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HOTEI DE BERNUY, A TOULOUSE

Œuvre de Louis Privât

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

il ajoutait que « à faulte de paiement » il se réservait, lui aussi, de demander des dommages et intérêts.

La construction du portail donna lieu à des différends entre le « massonnier » et les (f ovriers » de la Dalbade. Parle bail à besogne du 22 avril iSSy, Michel s'était engagé à construire « l'ost (portail de la d. église de pierre en suyvant le « pourtraict par luy faict et aujourd'huy baillé aus d. ouvriers, réservée la vyt « (vis) ensemble la gallerie ». Le 6 février 1640, il était constaté par devant notaire, « par dire d'esperctz » que le portail n'était pas exécuté dans la perfection requise, qu'il était nécessaire de « descharger les amortissemens en aultre forme ». Le 9 juillet, il était fait« ung aultre novel portraict »; et les « ovriers » après expertise, décidaient qu'il serait payé à maître Colin un supplément de i5o livres tournois, « pourveu toutes foys que certains avantaiges de l'ousteau, tabernacles du pourtal et toute autre besoigne luy feut tauxée ».

Michel Colin est témoin, au titre de « maistre masson », à un marché conclu, le l'i août 1542, par les « ovriers » de la Dalbade avec Vesian, de Camparan, Faure et Arnaud Pelicier, de Boussens.pour la livraison de 60 brasses de pierrede pavement. Le 27 août de la même anne'e, il passe un bail à besogne avec Pierre Vendeze, maçon, pour la démolition d'un oratoire devant la Dalbade, son transport et sa reconstruction au cimetière de la Dalbade « en semblable forme et pourtraict qu'il est », moyennant la somme de dix livres tournois.

Deux des chapelles de l'église de Saint-Jory, les chapelles Notre-Dame et Saint-Laurent, furent construites sur les plans de Michel Colin (i).

L'histoire de l'architecture à Toulouse compte quelques autres noms de maîtres maçons-tailleurs de pierre, sur lesquels les renseignements documentaires font encore malheureusement défaut, et dont les œuvres restent ainsi anonymes, alors qu'elles sont, sans doute aucun, quelques-uns de ces beaux et pittoresques hôtels, la gloire artistique de la ville, que firent bâtir, au cours du xvi° siècle, d'opulents et fiers parlementaires : Pantaléon Jaulbert, président du Parlement de i528à 1347; Guillaume de la Mammye, conseiller de i528à i563; Arnaud de Brucelles, capitoul en 1 535; Jean Burnet, greffier civil de i536 à i573; Simon Buet, conseiller au Parlement de i555 à 1592; Jean de Mansencal, avocat général de i583 à 1629; Maynier, seigneur de Canac et Gallices, capitoul en i3i5, et avocat célèbre, qui avait humoristiquenient fait graver, sur la façade de sa demeure, ce distique moral :

Faux ronseils et mauvaises testes M'ont fait bastir ces fenestres.

Ces maîtres maçons-tailleurs de pierre sont :

Pierre de Naves et Anchise de Bologne, qui dirigeaient, de i5-25 à 1&29,

(i) ]. LestraDE : Ibidem, registres de Jean Richard.

Autres travaux de Michel Colin.

Quelques autres

maitres maçons

toulousains.

la construction du Donjon du Capitole, bâti en style de la Renaissance, autant

qu'on en peut juger par ce qui, de l'œuvre primitive, a survécu aux mutilations,

aux restaurations, et aux adjonctions ;

Sébastien Bouguereau, qu'on croit être d'origine tourangelle, qui bâtit la

tour de l'escalier des Archives, dont la porte était un morceau d'architecture fort

apprécié ;

Guillaume Norman, maître d'oeuvre de la grande vis du Capitole, construite

en i558, et que sa célébrité n'a pu sauver d'une démolition inutile; Guiraud de Mello, qui fit, en i552, la porte du Grand Consistoire. On a lu, plus haut, qu'Antoine de Lescale, qui est qualifié, dans un acte, « maistre des oeuvres et réparations royalles en la sénéchaussée de Tholoze », signa, comme partie prenante, avec Nicolas Bachelier, le bail à besogne, daté de

i638, pour la construction de l'Hôtel de Bagis, et qu'il fut charge par Léonore de Bernuy de continuer et achever la construction du château de Lasserre, sur les plans du même maître. Antoine de Lescale paraît avoir été, de son temps, en renom comme maçon et comme sculpteur. Il était le fils de Jehan de Lescale, également maître maçon à Toulouse. Vers le milieu du xvi" siècle, on trouve plusieurs mentions dans les archives notariales dun autre de Lescale, du prénom de Guillaume, « maistre masson de Tholoze », dont la parenté avec les précédents, n'est point encore établie. En 1540, Guillaume de Lescale exécutait des travaux importants au couvent des Nonnains de Sainte-Claire, dites Clarisses, à Toulouse. Il a construit, de 1548 à 1654, une partie de l'église de Galan, en Gascogne, classée aujourd'hui comme monument historique en raison de son intérêt au point de vue architectural.

