‹ La renaissance françaiseChapitre 41 sur 68 · PIERRE VALENCE · texte numérisé non relu

PIERRE VALENCE

A dynastie tourangelle des Françoys se rattache intimement à la famille du grand imagier de la Renaissance, Michel Colombe, de son temps « estimé le plus savant de son art qui fust en chréstienté » (i), et dont l'atelier de Tours, — d'où sont sortis tant de chefs-d'œuvre, où étudiaient et travaillaient, sous la direction paternelle du maître, à la fois des maçons, des sculpteurs, des ornemanistes, des peintres, et des enlumineurs, parents, alliés ou amis, — peut être comparé sans hésitation, pour son rayonnement d'influence artistique, aux plus fameux ateliers de Florence, de Milan, et de Rome, pendant l'Age d'or de l'Art italien.

Sous Louis XI, un Jacques ou Jacquet Françoys était « ymaigier du roy », et sculptait pour le château de Plessis-lès-Tours un groupe en bois représentant saint Martin.

(i) Thibault Le Pi.eicnevr ; Décoration du fays et duché de Touraiiie, 1541, rWJition en 1861 par le prince Galitzin.

Jacques Françoys.

Jehan Françoys.

Martin Françoys.

Jehan Françoys.

Le chœur

de Saint-Aspais,

à Melun.

Le cloître

de Saint-Sauveur,

à Melun.

Martin Françoys.

Parmi les maçons au service de la Ville d'Amboise, sous le règne de Charles VIII, on trouve, à la date de 1485, un Jehan Françoys, faisant poser, comme maître des œuvres de maçonnerie de la municipalité, au pignon de l'Hôtel de Ville, une statue de saint Michel, œuvre d'Antoine Briant (1).

En 1490,1a municipalité d'Amboise occupe ce Jehan Françoys à des travau.x de réparation des piliers du grand pont sur la Loire, et à la construction d'un pont sur l'Amasse, en même temps qu'un Martin Françoys, qui était son frère très vraisemblablement.

Les Comptes du château d'Amboise, pour l'année 1499, mentionnent le nom de Martin Françoys sur le rôle des vingt-deux maçons qui y sont employés; et, en i524, ce même nom figure sur un autre rôle avec la qualification : surveillant des travaux (2).

En la même année, Martin François ou Françoys est appelé, du château de la Brosse où il travaille avec Jean Eveillard.à Amboise, « exprès pour faire visitaçion de la voulte et pillier du pont auquel on a besongné cette présente année » (3). La municipalijé leur paye trente sols pour leurs frais de route.

Lesmarguilliersde l'église Saint-Aspais, à Melun, passent, le 4 octobre i5i 5, un marché avec un Jehan François ou Françoys, pour l'achèvement du chœur commencé neuf ans auparavant par Jehan de Félin, qui fut « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris ». On attribue à ce Jehan Françoys le cloître de Saint-Sauveur, situé au milieu de l'île Notre-Dame, dont la première pierre fut posée en 1 52 1 . « Cette élégante construction, d'un goût délicat, d'une origia nalité rare, où les motifs décoratifs classiques, l'acanthe, les volutes et la rose « corinthienne, au pistil en colimaçon, sont remplacées par des feuillages tirés « de la flore locale, est le triomphe complet de la Renaissance, indécise et timide « dans l'œuvre architecturale précédente. » (4)

Les « Comptes des bâtiments du roi » nous informent que Jehan Françoys, « demeurant à Melun », faisait, avec Charles Billard ou Baillard, « maistre maçon de Mgr le Connestablc (\nne de Montmorency) », Guillaume Chalon et Jean Chaponnet, « maistres maçons à Paris », partie de la commission chargée, en i55o, de « visiter et recevoir les ouvrages de maçonnerie et taille de Tédiffice fait de neuf à Fontainebleau, auquel il y a deux chapelles, l'une basse et l'autre haulte, et aussy le grand escallier fait de neuf au dit chasteau par maistre Gilles Le Breton, maistre des œuvres de maçonnerie du Roy». Le maître maçon de Melun ne serait-il point le neveu de Jehan Françoys d'Amboise ? Il y a toute vraisemblance à cette filiation, ainsi qu'à la même origine amboisienne.

On trouve un Martin Françoys, en 1490, au service du Chapitre de la cathé-

(i et 2) L.-A. BossEBŒUF : Amboise, le château, la ville et le canton, p. 300.

(3) Archives communales d'Amboise, CC 126.

(4) I.éon Palustre : La Renaissance en France, 4' livraison, p. J42, en noie.

MAITKES MAÇONS TOUKANGEAUX 2b(J

drale de Tours comme « maistrc des (tuvres de la maçonnerie de l'église », et qui remplit cette fonction pendant de nombreuses années. Et ce Martin F'rançoys semble être le chef de la branche tourangelle de la dynastie, qui comptera de nombreux membres dont la filiation directe est certaine.

Martin F'rançoys a un frère, du prénom de Bastienou Sébastien. Tous deux Bastien Françoys. sont à la fois des maçons-tailleurs de pierre, et des imagiers ou sculpteurs.

