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Pierre Nepveu maître d 'œuvre
de Chambord, de 1524 à 1538.
Pierre Nepveu aurait été ensuite engagé au château d'Amboise pour succéder à Gatien Fordebraz dans la conduite des travaux que François I" y fit exécuter à partir de i5i6 (i).
Lorsque Jacques Sourdeau mourut, Nicolas de Foyal, qui avait remplacé François de Pontbriant comme surintendant des bâtiments de Chambord, en 1621, qui avait connu et apprécié à Romorantin Pierre Nepveu, maître d'œuvre et entrepreneur de ce château, le fit venir à Chambord pour prendre la direction des travaux.
De i524 jusqu'à i538, date de sa mort, Pierre Nepveu fut l'architecte en chef de la nouvelle résidence royale. Nous en avons la preuve dans plusieurs documents qui lui donnent des qualifications officielles répondant à ce titre moderne. Deux actes notariés, du i5 octobre i5o2, font mention d'acquisitions de pièces de terre aux P'ourchettes, près de Pacé, en Touraine, par « Pierre « Nepveu, dit Trinqueau, maistre maçon du roy nostre dict seigneur en son « bâtiment de Chambourg, absent et stipulant en la personne de honneste « personne Loys de la Barre, marchant, demourant audit Amboise, gendre du « dit Nepveu, à ce présent et stipulant pour le dit Nepveu et pour Peretie, « sa femme » (2). Les commissaires chargés par le ro! de la réformation du domaine d'Amboise constatent, le 12 décembre i536, que « honneste « homme maistre Pierre Nepveu, dit Trinqueau, maistre de l'œuvre de maçon- « nerie du baptiment du chastel de Chambort, tient et advoue tenir ou (au) fief, « terre et seigneurie de la baronnie d'Amboyse, une cave en roch, estant soulz « le chastel d'Amboyse, avec la place vague estant sur le devant d'icelle... « laquelle cave et placé ledit Nepveu dit tenir par tollérance et soubz le bon « plaisir du roy». Et, le 17 février iSSy, les mêmes commissaires enregistraient cette autre déclaration contenant la même qualification : « honorable homme « Pierre Nepveu, dit Trinqueau, maistre de l'œuvre de maçonnerie du « baptiment du chastel de Chambort, tient ou (au) fiet du «roy notre sire, à « cause de sa baronnie d'Amboyse, une pièce de terre estant à présent en friche, « contenant quatre arpents des appartenances du lieu et métairie de la « Rodière » (3).
En 1537, Pierre Nepveu était nommé « commis au contrerolle des édiffices de Chambord », en remplacement d'Antoine de Troyes, à la suite d'un incident dont on trouvera plus loin le récit. Un article des rôles des acquits sur le trésorier de l'espargne, en date du i3 avril i53<S, fait mention de cette qualification nouvelle :
(i) L.-A. BoSSEBŒUF : Ibidem, p. 543.
(2) J. RE Croy : Ibidem, appendices. Archives du comte Henri de liridieu, au château de la Vallière.
(3) Archives nationales, p. 3211, n" 258, et p. 3253, n° 1015. — G. Chevalier : Histoire de Clienonceaii, p. 147.
LES MAITRES D AMIiOISK; UI.OIS HT CIIAMUORt)
« A Raymond Forget... pour délivrer à l^icrrc Tricqueau, commys au « contrerolle des dits édiffices (de Cliambord), sur et en déduction de ce qu'il « luy pourra estrc deu de ses gaiges dudic estât III" 1. pour ce à prendre « comme dessus. . , » (i).
Vers ce temps, Pierre Nepveii fut, de la part du roi, gratifié d'une faveur spéciale sur la nature précise de laquelle les renseignements font défaut. La table de l'ancien mémorial de la Chambre des Comptes de Paris signale des « lettres d'affranchissement sa vie durant en faveur de Pierre Nepveu, dit « Trinqueau, travaillant au château de Chambord ».
Pierre Nepveu mourut le 26 août i538.