UN MAITRE ANGEVIN ^

JEHAN DE LESPINE

On connaît l'arbre au fruict et l'œuvre à son ouvrage, Les tiens ixjrtent assez, Lespine, témoignage De l'excellent esprit dont Dieu t'avoit pourveu. Quand parmi les plus grands en crédit on t'a veu, Pour bien édifier et palais et chasteaux, Donner pour ornement colonnes, chapiteaux. Et tout œuvre qui vient de l'art d'architecture, Garder de près les loix de l'antique structure. Tu as élabouré temples et sépultures Logis des ossements des nobles créatures ; Mais qui n'admireroit la hardie entreprise De la brave lanterne au pignon de l'ésglise, Posée en l'air si haulte entre deux pyramides, Dont les points élevés touchent aux nues liquides. Et comme de l'horloge un gros son et tonnerre Avec sa pesanteur remue sa masse à terre ? C'est de ton art divin un occulte mystère. Qui l'ignorant invite à désormais se taire. De ton nom la mémoire autour coi»tinuera Que ce monde mortel ici-bas durera.

Ces vers singulièrement dithyrambiques, inscrits sur la plaque de cuivre qui - recouvrait la tombe du grand maître maçon angevin dans l'église des Carmes, h Angers, montrent en quelle estime artistique le tenaient ses compatriotes et ses contemporains. En outre, ils spécifient, en quelque sorte, son œuvre qui apparaît aussi varié qu'important. La postérité a réalisé le pronostic d'immortalité de son nom. Le souvenir de Jehan de Lespine est toujours, en Anjou, très vivant, populaire même ; et sa gloire a dépassé les limites de la province où il a constamment vécu. Les historiens d'art n'ont jamais omis de le mentionner comme un des plus fameux artistes delà Renaissance française; et les recherches des érudits modernes dans les archives publiques et privées, en rectifiant des attributions légendaires inexactes, loin de diminuer sa production, comme il est arrivé pour tant d'autres architectes de cette époque, l'ont constamment augmentée par la découverte de créations, aussi importantes qu'originales, qui étaient ignorées ou méconnues.

Naissance Jehan de Lespine naquit à Angers, en i5o5, dans un logis de la rue des

de Jehan de Lespine Filles-Dieu (1). Sa famille est restée inconnue. On ne sait rien non plus de sa en 1505- formation professionnelle et artistique. Mais il semble bien qu'il ait fait son

apprentissage corporatif, et qu'il soit parvenu à la maîtrise dans les conditions ordinaires, qu'il ait suivi la filière ordinaire de l'initiation régulière aux deux métiers simultanés de maçon et de tailleur de pierre. Les travaux qu'il exécuta et les fonctions qu'il remplit le démontrent péremptoirement. Pendant longtemps (2), Jehan de Lespine passa pour avoir été un élève de Philibert de l'Orme, ce qui ne peut être chronologiquement, puisque ce dernier aurait été de quinze ans plus jeune que le premier. Cette légende n'en constitue pas moins un témoignage de la haute considération que l'opinion publique au xix' siècle professait pour le maître maçon.

La chapelle Sainte-Anne La première œuvre connue et authentique de Jehan de Lespine est la

de chapelle Sainte-Anne, dans l'église du Vieux Baugé, dont la [construction lui fut

l'église du Vieux Baucé. n , rn„

"^ *= confiée en i532.

Expertise du beffroi ^ "^ ^" '^^ l'année i532, un violent incendie détruisait le beffroi de la

de la cathédrale d'Angers, cathédrale Saint-Maurice. Le 28 décembre, le jeune architecte était chargé par le

après 1 incendie de 1532. Chapitre, en compagnie d' « aucuns maistres maczons, charpentiers, couvreurs

d'ardoises, menuisiers, fondeurs de cloches, vitriers, organistes et organi-

fecteurs », de visiter le lieu du sinistre, et de faire, après prestation de serment,

un rapport sur les travaux de réfection et de réparations à exécuter. On possède

le texte de ce document dressé sur parchemin « par devers Jean Cadu, conseiller

du roi et lieutenant général du sénéchal d'Anjou, comme aussi par devers

(i) Célestin Port ; Dictionnaire des architectes angevins. — Dans une enquête de 1558, Jean de Lespine déclarait avoir 53 ans (Archives de l'Hôtel-Dieu d'Angers).

(i) Cette légende avait été acréditée par quelques érudits, notamment par Godart-Kaultrier, un archéologue angevin, dans une étude sur la cathédrale d'Angers, publiée en 1865.