Martin Françoys et Bastien Françoys entreprennent, de i5o5-i5o7, la

construction du clocher de la tour nord de la cathédrale de Tours, comme en Le clocher de la tour nord

témoignent les inscriptions monogrammatiques M F et S F gravées sur la clef '^^ '*

,,,. ^ . , ^. ^ . , ju- cathédrale de Tours,

de voûte du dôme , qui font connaître en même temps le nom du chanome

Gilles David, trésorier de l'église, à la générosité de qui est due cette partie

originale de l'édifice. « Martin François, a écrit fort justement un historien d'art

« tourangeau, montra une grande hardiesse de conception en greffant sur une

« tour romane, décorée d'appliques gothiques, un type de clocher en forme de

« dôme écaillé et couronné d'une élégante lanterne à jour. Cette gracieuse

« fantaisie qu'on est étonné au premier abord de trouver là sans aucun lien

« avec le reste de l'édifice, forme un contraste frappant ; mais telle a été l'habi-

« leté du maître dans l'ornementation et les détails de son architecture, qu'il est

« parvenu, il faut bien le reconnaître, à fausser la date de cette tour, sans que

« l'harmonie de l'ensemble de l'édifice en ait trop souffert. Dans l'intérieur de

« ce clocher, un bel escalier à jour et en spirale composé de soixante-quinze

« marches en pierre dure, repose comme par enchantement sur un grand

« arceau de pierre encastré dans les murailles de la tour romane, de telle sorte

« qu'il semblé suspendu à la voûte du petit dôme. » (i)

Le clocher achevé, Martin Françoys entreprend seul la construction du Le cloître

cloître de la cathédrale, qui ne dura pas moins de dix-neuf ans. Le travail était , , , , ^

.... . j , . ■ , . , cathédrale de Tours,

important. Il ne s agissait rien moins que de batir et orner de sculptures des

galeries voûtées en pierre, divisées en vingt-six arcades plein cintre, se développant sur une longueur de 190 mètres, et entourant une superficie de terrain atteignant près de 10 ares ; de remanier toutes les ouvertures de la bibliothèque et de la grande salle du Chapitre, édifiées à la fin du xv" siècle, pour les mettre en harmonie de style avec les galeries, et les faire se communiquer au moyen d'une vis ou escalier monumental en spirale, qui passe encore aujourd'hui pour un chef-d'œuvre de coupe de pierre. La chapelle qui se trouve à l'intersection de la galerie du nord et de celle de l'est, que dans son testament, daté du 1 1 mai i533, le chanoine André d'Averton déclare avoir fait « réparer, décorer et orner comme elle est de présent » (2), est, sans doute, aussi l'œuvre du même maître maçon.

(i) E. GiRAUDET : les arlisles tourangeaux, p. XXXII.

(2) Bibliotlic'ciiie municipale de Tours : Re-cueil de chartes originales, n" iai'4.

La Fontaine de beaunu En ibio, les Registres des Comptes municipaux de la Ville de Tours (i)

à Tours. font mention de Martin Françoys occupé, avec son frère, aux travaux de la

Fontaine de Bcaune.

Mécontent de boire exclusivement de l'eau de la Loire, les habitants avaient réclamé de la municipalité et obtenu du roi l'établissement de fontaines publiques alimentées par des sources de Saint-Avertin. Une de ces fontaines fut placée, au carroi dit de Beaune, soit en face de l'hôtel que Jacques de Beaune venait de faire construire à l'angle de la Grande-Rue et de la rue Traversière. Pour reconnaître cette gracieuseté, le célèbre financier voulut participer aux frais d'installation de la fontaine, et lui donner un caractère monumental. Il fit venir de Gênes quatre blocs de marbre blanc, qui lui coûtèrent 65 livres, i sou, et 9 deniers. La municipalité se procura des pierres de Volvic en Auvergne, destinées à former le bassin. Le 3o avril et le 23 juin i5ii, le maire, et les commissaires pour la distribution des eaux de Saint-Avertin se réunissaient pour délibérer sur la « manière et faczon du tabernacle de marbre et autres « pierres grises, des croix et ymaiges et de l'assiette et ferrcure d'iceulx, et dorer « les dictes croix et ymaiges ». D'après les procès-verbaux, assistent aux se'ances : maistre Colombe, Pierre Valence, maistre fontainier, Ferry Hutel, « fondeur canonnier du roy nostre sire, Bastian et Martin les Françoys, « Guillaume Besnouart, maistres maczons ; Macé Salmon, maistre charpentier; « Jehan Guerin, maistre orfèvre ; Jehan Vatin, maistre serrurier ; Michel Pellu, « maistre doreur ». Les registres de Comptes, concernant l'érection de la fontaine, font ainsi mention de la collaboration de Bastien et Martin Françoys : « à Bastian et Martin les Françoys... audit quarroy de monseigneur le général <( de Beaune, tant le pillier que la saincture de la citerne par marché faict avec « eulx à la dicte somme. Et pour ce cy m'' xiJ''-

« Plus à Bastian Françoys la somme de dix livres tournoys à lui taxée et allouée », pour des travaux supplémentaires divers, nécessités par la pose de la fontaine.

En 1778, lors du percement de la rue Royale, la fontaine fut démolie et déposée à l'Hôtel du Gouvernement ; la municipalité, en 1820, la fit réédifier sur la place du Grand Marché.

