‹ La renaissance françaiseChapitre 42 sur 68 · NICOLAS BACHELIER — LES PICARD— CAYLA LOUIS PRIVAT — MICHEL COLIN · texte numérisé non relu

NICOLAS BACHELIER — LES PICARD— CAYLA LOUIS PRIVAT — MICHEL COLIN

A renommée de Nicolas Bachelier, qui fut grande à l'époque où il vivait, avait non seulement subi sans atteintes l'épreuve de près de quatre siècles, mais elle s'était transformée en une sorte de légende d'un génie d'une fécondité prodigieuse, auquel furent attribuées toutes les belles œuvres d'architecture et de sculpture de la région. Cette légende en avait même fait un Italien d'origine et un élève de Michel-Ange. Un historien toulousain du xvu" siècle, Noguier, lui consacrait cet éloge :

« Nicolas Bachelier, souverain architecte, homme de grand engin et « littérature en ce bel art d'architecture : duquel endroit il a ennoblit l'âge de « nos neveux, laissant les mémoires de ses excellents ouvrages et édiffices « magnifiques et somptuosités d'admirable industrie et proportion par tout notre « Occident. C'est lui dont la renommée ne seconde nullement à aucun des trois « Vitruves et dont la renommée se va débordant par le monde. »

Les origines familiales de Nicolas Bachelier ne sont point connues ; l'on ignore encore la date et le lieu de sa naissance.

Nicolas Bachelier.

L'Hôtel

(le pierre primitif

œuvre de Bachelier.

La première œuvre importante et authentique de Bachelier à Toulouse, sur laquelle onpossède aujourd'hui des documents d'archives, est l'Hôtel de pierre primitif. Le 5 mars i538, Jean de Bagis u docteur es droitz », conseiller ordinaire du roi en son grand conseil (i), et Nicolas Bachelier, et Antoine de Lescale, « maistres maçonniers de la cité de Tholoze », passaient un « bail à besogne » pour la « construction et édiffication d'une mayson... suivant le plan « et pourtraict qui par eulx, ensemble mon" le prieur de la Réole, a esté faict, qui « est signé de la main des dit maistres maçons » (2). Dans le bail il est spécifié que :

« Les d. maistres maçons seront tenuz fère et construire tant les arvoltz « (voûtes) que murailles nécessaires pour le prix de six cannes pour deux escuz « petits comprins tant plain que vuyde en la forme que s'ensuit, assavoir est « de deux tuiles et demye les fondemens jusques à fleur de terre et de fleur de (.( terre jusques à la première estaige de deuxtuyles de poincte, et de la seconde « estaige de tuyles et demye la tierce estaige de deux demys tuyles, et le tout « suyvant le d. plant.

« Les d. maistres feront les cheminées nécessaires en la d. mayson selon la qualité du d. plant et édiffice à dix escuz petits chascune pièce.

« Seront tenuz de faire les autres cheminées des chambres et arrière cham- « bres à arc de moulure au pris de six escuz petitz chascune, excepté que si les « cheminées, tuyles et moulins qui sont à présent en la d. place seront employées « par les d. maçons à l'usaige et service d'icelle mayson, leur sera satisfaict de « leur travail et peine à l'arbitre de deux maistres, ou bien desduict, au « prouffict du d. de Bagis, du d. pris que dessus de la tailleur qui sera employée « ainsi que de rayson.

« Les d. maistres seront tenuz faire les fenestres et crozées à l'antique, « piliers carrez ou deux demy colonnes rondes, pour le pris de quinze escuz « petits chascune.

« Et les deux demy fenestres qui seront faictes à la d. façon au pris de « huict escuz petits chascune.

« Les d. maistres seront tenuz fère la viz à repoz suyvant le d. plant, en (( poyant par le d. de Bagis au d. pris de six cannes pour deux escuz, poyant « pour palm. de pierre des d. marches au d. pris de troys soulz pour palm.

« Le d. de Bagis sera tenu payer aus d. maistres cinq escuz petitz pour « chascune fenestre carrée qui sera en la d. viz, ou bien si est fenestre entière et de la façon susdite là où sera besoing, au d. prisde fenestre entière. »

(i) Jean de Bagis étail un personnage jouissant d'une grande considération et d'une autorité particulière en matière administrative et financière. Par lettres patentes royales, en date du 25 avril 1552, il recevait commission de Henri II, avec Pierre et Michel du Faur, et François Bertrand, pour la vente de 120.000 livres du Domaine du roi. (Archives de la Ville de Toulouse, A. A. 20. Document cité par C. Douais : Ibidem, p. 128.)

(2) C. Douais : IJ' Art à Toulouse, matériaux four servir à son histoire, du xv' au xviu* siècle, 1904, tnS", p. 128,

HOTEL U'ASSÉZAT, A TOlLOlSt Œuvre de Nicolas Bachelier

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

Le 21 juin ib39, quittance était donnée à M" Jean de Bagis, par devant maistre Hugues Carrerii, notaire à Toulouse, pour l'achat de 40.000 briques pleines du prix fait le 10 mars par « maistre Guillaume Arnauld de Bagis, son « frère, curé de la cure de Malbec, de Pierre Serres et Pierre Castain du Port « Garauld et faulxbors Sainct Michel de Tholoze ... de la somme de cent escuz <« d'or soleil chacun de la valeur de quarante cinq solz tourn. .. , en présence de « Nicolas Bachelier, maistre masson, maistre Pierre Bama, banquier, de Bernard « Gaiy, prebtre, habitants de Tholoze. . . » (i)

La construction était achevée en ib'ig. Le 17 mai, les deux maîtres maçons donnent quittance de ce qui leur était encore dû à cette date (2).

La façade de l'hôtel bâti pour Jean de Bagis est disparue; François de Clary, premier président du Parlement de Toulouse, qui en devenait propriétaire, en 1611, par son mariage avec Gabrielle de Guerrier, la remplaça par la façade à l'ornementation exhubérante, qu'on voit aujourd'hui. Les façades de la cour furent, également, en ce temps-là, transformées pardes surcharges de décor, qui leur ont fait perdre leur caractère originel. Maison peut en imagination restituer l'œuvre de Nicolas Bachelier, dans les corps de bâtiment de la cour (3).

L'hôtel comprend un corps de logis sur la rue, un deuxième entre cour et jardin, avec deux ailes en retour sur la cour, en murs de briques et ornementation de pierre, le tout à un rez-de-chaussée et deux étages. Les façades sur la cour présentent une ordonnance architecturale uniforme, sauf au rez-de-chaussée, où, dans l'aile méridionale et aux deux côtés du corps de logis sur la rue, est établie une large galerie à arcades cintrées, divisées en cinq travées. Cette galerie semblable à celle de l'Hôtel de Pins et de l'Hôtel d'Assezat servait de promenoir intérieur. Dans les autres parties, le rez-de-chaussée offre un rang de croisées. Aux deux étages, les façades sont ajourées par des fenêtres « à l'antique », h double étage de colonnettes et pilastres, et dont les chambranles portent sur des consoles en pierre à ornement feuillage. Au-dessus, se développe un attique formé par des extrémités de fûts de pilastre avec une feuille épanouie recouvrant la moulure ronde de la corniche en guise de chapiteau. Au milieu de la façade du corps de logis, entre cour et jardin, s'ouvre une porte monumentale ornée de deux figures d'hommes engainées, supportant une corniche que surmonte un fronton carréj et aux angles de laquelle sont placés deux génies qui soutiennent

Description

de l'Hôtel de pierre

primitif.