HOTEL DE Pincé, a Angers Œuvre de Jehan de Lespine

UN MAITRE ANGEVIN

Pierre Poyet, avocat, et Michel Le Maczon, procureur du roi (i), Jehan de Lespine, y déclare qu'il faut :

« i" Refaire le grand arc de pierre au-dessous du clocher ainsi que la voûte « de cinquante pieds en carré qui l'avoisine, ce qui coûtera quatre mille livres « tournois, ci 4.000 liv.

« 2" Faire un second arc par dessus le premier et accroître les deux gros « pilliers qui sont aux deux côtés du pignon du devant de l'église et qui portent « les deux clochers de pierre ; plus faire asseoir, au lieu où était le clocher de « bois, une lanterne en pierre (coupole centrale), puis un pignon séparant le « comble de l'église, et les clochers, afin d'éviter, à l'avenir, toute communi- « cation d'incendie, ce qui coûtera quinze mille livres, ci iS.ooo liv.

« 3° Refaire la flèche du nord dans une hauteur de dix vingt pieds (120) à « partir de la pointe, ce qui coûtera douze mille livres tournois, ci 12.000 liv.

(( 4° Refaire les galeries et dalles qui sont au haut de lad. église, à l'endroit « des voûtes et du comble bruslé, ce qui coûtera douze cents livres tournois, « ci 1.200 liv.

« Total pour la maçonnerie, trente deux mille deux cent livres, fait et « fourni, 32.000 liv. »

Le Chapitre de la cathédrale ne se borna point à cette expertise; il fit visiter les clochers par deux maîtres maçons du château du Lude, que l'on reconstruisait à ce moment (2), et par deux maîtres maçons de Tours, Antoine Mallemouche (3) et Alexandre Fouquet (4) ainsi que par un maître charpentier de la même ville, Etienne Hubert, dit Gaultier. Et comme, sans doute, ces diverses consultations confirmèrent les propositions de Jehan de Lespine, mais avec une grande réduction du devis, celui-ci passait, le 12 juin i534, un marché pour l'exécution des travaux. Par ce marché, la journée de travail était fixée, pour Jehan de Lespine, à dix sous tournois, pour les maçons « travaillant par haut », à cinq sous, pour les maçons du bas, à quatre sous six deniers, pour les terrassiers, à quatre sous, et pour les simples manœuvres à deux sous. Le Chapitre s'en rapportait à la conscience professionnelle de son maître maçon pour obtenir quelques réductions de salaires pendant la saison d'hiver ; toutefois, le maître d'oeuvre ne devait en subir aucune. Jehan de Lespine, sur son acquit, recevait, chaque semaine, les sommes nécessaires au payement des ouvriers

Jehan de Lespine

dresse le devis de la restauration.

Marché passé

entre le Chapitre

et le maître maçon

pour l'exécution

des travaux.

(i) Godart-Faui.trier : Répertoire archéologique de l'Anjou, 1865. Comptes des recettes et dépenses de l'église d'Angers, 1367-1545, manuscrit en 3 volumes, ayant fait partie des collections et bibliothèque de Grille.

(2) Un de ces deux maîtres devait être Jehan Turbillon.

(3) Antoine Mallemouche ou Malemousche qui fut maître des œuvre» de maçonnerie de la cathédrale de Tours, et bâtit, en 1532, un logis pour André Daverton, chanoine de Tours et propriétaire d'un château (Château-la-Vallière) en Anjou.

(4) Egalement maître des œuvres de maçonneri- de la cathédrale de Tours, d'aprts un acte du notaire Viau, de Tours, en date du 24 mai r54i.

Jehan de Lespîne

au service

de la Ville d'Angers.

Travaux importants à l'Hôtel-Dieu.

auquel il procédait lui-même. Les travaux de réfection du beffroi durèrent cinq années; il n'y fut dépensé que quinze mille livres, dont la plus grande partie avait été donnée par le doyen du Chapitre, François de Chateaubriant.

La lanterne comprenait une base de maçonnerie carre'e, entourée d'un parapet en pierre de taille. La façade principale de la base, percée de quatre baies cintrées, avait ses archivoltes supérieures portées par des colonnes à chapiteaux décorés de feuilles d'acanthes, et séparées par d'autres colonnes qui soutenaient une frise ornée de fîeurs. La façade orientale, en saillie d'un mètre environ, formait une sorte de loggia, de même ordonnance architecturale, mais dont les baies extérieures étaient aveuglées. Au-dessus de la corniche, s'élevait une tour octogonale sommée d'un dôme, avec quatre baies et quatre arcatures cintrées, alternant, séparées par des pilastres unis, avec mascarons aux angles, et corniches à modillons sculptés (i). Cette construction fit grand honneur à Jehan de Lespine, par sa hardiesse et son originalité. On a vu plus haut qu'il en est fait particulièrement mention dans son épitaphe. En 1840, la façade de la cathédrale fut complétée par la superbe galerie de huit statues en pierre de saint Maurice et de ses compagnons d'armes, exécutées par Jean Giffart et Antoine des Marais (2).