La Fontaine de Beaune est un monument délicieux, qui fait grand honneur aux maîtres maçons et tailleurs de pierre tourangeaux par son élégance et son originalité. Elle se compose de cinq parties ou étages en retrait les uns des autres, formant pyramide de marbre blanc, au-dessus d'un bassin en pierre. Le plan dessine, pour le soubassement, à sa base, quatre segments de cercle, au dé et à la corniche, un quadrilatère à arêtes abattues et à côtes concaves ; pour la pyramide, tout d'abord quatre segments de cercle, puis un carré, et finalement un cercle parfait. Au premier étage, se voient quatre écussons aux

(2) Registres des Comptçs municipaux de Tours, t. LVII, f° 220.

Fontaine dk Beaune, a Tours Œuvre de Baslien et Martin Françoys

MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX

armes de Beaune-Semblançay ; ali deuxième, les armes de la Ville de Tours ; au troisième, les armes de France simple, et celles de France-Bretagne, et entre ces armes les chiffres L. A., ceux de Louis XII et Anne de Bretagne ; au quatrième, ces mêmes chilTres couronnes ; et au cinquième, les attributs de la Passion. Le conoïde est semé de fleurs de lis de France et d'hermines de Bretagne. La cordelière d'Anne de Bretagne figure souvent dans les moulures. La pyramide était autrefois terminée par une terrasse ornée de Heurs au naturel; au centre de la terrasse, se dressait une couronne émaillée, surmontée elle-même d'une figuration de ia scène du Crucifiement, avec la Vierge et Marie-Madeleine. Ferry Hutel avait fondu ce groupe, Jehan Guerin l'avait réparé au ciseau, Michel Pellu et Jehan Guerin l'avaient doré, et Jacques Lambert l'avait bruni. La peinture des armoiries était de Jehan L'EschalIier, dit le Miste, « painctre et victrier ».

Pendant cette môme année i5io, Martin et Bastien Françoys reçoivent du trésorier de la Ville de Tours la somme de sept cents livres tournois pour la reconstruction de deux piliers du grand pont sur la Loire. Martin figure encore dans les Registres des Comptes municipaux des années i5i4, i520, i52i et i523, comme ayant reçu diverses sommes pour des réparations ou reconstructions d'arches faites aux ponts sur le Cher et sur la Loire.

En i520, Martin et Bastien Françoys sont chargés d'une expertise sur une grande maison, ayant autrefois appartenu à maître Adam Fumée, sieur des Roches, située entre la Grande-Rue et l'église du couvent des Cordeliers. que ceux-ci veulent acheter pour l'agrandir (i).

L'année suivante, la Fabrique de la paroisse Saint-Vincent s'adresse à Martin Françoys pour la reconstruction de la façade septentrionale de l'église, et, le i5 juin, fait marché avec lui en l'étude de maître Etienne Viale, notaire à Tours (2).

Martin Françoys mourut entre les années 1024 et ibiô, dans sa maison de la rue de la Parcheminerie, paroisse Saint-Etienne^ à Tours ; un acte en date de Martin Françoys d'avril 1627 fait mention du nom de sa veuve, Marguerite de Forcellcs.

L'œuvre personnel de Bastien Françoys n'est pas moins important que celui de son frère.

L'historien d'Amboise, L.-A. Bossebœuf, a attribué la construction de la tour Hurtault du château à ce maître, dont le monogramme se trouverait dans une décoration de lettres découverte par lui à la partie supérieure de la tour au dehors ; il pense en outre, qu'il ne serait pas resté étranger, ainsi que Michel Colombe, aux plans de la chapelle Saint-Biaise (3).

(i) E. GiRAUDET : Les artislcs tourangeaux, p. 179-180.

(2) Celte église, aliénée en 1791, a été convertie en une maison partiruli^re ; on y voit encore des arceaux et quelques colonnes à chapiteaux.

(3) L.-A. BossKDŒUF : Ibidem, p. 293-299.

Le iKjrtail nord

de

l'église Saint-Vincent

à Tours.

Mort

26i CHAPITRE ONZIÈMF.

Les tonibeauj: de Brou, Dans l'histoire de Brou, Bastien Françoys tient une certaine place, comme

et Bastien Françoys. collaborateur de Michel Colombe pour l'exécution des modèles des tombeaux et de l'église sur les plans de Jehan Perréal.

Le 2 décembre i5ii, Jehan Le Maire de Belges, « l'indiciaire » de Marguerite d'Autriche, charge de la direction des travaux de l'église et du couvent, écrivait à la princesse qu'il y avait à Tours « le très bon ouvrier maistre (.< Michel Colombe et trois de ses nepveux... Deux nepveux, ajoutait-il, sont « ouvriers en perfection comme héritiers de leur oncle; l'un en taille d'ymai- « gerie, l'autre en architecture et massonnerie, et n'y a gens nulle part, que je « sache, qui mieulx réduisent une besogne en grand volume que eulx deux ». Le 3 du même mois, Michel Colombe signait un traité par lequel il reconnaissait, tant pour lui que pour Guillaume Regnault « tailleur d'ymaiges », pour Bastien Françoys « maistre maçon de l'église de Saint-Martin de Tours », et pour François Colombe « enlumineur », tous trois ses neveux, avoir reçu de Jehan Lemaire, « indiciaire et solliciteur des édifices » de Marguerite, duchesse de Bourgogne, la somme de 94 florins d'or pour faire en petit la sépulture de feu le duc Philibert de Savoie, selon le dessein de Jehan Perréal de Paris, peinctre et varlet de chambre ordinaire du roi.