Quelle est la part de Pierre Nepveu dans le château de Chambord? Une fort importante, sans aucun doute, celle du Donjon et de l'enceinte, hormis leur couronnement, si pittoresque et si important, qui est l'œuvre d'un autre maître maçon. Pendant longtemps, par suite d'une certaine tradition, il fut même considéré comme maître maçon exclusif de l'ensemble des constructions. Félibien dit formellement que l'auteur de Chambord était de Blois. Dans son histoire de Blois, publiée en 1682, Dernier a écrit : « Quelques uns ont cru que « VignoUes donna le dessin de ce bastiment, à quoy il n'y a point du tout « d'apparence, mais il est assuré que celuy qui le donna et qui le conduisit « avoit une maison à Blois, qui subsiste encore à présent au quartier de la « Foullerie. Cet artiste blésois est Pierre Nepveu, qui, à la date de sa mort, « avait pu achever le gros œuvre du Donjon, puisque Charles Quint put être « reçu à Chambord vers la fin de décembre ibig. »
Mais le gros œuvre achevé, la fantaisie du roi avait fait apporter aux premiers plans une modification relativement importante, celle des pavillons des terrasses, que leur défaut d'harmonie avec le Donjon doit faire attribuer à un autre maître maçon, qui est, très certainement, Antoine deTroyes. Le principal historien de Chambord, L. de la Saussaye, a fait à ce propos ces réflexions judicieuses : « On dit à Chambord, et cela paraît assez vraisemblable, que les « ailes de la façade n'étaient d'abord que des terrases supportées par des galeries « sur lesquelles s'élèvent aujourd'hui les pavillons. Cette ancienne ordonnance « était préférable ; elle donnait plus de légèreté aux escaliers à jour, et devait, « en dégageant le donjon, le faire pyramider davantage; mais sous un climat « froid et humide pendant une partie de l'année il était raisonnable d'éviter ces « longues terrasses et de ne pas suivre en tous points la mode italienne (2). »
Il est vraisemblable que cette modification fut suggérée par Antoine de Troyes, et, qu'au refus de Pierre Nepveu d'altérer ainsi son œuvre originale, le
L'œuvre
de Pierre Nepveu
à Chambord.
Antoine de Troyes à Chambord.
(i) Comftes des bâtiments du roi, t. II, p. 247.
(2) M. DE LA Saussaye croyait encore à la légende de l'intervention de l'art italien à Chambord. Ignorait-il donc qu'à Fontainebleau il avait été construit des galeries pour relier divers corps de bitiments bien avant l'arrivée des * deviseuts' de plans t italiens dans cette résidence royale ?
dernier maître d 'œuvre de Chainbord
a contrcroUeur des bastimens » fut chargé de la direction et de l'entreprise des travaux, après s'être démis de sa charge, que Pierre Nepveu reçut en compensation. En iSSy et i538, Raymond Forget payait à Antoine de Troyes la somme de trois mille livres sur ce qu'il luy peult et pourra estre deu à cause du marché « par luy fait, de l'ordonnance du Roy, avec le sieur de la Bourdaizière, pour « le parfait agreement des terrasses et autres édiffices de Chambort, contenuz ou « (au) marché de ce fait, à prendre sur les deniers de l'Espargne, ordonnez (' estre distribuez à l'entour de la personne dudit seigneur ».
Jacques Coqueau Le dernier maitre d'œuvre de Chambord, chronologiquement, Jacques
Coqueau, était vraisemblement d'Amboise. De 1483 à i55i, ce nom de Coqueau apparaît fréquemment dans les Registres communaux (i). Ces registres signalent, en 1624, Jacques Coqueau comme ouvrier maçon travaillant à la réparation des ponts de la Loire, au salaire quotidien de 4 sols 2 deniers, sous la direction de Mery Berthereau, maître d'œuvre qui touchait 6 sols 8 deniers par Jour. Jacques Sourdeau donna sa fille en mariage à Jacques Coqueau, qu'il fit venir à Chambord lorsqu'il fut appelé à la conduite des premiers travaux du château. Dans un rôle de payement des ouvriers pour le mois de septembre 1527, on trouve le nom de Jacques Cocqueau en tête de la liste des premiers maçons recevant un salaire plus élevé que celui des autres ouvriers. Quand Pierre Nepveu mourut, ce maître maçon lui succéda dans la conduite des travaux de Chambord. Sa nomination est du 27 août i538; un fragment des Comptes du château pour 1340 lui donne la qualification de « maître maçon employé au faict et conduite de la maçonnerye des dits édiffices ».
Felibien écrit à son propos : « Jacques Coqueau qui estoit le maistre maçon estoit payé à raison de 27 sols, 6 deniers par jour; mais en i556, il estoit sur Testât à 400 livres à gages en qualité de maistre maçon du roy pour avoir la conduite, faire les desseins et les devis de la maçonnerie et de la charpenterie»(2). Il convient de faire remarquer que le salaire quotidien que recevait Jacques Coqueau est le même que celui de Pierre Nepveu.