Au cours des travaux de la cathédrale, le iq juin i535, Jehan de Lespine entra au service de la Ville d'Angers. Sur la présentation de Jean Mariau, « commissaire des œuvres et réparations d'Angers », qui le garantissait « légal, bien sçavant et expert en telz affaires », le Conseil admettait le maître maçon à cette charge, et lui accordait même l'autorisation de s'y faire suppléer, « quand il n'y pourra vaquer ». Ses gages annuels furent fixés à dix livres tournois. L'artiste occupe cette charge jusqu'en iSyi. A cette date, il demanda à en être relevé à cause de son âge : 66 ans. Les Registres des délibérations de la municipalité font mention ainsi de cette démission : « a esté conclud que pour « l'advenir ne seront payez ne continuez à maistre Jehan de Lespine les gaiges « de 10 1. t. qu'il soulloit avoir pour estre maistre des œuvres et réparations de « la Ville » (3).

Le premier travail exécuté par Jehan de Lespine pour la Ville fut la réparation, en 1 536, de la fontaine Pié-Boulet, qui avait été reconstruite, en 1476, sur l'emplacement de l'ancien puits. Il est ensuite employé à des besognes de réfection de moulins et de ponts sur la Mayenne.

Peu après il entreprenait des constructions importantes à l'Hôtel-Dieu,

(i) I.e 4 août 1831, la foudre détruisait l'œuvre de Jehan de I.espine. L'architecte des édifices diocésains, A. de Gisors, la reconstruisit à partir des cintres de la base centrale, en suivant le plan ancien, mais toutefois avec une modification importante : le remplacement des colonnes par des pilastres.

{2) Ch.aque statue fut payée 8 livres pièce.

(3) Archives municipales d'Angers, B. B. 3;}, 1° 40, 19 octobre 1571.

UN MAITRE ANGEVIN 2gb

Quelques extraits des Comptes les concernant nous sont parvenus ; on les lira avec intérêt.

« Pour avoir faict tout à neuf l'arche et muraille du cousté des cloîtres qui « étoient en caducité, aussi pour avoir faict la cuisine, la viz, la gallerie, la grant « porte du cloistre et la chambre et cabinet voûté, où sont les lettres, titres et « enseignement dud. prieuré, la porte de la cave et le retour d'icelle et deux « aultres portes à l'entrée de lad. cave et plusieurs aultres besongnes devisées « entre eulx au contenu du marchez, lesquelles choses estoient très nécessaires « et sont fort utilles, a esté par led. prieur, comme appert par quictances dud, « de Lespine payé la somme de mil x 1. viii s. (i). »

En 1540, Jehan de Lespine achevait la partie supérieure du clocher de Le clocher de la Trinité l'église de la Trinité à Angers. Ce clocher est une création originale. Au type ^ Angers,

consacré par une longue tradition, l'artiste a apporté des dispositions nouvelles qui en font une œuvre personnelle très caractéristique. Carré à sa base, le clocher présente sur chacune de ses faces deux fenêtres cintrées, ornées de colonnes à chapiteaux, et aux angles un faisceau de cinq colonnes soutenant une balustrade avec gargouille au centre. La tour, de forme octogonale, ornée de quatre colonnettes, sur chaque pan, s'ajoure alternativement d'une baie ou d'une niche abritant la statue d'un évangéliste.

La lanterne, à crête ornée de crochets de chou et de vases, se termine par une coupole octogonale, que supportent des colonnettes. Le toit est sommé d'une croix et d'un coq doré.

On attribue à Jehan de Lespine, dans le même ordre d'édifices religieux, Travaux divers. les clochers des églises de Beaufort, des Rosiers et de Tiercé (2).

En 1541, Jehan de Lespine dessinait et édifiait le portail de l'Hôtel de Travaux municipaux. Ville, qui fut réparé en i568 (3).

Lors de l'entrée à Angers du roi Henri H, en 1 55 1 , il fut chargé des travaux de décoration des rues et des édifices publics, en collaboration avec un autre artiste, Raoullet le Gentilhomme. En trois payements il touchait de ce chef une somme de 1.827 livres 32 sous et 9 deniers (4).

L'entrée de Charles IX, en novembre 1 565, donna lieu à des travaux du même genre non moins importants, dont la direction lui fut aussi confiée. Les archives municipales en conservent la trace dans les fragments suivants des délibérations du Conseil de Ville :

« Le lundi 22" octobre i565 donné charge à M° Jehan de Lespine de

« mander des painctres par toutes les maisons où ilz besongnaient.

(i) Archives de Maine-et-Loire, H. D. E. 69, compte de 1533-1539.