(i) Archives des notaires, Hugues Carrerii, not. loy. Registres années 1538-1541, i' IIIj , V*. Document publié par C. Douais, Ibidem, p. 131.

(2) Archives des notaires à Toulouse, Hugues Carrerii, not. ; Registres de 1538 à 1541, f ' LXXVj, V. Pièce publiée par C. Douais : Ibidem, p. 131.

(3) L'Hôtel de Buisson, seigneur de Mirabel, que le conseiller De Cheverry achetait, en 1535, et faisait agrandir de deux corps de bâtiment, a, dans la cour, des fenêtres qui ressemblent fort à celles de la cour de l'Hôtel de pierre.

Cette même cour fut imitée, deux ans après sa construction, au château de Pibrac, bâti pour un membre de la célèbre famille toulousaine : Les Du Faur.

L'Hôtel d'Assezat.

Pierre d'Assezat.

Légende du Primatice

architecte de l'Hôtel d'Assezat.

Bail à besogne

pour la construction

de l'hôtel.

des ccussons. Cette porte conduit à rcscalicr de l'hôtel, à rampes droites sépare'es par deux murs, ce qui était une innovation à Toulouse, en ce temps-là.

Le fameux Hôtel d'Assezat (i) est également une création de Nicolas Bachelier.

Pierre d'Assezat était un de ces négociants, expérimentés et hardis, qui concentraient habilement dans leurs mains tous les commerces importants et rémunérateurs: blés, étoffes, pastels, et, très vraisemblablement, faisaient aussi la banque, arrivant par là rapidement à des fortunes énormes. Il appartenait, troisième enfant sur sept, dont trois filles, à une famille originaire d'Espalion et de Saint-Geniez-d'Olt, dans le Rouergue. Venu à Toulouse vers i539, associé tout d'abord avec ses deux autres frères, aux prénoms de Noël et de Bernard, qui moururent vers 1 545- 1546, il continua seul les affaires avec ses capitaux personnels augmentés de ceux de ses deux neveux, fils de Noël, et les étendit d'une façon extraordinaire. Il commerçait non seulement avec toutes les grandes villes de France, mais avec l'Angleterre et les Flandres. Son mariage avec la fille d'un autre grand commerçant de Toulouse, Peyronne de Cheverry, accrut encore sa fortune par l'apport d'une dot considérable. Ses concitoyens l'élisaient capitoul en i55o, puis en i56i. Il embrassa la religion protestante; et, pour ce fait, il fut poursuivi et condamné par un arrêt du Parlement de Toulouse en date du 2 mars 1669; mais, le 27 juillet, Charles IX le graciait et ordonna de surseoir à la saisie de ses biens. Pierre d'Assezat mourut le 20 août i58i. En 1 553, le riche négociant toulousain avait décidé de se faire construire un hôtel, très probablement en vue de son prochain mariage avec Peyronne de Cheverry.

Une légende a fait pendant longtemps attribuer l'Hôtel d'Assezat au Primatice, qui l'avait élevé, sur l'ordre et aux frais de François 1°'', pour sa sœur Marguerite d'Angoulême. Cette légende, comme toutes celles du même genre, était fausse de tous points. Deux documents authentiques permettent de restituer à Nicolas Bachelier, sans contestation possible, cette superbe construction, l'une des plus belles œuvres de l'Architecture toulousaine. C'est d'abord le « bail à besogne » passé le 26 mars i555, devant M" Bolaroti par le riche marchand avec Jehan Castanié, dit Nicot « maçon de Tholoze » oiî il est convenu que celui-ci, « a prins à fère demollir et bastir à noble Pierre Assezat, « bourgeois de Tholoze... soubz les dictz articles qu'il a dict avoir été faictz « escripre et ordonne à M'Nycolas Bachelier )) (2). Et ensuite c'est une quittance donnée, le 4 août i557, par la veuve de Castanié d'une somme de i.Syg livres 10 sous, après réception des travaux par Dominique Bachelier, fils de Nicolas,

(i) Actuellement l'Hôtel des Socicti?s savantes, donné à ces sociétés par son dernier propriétaire, M. Ozenne.

(2) C. Douais : Ibidem, p. 167,

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

assiste de Guillaume Blanc, Antoine Vault et Raimond Sudre « massons de « Tholoze, qui ont visité et estimé la dicte bcsoignc estre ce que le dict Castagnié M avoir faict en la dicte raison du prix convenu et jusques au jour de son trépas » (1). L'extérieur de l'Hôtel d'Assezat, qui ne se fait remarquer que par une porte à bossages, n'a rien qui fasse prévoir la beauté architecturale des corps de bâtiment sur la cour. Ces corps de bâtiment, formant deux ailes en équerre, présentent une riche et majestueuse ordonnance de trois ordres superposés. Entre les colonnes accouplées de ces ordres s'ouvrent les fenêtres plein cintre à l'étage supérieur, rectangulaires et couronnées d'arcades aux étage inférieurs. A la jonction des deux ailes, s'élève une cage d'escalier carrée, à moitié en hors d'oeuvre ; cette cage sert de base à une tourelle, couverte par une plateforme à balustrade, surmontée d'une lanterne de forme octogonale. Le troisième côté de la cour est le revers du corps de bâtiment sur la rue; il a un portique dorique qui supporte un attique à pilastres, avec fenêtre géminée, couvert de fines arabesques, et une galerie en encorbellement. Sur le quatrième côté, de puissantes consoles soutiennent une autre galerie en encorbellement.

Nicolas Bachelier fut-il lemaître maçon deJean de Pins,évêque de Rieux.qui, après avoir hérité de l'hôtel de famille situé rue des Vieilles-Hunyères (2), vers i53o, y fit apporter des modifications considérables dans l'architecture et dans l'ornementation, afin de le mettre à la mode ? On peut le penser, parla comparaison des parties tranformées, dont l'ordonnance, large et sobre, a toujours été remarquée, avec les parties primitives de l'Hôtel de Bagis ou de pierre. L'Hôtel de Pins présente notamment la particularité d'une galerie sur les deux côtés de la cour qui ne se retrouve qu'aux Hôtels de pierre et d'Assezat, Lorsque Jean de Pins mourut, le i5 novembre \53-j, Jean Nolet, riche bourgeois de Toulouse, acheta son hôtel ; après l'avoir habité un assez long temps, il le fit remanier de nouveau par Nicolas Bachelier. Le 22 mars i545, par acte passé devant le notaire Labeyrie, Jean Nolet commandait à Nicolas Bachelier, maître maçon, « six croisées en pierre rousse à la moderne, en la forme et manière des autres « croisées de la même maison, au prix de vingt livres chacune; puis quatre « fenêtres bâtardes à deux croisées, au prix de douze livres, et six gargouilles « pareilles à celles de la maison du Juge mage, au prix de cinq livres « chacune « (3). Il est peu probable que Nicolas Bachelier aurait accepté de

L'Hôtel de Pins

œuvre présumée

de Bachelier.

(i) C. Douais : Ibidem, p. 168.

(2) Aujourd'hui, rue des Chapeliers.