Il convient, dans ce traité, que « le dict Bastien fera de pierre de taille toute la massonnerie servant à la dicte sépulture en petit volume par vrayz traictz et mesures... » ; et il ajoute : « d'aultre part, le dict Bastyen Françoys, gendre de « mon dict nepveu, s'affirme estre souffisant pour exploiter et dresser en grand « volume les patrons de la dicte sépulture; quant à l'art de maçonnerie et « architecture, lesquels patrons seront faictz en petit volume, de sa main « propre... Et quand les dicts Guillaume et Bastyen, mes nepveux, auront (( présenté la dicte sépulture en petit volume à ma dicte dame, et icelle dressée « en sa présence, et déclarés toutes les circonstances et dépendances d'icelle, s'il « plait à ma dame, j'entreprendroy volontiers la charge et marché d'icelle, faire « réduire en grand volume par le dict Guillaume, tailleur d'ymaiges, et Bastyem « masson. Lesquelz j'envoiroy sur le lieu du dict couvent lès Bourg en Bresse, « avec Jehan de Chartres, mon disciple et serviteur... »

La princesse avait manifesté le désir de confier à Michel Colombe la sculpture du portail de l'église. Le maître écrit à ce propos : « Et aussi le dict « Bastien Françoys portera la montée de l'élévation du portai et des arcz boutant « par dehors ; pour lesquelles choses estre faites par le dict Bastien Françoys « j'ai retenu le double et la platte forme de la dicte église. »

On sait que l'exécution définitive du tombeau de Philibert le Beau fut confiée, non aux neveux de Michel Colombe, mais à Conrad Meyt, d'après les maquettes du grand sculpteur tourangeau.

Michel Colombe qualifiait, en i5i i, Bastien Françoys « maistre masson de l'église Saint-Martin de Tours » ; or, le beau cloître de cette église fut construit

MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX

de i5o8 à i5ig. Cette qualification autorise l'attribution à ce maître de cet édifice original dont il ne reste plus que la galerie de l'est.

Le 19 avril i5i2, Bastien Françoys est désigné avec Macé Salmon, maître charpentier de la ville de Tours, et Robin Baron, menuisier, pour se rendre au Pont de Ruau, près de Montbazon, afin de visiter les ponts et décider s'ils doivent être réparés ou reconstruits.

Guillaume Besnouard, maître des oeuvres de maçonnerie de la Ville de Tours étant mort en i5i3, Bastien Françoys le remplace dans cette fonction, qu'il exerce jusqu'en avril i523, année où son nom disparait des Registres des Comptes municipaux. Deux années auparavant, sans doute pour raisons d'âge ou de mauvaise santé, il s'était déjà démis en faveur de son fils, du prénom de Gatien du titre et de la charge de « maistre des œuvres de maçonnerie, de charpenterie et de couverture pour le roi, en Touraine ».

Le nom de Gatien Françoys figure dans les Registres des Comptes muni- Gatien Françoys. cipaux de Tours, aux exercices 1524-1 538, comme chargé de visiter les ponts de Saint-Eloy, de Saint-Sauveur, le pont du Cher, le pont des Oyes, et le pont sur la Loire, à la suite de crues et inondations.

Au mois de juillet i53i, Mathieu Gautier, abbé de Marmoutier, traitait par devant notaire avec Gatien Françoys pour de nouvelles constructions à faire dans cette abbaye. Pour pouvoir se consacrer à ces travaux importants, le maître constituait devant le notaire royal de Tours, M° Viau, Pierre Poitevin son mandataire général et spécial, avec « plain pouvoir de exécuter son office « de maître des œuvres au ressort du siège royal de Chinon, seulement pour « faire ou faire faire toultes vues, visitacions des ouvrages, corriger, réparer et « amender par justice » ; et il donnait la même procuration à Loys Rouillé pour le bailliage de Touraine.

Les « Comptes des Bâtiments du roi », de ii3j à i56i, font de fréquentes Gatien Françovs mentions de Gatien (Gratian) Françoys, qui succéda à Pierre Gadyer, maître ^" château de Madrid, maçon tourangeau, dans la direction et l'entreprise des travaux du château de Madrid, que celui-ci, auteur des plans et devis, avait prise en association avec Girolamo délia Robbia. On a lu plus haut ce qui concerne cet artiste dans la construction de ce château.

Gatien Françoys eut, comme on sait, un fils du prénom de Jehan ; il sera dénommé Jehan II, pour le distinguer à la fois du maître de Melun et du maître d'Amboise.

Jehan II Françoys fut occupé, de i556 à i566, par Philibert de l'Orme Jolum II l''ran(;o\s. et Le Primatice, aux travaux qu'ils firent exécuter dans les dépendances du château de Saint-Germaîn-en-Laye ; il était associé avec deux autres maîtres maçons : Nicolas Piançon et Jean Chalumeau.