(2) Célestin Port déclare que l'.itlribtition du clocher de Tiercé est « à peu près sans apparence même de raison «, alors qu'il trouve toute vraisemblance aux deux autres.

(3) Archives municipales d'Angers, L. CC. 9, f° 114-183.

(4) Archives municipales d'Angers, CC. 13, CC. 14.

« A esté ordonné que M" Jehan de Lespine, M" Maczon, seroit retenu pour « la conduite des affaires de lad, entrée et que pour quinze journées qu'il y a « esté, lui seroit payé quinze escuz pistoilez xxxvu 1. x s.

« Item, a esté nécessité envoyer quérir des painctres à Gonnort, Beaupréau, « Mortaigne, Puy du Fou, Durestal et aultres lieux, où ils estaient, pour « besongner au faict de lad. entrée et en auroit esté prié M" Jehan de Lespine « par lesd. maire et eschevyns, et pour lesd.voyaiges aurait esté payé ciis.vid. »

En i556, Jehan de Lespine construisait le Port Ayrault ; en i558, l'auditoire et la grand'salle du Présidial, et, en i562, le Porte Toussaint et la Tour Guillon. Jehan de Lespine se livrait ainsi aux travaux municipaux les plus divers entrant dans les attributions d'un maître des œuvres de maçonnerie au service d'une ville. En Anjou, il n'en était pas différemment que dans toutes les autres provinces de France, où, comme on l'a vu, des maîtres maçons d'un véritable génie artistique étaient astreints aux besognes les plus modestes et les plus vulgaires.

L'Hôtel de Pincé. Le nom de Jehan de Lespine est surtout attaché au fameux Hôtel de Pincé,

qui, d'après la tradition, constitue son œuvre principale et populaire. Ne faudrait-il point voir là spécialement l'édifice ayant motivé le terme de « palais » qui figure dans l'inscription funéraire de l'artiste ?

Le 22 décembre 1622, Jehan de Pincé, sieur du Bois, des Brosses, de Noirieux, du Coudray et de Chambrezay, licencié en droit, et échevln perpétuel de la Ville d'Angers, achetait de messire François Geslin, prêtre, qui l'avait acquis le 3o avril précédent, un bâtiment tombant en ruines faisant face à la rue de l'Huis-de-Fer, et dépendant d'une propriété dénommée les Créneaux, qui appartenait au Chapitre de Saint-Maurille. Sur son emplacement, il fit construire un corps de logis pour son usage personnel. Ce corps de logis comprenait le pavillon central contenant la vis. Dans des documents datés de 1 533, cette première construction est formellement désignée comme terminée.

Les En quelles années fut bâti l'Hôtel de Pincé primitif? La date de i523,

premières constructions répondant à l'acquisition du terrain, comme commencement des travaux, n'est

de l'Hôtel de Pince guère admissible. On aurait été à Angers singulièrement en avance sur tous œuvre d un . . , t- t-- • j lq i - • j

les autres centres artistiques de France. Fixer aux environs de ibâo la période

d'exécution de cet ensemble architectural semble plus raisonnable. Qui en donna les plans ? En i53o, Jehan Lespine avait vingt-cinq ans. Il est très peu probable que Jehan de Pincé ait confié à un jeune homme un travail de cette importance. Le maître maçon inconnu auquel il s'adressa était un artiste ingénieux, expérimenté et de grand goût. La vis de l'hôtel est un chefd'œuvre de construction et de stéréotomie. Les nervures de la voûte annulaire s'épanouissent à la façon des branches d'un palmier ; elles paraissent sortir de la colonne centrale comme d'un tronc d'arbre, et leurs extrémités reposent sur

maître maçon ignore.

Aile sud de l'hôtel de Pincé, a Angers Œuvre de Jehan de T.espine

UN MAITRE ANGEVIN 297

des culs-de-lampes fixés aux parois de la cage d'escalier. Les clefs de la voûte représentent les signes du zodiaque, figurés par des personnages et des animaux. La vis est ornée de niches avec pilastres, dais et soubassement délicatement sculptés. Dans la salle basse, la disposition de la voûte, légèrement arquée, posant sur des nervures amorties par des culs-de-lampes, avec axes de berceaux parallèles aux diagonales du rectangle, dérive de la construction des voûtes romanes de l'Anjou (i). Dans la salle de l'entresol, les nervures de pierre supportant les dalles du plafond forment par leurs croisements des caissons dont les clefs portent des figures mythologiques. Des culs-de-lampe, d'un travail très fin, amortissent les nervures sur les murs. Afin de diminuer la portée .des marches près de la rencontre des murs, le maître maçon a ingénieusement imaginé, aux angles de la cage, des trompes qui forment, à chaque révolution, un octogone régulier. Les salles s'ouvrent sur la vis.

