serine, qui avait été attaché, lui aussi, à la maison d'Orléans, et était procureur général du comté de Blois.

La direction des travaux, avec le titre de « maistre des ouvrages du comté », fut donnée à Simon ou Simonnet Guischard, qui, pendant un fort long temps, avait fait la suppléance de Guillemin Cadot, valet de chambre de Louis II d'Orléans, devenu impotent. Dans un acte, en date du 18 août i5o6, Simonnet Guischard reçoit l'ordre de « faire faire les travaux nécessaires au chastel de

(i) La quiltance est d'une somme de lo livres C sous deniers tournois « pour 52 journées par luy « faictes de son mestier pour le dit édiffice aux moys d'avril, may et juin 1501, à raison de 4 sous 2 deniers par jour. »

(2) Arrliivcs municipales d'Amboise, pitce an.ilvsée par riievnlior.

(;) Mn.i.ix : Magnsiii ouyclofi'dique, 1812, I. 43, p. 180.

Blois, aux barrières du dit chastel, aux ponts de Chambord et de la chaussée le Comte ». Pour avoir les terrains nécessaires à l'agrandissement.du château, le roi dut révoquer d'importantes concessions accordées à deux personnages, notamment à Théodore Guarneri, dit Théodore de Pavic, médecin de Louis II d'Orléans.

En l'année i5o3, les travaux étaient assez avancés sur tous les points pour que, dans une lettre datée de Noël, Jean d'Auton pût écrire que <( le roi faisoit faire son château tout de neuf et tant somptueux qui sembloit oeuvre de roy » (i). On atteignait même, dans l'aile orientale, le sommet du corps de bâtiment, d'après un compte de fournitures de matériaux de constructions. (2)

A cette date de i5o2,ou voit apparaître dans les Comptes le nom d'un jacnues SoiinJeau maitre maçon dont le nom sera lié, à la fois, à l'histoire du château de Blois, et au château de Blois. à celle du château de Chambord : Jacques Sourdeau.

Jacques Sourdeau naquit très vraisemblablement à Amboise, et vers 1470. 11 fut amené à Blois par François de Pontbriant, qui avait apprécié son intelligence et son activité exceptionnelles. Le surintendant l'employa d'abord comme simple ouvrier; puis, il le promut au poste d'adjoint au « maistre des ouvrages ». En i5o3, à la date du 21 juin, son nom figure sur un rôle, à ce titre, pour avoir fourni les marches d'un escalier et avoir entrepris l'approche d'une partie des matériaux de construction de l'aile orientale, où Louis XII et Anne de Bretagne eurent leurs appartements :

« A Jaques Sourdeau pour vingt et ung marches de vis de pierre de Loches « à quarante solz tour, pièce vall. 1. liv. ».

« A Jaques Sourdeau pour sept vingts deux voittures chaux et sablon VIII liv. XVII s. VI d. » (3).

A la date du lundi 29 mars idoj, le Journal de la Chambre des Comptes de Blois fait mention que la Chambre ordonne « sur les rapports de M" Simonnet « Guichard, maistre des ouvrages du comté, et de M" Jaques Sourdeau, qu'il « sera payé à Adrian de Dampierre la somme de cent livres tournois, à « laquelle somme les dits Gyschart et Sourdeau ont estimé la maison qui a « esté prinse et unie à la grange où le roy a fait mestre son artillerie au chastel « de Bloys. « (4).

Ainsi, il n'est jamais question, dans les documents relatifs aux travaux .Aucun architecte italien exécutés sous Louis XII au château de Blois, d'architectes italiens; des maîtres au château de Blois

sous Louis XII.

(i) Chronique de Jean d'Auton, édition Lacroi.v, t. I, p. 327, et t. II, p. 249.

(2) Rôle de payement d'ouvriers et de matériaux pour les travau.x du château de Blois; Bibliothèque nationale, collection Villevieille, vol. 27, Titres originaux, n" 386.

(3) J. DR Croy : Ibidem, appendice, p. 191. — Rôle de payement d'ouvriers et de matériaux pour les travaux du château de lilois, 1502-1503. Bibliothèque nationale, collection de Villevieille, Fr. 262S9.

(4) J. l)K Ckov ; Ibidem, p. 40. Archives nationales, K. K. 902, i° 54.

et

Colin Byait le château de Blois.

Jacques Sourdeau

succède

à Simonnet Guischart

dans la cliarge

de « maistre des œuvres

du comté de Blois ».

maçons français sont les seuls maîtres d'œuvre de la partie Louis XII du château de Blois dite, au xvi' siècle: « le corps de la maison du portail ».

On reconstruisait en même temps la chapelle Saint-Calais. La Chambre des Comptes pouvait, en i5o5, au mois de décembre, faire célébrer en l'église Saint-Sauveur « le service que on a coutume de fère en l'église du chastel « de Blois par chacun an le quatricsme jour de janvier, pour feu Mgr le duc « d'Orléans que Dieu absolve » (i).