(3) Bachelier s'engageait en outre à poser les chéneaux pour les eaux de pluie d'un pan et demi de large et d'un pan d'épaisseur, puis fournir et poser les pierres sans moulures telles que gaffonnières (pierres dans lesquelles se scellent les gonds), barrolières (montant de la croisée où se fixent les grilles), solhets (appuis de la croisée), et couvertes (linteaux) à raison de trois sols le plan, Nolet devant fournir le mortier et les tuiles nécessaires. Le client paya, en déduction du prix fait, la somme de cent huit livres quinze sous tournois, en cinquante écus d'Espagne, et s'engagea, dans les formes ordinaires, à payer le reste h mesure de la continuation des travaux qui devaient être terminés au mois de mai. — Archives des notaires de Toulouse.

CIIAI'ITKIi UOUZIliMK

La porte

de la Commutation

au Capitule.

Le portail

de l'Hôtel de Catellan,

œuvre présumée

de Bachelier.

Bachelier donne les pians

du clocher de la Dalbade.

Le rétable

de la Conception

de Notre-Dame

à la Daurade

œuvre de Bachelier.

remanier l'œuvre d'un confrère, de l'agrandir, et d'y faire l'application de motifs emprunté-sàune autre construction, l'Hôtel du Juge mage ou Du P'aur (i) un des clients du maître, pour cet hôtel, et pour le château de Saint-Jory.

Nicolas Bachelier est l'auteur, aujourd'hui incontesté, de la porte de la Commutation, ancienne porte de la façade du Capitole, construite en ib^b, transférée en 1671, sur l'ordre des capitouls, par un maître des œuvres de la Ville, Mercier, et qui est, aujourd'hui, au Jardin des Plantes de Toulouse.

Il a semblé à un historien d'art toulousain, J. de Malafosse (2), que l'étude comparative de cette porte et du portail de l'Hôtel de Catellan, fort célèbre jadis, pouvait justifier l'hypothèse de l'attribution de cette œuvre à Nicolas Bachelier. « Les bossages, dit-il, jouent un grand rôle dans tous les deu.\ : les ornements « assez bizarres qui surmontent l'entablement, au-dessus des colonnes accouplées « à droite et à gauche de l'arceau, ont une même tournure dans les deux édifices, a Dans l'un, ils sont formés par un étrange entassement de figures, dans l'autre, « on ne voit que des dessins géométriques; mais cela vient peut-être de ce que le « conseiller payait plus richement que la municipalité. Les mascarons qui « tirent la langue sur les sculptures de la Commutation se retrouvent plus « nombreux à l'Hôtel de Catellan, mais ce sont bien les mêmes. »

En 1347, Nicolas Bachelier, associé avec Estienne Guynot, passait un marché devant maître de Agia, notaire, pour la construction du clocher de la Dalbade, au prix de quinze cents livres (3). L'acte fait mention que « la agulhe » (l'aiguille ou flèche) se fera « sellon le portraict qui est fait à la moderne ». Cette flèche fut démolie vers i55o.

Nicolas Bachelier « sculpteur et architecte » signait avec « les Prevostz de « la dévote confrayrie de la conception de la glorieuse vierge Marie, instituée et « célébrée en l'église de la Daurade en Tholoze un acte pour construyre et « édiffier la chapelle et saquiristie (sacristie) sellon le modelle baillé par les d. « messieurs les Prevostz », et y élever un rétable. Il est spécifié dans ce document que « la voulte de la d. chappelle, aura son traict rond sans rien

(i) Hôtel aujourd'hui disparu.

(2) J. DE Mai.afosse : Etudes et noies d'' archéologie et d^histoire, documents toulousains, in-8', Toulouse, 1898, p. 208.

(3) Nicolas Bachelier assiste, comme témoin, à la signature du bail à besogne passé par devant M' Labeyrie, notaire, le 4 mai 1545, entre Jacques de Rivière, « conseiller du roi en sa cour du l'ar- « lement, sieur de Tomefeulhe, et maître Bernard Nalot, painctre et maistre architecte du d. Tholoze « pour la peinclure que le d. seigneur veult et entend de prochain fère fère au beau rétable que « naguères a faict faire au grand autel de l'église parrochielle de Nostre-Dame-de-Dalbade ». Bachelier, à cette date, n'était point encore le maître d'oeuvre de la Dalbade pour le clocher ; et l'on a toutes raisons de croire que le maître d'œuvre du moment, était Pierre Ange, dont le nom figure dans l'acte avec la mention « masson de Tholoze ». Sa présence dans l'élude du notaire à cette occasion ne permet-elle pas de supposer qu'il n'était peut-être pas étranger à la construction de ce rétable 7

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MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

« soubzbaysser et sera toute de pierre despuys sa nayssance, que sera au- « dessus d'une petite cornice, laquelle sera aussi de pierre; les douelles de la « d. voulte seront de deux palms d'espesseur et ce à cause que à la d. voulte « sera faict ung compartiment de molleures anticques, suyvans en ce les « Romains tant en leurs temples, palais et arcz triomphaulz; et le d. arc sera « enrichi de molure, ainsin qu'est demonstré par le pourtraict ».

L'acte contient des renseignements intéressants sur la composition du Description du retable rétable élevé au-dessus de l'autel de la chapelle : d'après le marché

Dans le rétable « sera entailhée l'istoire de la conception de la glorieuse ^^^ ^^ construction. « Vierge Marie faicte au devant de la porte dorée, où sera Joachin, Saincte « Anne, de la hauteur de troys palms; et lad. histoire sera enrichye de anges en « l'air et aussi de passage massenerie (en bordure). . .

« Item au-dessus du d. pied destail et histoire seront faict deux columnes, « une de chaque costé, lesquelz seront doricques ; et ne seront que de troys « quartz de columnes de relieve... ; entre les d. columnes y aura une histoire « de dix palmes de tour carré, au milieu de laquelle sera mise l'image de la « Vierge Marie, de la haulteur de six palms, toute ronde, au dessus d'elle sera « Dieu le père dans des nuées de grandeur nécessaire, et l'entour del'imaigede « la Vierge Marie seront mis et rengés par bon ordre ses beaulx mistères « comme. . . (hortus) conclusus, civitas Dei ; et le (en blanc) de leurs rolleaux. . . « Item, aux deux coustés de la d. histoire sera faict une petite histoire de « chesque cousté en forme ovale, aiant quatre palms de hault et troys palms « et demy de large en la première sera entaillé comment l'ange annonça à « Saincte Anne la conception de la Vierge Marie ; à la secunde sera aussi « (entaillé), comment l'ange annonçea à Joachin la d. conception luy estant à la « montaigne et que se trouvast à la porte dorée ; lesquelles histoires seront de (f miege bosse.

« Item, au-dessus des d. histoires de chescun cousté ung rolleau en forme « de arc voultant que poussera contre les columnes de la d. histoire et se « repouseront sur la petite cornissète qu'est tant dessus la porte et armoire que « sont aux deux coustés de l'autel ; dessus chescun rolleau sera mis ung petit « ange tout nud de la proportion de troys palms tenant ung trophée en l'honneur « de la Vierge Marie. »

Ce document ne fait point mention du prix du travail.

Aux créations incontestables de Bachelier, à Toulouse, on peut ajouter la cheminée du Petit Consistoire, en pierre de taille, exécutée en i535, et qui lui fut payée 60 livres; et la Porte de l'Esquile, rue du Taur, que la mon l'empêcha d'achever (i).