Un marché fait, à la date du 9 mai 1044, par devant Thomas Arnoton « clerc notaire et tabellion juré et commis par justice des lieux et paroisses de Sainct Dyé, Muyde et Montlivau, du bailliage et Chastellenye de Bloys », par Anne Godoyn « veufve de feu maistre Jehan Breton, en son vivant seigneur de Villandry, conseiller du roy... et secrétaire de ses finances... (3), avec quatre
(i) G. Chevalier : Inventaire des archives communales d'Amboise : 14791 Mathelin Cocqueau, membre d'une confrérie de Saint-Nicolas-d'Amboise ; 1485, pierre fournie par Florentin Coqueau ; 1490, Pierre Coqueau, fils du précédent; 1500, Etienne Coquau aiguise les « pichons » du pont de la porte Galappe; 1505, Jehan Coqueau, clerc de la ville; 1506, Jehan Coqueau, notaire; 1518, Florentin Coqueau, manoeuvre; 1536, maître Philippe Coqueau, procureur de la ville, parrain au baptême d'un fils de Henjamin Gilles, maître maçon; 1539, Robert Coquau, marchand.
(2) FÉLIBIEN : Ibidem, p. 35.
'(3) Archives nationales. Cabinet des titres. Pièces originales, 504. Breton, 23. — André Salmon : Bibliothèque de l'école des Chartes, t. III, 4' série, 1856.
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à Chambord.
LES MAITRES d'aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD 233
maçons-tailleurs de pierre de Chambord, Mathurin Venuelle, Toussainctz Le Blan, Jehan Pezay, Jehan du Boys, René' PouUet, et Martin Le Heurteux, en présence de Jacques Cogneau (Coqueau) « maistre maçon diceulx bastimens et édifïices » de Chambord, fait connaître quelques-uns des travaux exécutés par le dernier maître d'œuvre du château (i).
Le plus important et le plus célèbre de ces travaux consiste dans la lanterne du Donjon. Ce marché spécifie ainsi la construction en question L'œuvre de Coqueau « servant à monter à la lanterne de la tour qui est au-dessus du comble dudict 0 logis : ladicte viz garnie de pieds d'estrailz, accouldouer, basses, chapiteaux, « arcs qui travent, frize et cornice, et au-dessus de la dicte cornice ung couron- « nement et une voulte de pierre, et au-dessus d'icelle voulte l'admortissement « fait à six Termes et au-dessus une grande fleur de lix (lys), ensemble garnie de « six petites fenêtres enrichies de mouUures comme accoudouer et frontispice ». Une modification fut apportée à ces plans et devis au moment de l'exécution : on supprima les Termes qui furent remplacés par des pilastres. Mais on les retrouve dans les lanternes des escaliers à jour d'angles, construites incontestablement à la même époque et par le même maître maçon, suivant un plan général d'ornementation originale, pittoresque et grandiose, que n'avait conçu ni Jacques Sourdeau, ni Pierre Nepveu.
Le même marché comprend la construction d'une grande cheminée et d'une lucarne ainsi dévisées : « assavoir une grande chemynée en la garderobbe du « corps de logis du dict seigneur, commençant depuys le bas au premier « carreau jusques à l'entablement où est le comble et conduyre le thuyau « d'icelle jusques à haulteur raisonnable, faire en icelluy thuyau des moulleures, « lozanges, arcs qui travent, frize et cornice, et au-dessus frontispice admortie « à grans fleurs de lis, salamandres et autres enrichissemens ; aussi seront tenuz « mètre en la dicte garderobbe trois plates-bandes et par le devant acouldouers « ainsi que la besongne le requerit. Ils seront tenuz faire une lucarne au- « dessus des croysées de la garde-robbe du dict seigneur, de la mesme façon et « enrichissement de la dicte chemynée ».
Comme toutes les cheminées et lucarnes, non seulement du Donjon, mais des autres corps de bâtiments et de tous les sommets des tours et des tourelles, sont uniformes, on peut supposer que la partie supérieure du château tout entière est l'œuvre de Jacques Coqueau. Et, ainsi s'explique le contraste si frappant qui existe entre cette partie, véritable forêt de campaniles, de cheminées, de lucarnes, de dômes, de tourelles dentelées, de cheminées, dessinés avec une fantaisie charmante, et imprévue, qui n'exclut pas l'harmonie ni l'unité, et le reste de l'édifice d'une relative sévérité dans sa grandeur imposante.