Quelques années après, probablement en i534, Jehan de Pincé décidait Jehan de Pincé

d'agrandir sa demeure. Il achetait successivement les Créneaux, et deux logis fait agrandir

voisins, le Pied-de-Biche et le Figuier, qu'il fit démolir, et dont les terrains lui l'Hôtel primitif

, ,.,- j I • . 111 par Jehan de Lespme.

servirent pour ediher un nouveau corps de logis, et très probablement pour '^ ■'

disposer un jardin. Jehan de Lespine s'était fait apprécier par des travaux importants ; il venait d'entrer au service de la Ville. A défaut de documents d'archives qui en contiennent la preuve, il y a toute présomption que dans cette attribution de l'Hôtel neuf de Pincé à l'illustre maître maçon angevin, la légende basée sur une tradition constante est conforme à la vérité. Les travaux commencèrent très probablement en l'année i535 ou à la fin de l'année i534 : la date de i535 se lit dans le cartouche de la frise qui surmonte la grande fenêtre du rez-de-chaussée et au sommet d'un pilastre du premier étage ; ils ne durèrent point longtemps. On peut supposer qu'ils furent pour le moins terminés en 1641 , car, le 8 mars de cette année-là, la veuve de Jehan de Pincé, Renée Fournier, reconnaissait, dans un acte public, ses obligations à l'égard du Chapitre de Saint-Maurille pour la « maison nouvellement édiffiée, appelée vulgairement « les Créneaux. . . composée de cour devant, gallerieà l'entour des deux corps « d'hostel, une viz entre deux et une petite cour derrière, le tout en un tenant ». Une déclaration postérieure, datée de 1542, rendue au fief du roi, mentionne « les deux tourelles et l'advancement faict au long du pignon du grand corps « d'hostel et maison neuve de lad. veuve, comprenant une place en laquelle y a « partie de la cour et galeries d'icelle maison et entrée de lad. maison ». Cette construction nouvelle comprenait donc simplement le bâtiment de droite flanqué de deux tourelles qui surplombent la rue du Figuier, et décoré de deux chimères

(i) André Jocbert: La restauration artistique de VHôtel de Pincé. Extrait de la Revue de V Anjou.

Au château de Baugé, datant du XV* siècle, œuvre de Guillaume Robin, maître des œuvres de maçonnerie du roi René, mais remanié postérieurement, on remarque un escalier dont la voûte présente la même disposition architecturale, avec les armes d'Anjou-Sicile.

en gargouille, d'une si charmante fantaisie; la partie de l'hôtel, à l'extrémité de l'ancien corps de logis de droite, qui a été démolie lors de la restauration de l'édifice.

L'Hôtel de Pincé, œuvre de Jehan de Lespine, est une merveille de goût et d'originalité. L'architecture, d'une pureté de lignes admirable, est toute fleurie d'ornements, — fleurs, fruits, têtes d'hommes et de femmes, amours, faunes, satyres, oiseaux et animaux divers, — d'une élégance parfaite, sculptée avec la délicatesse et le fini d'un ciseau d'orfèvre. Les entrelacs où se trouvent répétés les écussons de Jehan de Pincé et de sa femme Renée Fournier, les cartouches aux armes d'Anjou '(i), sont des chefs-d'œuvre de maîtrise de tailleur de pierre (2). Les architectes tiennent pour un des plus précieux modèles de stéréotomie la tourelle à l'angle de la rue du Figuier et de la cour, tour barlongue, où la charge des murs est répartie d'un côté sur des encorbellements et de l'autre sur une trompe, disposition ingénieuse par laquelle les efforts contraires s'annulent et l'équilibre est assuré avec simplicité.

La famille de Pincé qui s'éteignit à la fin du xvin° siècle conserva jusque-là la propriété de l'hôtel. Après un long temps d'abandon, le peintre Bodinier l'acheta, puis l'offrit à la Ville d'Angers sous la condition d'affecter l'immeuble à une destination d'ordre artistique (3).

(i) Jehan de Pincé était lieutenant criminel du maréchal d'Anjou. Ce titre était rappelé au public par l'écusson aux armes d'Anjou, accoté sur la façade de l'hôtel, et sans doute aussi sur la porte de l'entrée. De là était venue à l'hôtel la dénomination populaire d'Hôtel d'Anjou.

(2) L'ornementation de l'Hôtel de Pincé rappelle d'une manière frappante celle du château de Bonivet, en Poitou, dont les débris ont été recueillis au musée archéologique de Poitiers.

(3) L'œuvre de Jehan de Lespine a été restaurée, à la fin du xix' siècle, par M. Magne, inspecteur général des Monuments historiques, avec un goût fort délicat.

AUTRES MAITRES MAÇONS

PARISIENS, de L'ILE-DE-FRANCE, NORMANDS, BRETONS MANCEAUX, TOURANGEAUX, etc.