Simonnet Guischard ou Jacques Sourdeau serait le maître d'œuvre de l'aile Louis XII et de la chapelle Saint-Calais. Le nom de Colin Byart a été aussi prononcé à ce propos ; cette supposition est basée sur le passage de l'autobiographie de ce maître où il est dit qu'il fut invité par le maréchal de Gié « à veoir et visiter quelques œuvres du chasteau de Vespré (le Verger), et au chasteau d'Amboise et depuys au chasteau de Bloys ». En raison de l'analogie frappante qui existe entre le portail de Blois et le portail du Verger, comme dispositions architecturales et décoratives : statue équestre, inscription commémorative, etc., elle apparaît vraisemblable. La disparition des archives du château pour la période de i5o4 à i5o6 ne permet point d'émettre à cet égard d'autre opinion.

Par lettres patentes, datées d'Amboise octobre i5i6, la reine Claude concédait à « .Jacques Sourdeau, maistre maçon, des ouvrages et réparations du « chastel de Bloys (2), une place wide, située ou (au) long des foussez et fors- « bourgs du Fois, pour en jouir lui, ses hoirs et successeurs perpétuelment, y « édiffier et bastir maison, à charge d'en payer deux deniers de cens et douze « deniers de rente par toise carrée ». La même année, le roi confirmait cette coBcession, et la Chambre des Comptes de Blois déterminait les conditions dans lesquelles Jacques Sourdeau pourrait construire. En i5i8, dans les Comptes du receveur général de Languedoc et Guyenne, on lit que « Jacques « Sourdeau maistre maçon de l'œuvre du chastel de Bloys », reçut 200 livres tournois « pour plusieurs mises, iraiz et despenses qu'il a faictes pour les « réparacions tant de maçonnerie, charpenterie, couverture, menuiserie, ft serrurerie, que autres matières et estolîes fournyes et nécessaires ou (au) i( chasteau de Bloys (3) », à l'occasion de la venue du Dauphin François et de Mesdames Louise et Charlotte de France.

Le 8 août 1 5 1 5, Simonnet Guischart ayant résigné sa charge de « maistre des œuvres du comté de Blois », Jacques Sourdeau fut nommé à sa place par

(i) Archives nationales, K. K. 902, {' 46, V.

(a) J. DE Ckoy : Ibidem, appendice. Archives nationales, Q' 447.

(3) J. DE Crov : Ibidem, p. 47. Archives nationales, K. K. 289, f 521. « II s'agissait, en cette occasion, de remettre en bon état « certaines parties du diâleaii pour la venue à Hlois du Dauphin et cle Mesdames. » J. de C.

ea

LES MAITRES d'aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORl) 24 1

la reine. Voici en quels termes le Journal de la Chambre des Comptes enregistre cette nomination :

« Du dit premier jour de décembre V xix Denis Sourdeau, fils de maistre « Jacques Sourdeau, au nom de son dit père, a présenté en la dite chambre des « comptes, où estaient présents les dits seigneurs des comptes, les lettres de « don et résignaccion faictes par la Reyne audit Simonnet Guischart, de l'office « de maistre des ouvrages du comté de Blois, datées du viii" jour d'aoust passé « et vérificcacion faite par Mgr Jaques Hurault, chevalier, général, etc., datées « du treizième jour d'aoust, aussi dernier passé, que le dit fils Sourdeau a (( reprises pour bailler à son dit père (i).

C'est aussi à ce moment que Jacques Sourdeau fut appelé à Chambord sur la recommandation de François de Pontbriant.

Avant la découverte des documents établissant les droits incontestables de Jacques Sourdeau au titre de maître d'œuvre du château de Blois, L. de la Saussaye écrivait : « L'ordonnance de l'aile de François I", du côté de la cour, paraît avoir inspiré l'architecte du château de Chambord dans plusieurs de ses parties, notamment dans les escaliers extérieurs et les entablements » (2).

En i55i, Henri II ordonnait de « faire faire certaines réparacions au corps ^ ', , , gj . de logis neuf du château de Blois », et envoya de Paris pour les exécuter, sous Henri II

Guillaume Vaillant, maître charpentier du roi. Ces réparations semblent avoir et Catherine de Médicis. consisté dans le remplacement des bois des cloisons (3).

Dans la « Correspondance de Catherine de Médicis » (4) il est question de certains travaux exécutés au château de Blois. Le 10 octobre i56o, la régente écrivait aux gens de la Chambre des Comptes de Blois : « Vous regarderez « avec le contrôleur Sourdeau à faire refaire la galerie qui fut faite de bois « dernièrement, au long du logis du roi, mon fils, et qu'elle soit de quelque « belle façon et de quelque belle pierre de taille que l'on advisera de recouvrer « par là. »

En 1576, au mois de juin, on restaure la Grand'salle en vue de la session des Etats convoqués pour le id novembre; les travaux étaient évalués à 3o.ooo livres ; ils furent probablement exécutés par Claude Sourdeau, petitfils de Jacques Sourdeau, qui avait succédé à son oncle Jacques Coqueau, dans la charge de « maistre des ouvrages du comté de Blois », et dont il avait fait l'intérim pendant huit ans, à cause de ses infirmités et maladies (5).