D'autres œuvres toulousaines ont été encore attribuées à Nicolas Bachelier,

Œuvres diverses de Bachelier à Toulouse.

(i) Le II décembre 1557, les capilouls paient à Dominiriue riarlielier le montant des travaux exécutés par son père à la Porte de l'ICsiiuile.

notamment la clôture du chœur et deux chapelles aux Cordeliers, l'autel de saint Etienne, et la Renommée qui surmontait autrefois le Donjon et qui forme le couronnement actuel de la Colonne Dupuy.

L'historien Catel (i) affirme que la clôture du chœur des Cordeliers fut élevée en i535 par Nicolas Bachelier ; Lavignc (2) objecte que le Christ qui surmontait la clôture et quelques autres figures furent sculptés à Albi ; mais J. de Malafosse a fait observer qu'une fantaisie de donateur peut fort bien expliquer cette particularité, sans que l'on doive en conclure que Bachelier ne fut dans cette circonstance qu'un simple entrepreneur. L'autel Quant à l'autel de saint Etienne et au rétable qui le surmontait, Dupuy-

de Saint-Etienne. Dugrez en a laissé une description enthousiaste, faite c de visu », cette œuvre d'art n'ayant été détruite qu'à la Révolution; et il l'attribue formellement au maître toulousain, qui l'aurait exécutée en i5'34 (3) :

« Y a-t-il rien de mieux imaginé, dit-il, que l'autel de la paroisse de « Saint-Etienne où pour représenter en ronde-bosse la mort delà Sainte Vierge, « mère de Dieu, à laquelle nous savons par tradition que se trouvèrent tous les « apôtres, l'ouvrier a fait un corps d'architecture qui règne dans toute l'étendue « des deux crédences et de l'autel. Il est soutenu de huit colonnes et il y en a « quatre sur le devant et autant sur le derrière. Les deux angulaires antérieures « sont torses, très bien ornées et d'un ordre composé . Elles ont leurs piédestaux a de même ordre. Les autres six sont d'ordre corinthien, dont deux sont placées « derrière les torses, à chaque aile, avec des piédestaux convenables, et les quatre « du milieu sont posées sur un grand soubassement de même hauteur que les « piédestaux des colonnes angulaires et de la profondeur de l'ouvrage. Toutes « ces colonnes soutiennent un entablement et un sofite, et l'autre colonne du « milieu, étant de toute la longueur de la table, forme une espèce de pavillon.

« C'est là que Bachelier a disposé son histoire ; mais si dégagée que c'est « un enchantement de la voir. Il y a sur le devant trois apôtres à genoux qui « expriment tendrement leur tristesse ; on en voit un autre debout à côté, et « deux qui entrent dans leur pavillon en embrassant les colonnes qui le « soutiennent. La Vierge est couchée sur un lit, les yeux fermés et les mains « jointes vers le ciel. Les autres dix apôtres sont de l'autre côté du lit dans des « attitudes différentes qui marquent assez leur douleur, de sorte qu'en voyant « cet ouvrage on se sent en même temps touché de cette histoire. Il a même « observé les règles de l'optique faisant les figures les plus éloignées un peu '( plus petites que celles de devant, toutefois d'une manière imperceptible. Mais, « parce qu'un tabernacle aurait caché son histoire, il a fait une espèce d'arche « d'alliance, sur laquelle on voit un petit enfant qui dort et un ange qui répand

(i) Catel : Mémoires de Vhisioire du Languedoc, p. 217.

(2) Lavigne : Comftes rendus de V Académie des Sciences de Toulouse, 1879.

(j) DuruY-DucREZ : Traité sur la feinture, 1699, p. 28-35.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

« des fleurs sur lui. C'est dans ce coffre qu'on resserre le saint ciboire.

« Sur ce corps inférieur il y en a un autre de quatre colonnes corinthiennes « avec leurs piédestaux, assis à plomb sur celles du premier. Elles portent un « entablement et un sofite, sous lequel, dans l'autre colonne du milieu et dans « une niche fort large, on voit unejmage assise de la Sainte Vierge. Tous ces « petits enfants tiennent entièrement de la manière de Michel-Ange et de « Donatelle car ils sont un peu musclés et font un bel effet dans la sculpture, « lorsqu'ils sont vus d'un peu loin.

« Les apôtres de l'autel Saint-Etienne sont merveilleusement bien habillés; « l'étoffe est assez légère pour masquer le nu que faisaient les plis et assez forte « pour convenir à des personnes de leur état. »

L'attribution à Nicolas Bachelier de la Renommée est duc à Lafaille (i), qui n'a apporté à l'appui aucun document officiel.

Un arrêt du Parlement en date du 18 juin i554 mentionne « Nicolas Bazelier, maistre maçon et tailleur de pierre » comme adjudicataire de la démolition du Château narbonnais, à Toulouse (2).

Nicolas Bachelier « ymagier et architecteur » et Michel du Faur, Juge Le château de Saint- Jory mage de Toulouse, seigneur de Saint-Jory, signaient, les 27 avril et i 7 mai i545, œuvre de Bachelier, par devant le notaire Labeyrie, un bail à besogne (3) « pour certain édiffice « de masonnerie que le d. seigneur veut fère en sa maison et chasteau de « Saint-Jory » (4).

Il s'agissait de transformer au goût du jour certaines parties du vieux manoir, de façon à en faire une résidence plus plaisante et plus moderne. Le bail contient à ce propos les renseignements techniques les plus détaillés, et Bail à besogne nous fait connaître avec précision les nouvelles dispositions architecturales et pour la construction ornementales qui constituent « la besoigne... articulée et démonstrée par le portraict et montre faictz de la main du dit Bachelier ». On en peut restituer, pour ainsi dire, imaginativement son oeuvre originale et pittoresque.

« Fera le d. Bachillier une grande porte laquelle aura d'ouverture douze « pans de large et dix huict de haut, de laquelle les deux voustes et le dessus « jusqu'à l'architrave sera faict à la rustique, le tout de pierre grysse et dure « piquée et laborée, de sorte qu'elle semble estre plus tost naturelle qu'arti- « ficielle, excepté les pierres de l'ambaissement de la d. porte et celles de la « retumbée de l'arc, qui seront toutes plaines sans piqueure ...

« Sur le d. bas ordre rustique, le d. Bachillier fera ung archibanc dorique « et frize... et gravera en icelle d. frize la lettre romaine et mottet qu'on vouldra...

« Despuy sceste dicte première cornicc qui sera corinthe le d. Bachillier

du château.

(i) Recueil de Malenfant, t. Vil, p. 82.

(2 et 3) C. Douais : Ibidem, p. 132.139.

(4) II ne reste plus que des ruines de ce châtciu, situ(5 au nord-ouest de Toulouse.

« mectra ung petit marchapied ou pieddestail sur lequel seront plante'es quatre « colonnes et la fenestre croisiée pareillement à laquelle servira icelluy piedestail « d'acouldoir...

« Les d. quatre colonnes assizes dessus le d. piedestail seront corinthes « avec leurs basses et chapiteaulx bien laborez ; et les trônez et corps des d. « colonnes auront ses troys quartes parties hors de la murailhe parfaictement « laborez et faictz leurs doulx en tasis ou en fleuve et canellés tout au long de « leurs canelleures requises portant son demy rond,strilz et ornemens riches... et « faictes en tout àl'immitation de celles qui sont dedans l'église de la Rotonde (i) « à Rome, ou mieulx s'il est possible.