Le nom de Jehan II p-rançoys est cité une seule fois dans les Comptes

municipaux de la Ville de Tours pour i552; il fut appelé cette année-là, à donner son avis sur la construction d'un « bâtis (digue) dans la rivière de la « Loire, pour empêcher l'eau d'aller du cousté de Saint-Symphorien et la faire « venir de devers la ville (i) ». Dans un rapport de Visitation en date de rt82, Jehan II Françoys porte le titre de « architecte de Monseigneur le duc d'Anjou », en même temps que celui de « maistre des œuvres pour le roy et et la ville de Tours ». En i586, ce maître maçon faisait partie de la commission de Visitation des travaux de maçonnerie des parcs de Chisseau et de Civray, près de Chenonceau (2). On le trouve, en 1589, occupé avec son fils Ysaac et Baptiste Androuet du Cerceau, au mcsurage du circuit des faubourgs de la ville de Tours, en vue de la construction des nouveaux remparts. L'année suivante, ces mêmes maîtres ayant fait connaître au Corps de Ville le périmètre de ces remparts, ainsi que « les commoditez ou incommoditez que pourroient en « recevoir les habitants des faubourgs » présentèrent un rapport avec des conclusions « tendant à trois dessaings ». Ce fut le dessin fixant les limites des nouveaux remparts à l'extrémité des faubourgs qui obtint la préférence de la municipalité comme étant le plus utile à la population (3).

Jehan II Françoys habitait, avec sa femme, Marguerite Riviase, fille d'un maître horloger de Tours, la maison paternelle de la rue de la Parcheminerie, sur la paroisse Saint- Vincent, à Tours. Il mourut vers 161 o.

Isiiac Françoys. Son fils Ysaac Françoys, né en i566, est mentionné dans les Comptes

municipaux de la Ville de Tours, depuis l'année ibgi jusqu'en 1649, avec les qualifications de « maistre architecte et voyer » ou de « maistre des œuvres de maçonnerie, charpenterie et couverture au pays et duché de Touraine ». Ysaac prit une part très active et prépondérante aux travaux des nouvelles fortifications de la ville de Tours, fut employé à de nombreux travaux de construction et de réparation des édifices publics de Tours ou de la Touraine, dressa le premier une carte particulière de la province, gravée par Jehan Leclerc « maître tailleur d'histoires ». Comme son œuvre n'appartient plus à la période de la Renaissance, il n'est point opportun de l'énumérer en détail. Ysaac Françoys fut anobli au titre de sieur de la Girardie. Il mourut, dans la maison familiale de la rue de la Parcheminerie, à la fin de l'année 1649. ^' laissait un fils du prénom de Simon, né en i6o(), qui étudia la peinture dans l'atelier des Bobrun, fut ensuite élève du Guide,et s'acquit une certaine renommée. Avec Ysaac s'éteignit cette dynastie de maîtres maçons qui honora singulièrement Tours et la Touraine.

(i) Registres ries Comptes municipaux de la ville de Tours.

(2) Abbiî CHEVAI.TKR : Hislcire de Chenonceau.

(3) Registres des délibérations municipales de la ville de Tours, t. XXV.

Faç.u)e olkst de la cathédrale de Tours Tour nord-ouest, œuvre de Martin Krançoys

MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX

Pierre Valence personnifie dans l'architecture de la Renaissance française un type d'une rare originalité, pratiquant, à la fois, avec une habileté extraordinaire, les métiers divers de maçon-tailleur de pierre, charpentier, menuisier, céramiste, hydraulicien, et fontainier. Il rappelle ainsi, dans notre histoire, artistique, certaines personnalités de la Renaissance italienne célèbres par la multiplicité de leurs connaissances, aptitudes et fonctions.

La construction des fontaines et l'aménagement décoratif des parterres et des jardins paraissent avoir été, toutefois, sa spécialité professionnelle. On a vu, précédemment, qu'à la suite de l'évolution de l'esthétique des châteaux, à la Renaissance, les fontaines, les parterres et les jardins, garnis de galeries, de pavillons, de berceaux, de tonnelles, de volières, etc., y avaient pris une importance considérable comme éléments du décor et des perspectives pittoresques, qu'il s'en était créé un art particulier, auquel on a donné, plus tard, le nom, expressif et exact, d'architecture des jardins.

On a toutes raisons plausibles de supposer que Pierre Valence était d'origine tourangelle. Tours est la ville qu'il habita presque constamment, et il y est mort. La première mention de son nom dans un document historique se rapporte à Tours. D'après des Comptes de la cathédrale qui auraient été compulsés par par Tauteur d'une monographie de la Touraine (i), il exerçait, en i5oo, la fonction de maître maçon du Chapitre de Saint-Gatien. On trouve ensuite Pierre Valence à Rouen, en i5o3. Le cardinal Georges V d'Amboise l'occupe aux travaux du Palais archiépiscopal, qu'il fait agrandir et embellir. Dans un passage des Registres des Comptes de la construction de Gaillon, il est écrit :

« Du vni" jour de mars a esté payé à Pierre Vallence, par ordonnance du « monsieur de Saint-Ouen, sur et tant moins qu'il sera deu aud. Vallence à « cause du pavé esmaillé qu'il fait pour la gallerie du jardin de Rouen, « XXX livres. »

Le 24 décembre de la même année, il recevait i o livres, 4 sous et 21 deniers pour « un cerf avec les armes et ordre du roy », exécuté pour le même palais. Pierre Valence s'adonnait donc à la céramique pour bâtiment. A ce moment, Rouen était un centre important et renommé de cette industrie d'art, qu'allait illustrer, et rendre célèbre dans toute la France, et probablement même à l'étranger, l'atelier des Abaquesne, fournisseur des pavages, carrelages et panneaux décoratifs en faïence des châteaux d'Anet, d'Ecouen, de la Bastie, en Forez, de Polisy, en Champagne, de la chapelle d'Amoncourt à la cathédrale de Langres, etc.