(1} Anhives nationales, K. K. 902, f° 74, V*.

(2) L. DE LA Saussaye : Histoire du château de Blois, \i. 26.

(3) Le 17 août, la Chambre des Comptes met en vente « au plus offrant et dernier enchérisseur o les boys des tloysons du corps de logis neuf du chastel qui ont esté abattues, partie desquels est « dans la cour dudit chastel et l'autre partie encore sur le lieu ». Archives nationales, K. K. 902, f" 217. Cité par de Croy.

(4) T. III, p. 103.

(5) Lettres de provision données à Coulonges, le 2 janvier 1570. Archives nationales, p. 2882, f 100, V.

Le château de Blois, dans toutes ses parties, est donc bien, et exclusivement, une œuvre française.

Le château de Chambord. Chambord a eu aussi sa légende italienne. Cette merveille de la Renaissance

française a été tenue longtemps pour la création d'un artiste ultramontain. D'après

les uns, Vignole ou le Primatice, d'après d'autres, le Rosso ou Dominique de

Légende du château Cortonne dit le Boccador en avait donné les plans. En ce qui est de l'attriconstruit . 1 • ,, • ,

par des bution à ce dernier, elle était basée sur une mention des « Rooles des acquits

architectes italiens. sur le trésorier de l'Espargne » pour l'année i53i (i), et sur les assertions de

Félibien qui, maintes fois, a fait preuve d'une grande crédulité aux légendes

de l'origine italienne des monuments français du xvi" siècle. Cette mention est

ainsi rédigée :

Dominique de Cortonne ^' ^ Dominique de Courtonne, architecteur, en don, la somme de neuf cens

• dit le Boccador, « livres pour le récompenser de plusieurs ouvrages qu'il a faitz, depuis quinze

et « ans, ença, par l'ordonnance et commandement du Roy, en patrons, en levées

le château de Chambord. ^^ ^^ boys, tant de la ville et chasteau de Tournay, Ardres,.Ciiambort, patrons

« de ponts à passer rivières, moulins à vent, à chevaulx et à gens, que pour

« autres ouvrages qu'il a faitz faire depuis le dit temps pour le service dudit

« Seigneur où il a eu de grans pertes, et dont le Roy ne veult estre icy fait

« autre déclaration, cy ix'''. »

Or, il n'y a, dans ce texte, rien qui indique la rédaction de plans et de devis de construction pour Chambord, non plus que pour Tournay et Ardres, qui n'étaient point en ce temps-là des villes ni des châteaux français.

Félibien a écrit que, lorsque François I" voulut bâtir cette résidence royale, il fit faire plusieurs dessins pour le bâtiment avant de rien entreprendre ; et il donne du modèle en bois, qui était attribué au Boccador, une description minutieuse, en ajoutant que l'ouvrage représenté sur ce modèle n'avait que fort peu d'analogie avec l'édifice construit (2).

Il est possible que le Boccador ait, spontanément, ou par ordre, dressé et présenté à François P' des plans pour le nouveau château projeté, et qu'il en ait exécuté un modèle en bois, suivant une habitude professionnelle, comme il le fit pour l'Hôtel de "Ville de Paris; mais le « deviseur de plans » italien aurait été moins heureux pour Chambord que pour le palais municipal parisien, dont il put commencer la construction, bien que le style « gothique » qu'il avait adopté ne fut guère au goût du jour. François I" rejeta le projet du Boccador, qui, d'après la description de P'élibien, était du même style ogival, que le roi dut trouver suranné.

Les Comptes de la construction de Chambord ont disparu, comme ceux de

(i) /.es Confies des Bâtiments du roi, t. II, p. 204.

(2) KÉi.iniKX : Mémoires four servir à Vhistoire des maisons royales et hastimeus de France , p. 28.

LES MAITRES d'aMBOISE, BI.OIS ET CIIAMBORD 248

la plupart des résidences royales bâties pendant la Renaissance (i); il est donc très didicilc d'établir une chronologie précise des travaux. Toutefois des découvertes récentes de documents, épars, dans dilVérents dépôts d'archives (2), ont permis de rectifier beaucoup d'erreurs historiques incessamment rééditées dans les encyclopédies et les dictionnaires.

Le 6 septembre iSig, François I" nommait François de Pontbriant surin- I^^ surintendance tendant de la construction du « bel et somptueux édiffice qu'il avait puis ,-,âfi^g„f^ de^Chambord. naguères ordonné de faire bastirct e'diffier audit lieu et place de Chambort» (3).