(i) Il est utile de faire remarquer qiie^ dans ce marché, le lexle fait trois fois mention expresse de Jacques Coqueau comme auteur des devis et plans de la construction en question, avec la qualification de ( maistre maçon ».
(il
Si le maître maçon de la Renaissance, personnifié ici, en Pierre Nepveu, a prouvé son puissant génie créateur, d'une habileté technique et d'une audace professionnelle prodigieuses, dans la construction du Donjon, du fameux escalier à jour, à deux rampes superposées se déroulant en hélice et passant alternativement l'une sur l'autre sans se réunir, et des quatre salles, de treize mètres de long sur neuf mètres soixante-quinze centimètres de large, « desquelles l'on va de l'une à l'autre en le circuissant », suivant l'expressive, quoique laconique, expression de J. Androuet du Cerceau ; le tailleur de pierre, exemplaire en Jacques Coqueau,a donné la mesure précise delà fécondité merveilleuse de son imagination, de la délicatesse de son goût impeccable, et de l'originalité de son tempérament primesautier, dans ces incomparables terrasses « qui ont esté « ainsi ordonnées pour garder les veués dudit Dongeon » (i). Là, aussi, le quatrième maître d'oeuvre de Chambord devait faire, comme Pierre Chambiges à Saint-Germain-en-Laye et à l'Hôtel de Ville de Paris, comme Gilles Le Breton à Fontainebleau, d'une difficulté technique, créée par le caprice perpétuel et inlassable de François 1"^ un moyen de donnera l'œuvre encore plus de beauté et plus de grandeur.
La construction de la chapelle terminée en i55o est due également, sans aucun doute, au même maître d'œuvre qui était encore en fonctions, à la date de i65i, bien qu'il ait été nommé, au moins dès novembre 1649, « contrôleur et maistre des ouvrages du comté de Blois ».
On possède de nombreux documents d'archives concernant Jacques Coqueau, dans l'exercice de ces deux fonctions. En i55i, le maître maçon de Chambord est en instance devant la Chambre des Comptes de Blois pour se faire délivrer « les débris des bâtiments du Roy, qui ont toujours appartenu « à ses prédécesseurs et que le daulphin a donné à Jean Roy, son valet de « garde robbe, ce qui serait à son dommage et préjudice (2) ». En i553, Jacques Coqueau étudie les travaux de réparations à exécuter au jeu de paume du château de Blois (3); en i554, il est délégué par la Chambre des Comptes de Blois pour « visiter et faire rapport sur les dégâts arrivés aux moulins du pont de Blois par les grandes inundacions d'eaux advenues ces jours passez » ; et, dans le même temps, il fait un rapport sur les réparations à exécuter aux ponts de Bracieux, les Montils, Saint-Lubin, etc., « qui sont tellement démoliz qu'il est difficile de passer dessus sans danger (4) »; en i555, il est occupé à des réparations aux moulins de la Chaussée-le-Comte, au château de Montfraut, et à la RougeroUe (5). En i556 et i5bj, on trouve Jacques Coqueau à
(i) J. Androuet du Cerceau : Les fltis excelUns baslimens de France, t. II, 1° 3.
(2) J. DR Croy : Ibidem, p. 92.
{;î) Archives nationales, P. 28S1, f 92.
(4) Archives nationales, P. 2881, f tiG.
(5) Archives nationales, P. 2881, f* 171.
LES MAITRES D AMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD
Clienonceau, où il a été appelé pour toiser l'ouvrage du pont du château que Diane de Poitiers fait construire, et pour en régler le prix; il }' est témoin au marché que Philibert de l'Orme passe avec Jacques Le Blanc, de Paris, et Claude Lenfant, de Blois, maîtres maçons, pour l'entreprise de la galerie sur le Cher (i). Le 20 août i556, il était procédé, en la Chambre des Comptes de Blois à une adjudication au rabais de la construction dans les jardins de Blois d'un logement de jardinier, sur le devis dressé par Jacques Coqueau.
Il semble qu'on puisse attribuer à Jacques Coqueau les plans du château de Villesavin, que fit construire, vers ibij, Jean Breton, le troisième surintendant des bâtiments de Chambord, sur la terre qui lui fut donnée, en Sologne, par François !"■ ; cette attribution est basée sur l'analogie d'ornementation qui se remarque entre les lucarnes de Villesavin et celles de Chambord.