AUVAL écrit, dans ses « Antiquitez de Paris », que les trois frères Jacquet, aux prénoms de Jacques, Jean, et Mathieu, passaient, vers i53o, pour les plus habiles maîtres maçons de leur temps. Les renseignements biographiques sur ces artistes font complètement défaut. On ne sait où ils naquirent, quelle était leur famille, ni quand et où ils moururent ; on ignore leurs oeuvres qui doivent être fort nombreuses, en raison de leur renommée, affirmée par l'historien parisien.

La seule construction de Paris qui puisse leur être attribuée est la chapelle de la Vierge en l'église Saint-Gervais, considérée, fort justement, comme une merveille de stéréotomie et de sculpture ornementale. F. de Guilhermy a fait dans r « Itinéraire archéologique de Paris » la description de cette chapelle : « On a toujours vanté, comme des tours de force, les combinaisons singulières « des nervures de la voûte. Chacun se demande comment la pierre a pu se « prêter à de pareils caprices. Sans aous arrêter davantages aux clefs pendantes

Les frères Jacquet.

3oo

Jacquet dit Grenoble.

Pierre Hannon.

« ni aux petits anges qui se tiennent suspendus aux retombées, nous devons « citer la couronne tout évidée à jour qui semble descendre de la voûte, comme « un splendide emblème de celle que la Vierge a reçue dans le Ciel. Elle a « six pieds de diamètre et trois pieds six pouces de saillie... La date de iSiy se (( lit en lettres de reliefs sur les bords de la couronne. Un donjon fortifié et « des étoiles rappellent les titres de Tour de David et d'Etoile du Matin que « les litanies donnent à la mère de Jésus ; à la voûte du collatéral en avant de « la chapelle, une croix, entourée d'une banderolle, se découpe au croisement « des nervures. »

Mathieu Jacquet eut un fils du prénom de Jean, qui fut attaché en qualité d'architecte, à l'église Saint-Gervais, de i58oà i6o3.

Dans les « Comptes des Bâtiments du roi » concernant Fontainebleau, figure Antoine Jacquet, dit Grenoble, comme « maçon », associé, tantôt avec Jean de Lambray et Barthélémy Le Clerc, tantôt avec Pierre Girard, dit Castoret, pour de très importants travaux de maçonnerie exécutés en lôSg, et en 1570; et comme « imager », employé à des besognes de « réparemens des « figures de bronze antiques fondues à la fonderie audit lieu de Fontainebleau », à la fabrication de « modelles de terre », au nettoyage de « tous les ouvrages de « stucq et tableaux à frez tant de la chambre et salle du roy et de la chambre « de la reyne, que de la grande gallerie et de la salle, et trois chambres des « estuves », à raison de i5 liv. par mois, et pour exécution d'ornements au tombeau de Henri II à Saint-Denis. Ce Jacquet était-il un parent des précédents? Aucun acte ne permet d'établir entre eux une filiation quelconque.

Sauvai a mentionné le cloître du couvent des Célestins de Paris, commencé le 8 août 1539, et achevé en i35o, comme une œuvre très remarquable d'un des maîtres maçons parisiens. « C'est, dit-il, le plus beau cloître et les bons « architectes ne craignent point de dire que c'est le meilleur morceau d'architec- « ture de Paris. » (i) Millin a décrit ainsi cet édifice, détruit au milieu du xix' siècle :

« Le cloître de ce monastère est un des plus beaux de Paris et le plus « enrichi de sculptures. Les arcades sont soutenues par de petites colonnes « corinthiennes couplées, de quatre pouces de diamètre et d'une assez belle « proportion, très bien travaillées, et parfaitement conservées. Du côté du « réfectoire est un lave-mains de pierre de liais, ingénieusement composé. Le « plan du petit bâtiment qui le renferme est circulaire et à pans. Il est monté « en douve, et la voûte est soutenue par des colonnes et terminée par un « lanterneau formé par un vitrage d'une couleur de feu très vive. » (2)

Le maître d'œuvre du cloître des Célestins fut un maître maçon-tailleur de

(1) Sauval : Les anliquitez de Paris, t. I, p. 461.

(2) MiLi.iN : Antiquités nationales, t. I, art. III, p. 152-153.

AUTRES iMAITRES MAÇOXS

3oi

pierre du nom de Pierre Hannon, qui en avait pris la construction à l'entreprise. La dépense s'éleva à la somme de 10.778 liv. 9 deniers (1). D'où venait Pierre Hannon? Etait-il parisien ou provincial? Quelles furent ses autres œuvres architecturales ? A toutes ces questions, on ne peut encore faire aucune réponse !