Peu de temps après avoir reçu sa commission pour la direction des travaux

de Chambord, François de Pontbriant, qui était fort âgé, délégua ses pouvoirs

à Mathurin Viart, seigneur d'Arbouville, capitaine et garde clefs de la ville de

Blois, et à Pierre de Douet, seigneur de la Cochetière, pour « au lieu de lui et

« en son absence signer les rooles et acquitz pour le faict du bastiment et avoir

« la supérintendancc et regard sur tous et chascuns ouvraiges, jourénées,

« vacacion ; achapts de matières et autres choses » (4). Quand il mourut le

II septembre i52i, F'rançois de Pontbriant fut remplacé par Nicolas de Foyal,

seigneur d'Herbault, maître d'hôtel ordinaire du roi et de Madame d'Angoulême,

sa mère, avec la qualification de « commissaire sur le fait des bastimens de

Chambort. »

Le château de Chambord

De 1 5 19 (5), date de la constitution de la surintendance des travaux, Jusqu'en '^^ i5'9 '^ 1526-

1 526, la construction fut lentement menée, à cause des événements et delà pénurie

d'argent dans le trésor royal provoquée par les guerres. Le i" octobre i526,

pendant son séjour dans l'ancien manoir de Chambord, à son retour de captivité,

François l" réorganisa cette administration. Charles, bâtard de Chauvigny,

(i) J. DE Croy : « Pour les autres constructions exécutées après 1515 à Blois et ensuite à Chambord, « les comptes furent rendus à la Chambre des Comptes de Paris (après la suppression, en 1775, de la « Chambre des Comptes de Blois) et y restèrent déposés du moins en partie... Lorsque Colbert eut « confié à l'historiographe des bâtiments du roi le soin d'écrire l'histoire des châteaux royaux, c'est à o la Chambre des Comptes de Paris qu'André Félibien fit prendre des extraits des comptes de Cham- « bord. Il en est résulté les notes malheureusement trop sommaires, consignées dans son Mémoire four « servir à l'histoire des maisons royales et bastimens de France... A partir de 1780, on perd la trace i de ces documents, aussi bien de ceux venus de Blois c|ue de ceux de la Chambre des Comptes de « Paris, mais il paraît à peu près certain ou bien qu'ils furent compris dans les immenses élimina- « tions de pièces considérées inutiles et vendues au poids vers cette époque ou plutôt qu'ils firent « partie des envois faits, en l'an V, par le bureau du triage, aux arsenaux, pour la confection des « gargousses. »

(2) J. DE Croy : Ibidem, fassim.

(3) Bibliothèque nationale, Fr. 25720, 142, publié par Jarry : Château de Chambord, p. 49.

(4) Bibliothèque nationale, Fr. 26117, 433. J. DE Croy : Ibidem, appendice, p. 197.

(5) FÉLIBIEN et Bernier ont commis une erreur en écrivant que les travaux de Chambord commencèrent en 1526, au retour de François I" de sa captivité en Espagne. En 1522, une somme de 4.326 livres, provenant de coupes de bois extraordinaires dans la forêt d'Amboise, est touchée par Nicolas de Foyal et Antoine de Troyes. Archives nationales, J. 960.

I,e premier

maître d 'œuvre

de Chambord

par ordre de date ;

Jacques Saurdeau.

seigneur de iMurat, dans la Marche, était nomme surintendant, en remplacement de Nicolas de Koyal, aux gages de 1.200 livres par an (1). Raymond Forget, secrétaire de la reine de Navarre, sœur du roi, recevait la charge de la tenue des Comptes qui lui valut les mêmes gages (2) ; et Antoine de Troyes « receveur des levées et thurcys de la Loire », commissaire des bâtiments d'Amboise depuis un assez long temps, était confirmé dans cette charge pour Chambord qui lui avait été donnée en i52o,mais qu'il n'exerçait point encore(3). Sous cette direction nouvelle, les chantiers de Chambord prirent une très grande activité, au point qu'on y employa jusqu'à 1.800 ouvriers, et que, de i53i à i535, le roi y consacra annuellement 60.000 livres (4). Pendant environ vingt ans, les travaux furent continués avec plus ou moins d'entrain, sous les surintendances d'Anne Gedoyn, veuve de Jean Breton, secrétaire du roi et général de ses finances — 1548 à 1647 — î *^^ Claude de Bombelies, seigneur de Lavau — 1647 ^ '^^^ — ï '^^ ^^^ ^'^i ^" prénom de Claude également, qui lui succéda d'abord en survivance, puis en titre — i555 à i56o — ; du gendre d'Anne Gedoyn, Claude Burgensis, fils du célèbre médecin de François I" — i56o à i568-, et enfin de la veuve de celui-ci, Léonor Breton, dite la dame de Villesavin, qui ne reçoit plus que la commission du « Gouvernement de la maison et bâtiment de Chambord », car, à cette date, la construction des bâtiments est achevée, et il n'est plus besoin de surintendant, de contrôleur, de comptable, etc. Dans les dernières années du règne de François I"' on voit apparaître un superintendant, qui estPhilbert Babou de la Bourdaisière, ayant dans ses attributions administratives toutes les résidences royales que le roi fait construire ou restaurer.