« Au milieu de ces d. quatre colonnes y aura une fenestre croysière enrichie « de colonnes doriques et de molures tout à l'envyron...

(( La tierce estaige et sus la cornice y aura ung marchepied... Par les deux « coustés seront mises deux colonnes romaines ou conpousées avec leurs basses « et riches chapitaulx; et le traict et le corps d'icelles colonnes seront canellés « et striez richement ; et auront leur deux calhasize ou en fleure propre et non « excessive et mesures requises ; et seront accompaignées par les deux coustés « chescune d'une griffe revestue de feulles d'anticque bien refendues et gravées « de tel art que l'œil ne perde rien, combien que soient fort hault. Entre les « dictes colonnes romaines y aura une fenestre bastarde et deux ouvertures « enrichies de colonnètes aussi romaines avec leur rière pillastres qui porteront « sus chacune fenestre ung arc et dessus les d. arcz ung petit architrave et frize...

« Et dessus ceste petite frize y aura une cornicète ; laquelle pourtera le « dernier et tiers architrave romain, ensemble avec les deux colonnes romaines « dessus spécifiées ; et seront enrichies encore ces d. colonnes de la fenestre de « autres molures consonantes et bien sceantes par tout le tour et avec des feuilles « en forme de rolieau par les deux coustés qui serviront comme de voûtes...

« Pardessus les sud. colonnes romaines stryées y aura un archivant, frize « et cornize convenable à ordre romain ; et pour avoir plus de grâce et estre de « plus grande veuc, la frize de ce tiers ordre romain portera neuf modilions ou « bouquetz profondément taillés et enfoncez pour estre plus apparens et visibles « de loing...

« Dessus la corniche romaine y aura ung amortissement tel qu'il est « desmoniré par le d. portraict, ormys que au lieu du frontispice, demy rond, « deux rolleaux liez ensemble et quelque vaze sur le milieu ou fontaige sortant « de quelque feuiliies. »

Le bail ajoute que « le dit Bachillicr bastira le tout solidement, de telles « matières et de tel art et force que aucunes ventz, nèges, gresle, tempeste, ne « aucune fureur de temps n'y pourra nuyre, ny rien gasterde sept générations ».

(i) Le Panthéon à Rome.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS 28 1

En i555, dame Léonor de Bernuy, dame de Lasserre Carbonelle lez Le château de Lasserre. Montasiruc, chargeait Nicolas Bachelier, qualifié « maistre masson, tailleur et architecteur de la ville de Toloze » de dresser les plans et devis d'un château qu'elle voulait faire bâtir à Lasserre. Cet édifice était en briques pour les murs et en pierre blanche ou rose pour les encadrements de portes et de fenêtres, et pour les ornements. La mort du maître l'empêcha d'en terminer la construction. Les travaux d'achèvement furent confiés, le 8 avril ibbg, à Antoine Lescale « maistre des œuvres et réparations royalles en la seneschaussée de Tholoze (i) ». Ravagé par les huguenots pendant les Guerres de religion, ce château fut restauré, sous le règne de Louis XIV, de telle façon qu'il ne reste plus rien de l'œuvre de Nicolas Bachelier.

On trouve le nom de Bachelier dans un acte d'estimation des murs et édifice de la maison de Pérenville, autrement dit le château de Terride, dressé le 6 juillet i55i, par lui et par un autre maître maçon, Hugues Néron, de Cajare, en vue d'un partage de biens que devait faire avec ses frères Antoine de Lornagne, baron de Terride, vicomte de Gimois {2).

Le maître aurait travaillé à Sainte-Marie d'Auch : on lui attribue les dessins des boiseries du chœur; et il y aurait sculpté quatre grandes figures (3).

Nicolas Bachelier est le maître d'œuvre de l'église de Montgiscard dont il commença, en i545, la construction, et qu'il acheva vers i55o (4).

Continuant la tradition des grands maîtres maçons qui étaient, le cas échéant, de véritables ingénieurs, Nicolas Bachelier étudia, avec Arnaud de Cazenove, le tracé d'un canal destiné à relier l'Océan à la Méditerranée; et il construisait, en ibS^., le pont de Villedaigne.

L'illustre maître maçon mourut en i556. j^j^j.^ ^^ Bachelier

Nicolas Bachelier eut un fils, qui embrassa la profession paternelle. en 1556.

Dans un acte qui concerne la construction d'une tour à cul-de-lampe formant l'aiigle de la Maison de ville de Toulouse sur la rue Neuve, en ib'jS, Dominique Bachelier est qualifié « architecte, maistre des œuvres et réparations pour le roy ou la sénéchaussée de Tolose ». Ce maître donna les plans, en i582, du château des Varennes en Lauragais, que M. de Saint-Félix, seigneur de ce lieu, procureur général en la Cour du Parlement de Toulouse, donnait à construire aux maîtres maçons Anglade et Lamouroux, par un prix fait de la somme de

(i) J. UE Malafosse : Ibidem, p. 241.

(2) Abbé Gai-abert : Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1901, i" trimestre, t. -XXIV.

(3) Bkaquehaye : Documents four servir à l'histoire des arts en Guyenne, t. II, p. 42.

(4) 23 août 1550. — Arrêt du Parlement obligeant le curé de Montgiscard à délivrer à Nicolas Bachelier la somme par lui reçue du legs fait par maître Louis David, jadis curé de Montgiscard, \ la charge par Nicolas Bachelier de faire et parfaire le bâtiment de l'église suivant les conventions et pattes du 23 novembre 1541 (C. Douais, ibidem, p. 56).

L'Hôtel de Bernuy.

2.600 livres, plus trois cestiers de blé, une barrique de vin, et l'octroi du bois nécessaire à leur cuisine, etc. (i).

Dominique Bachelier fut tue, à Lcctoure, en 1589, dans une explosion.

On trouve, dans divers documents de la fin du xvi" siècle et du commencement du xvii% des mentions de maîtres maçons toulousains portant le nom de Bachelier, mais dont la filiation avec Nicolas Bachelier ne peut être établie : Louis Bachelier, maître maçon-tailleur de pierre et sculpteur, qui travailla sous les ordres de Dominique Bertin, au Palais du Parlement ; Antoine Bachelier, tailleur de pierre et architecte, occupé à Saint-Sernin, en 1584; et Géraud Bachelier, « maistre maçon de Tholoze », associé avec Jean Sarrault et Guillaume Levot pour des travaux exécutés à l'église Saint-Etienne.