On peut présumer que l'élégante fontaine de marbre, à trois vasques, avec figures (2), alimentée d'eau par le canal de dérivation de Carville construit aux

Pierre Valence.

Pierre Valence céramiste.

(i) La Touraine, édition Marne, p. 287.

[2) Le Livre des Fontaines de Jacques Le' I.ieur, public i Rouen, en 1525, contient une reproduction de cette fontaine.

2bCi

Pierre Valence maître maçon.

Pierre Valence décorateur de jardins.

frais du cardinal à l'usage des habitants de Rouen, qui ornait le jardin du palais, ainsi que les galeries de bois à corniches de marbre, en façon de promenoir, établies tout à son cntour, avaient été édifiées par Pierre Valence, ces travaux-là étant de sa spécialité.

Pendant son séjour à Rouen, en cette année i5o3, Pierre Valence fut appelé à faire partie de la conférence de maîtres maçons et de maîtres charpentiers réunie par le Chapitre de la cathédrale « pour savoir se (si) la tour neuve de ladite église (la tour de Beurre) serait admortie ou achevée a esguille ou à terrasse ». On a lu, plus haut, que, malgré l'avis des gens de métier qui « dirent tous ensemble qu'elle serait mieux à esguille », le Chapitre fit terminer par Rouland Le Roux la tour en terrasse et à couronne. Malgré ce dissentiment, les maîtres maçons et charpentiers reçurent des chanoines une gratification collective de trois pots de vin et un grand pain, 3 sous, 4 deniers, en sus d'une indemnité individuelle de 5 sous. La compétence de Pierre Valence en matière d'architecture est ainsi nettement prouvée. Pendant un long temps, on a même cru, par un texte d'archives mal interprété, que ce maître avait été sollicité par le Chapitre de la cathédrale de se charger de l'exécution du tombeau de Georges I" d'Amboise, ce qu'il refusa, et que, à son défaut, la commande en fut faite à Rouland Le Roux, qui se trouverait donc avoir été, à l'opinion des chanoines, d'une réputation inférieure à celle de Pierre Valence comme maître maçon. L'incident ne fut point tel qu'on l'a rapporté jusqu'ici. L'artiste tourangeau aurait été simplement consulté sur les plans et devis du maître maçon rouennais, et invité à prendre à l'entreprise les travaux de construction du monument funéraire.

Cette année i5o3, Georges P'' d'Amboise envoyait Pierre Valence à Gaillon, où les travaux de construction du nouveau chiiteau étaient en pleine activité. Un passage des Comptes de i5o3 mentionne ainsi ce voyage, sans en faire connaître le but : « Pour iiii jours de luy et ung cheval qu'il a esté à Gaillon, payé le xi" de janvier .m v" et m, xv sous. » Mais il est probable que ce voyage se rapporte aux besognes qui font l'objet d'autres articles des Comptes de celte même année : Le 25 février, pour « toiser la vigne là où monseigneur veult faire faire une allée et pavillons » ; le 29 avril, pour « veoir et visiter la place où mons'' fait faire la grande tonnelle » ; le 24 juin, « pour la despense de Vallence qui estoit venu pour visiter la tonne ». En août, septembre, octobre et novembre, ce sont de nouvelles visites réitérées pour « revisiter les édiffices de monseigneur, les volleries (volières) et le pavillon ».

A Gaillon, ces diverses constructions destinées à décorer le parterre et les jardins avaient pris une grande importance. Au centre du parterre faisant suite à la grande terrasse, vers le nord-ouest, divisé en « parquets » au nombre desquels étaient deux labyrinthes, s'élevait un pavillon de forme octogone, surmonté d'une calotte sphéroïdale, et flanqué, sur qLiatre de ses côtés,

MAITRES MAÇONS T0URANGEAU5J

d'élégantes volières où s'esbattaient des faisans, des paons, des perdrix, des outardes, des pigeons, des « poulies daindes », etc. Les tonnelles étaient trois longues allées couvertes, placées côte à côte, faites en charpente et en menuiserie, et couvertes de vignes et de plantes grimpantes (i). La galerie, en pierre et en bois, ne comprenait pas moins de cinq grandes arcades ou portes monumentales et de trente-six fenêtres, surmontées de lucarnes de pierre élégamment sculptées. L'intérieur était couvert de lambris de sculptures; et les murailles étaient peintes et dorées. Au Lydieu, il y aura un grand jardin avec plusieurs fontaines, « un « rocher d'hermitage assis au milieu d'une eaue..., pour auquel entrer il faut « passer une petite bascule..., estant la place de cet hermitage fort migiuirde et « Jolie, et autant plaisante qu'aultre qui se puisse trouver », à cause « des figures « entières de trois à quatre pieds de hault posées sur force piédestaux, et de « toutes sortes de devises » (2).