Le premier maître d'œuvre de Chambord, en date des travaux, est Jacques Sourdeau. Ce maître maçon y fut appelé en i5i9, sur la recommandation de François de Pontbriant. L'acte de nomination d'Antoine de Troyes comme « contrerolleur des bâtiments », en remplacement du titulaire qui s'était démis volontairement de sa charge, en contient la preuve; il y est fait ainsi mention de ce maître maçon :

« Jacques Sourdeau, commis au faict de contrerouUe dudit édiffice, lequel « Sourdeau au moyen de ce qu'il ne seet lire ni escripre,et qu'il estcontinuelle- « ment occupé comme maistre maçon à conduire la maçonnerie et ne pourroit « entendre à exercer ledit contrerouUe, nous l'en avons de son consentement « desmis et destitué, desmettons et destituons, et en son lieu y avons commis

(i) FÉi.iniBN : Mémoires, p. 30.

(2) J. DE Crov : Ibidem. Bibnothèfiue nationale. Tièces ordinales : Forget, 1213.

(j) Antoine Je Troyes semble avoir rempli auparavant, h Amboise, la charge de contrôleur, des bâtiments. Il donne une « gratification aux compagnons menuisiers pour les f.iire avancer >. (Archives d'Amboise.) Il revient deux fois à Tours et y envole i inq fois un messager porter des lettres à M. de Semblançay et à François de Pontbriant.

(4) J. DE Croy : Ibidem, p. 77.

ai

LES MAITRES D AMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD

« et commettons notre cher et bien amc Antoine de Troycs, receveur et commis « au peiement des turgies et levées de la rivière deLoyrc(i). »

Dès 1 5 1 9, date de commencement des travaux de construction de Chambord , sous la haute direction de François de Pontbriant, puis de Nicolas de Foyal, jusqu'en i523 au moins, Jacques Sourdeau fut le maître des œuvres de maçonnerie du château.

Jacques Sourdeau avait un fils, du prénom de Denis, à qui, suivant les mœurs sociales du temps, il fit apprendre le métier paternel. De septembre i5io à i5r3, Denis Sourdeau figure parmi les maçons travaillant à la construction de la tour neuve de la cathédrale de Bourges, sous la direction de Colin Byart. Il touche, comme les autres compagnons, 4 sous 2 deniers de salaire par jour. Il est probable que le maître maçon avait confié son fils aux bons soins de son collègue, et que François de Pontbriant l'avait également recommandé à Gilles de Pontbriant, son frère, qui était chanoine de la cathédrale. Jacques Sourdeau avait amené à Chambord, son fils Denis, ainsi que son gendre, Jehan Gobereau.

Quand Jacques Sourdeau mourut, il fut remplacé à la direction des travaux de Chambord par Denis Sourdeau, et par Pierre Nepveu, dit Trinqueau. Deux documents en contiennent la preuve. Les registres communaux de la ville d'Amboise font mention, en l'année i524, de « Maistre Pierre Nepveu, dit « Trincqueau, et maistre Denis Sordeau (Sourdeau) », qualifiés l'un et Tautre « maistres maçons ayant la charge du bastiment de Chambourc », comme ayant reçu « la somme de cent solz tournoys par le commandement des esleuz pour n estre venuz du dit lieu de Chambourc exprès en ceste ville pour faire ordonî nance et bailler leur oppinion pour faire besongner au piller auquel l'on a fait a réparer » (2). Dans un « Compte de clôture » de la Ville d'Orléans pour 1 525-1 527, le nom de Denis Sourdeau est inscrit plusieurs fois avec le titre de « maître maçon demeurant à Blois, ayant la charge des ouvrages de « maçonnerie que le Roy fait faire à Chambort » (3). Félibien a laissé le

(1) J. DE Cboy : Ibidem, p. 19g. bibliothèque nationale, 5500, f° 177. thèque nationale, 5500, f" 177.

(2) P. Chevai.ikr : Inventaire des Archives communales d'Amboise, p. 215.