Le célèbre Hôtel de Bernuj', actuellement le grand lycée, dont l'état civil est aujourd'hui définitivement établi, à la suite de la découverte, dans les archives notariales de Toulouse, des quittances des maîtres maçons chargés de la construction, et du tailleur de pierre chargé de l'ornementation, met en haut Les maîtres d'œuvre relief les noms de Guillaume et Jean Picart, Aymeric (ou Merigo) Cayla, et Louis successifs Privât. Il assure à ces deux derniers une place, dans l'histoire de l'Architecture

toulousaine, aux côtés de Nicolas Bachelier. Jean de Bernuy. ^n portrait de Bernuy placé autrefois dans la salle du Petit Consistoire

au Capitole, en compagnie de ceux d'autres illustres toulousains, Fourquevaux, Duranti, et Jehan de Bertrand, portait cette inscription qui résume la vie, devenue presque légendaire, du richissime marchand auquel est due cette belle œuvre d'architecture : « Jean de Bernuy, vicomte de Lautrec et de Venez, baron de « Villeneuve, capitoul en i534. Il était natif de Burgos, en Espagne, d'une très « noble famille. Il acquit, par le commerce, des richesses immenses et qui sont « passées en proverbe. Il servit de caution au roi François I" pour sa rançon. Le « dernier de sa race a été Jean de Bernuy, baillif de l'Aigle et grand-croix de « Malte, mort en i556. »

Jean de Bernuy — ou Jean de Vernoy, le nom français, — était venu s'installer h Toulouse vers la fin du xv° siècle. Il s'adonna particulièrement à la culture et au commerce du pastel, une plante bi-annuelle, de la famille des crucifères, à fleurs et à graines violettes, 1' « isatis tinctoria », qui donne par ses tiges et ses feuilles des espèces de tourteaux appelés coques ou cocagnes, lesquels servaient à teindre les étoffes en une couleur bleu pâle. Cette industrie, qui constituait un privilège protégé par des édits royaux, donnait des bénéfices si considérables qu'il en vint le proverbe de dénommer pays de Cocagne celui où l'on fait rapidement et sûrement fortune. Jean de Bernuy se retira assez vite des affaires, et acheta les seigneuries de Villeneuve-la-Gomtal, Paleficat, Lasbordes et Ségreville. Il vivait encore en 1641. Une généalogie le fait mourir des suites

(1) Lestrade : L'Histoire de Vari à Toulouse, nouvelle série de baux à besoigne, 1467-1677. Toulouse, 1907. — Archives des notaires. Registres de Codoing et Fardel,

M.VlïRliS MAÇONS TOULOUSAINS 283

d'une blessure qu'il reçut d'un taureau dans une course donnée dans le jardin de son hôtel, à la mode espagnole, et où il figurait comme torero amateur. De son vivant et de celui de sa femme, Marguerite Fabri ou du Faur, de la vieille et illustre famille des du Faur de Pibrac et des du Faur de Saint-Jory (i), en l'année i5i6, il avait fait construire leur tombeau dans la chapelle Saint-Jacques de l'église des Jacobins; on y voyait une grande plaque de marbre où étaient les effigies des deux époux et celles de leurs six enfants. Les Bernuy avaient pour armes parlantes commercialement : d'azur h deux navires flottant sur des ondes d'argent, posés l'un derrière l'autre à l'orbe de gueules chargé de huit coquilles d'argent.

En i5o2-i5o3, Jean de Bernuy décidait de se faire construire un logis en Construction

rapport avec sa situation de fortune. Il achetait à Jean de Belvèze l'hôtellerie à en 1502-1503

l'enseigne des Balances, dans la rue des Peyroliers ou des Balances, pour la du

somme de onze cents écus d'or, et à dame Jeanne de Deyme, pour deux cents P"^^™^*^ °^^ ^ """'' écus, une maison située dans la même rue. Le 4 janvier i5o3, par devant le Guillaume et Jean Picart notaire Alard, il était passé un bail à besogne entre Jean de Bernuy et Guillaume et Aymeric Cayla. et Jean Picart, père et fils, pour « la construction de deux cents cannes de « muraille, avec portes et fenêtres ouvrées sur le derrière de la maison et où sont, « pour le présent, les étables et les écuries ». Puis, en novembre i5o4, intervenait un nouveau bail à besogne passé, par devant le notaire Mandinelli, entre Jean de Bernuy et Aymeric Cayla. Ce dernier document contient des renseignements précieux qui permettent d'indiquer, avec une certaine précision, les parties de l'hôtel construites à cette époque par ce maître maçon.

Aymeric Cayla, suivant l'habitude professionnelle générale, était sculpteur, imagier, tailleur de pierre, en même temps que maître maçon ; et il exécutait des ouvrages qui tenaient plus encore de la sculpture que de l'architecture, Le 3 juillet i5o8, il faisait marché au prix de 17 livres tournois avec Henri Boisson, logé à la Sirène, à Toulouse, pour une croix monumentale de pierre ouvrée des deux côtés, semblable à celle qu'il venait de faire en la maison du s' Guilhoti delà Badie. Aux termes de l'acte, « par l'un des coustés et devers le « cousté ou sera le d. crucifix, icelluy d. maistre sera tenu faire cinq anges, deux « aux mains, deux aux piedz et ung au cousté, chacun ange tenang ung calice, cinq « juifz qui seront au cousté senestre du crucifix; au cousté dextre sera tenu de « fère six Maries, sçavoir est Nostre Dame, Marie Magdeleine, Marie Jacobé, « Marie Salomé deux aultres ; par l'austre costé sera tenu de faire Nostre Dame « tenant son fils, deux anges par dessus sa teste tenant une couronne et par les « deux coustés de Nostre Dame faire St. André apostole et St. Jehan Baptiste ; et « auprès des d. St. André et St. Jean Baptiste faire ung homme et une femme ».

(i) Une sœur de Marguerite de Fabri, Jeanne, avait épousé un ami intime et un compatriote de Jean de Bernuy, Pierre de Saint-Etienne, qui. fit, lui. aussi, une grande fortune dans le négoce.

Le .marche spécifie en outre, que par-dessus la croix et à ses deux bouts, le sculpteur sera tenu laisser certains espaces de « pierre où il y aura certain bon « ouvrage, ainsi que le d. maistre Merigo voirra estre à fairre... et aussi « faire et fournir l'haste ou baston d'icelle qui la soutiendra, en laquelle haste. . . « sera tenu faire et raectre en ouvrage une cerenne (sirène), six Heurs de litz et « aultresbons ouvrages, ainsi qu'il verra estre à faire.,. » Dans ce document Aymeric Cayia est qualifié « magister in arte architectoriia » (maître en art architectural).

Description Les premières constructions de l'Hôtel de Bernuy, exécutées au commen-

nremior Hôte" de Bernuy cernent du xvi« siècle, sont la façade sur la rue, le couloir voûté, la première cour primitive, la tour avec sa tourelle, et la façade sur la seconde cour ; elles appartiennent à la dernière période de l'art ogival avec de nombreux traits se rattachant à la première période de la Renaissance. La façade extérieure se fait remarquer par une charmante porte à profondes voussures, surmontée d'un riche décor : arc en accolade aux rampants garnis de crochets de feuilles de choux, et sommé d'un pinacle richement fleuronné ; dans cet arc s'inscrivent un médaillon et un buste au-dessus duquel se déroule une banderoile qui porte la devise de Jean de Bernuy : « Si Deus pro nobis »; et un mur plein sur lequel se détachent quatre bustes, et qui est encadré par deux pilastres à pinacles. On entrait dans une première cour carrée, qui devait, à l'origine, avoir sur deux de ses côtés une galerie desservie par un petit escalier, et qui présente sur les deux autres un corps de logis. Cette porte de l'hôtel sera complètement transformée un quart de siècle plus tard. De cette cour, par une voûte à croisées d'ogives, dont les clefs pendantes ont été arrachées, mais sur laquelle subsistent des culots finement sculptés, on passe dans la deuxième cour, aux façades surmontées de petites arcatures ogivales, de faux mâchicoulis, et percées de grandes fenêtres à meneaux et à moulures prismatiques, entre lesquelles sont disposés trois petits jours dans le goût de la Renaissance. Sur la façade du corps de bâtiment placé entre les deux cours, est un motif décoratif, de la plus belle exécution et d'un fier dessin, représentant un lion qui déroule avec ses griffes une banderoile portant la devise de Jean de Bernuy ci-dessus. Dans un angle, s'élève la tour hexagonale en briques rouges, percée, à ses sept étages, d'une fenêtre ogivale, angulaire, en pierre de taille, que surmonte un buste dans un médaillon, — innovation qui est dans un sentiment d'art nouveau, — et couronnée par une balustrade au décor flamboyant ajouré. La fine tourelle qui l'accompagne repose à la hauteur du premier étage sur une trompe où se niche un Amour, original et gracieux motif qui rappelle celui de la tour de l'Hôtel Molinier.