Jacques Coqueau
au
château de Villesavin.
Mort
Jacques Coqueau vécut jusqu'à la fin de l'année 1569; mais depuis longtemps il était, pour cause de maladie et d'infirmités ^ suppléé dans sa charge de Jacques Coqueau de maître des œuvres du comté par son neveu Claude Sourdeau. Cette ^" '^ ''
suppléance était devenue si fréquente et si active que celui-ci était tenu pour le vrai contrôleur; le titre lui en est donné officiellement dans une lettre adressée, le 10 octobre i563, par Catherine de Médicis à la Chambre des Comptes de Blois.
Chambord a été conservé intégralement; il n'a point, comme Fontainebleau Chambord
et Saint-Germain-en-Laye, subi de transformations. Or, ni dans sa construction, œuvre exclusivement
ni dans son ornementation, ce château n'a quoi que ce soit d'italien. De la base ^'
/•A^.,^ ^.,, ,. , -T-» 1- essentiellement française,
au laite, il est essentiellement et exclusivement français. Par sa topographie, par
ses dispositions et ses aménagements, il continue les traditions de l'architecture
féodale. Il présente de neuf, avec plus d'ampleur, d'originalité et de fantaisie,
les modifications de décors apportées par l'esthétique nouvelle aux anciens
châteaux, tels que Chantilly, la Fère-en-Tardenois, le Lude, etc. Chambord a
la forme d'un grand carré long, de cent cinquante-six mètres sur cent dix-sept ;
les angles sont flanqués de quatre grosses tours, de di.x-neuf mètres et demi de
diamètre. Un second bâtiment, également de forme carrée, et flanqué aussi, aux
angles, de quatre grosses tours, comprenant quatre corps de logis, salles des
gardes colossales, est enclos dans cette enceinte, à physionomie de fortification
par ses douves profondes. Dans les anciennes descriptions, ce bâtiment porte
toujours la dénomination médiévale de Donjon, qui évoque immédiatement à
l'imagination le souvenir des forteresses types de l'ancienne France : le Louvre
de Charles V, Vincennes, Pierrefonds, Coucy, etc.
En tous temps, Chambord a excité l'admiration universelle. Rabelais, dans
son « Gargantua » l'a choisi comme un des trois types les plus caractéristiques
(1) G. CiiF.VALlEE : Lettres et devis de Philiierl de VOrme à Chenonceau,
CHAPITRn DIXIEME
et les plus superbes de l'architecture de la Renaissance française, qu'il met en parallèle avec son idéale abbaye de Thélème : « Le dict bastiment estoyt cent « fois plus magnifique que n'est Chantilly, Bonnivet ne Chambourg. » Brantôme écrivait : « Que doit-on dire de Chambourg, qui rend tout le monde en admiration « et ravissement quand on le voit! Que si les desseins eussent pu s'accomplir « d'accord, on le pourrait nommer parmi les miracles du monde. » Et un ambassadeur de la République de Venise mandait, en 1577, à Sa Seigneurie: (( J'ai vu dans ma vie plusieurs constructions magnifiques, jamais aucune plus « belle ni plus riche. L'intérieur du parc dans lequel le château est situé est « rempli de forêts, de lacs, de ruisseaux, de pâturages et de lieux de chasse, et (( au milieu s'élève ce bel édifice, avec ses créneaux dorés, ses ailes couvertes « de plomb, ses pavillons, ses terrasses et ses galeries, ainsi que nos poètes « romanciers décrivent le séjour de Morgane ou d'Alcine... Nous partîmes de « là émerveillés, ébahis, ou plutôt confondus (i). » J. Androuet du Cerceau résume ainsi son opinion technique et professionnelle : « Tout l'édifice est i( admirable et rend un regard merveilleusement superbe (2). »
Enfin, un géographe du xvii" siècle conte que, d'après une tradition encore vivace de son temps, Charles-Quint se trouvant à Chambord, au moment où il n'y avait encore que le Donjon de terminé, déclarait qu'il était « un abrégé de « ce que peut effectuer l'industrie humaine » (3).
(i) Relations des ambassadeurs vénitiens, dans la Collection des documcnls inédits sur l'Histoire de France, t. II, p. 300-302.
(2) J. Androuet du Ceeceau : Ibidem, t. I, f 3.
(3) D'AviTY : Descriftion générale de V Europe, 1660, t. II, p. 394.
MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX m IM
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