(3) Jarry: Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, année 1888, p. 102-103 : « Vers « la fin du XV' siècle, la ville d'Orléans, se trouvant trop à l'étroit, brisa la vieille muraille de Pliilippe- « Auguste et de Jeanne d'Arc qui l'enserrait de toutes parts..., et décidait d'élever une nouvelle enceinte « fortifiée sur un périmètre étendu jusqu'à la limite des boulevards actuels. Ces constructions furent « longues et colleuses ; elles donnèrent lieu à de nombreux marchés dont l'exécution ne fut pas tou- « jours scrupuleusement observée. Une partie des murailles bâties par Jehan Mynier et Jehan Le Merle, « maîtres maçons de la ville d'Orléans, et principaux entrepreneurs, s'élant écroulée tout à coup, les € échevins firent une enquête. On choisit comme experts huit maîtres des oeuvres de maçonnerie d'Or- « léans et des villes voisines : Pierre Chausse et Jean Hcrnardeau, d'Orléans; Guillaume Pelvoisin « (Pellevoisin), de Hourges; Simon Ilallotin, de Chartres; Gervaise Gouidrov, de Blois, et Denis Sourie (leau, de Chambord. Ils logeaient \ l'hôtel de la Monnaie, et Denis Sourdeau, entre autres, consacra « vingt-huit jours du premier mois de l'année 1527 îi celle expertise, qui fut en lous points favorable « aux intérêts de la ville ».

Denis Sourdeau

succède

à Jacques Sourdeau.

Pierre Xepveu,

dit Trinqueau,

entre à Chambord

c(5mme

maître d'œuvre.

résume d'un fragment des Comptes du château de Chambord qui permet, par l'indication des salaires et des qualifications techniques, de déterminer exactement la situation administrative de Pierre Nepveu et celle de Denis Sourdeau :

« Pierre Trinqueau, qui estoit le maître maçon et qui avoit la charge et « conduite des bastimens à raison de 27 sous, G deniers par jour ;

« Denis Gourdeau (Sourdeau) qui avoit la conduite des traits de maçonnerie (( des dits édifiices à 20 sous par jour ;

« Et Jean Gobreau, maistre maçon ayant aussi la conduite d'une autre « partie des dits édifices, à 20 sous par jour » (1).

La supériorité de salaires et la qualification particulière de maître maçon « ayant là charge et conduite des bastiments » établissent la prééminence administrative de Pierre Nepveu.

Jpan Gobereau, Ce document met en relief, à côté de Denis Sourdeau, son beau-frère Jean

gendre Gobereau, le mari de la fille de Jacques Sourdeau et lui attribue ainsi une certaine

lie Jacques Sourdeau, j n u • •

maître d'œuvre P^'"'^ "^ collaboration a la construction de Chambord. Jean Gobereau venait de

de Chambord. se distinguer par une oeuvre d'architecture importante: la construction de trois

chapelles style Renaissance à Notre-Dame de Cléry, sur la commande de

Gilles de Pontbriant, doyen du Chapitre de cette basilique royale de 1 5 1 5 à 1 52 1 .

Ces chapelles sont la chapelle Saint-Sauveur, que décora le sculpteur Benoît

Bomberault, imagier à Orléans, qui, cinq ans plus tard, devait achever le tombeau

de Guillaume de Montmorency et de sa femme commencé par Martin Cloistre,

à Saint-Martin de Montmorency ; la chapelle Sainte-Barbe pour laquelle un

autre imagier Orléanais, Hubert ou Aubert Marchant, exécuta cinq images de

pierre, et la chapelle de Saint-Jacques, à la construction et à l'ornementation

de laquelle contribua François de Pontbriant. Deux actes notariés permettent

de faire l'attribution de ces chapelles à Jean Gobereau :

« Le 12 septembre lôiy, Jehan Gobereau, maçon, demorant à présent à « Cléry, confesse avoir eu ei reçeu de Messieurs de Cléry la somme de quinze « livres sur la sépulture du roi.

« Le 8 mai i5ig, Jehan Gobereau, maçon et tailleur de pierres, demorant « actuellement à Cléry, paye à un marchand du Nivernais l'achat de « ung cent « de pavés, d'une table d'autel, d'une pierre de six pieds de long en manière « de ma5'neau » (2).

Jean Gobereau était sans doute le fils d'un maître maçon de Blois ou d'Amboise, Baudouyn Gobereau, dont on voit figurer le nom dans le procèsverbal d'une séance du Bureau de la Ville de Paris relatif à la convocation d'un certain nombre de maîtres maçons parisiens et provinciaux mandés pour donner

(i) Mi'moires . . . ., p. 32.

{i) Jarry : Réunion des Socictis des Beaiix-Arls des dépar/emen/s, 1S88, p. 88-9S.

LES MAITRES D AMUOISE, BLOIS ET CHAMBORD

leur avis pour la reconstruction du pont Notre-Dame, en avril i5oo, à côté des noms de Martin Chambiges, Audry de Saint-Martin, Audry Petitbois, Estienne Viguier, Jacques de Versongne, Jullien Mesnart, Philippot de Fronsière, Laurent de Bucy, Gilles le Vacher, Jehan Wouarne, Pierre Borru, Jehan Le Prince, Poullet Machecrier, Jehan Bourgeois, Noël Pichet, Robert de la Brosse, Nicollas de Laval, Jehan Hernou, Jacques Courbet, Gillct Grain, Wallereau Hardy, Jehan de Félin et Jehan Turbillon (i).