Jean de Bernuy

fait bâtir vers 1530

un nouvel hôtel.

Plus d'un quart de siècle après, vers i53o, parvenu à tous les honneurs publics que pouvait lui décerner la cité, en possession d'une fortune presque fabuleuse pour le temps, Jean de Bernuy modifiait par de nouvelles constructions l'hôtel bâti par les Picart et par Aymeric Cayla. Il s'adressa à un artiste

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

toulousain, Louis Privât, » maistre massonnier », et sculpteur, « lapicida », « picapeyro )», sur lequel les renseignements biographiques font encore complètement défaut.

A la date du 25 juin 1 533, le maître signait une quittance partielle portant à un total de iS.Syo livres 1 6 sous et 4 deniers les sommes reçues successivement pour les travaux exécutés jusqu'à cejour. Cette même année, le 1 3 août, le notaire Mandinelli enregistrait un compromis fait entre Jean de Bernuy et Louis Privât, à la suite d'un arbitrage de Sanche de Mena, dit Angolo, par lequel il était accordé au maître maçon, pour complément de paiement des travaux exécutés, la somme de 5o livres tournois, qui lui sera incontinent payée, et une somme de 200 livres tournois pour la dot de sa fille aînée, ou de sa seconde fille, si celle-là meurt ou ne se marie point, pa3'able au moment du mariage, sous la condition toutefois que Louis Privât achèvera « lo arvoult » (voûte) aux dépens de Jean de Bernuy. Et, en marge de la pièce notariale, il fut fait mention d'une quittance, signée à la date du 22 février i536, de la somme en question reçue pour la dot de Jeanne Privât, mariée à Vital Jambefort, notaire à Toulouse.

L' (( arvoult » mentionné dans ce document est, sans doute aucun, la célèbre voûte de la première cour, voûte surbaissée, ornée de nombreux caissons à pendentifs, et supportant un étage, dont un des piliers porte, à sa base, la date de i53o (i). Très vraisemblablement, dans la construction de ce chef-d'œuvre de maçonnerie et de taille de pierre d'une originalité et d'une hardiesse rares, Louis Privât avait dépassé son devis, et le négociant, avec ses habitudes d'homme d'affaires méticuleux, n'avait voulu payer que les sommes prévues par le marché passé par devant notaire.

De l'œuvre du maître maçon-tailleur de pierre de la Renaissance, qui devait comprendre les quatre façades de la cour d'entrée de l'hôtel, il ne reste plus que la partie de cette voûte et de l'étage qu'elle porte, et l'aile droite en retour.

Avant la découverte, dans les archives notariales de Toulouse, de documents relatifs à l'Hôtel de Bernuy, l'origine espagnole du grand marchand avait fait supposer que l'élégant patio Renaissance de son hôtel devait être l'œuvre de quelque architecte appelé « detra los montes » ; et, pour justifier cette hypothèse, il avait été signalé des ressemblances entre cette construction et quelques parties de certains édifices espagnols, notamment avec l'hôpital de Santa Cruz à Tolède, élevé de 1304 à i5i4 par Henri de Egas, fils de Hannequin, de Bruxelles (2). D'autre part, le nom de Nicolas Bachelier avait été tout naturellement prononcé à propos de ce chef-d'œuvre. Aujourd'hui, il est, défini-

(i) Cette voûte admirable p.ir sa hardiesse et son élégance menaçait ruine il y a un demi-siècle. On avait, pour l'empêcher de tomber, élevé au-dessous une série de murs parallèles. Sur les instances du Recteur de l'Université de Toulouse, M. Perroud, on commença, en 1886, la restauration de la vofite et de toute la cour sous la direction de M. A. de llaudot, arrhiterle de la Commission des monuments historiques. Ce tr.avail a coûté environ en. 000 francs.

{2) J. DE Mai..\fosse : Ibidem, p. 115.

Louis Privât,

maître d'œuvre

du nouvel Hôtel

de Bernuy.

tivcment et pour toujours, restitué à un maître maçon-tailleur de pierre

toulousain, hier, inconnu, qui, demain, sera célèbre.

La preuve la plus évidente de l'originalité de son architecture est dans la

critique qu'en faisait un personnage du temps, et qu'il est on ne peut plus

intéressant de reproduire.

Critique J^^" ^'^ Boysson, professeur à la Faculté de droit de Toulouse, écrivait,

du nouvel en i538, à son ami Brachet, autre jurisconsulte, cette lettre :

Hôtel de Beriuiy „ Comme nous étions naguère tous les deux dans l'Hôtel de Bernuy en

par un • . i . -n ■ j xt

jurisconsulte toulousain, " compagnie de la très illustre reine de Navarre et que nous étions occupes a

au xvi" siècle. « regarder cette maison que celui de Tholoze a fait construire à grand frais et

« avec une grande rapidité, nous vînmes à discourir d'architecture. Comme je

« disais que plusieurs parties de cet hôtel ont été édifiées sans aucune observation

« de l'art et, bien plus, contre les préceptes reconnus de l'art, nous vînmes à

« faire mention des auteurs qui ont écrit sur cet art; et vous me demandâtes

« si j'avais à la maison le livre que Léo Baptiste Alberti avait jadis écrit sur

« l'architecture, avec dédicace pour Laurent de Médicis. Et comme je déclarais

« l'avoir, vous me lites la prière de vous le communiquer. Et lorsque j'eus

« trouvé le livre, que j'avais en effet dans ma bibliothèque, mais déjà fort abîmé

« par un usage quotidien et même avec quelques feuillets manquant, je ne

« voulus point qu'il vous arrivât en mains ainsi mutilé, et il me parut plus

« honnête d'en acheter un nouvel exemplaire à un libraire. Je vous l'envoie

« aujourd'hui. » (i)

T • T> ■ t Louis Privât travailla de son métier de maçon pour Guillaume de Bernuv,

Louis rnvat ' ' -' '

architecte fi's de Jean, et « greffier des présentations du Parlement » en sa maison de la

de Guillaume de Bernuy, rue Tholosane. D'après un accord fait entre les parties, le i8 janvier i536 (2),

is de Jean. jj s'agissait particulièrement de la construction d'une façade sur la rue, de

deux escaliers avec leurs fenêtres, pour laquelle il avait été fait marché de 3oo livres tournois. Cet hôtel, que Guillaume de Bernuy échangeait, en lôSg, contre une maison située rue « del Potz de Très Caras » et appartenant à Jean de Bernuy, a été si remanié au cours des ans qu'on y retrouve difficilement la trace des travaux exécutés au xvi" siècle.