C'est là, déjà, le jardin dont, un demi-siècle plus tard, Bernard Palissy, en son « Dessein d'un jardin délectable », donnera l'esthétique : le goût de la nature vraie introduit dans l'œuvre artistique, et l'harmonie de cette œuvre avec le paysage environnant : des grottes rustiques, des fontaines, des bassins, des ruisseaux avec ponts, îles, rochers, etc.; le jardin à la Française que le malicieux potier mettra en antithèse humoristique avec le jardin à l'Italienne, importé par dom Pacello di Mercoliano, venu en France, sous Charles VIII, avec les « faiseurs de hardes, de journades, d'orgues, de sauteurs et eaues musquées », avec le « joillier et inventeur subtil à faire couver et naistre pouletz, etc., etc. ».

« N'as-tu point considéré, écrit-il, tant de beaux jardins qui sont en F'rance, « auxquels les jardiniers ont tondu les romarins, lizos et plusieurs autres « espèces d'herbes? Les unes auront la forme d'une grue, les autres la forme « d'un coq, les autres la forme d'une oye et conséquemment de plusieurs autres « espèces d'animaux ; et mesme j'ai vu, en certains jardins, qu'on a fait certaines « gens d'armes à cheval et à pied, et un grand nombre de diverses armoiries, « lettres et devises ; mais toutes ces choses sont de peu de durée, et les faut « refaçonner souvent. »

Au commencement de l'année i5oo, Pierre Valence entreprenait la conduite des eaux du parc dans le château, travail considérable qui dura près d'un an, et pour lequel il reçut i.25o livres. Ces eaux étaient destinées à alimenter la fontaine de marbre offerte par la République de Gênes au cardinal d'Amboise, et qui allait orner bientôt la cour d'honneur du château. L'érection de cette fontaine lui fut confiée. Dans les Comptes du château de Gaillon, pour l'exercice i5o8, on trouve la mention suivante : « A Pierre Valence, fontainier, « la somme de vingt six solz six deniers tournois pour 1 1 1 jours dud. Valence,

Jardin à la française.

Pierre ValeiKe fontainier.

(i) Devili.k : Comptes des défenses de la construction du château de Gaillon, p. LX.xxv, vi et vu. (2) J. AXDROIKT uu Ckrceau : Les flus excellens bastimens de France, notice sur le chûteau de

Gaillon.

CHAPITKE ONZIEME

« qu'il vint pour visiter la fontaine, et à rYtalicn pour sa despense, par quictance « du vin" avril. » L'Italien en question est Bertrand de Meynal chargé d'amener de Gènes à Gaillon le présent de la République de Gênes, et d'assurer le montage de cette œuvre d'art de grand prix. Dès que toutes les pièces en sont arrivées, Pierre ^'alence reçoit un salaire fixe de 20 livres par mois, qu'il touche en avril et en mai. Au mois d'octobre, les Comptes le signalent de retour à Gaillon venant de Tours « pour visiter la fontaine »•, et, au mois de février iSog, il fait le même voyage. L'érection de la belle fontaine du jardin fut, sans doute aucun, l'œuvre du célèbre fontainier.

Pierre Valence Au cours des années i5o6 et iboy, Pierre Valence exécutera les lambris de

" meniiysier ». ^^ Grande galerie, de la chapelle et de la chambre du Lydieu, et sera qualifié,

dans les Comptes, à ce propos, « menuysier ». Les Uimbris de la Grande galerie

lui furent payés 196 livres. Pour les autres, il avait traité au prix fait de

35 sous la toise.

L'artiste n'en faisait pas moins et régulièrement de fréquents voyages à Amboise, Blois et Tours. Des travaux importants l'appelaient dans cette dernière ville; et pour les autres, résidences royales, le cardinal y mandait l'artiste pour être renseigné périodiquement, par lui, avec précision, sur l'état d'avancement des bâtiments et des jardins de son cher Gaillon. Peut être aussi, vint-il h Blois, tout au moins une fois, pour y besogner de son métier de « menuysier ». Pierre Valence -^^ mois d'avril i5o6, Pierre Valence, sur l'ordre du cardinal, partait pour

à niois. Blois, en compagnie de monsieur de Saulveterre, chancelier et chanoine de

Rouen, et recevait pour ce voyage 3o sous. A cette date, il était fait au château de Blois des travaux considérables pour l'ornementation des Jardins bas. On y avait érigé une fontaine de marbre blanc à deux vasques superposées. Pour fournir de l'eau à cette fontaine, après avoir creusé dans le jardin un puits inutile, on avait entrepris de faire une brèche dans la chaussée de l'étang de Pigelée, situé à environ trois kilomètres de Blois, et de conduire l'eau jusqu'aux jardins, au moyen de tuyaux souterrains. Il est à supposer que Pierre Valence et le chanoine de Rouen, préposé au contrôle financier des travaux de Gaillon, avaient été envoyés à Blois par le cardinal afin que ces personnes de confiance lui fissent connaître les résultats de cette entreprise, en vue de ce qu'il projetait de faire pour les jardins et les fontaines de son château. Pacello de Mercoliano, le jardinier italien de LouisXII, échoua complètement. En i5o5, la Cour des Comptes de Blois consentait une indemnité de 4b livres aux fermiers des étangs de Saint-Bohaire et de Pigelée, qui n'avaient pu jouir de ce dernier à cause des travaux; et, en iboj, en renouvelant le bail, la Chambre imposait au nouveau fermier la charge de « reffaire la chaussée dudit estang, qui a esté a rompue, et combler entièrement ce qui a esté démoly et gasté en icelluy « estang, au moyen de la dite fontaine » (i). La fontaine .en question était

(ij Archives nationales : K. K. 902, f"' 47, V et 51;. De Croy ; Nouveaux documents four l'hisloire de la création des résidences royales des bords de la Loire, p. 120.