Après la mort de son père, Denis Sourdeau lui succéda dans la charge de niaitre des œuvres du comté de Blois ; en i533, il donne, à ce titre, quittance de gages h François Viart, receveur du domaine de Blois.

Il y a présomption que ce maitrc maçon fut le maitre d'œuvre du château d'Herbault, situe à quatre lieues de Blois, proche de la forêt de Boulogne, que Nicolas de Foyal, seigneur d'Herbault, surintendant des travaux de Chambord de i52i à 1 526, fit construire. Cet édifice se faisait remarquer, au centre du corps de logis, par une tour à pans coupés renfermant l'escalier, semblable à celle du château de Blois, bâtie sous François P''.

Denis Sourdeau mourut le 15 mai i534. Il avait eu de sa femme, Alizon Bouchart, deux fils, Claude et François ; et deux filles : Perrine et Jacquette. Les garçons suivirent la carrière professionnelle de leur père, et firent, très probablement, leur apprentissage sous la direction de leurs oncles Jean Gobereau et Jacques Cocqueau,carils étaient encore en bas âge à la mort de Denis Sourdeau. Claude succéda, comme on l'a vu plus haut, à Jacques Cocqueau, dans la charge de maître des œuvres du comté de Blois, où il l'avait remplacé pendant plusieurs années, pour cause de maladies et infirmités. Il épousa, en 1670, Perronnelle de Biard, qui lui donna une seule fille, et mourut en 1584. François parvint également à une situation élevée : en i568, il était maître des ouvrages delà Ville de Blois. Il eut trois fils de son mariage avec Marie Beguineau.

On connaît, par des documents d'archives municipales et par des actes notariés, un autre maitre maçon, du même nom, André Sourdeau, qui semble avoir été allié à la famille du maître d'œuvre de Chambord (2), et exerça brillamment sa profession à Loches. De i535 à iSSc), André Sourdeau, qualifié « maître maçon conducteur de la besogne », travailla;! la construction de l'Hôtel de Ville de Loches, avec François Chevalier, comme collaborateur de Bernard Musnier, adjudicataire des travaux de cet édifice, dont Jehan Baudoin avait fait

Denis Sourdeau au château d'Herbault.

Mort

de Denis Sourdeau.

(i) liegislres des Délibéralions du Bureau de la Ville de Paris, t. I, p. 31.

(i) Jarry : Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, .mnce 1888, p. 97; .icle notarié ilans lequel on lit : « I.e second jour d'-tofit 151S, André Sourdeau, demorant îi Loches, confesse « avoir eu et reçeu de Jehan Goubereau, mavon et tailleur de pierre, demorant à présent à Cléry, la II somme de douze escus d'or souleil, laquellç somme ledit André Sordeau a promis bailler à Jacques « Sordeau, père de la femme dudit Gobereau, auquel J.acques Sordeau, dit Gobereau, les presta... »

les plans (i). Les registres de l'état civil de Loches, au xvi' siècle, contiennent la mention de plusieurs Sourdeau, dont quelques-uns étaient maçons-tailleurs de pierre.

L'œuvre II est très difficile de déterminer exactement la part qui revient à Jacques

clf Jacques Sourdeau Sourdeau dans les constructions de Chambord. Plusieurs exemples d'analogie à Chambord. .^j jj--- i-^ 1 1

au point de vue des dispositions architecturales et ornementales qui peuvent être

signalés entre Blois et Chambord permettent cependant de faire quelques suppositions. Les visa jour dans des tourelles extérieures à pans, exclusives à ces deux châteaux, sont très vraisemblablement du même maître maçon, qui ne saurait être que Jacques Sourdeau, et dont Denis Sourdeau respecta filialement la pensée artistique, quand il fut chargé delà «conduite des traits de maçonnerie». Avant l'année i536, où Pierre Nepveu apparaît, dans des documents officiels, comme « maistre de l'œuvre de maçonnerie du baptiment du chastel de « Chambort », il avait été exécuté des travaux importants, et des corps de bâtiments étaient terminés. Vers i534, des charpentes s'élevaient sous la conduite de Mangyn Bonneau , qualifié « maistre charpentier du bastiment de Chambord » (2). Jehan Caboche et François aux bœufs, « plombeurs », avaient reçu du roi la permission défaire mener et « conduire franchement etquittement, « tant par terre que par eaux, depuis la ville de Rouen jusques au port de « Saint-Dyé, sur la rivière de Loire, le nombre et quantité de cent milliers de « plomb, qu'il leur convient avoir pour faire la plomberie de l'édiffice du « chasteau de Chambort » (3). Ces corps de bâtiment n'étaient point le Donjon, puisque, selon Félibien, on ne commença la construction des « toyrs et pavillons carrés du Donjon » qu'à partir de l'année ibij. Par marché passé devant M" Landry, notaire royal à Tours, le 29 mars de cette année-i^, avec Philbert Babou de la Bourdaisière, au nom du roi, Antoine de Troyes entreprenait cette construction. Et, en i537, en i538, d'après les « roolles des acquits sur le trésorier de Tespargne », Raymond Forget payait quatre mille livres» sur ce qui luy « peult et pourra estre deu, à cause du marché par luy fait, pour le parfait « agreement des terrasses et autres édiffices de Chambort » (4).