L'éclise de Garidech ^^ même artiste fut le maître d'œuvre de l'église de Garidech, reconstruite de

œuvre i5i6 à 1624, grâce à la générosité du seigneur de ce lieu, Marquion d'Aspramont,

de Louis Privât. qui fit abandon aux habitants de la troisième partie des récoltes et fruits qui

lui étaient dus. Dans un document concernant la cérémonie de la pose de la

première pierre des fondations, le nom de Privât figure avec les qualifications

suivantes : « mestre Loys Privât, massonié sive picapeyro de Toloso » (3) ; il

(1) Bibliothèque de la Ville de Toulouse, manuscrit 834, f° XXXIX, 40 V°.

(2) C. Douais : Ibidem, p. 122.

(3) J. Lestrade : Ibidem. Registres de Pierre Calmasii, registre de 1520, entête et folio 60.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS 287

est mentionné également comme tel dans une réclamation de payement adressée, le 1 6 juillet 1 624, sur la place publique de Garidech, par le syndic de la commune au procureur du percepteur.

L'Hôtel Molinier, dit ensuite de Catellan, actuellement de Fezins, rue de L'Hôtel Molinier. la Dalbade, que Gaspar de Molinier, conseiller au Parlement, faisait construire vers i55o, a toujours, bien que fort mutilé, excité l'admiration des artistes et des visiteurs par sa tourelle, son portail et par une fenêtre du corps de logis sur la cour. Gabriel de Minut, chevalier, baron de Castera et sénéchal de Rouergue, qui écrivait au xvi" siècle un livre plaisant, la « Paulegraphie » (i), en l'honneur de la Belle Paule, signalait, tout en en critiquant fort spirituellement l'exubérance de proportions et de décor, la célébrité que le portail avait acquise en son temps : « Il est à croire que ce grand et admirable architecte, qui a ouvré la dessus par « la main de sa fidelle et obéissante servante nature, qui neantmoins référée à « l'art tient ici le rang de maistresse pour conduire au plus haut degré d'une « excellente beauté, n'a point fait une si belle et si riche fasciada, comme est « celle que nous voyons et admirons en elle, qu'il n'est pareillement fait le « reste répondant à ce. Il entendait un peu mieux l'art d'architecture que ne « faisoit celui qui fit, quelque temps de là, un si beau et si riche portai en sa « maison, en la ville de Tholose, rue de la Dalbade, que quand un homme de « village, qui avoit un certain procès en la court du Parlement, duquel le maître « de la maison estoit rapporteur, fut entré dedans et qu'il ne veit chose aucune « qui approchât à la moindre de celle du portai, demanda en sortant au plus « proche voisin où est-ce qu'estoit la maison d'un tel portai. »

Les analogies d'ornements et de dispositions architecturales que présentent la porte de cet hôtel et la porte de la Commutation : figures de faunes et de nymphes, masques grotesques, avaient fait supposer que Nicolas Bachelier pourrait en être l'auteur. Quant à la tourelle en encorbellement ornée d'une exquise figure d'Amour et à la fenêtre aux délicates colonnettes doriques et ioniques supportant un entablement fort gracieux, que surmonte un fronton d'une fantaisie charmante, elles ont toujours été considérées comme un bijou d'architecture et de sculpture, faisant le plus grand honneur à leurs auteurs.

auteurs de l'Hôtel Molinier.

Les archives notariales de Toulouse ont révélé les noms du maître maçon Jehan Molière

et du sculpteur auxquels il est dû, en même temps que l'époque précise où et Raymond Bossac, il fut exécuté. Le 2 octobre 1 552, Jehan Molière « maistre masson de Tholose», et Raymond Bossac, « maistre tailheur de pierre de Tholose » donnaient quittance, en présence du notaire royal M° Jehan Giraudat, à « Monsieur maistre

(i) Gabriel de Minut, baron de Castera : De la Beauté, discours divers, avec la Paulegrafhie, ou description des beautés d'une dame tholosaine, nommée la Belle Paule, in-8', Lyon, 1587, « publié « par Charlotte de Minut, sœur du bardn de Castera, très indigne abbesse du pauvre monastère de « Sainte-Claire de Tholose, du vivant de Paule de Viguier, et dédié à Catherine de Médicis ».

Michel Colin, maître d 'œuvre de la Dalbade.

Gaspar de Molinier, conseiller du Roy en son Parlement de Tholose », le premier de la somme de 336 livres 2 sous et 8 deniers tournois « pour toutes « tailhes et massonneries par luy faictes à la maison du d. s' de Molinier jusques « au présent jour » ; et le second de la somme de 295 livres 18 sous 8 deniers « pour sur la besoigne par led. Bossac faicte au bastiment et maison dud. s' « de Molinier jusques au jour présent ». Par un autre acte notarial, en date du 20 janvier i55o, relatif à une donation de 6 livres faite en faveur de Françoise Razins, femme de Jean Molière ou Molhère, par Gaspar de Molinier, et à une dette de 4 livres i5 sols et d'une demi-barrique de vin, reconnue par le maître maçon à l'égard de sa femme, il est constaté qu'à cette date Jean Molière e'tait déjà en relation d'affaires avec le conseiller au Parlement. Une quittance, datée du 17 mars i552, par Jean Pontié et Armand Barrière, maçons, de deux écus d'or pour vacations à l'examen d'une muraille dont la construction avait amené un conflit entre Gaspar de Molinier et Sébastien de Lafitau, conseiller en la cour du Parlement, prouve que les travaux de construction de l'hôtel étaient à cette date, fort avancés, sinon terminés.

Des documents d'archives de notaires récemment découverts (i) ont révélé le nom d'un autre maître maçon toulousain, Michel Colin, qui est le maître d'oeuvre de l'église de la Dalbade et de son élégant portail. Il résulte du plus ancien de ces documents (2) que le dit « massonnier » avait passé le 29 janvier i53o un « bail » pour continuer et achever ladite église. Mais, sans doute, il s'était produit des difficultés financières qui avaient mis obstacle à la continuation des travaux. Le 22 avril lôSy, un nouvel accord intervenait entre Michel Colin et « Messieurs Monseigneur maistre Bertrand de Resseguier, conseiller du roy, en « sa souveraine cour du Parlement deTholose, maistre Jehan Legalis, procureur « en la dite cour, Jacques Detas, marchant, et Gailhard Prat, teincturier,ovriers (3) « de l'église de la Dalbade de Tholose, par lequel le premier s'engageait de fère « continuer et fère achever la d. esglise..., pour le temps et terme de troys ans, « commensant à la feste de Pentecoste prochenement venant..., pour le pris et « somme de seze cens livres tournois ».

De nouveaux incidents provoqués par des défauts de paiement des sommes convenues arrêtèrent la construction de l'église. Le 18 juin i539, les « ovriers » de la Dalbade en exercice faisaient rédiger par le notaire Hugues Carrerii une protestation et une offre à Michel Colin de lui payer ce qui pouvait lui être dû pour les travaux exécutés jusqu'à ce jour et de lui faire toutes les avances pour les travaux à venir, « le requérant vouloir continuer le d. édiffice suyvent la teneur du bail, pacte et pourtraictz d'icelle église » faute de quoi on s'adresserait à un autre maçon, sous réserve de « tous dépens, domaiges et interestz ». Maitre Colin répondit qu'il était prêt à reprendre la besogne « en la payant », et

(i et 2) C. Douais : Ibidem, p. 28. •

(3) Personnes chargées de l'administralion de l'œuvre.

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