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insérée dans « un édifice de figure octogone, de plus de sept thoises de diamètre « et de plus de neuf thoises de hault. . . qui faisoit comme un grand salon, estoit « de charpente, mais d'un bois extraordinairement bien travaillé. . .,n'étoit clos « que par des treillis de bois.. . » et dont les deux dômes « estoient lambrissez « d'une menuiserie très délicate... » (i). Ne peut-on faire l'hypothèse vraisemblable, d'une intervention effective de Pierre Valence dans l'exécution, sinon dans la conception, de cet édicule ? Vers le même temps, une construction semblable, on vient de le voir, était édifie'c à Gaillon.

En i5i I, la municipalité de Blois confiait à Pierre Valence l'installation de plusieurs fontaines publiques. Les Comptes de la Ville font, de cette année-là à i522, mention de travaux exécutés, dans ce but, parle maître, aidé par deux collègues tourangeaux, Bertrand Collas et Jehan Ferrant. Il est question notamment d'une visite et de réparations « à l'aqueduc taillé dans le roc et attribué aux Romains », ainsi que de la pose de tuyaux neufs en terre cuite, fabriqués à Vançay (2).

Au mois de novembre i5o6, la municipalité de Tours s'étant décidée, Pierre Valence

après en avoir reçu l'autorisation du roi, à faire venir des « eaux vives » dans ^ Tours,

la ville, « s'adressa à Pierre Vallence, ouvrier estant en court, pour savoir de luy « ce qu'il pourroit couster à chercher fontaines, que on puisse faire venir »(3). Arrivé à la fin de décembre, le maître commença ses recherches dès le 4 janvier lôoy. Il fit suivre par ses ouvriers le cours de la fontaine de Limançon à Vançay-Saint-Avertin, au-dessus de la source visible, et ordonna sur ce point la construction d'un premier bassin, qui était achevé en octobre ; et, après avoir poussé les tranchées jusqu'à 140 toises au-dessus de ce premier bassin, il en faisait construire un second de 8 toises de long sur 4 de large. L'année suivante, à l'aide de bâtardeaux, les tuyaux d'amenée d'eau étaient placés dans le lit du Cher ; et, en 1509, les eaux arrivaient à Tours, où elles étaient reçues dans trois réservoirs établis successivement sur trois points de la ville.

Vers ce temps, en i5o8, Pierre Valence était appelé à Rouen par Antoine Retour de Pierre Valence Bohier, abbé deSaint-Ouen, pour organiser la conduite des eaux d'une fontaine ^ °"^"'

en marbre qu'il voulait faire placer dans le jardin de l'hôtel abbatial. Là aussi, comme dans le Palais archiépiscopal, se montre le céramiste. Il exécuta « deux armories de carreaulx esmaillés où sont les escuchons et armories de Mons% assis au devant du corps de la maison sur la court » ; elles lui furent payées 3 livres 10 sous (4).

(i) FÉ1.IBIEN : Ibidem, p. 21.

(i) D' GiRAUDET : Les arlistes tourangeaux, p. 381.

(3) Deville : Ibidem, p. CXIII, en note.

(4) L.-A. nossEnœiT: Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 33' session 1909, P- 47-7S-

Pierre Valence

« maistre fontainier

du roi et de la Ville

de Tours ».

Mort de Pierre Valence.

Germain Valence.

Pierre Valence, dans les dernières années de sa vie, s'était établi définitivement à Tours. Il avait la charge et le titre de « maistre fontainier du roi et de la Ville », aux appointements de 90 livres par an.

Le 8 juillet i5i6, il lui est délivré un mandat de payement de i5 livres, ordonné le 26 novembre de l'année précédente, « pour rémunération et payement de plusieurs journées et vaccacions par luy faictes aux Mystères et feintes », commandés par la Ville à l'occasion de l'entrée solennelle de François I" (i).

Pierre Valence mourut en avril ou mai i5i8. Il laissait trois fils, aux prénoms de Germain, Michel, et Claude.

Germain Valence travailla avec son père à Rouen et au château de Gaillon. Les Comptes de i5o8 et ibog font mention de son nom, à la première date, 19 février i5o8 « pour ung voyage de Rouen à Gaillon pour le pavé de la cour, et pour ung voyage par son père estre venu visiter la fontaine, 40 sous » ; et aux dates du 22 juillet et 2 septembre 1609, « pour les causes contenues en une inventaire cy rendue », 17 livres, 10 sous, et 6 deniers, d'une part, et i3 livres, 10 sous, et 9 deniers de l'autre. A la mort de Pierre Valence, il lui succéda dans sa charge. Germain Valence mourut au commencement de l'année i525. Sonfrère Michel exerça aussi le métier de fontainier; son nom figure dans les « Comptes des Bâtiments du roi » pour travaux exécutés au palais de Fontainebleau. Claude avait embrassé la même profession.

(i) Archives municipales, pièces justificatives des comptes, 1516. Dr Giraudet : Ibidem, p. 382.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

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