Pierre Nepveu, dit Trinqueau.

Ses antécédents.

Qui était Pierre Nepveu, dit Trinqueau, le deuxième maître d'œuvre de Chambord dans l'ordre chronologique : D'où venait-il ? On le croit né à Amboise ; les Registres communaux de la Ville mentionnent de 14643 i55i, les noms de

(i) K(l. G.UTIER : Conslniclion de VHôiel de Ville de Loches. (Mémoires de la Société archéolo- {^ique de Touraine, t. XVII, p. 83-105.)

(ï) Comptes des bâlimenls du roi, t. 11, \>. 251. ^

(3) Ibidem, t. II, ]). 251.

(4) Ibidem, (. II, p. 237.

Antoine de Troyes semble avoir rempli auparavant, à Amboise, in charge de contrôleur des bâtiments, sous Louis XI et François I". Il donne une gratification aux (•omi)agnons menuisiers pour les faire avancer dans leurs travaux. (Archives municipales d'Amboisc.)

LES MAITRES ,D AMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD 249

très nombreux Trinqueau (i). Pierre Nepveu, croit-on, aurait été appelé à Amboise, lorsque Charles VIII fit commencer les travaux du château, vers i4qo (2). En i5o8, il travaillait, avec huit autres maçons, aux réparations du beffroi d'Amboise, sous les ordres du maître maçon Pierre Martin (3) ; il touche 2 sols et 6 deniers par jour. Quand Louise de Savoie, mère de François I", décida, vers i5io, de reconstruire le château de Romorantin, elle en demanda les plans à Pierre Nepveu et lui confia la direction des travaux. Le document suivant, daté du 27 septembre i5i2, en fait la preuve :

« A tous ceux que ces présentes lettres verront, Jehan Gallus, licencié ez « droit, châtelain de Romorantin, salut. Savoir faisons que aujourd'huy date de « ces présentes lettres, par devant nous et ez présences de Philippon Meignon « et Simon de Launay, notaires jurez du réel de la chastellenie dudit lieu de « Romorantin, par l'ordonnance et commandement de noble homme Nycollas « Foyal, escuier, seigneur de Herbault, conseiller et maistre d'hôtel de très « haulte et très puissante madame la comtesse d'Angoulesme, vicomtesse « d"Aulnay, dame de Romorantin et Millansay, ont esté convoquez et assemblez « maistres Pierre Nepveu, dit Trinqueau, demeurant à Amboyse, maistre « maçon, conditeuret entrepreneur de l'ouvraige et édiffice encommencé à faire « par madite dame au chasteau du dict Romorantin, et avecques luy Macé « Olivier, Loys Grasseville et Jehan Rousseau, aussi maistres maçons jurez « demeurans audit lieu de Romorantin pour veoir et visiter la protîondeur, « largeur et lieu pour asseoir les fondemens dudit édiffice et ouvraige encom- « mencé du cousté de la rivière de Sauldre ; tous les quelz après qu'ils ont bien « et deument faict la dite visitacion, ont dit et rapporté en leur loyautez et « consciences que la ditte assiette, à la profondeur qu'elle a de présent, ezt plus « bas que celle du chasteau ancien de ung pied et plus, et de largeur de sept « piedz sur gros gravier, bon et convenable, pour porter la pesanteur et haulteur « du dit édiffice selon le deviz qui leur a esté déclairé et monstre, et que pour « raison des dits fondemens, ainsi pris, que dit est, ne pourra venir en en suyvir « aucun inconvéniant ne dommage audit édiffice, ainsi qu'ils ont peu veoir et « congnoistre...

« Ce fut fait l'an de grâce mil cinq cens et douze, le ving septième de « septembre.

« P. Meignen, S. DE Launay. » (4)

(1) 1472 : Jehan Trinqueau, manouvrier; 1540 : baptême de Louis, fils de Louis Delabarre et de André Trinqueau, sa femme; 1543 : Jehan Trinqueau, ouvrier; 1596 ; Denis Trinqueau, maître charpentier ; 1603 : Jehan Trinqueau, marchand ; 1606 : Jehan Trinqueau, maître charpentier.

(2) L.-A. BossEBŒUK : Amboise, le château, la ville, et le canton, p. 543.

(3) G. Chkvalier : Inventaire des archives nationales d'Amboise, CC. 117.

(4) Archives nationales, R' 496, n' 2.

Le château de Romorantin, édifié dans les premières années du xvi' siècle, a été radicalement transformé aux xviii' et xix* siècles. Il ne reste des constructions primitives qu'une galerie et la tour, ayant conservé leur physionomie architecturale originelle.

Page 1