Au temps des grandes constructions ordonnées par François I"', l'on trouve fréquemment, dans les documents officiels qui s'y rapportent, le nom de Guillaume La Ruelle. En i534, il était nommé maître général des œuvres de maçonnerie du roi. Un procès-verbal d'estimation d'une maison de la rue Saint- Paul, — une maison, dite des Lions, donnée par François I" à Anne de Regno, son premier huissier — , le qualifie ainsi. Il visite, cette même année, avec Loys Poireau, les travaux exécutés au château de Fontainebleau par Gilles Le Breton. D'autres procès-verbaux de visites à Paris font mention de Guillaume La Ruelle, en compagnie de Pierre Chambiges et Jean Bastier. En i552, son nom figure dans une délibération du Bureau de la Ville de Paris relative à un procès en Cour du Parlement. Ce maître maçon-tailleur de pierre, si expérimenté et si réputé, fut sans aucun doute l'auteur de quelques-unes des œuvres d'architecture anonymes de cette époque.

La même réllexion s'applique à un autre maître maçon parisien, Loys Poireau, né en i486. Les « Comptes des Bâtiments du roi », les « Registres des Délibérations du Bureau de la Ville de Paris », mentionnent fréquemment son nom à propos de visites et d'expertises. On vient de le voir au château de Fontainebleau, en compagnie de Guillaume La Ruelle, visitant les travaux exécutés par Gilles Le Breton. Le 19 novembre 1541, il est appelé en témoignage, avec trois autres maîtres des œuvres de maçonnerie de Paris, au sujet de la partie de l'Hôtel Saint-Paul, dite Hôtel de la Reine, qui avait été vendue ou cédée par François l" a la Fabrique de l'église Saint-Paul, ce qui donna lieu à un procès. En 1542, il visite, en qualité de substitut de Gilles Le Breton, avec Jean Bastier, et Charles Lecomte, « maistre des œuvres de charpenterie de la Ville de Paris », un terrain faisant partie des anciens remparts, au coin de la rue de l'Ane rayé, concédé au peintre Guyon Ledoux, pour y construire une maison. Les Comptes de la F'abrique de Saint-Germain-l'Auxerrois signalent un payement de i.25o livres fait, cette même année, à ce maître maçon pour les travaux de construction du jubé, dont Pierre Lescot avait dressé les plans et Jean Goujon avait exécuté les sculptures; ainsi que pour l'agrandissement du chœur. Dans les documents officiels relatifs à la construction du Port au foin et du Petit-Pont, à Paris, en i55o, i55i et i652, on le trouve, en compagnie de Pierre Lescot, Gilles Le Breton, Guillaume Guillain, maître des œuvres de

Guillaume La Ruelle.

Lovs Poireau.

(i) Archives de Vart jrançais, i" série, t. V, années 1857-185.S : Dépenses faites four la conslritclion du cloître des Célestins de Paris, iSS9-'549-

3o2 CHAPITRE QUATORZIÈME

maçonnerie de la Ville de Paris, Jehan Bcausenet, Guillaume Marchant, et Jehan Chaponnet, « aussi maçons maistres bacheliers ou d. estât », délégué à l'examen des plans et des devis, et à l'expertise des travaux. En i555, les 21, 2b et 27 janvier, il est convoqué, avec Guillaume Le Breton, Guillaume Guillain et Pierre Langlars « maître des œuvres et bachelier en fait de maçonnerie (i) » en la Chapelle des Orfèvres, pour donner son avis sur la construction de la voûte en berceau.

Le lieu et la date de la mort de Loys Poireau sont encore ignorés.

Guilhuime Guillain. Pierre Chambiges avait marié une de ses filles, nommée Perette, à un

maitre maçon de Paris, Guillaume Guillain. Quand le grand architecte de l'Hôtel de Ville de Paris mourut en 1644, son gendre lui succéda dans les fonctions de « maistre des œuvres de maçonnerie et pavement de la Ville », et dans la direction des travaux du nouveau palais municipal. Il construisit le pavillon de l'arcade Saint-Jean, terminé sous Henri H. Guillaume Guillain resta au service de la Ville pendant trente-trois ans. Il fut appelé plusieurs fois à donner les plans de constructions importantes. A la date du 9 janvier i552, les « Registres des Délibérations du Bureau de la Ville » signalent l'examen des plans présentés par Guillaume Guillain pour le Petit-Pont.

« Aujourd'hui messieurs les Pre'vost des marchands et Eschevins, estans « assemblez au Petit Bureau de la Ville ont advisé, avant que faire les marchez « du bastiment du Petit Pont, de communiquer les pourtraictz, modelles et « devis qui en^ontesté faictz par iceulx maistres des œuvres (Guillaume Guillain « et Jehan Lecomte, maistres des œuvres de charpenterie de la Ville), à messieurs « le trésorier Groslier et sieur de Clagny (Pierre Lescot) pour en avoir leur « advis et encore au maistre des œuvres de maçonnerye du Roy maistre Loys « Poireau, aussi maistre juré maçon. . . Suy vant lequel avis ont esté priez mes « d. sieurs Groslier et de Clagny se voulloir trouver le lundi xi° en l'hosiel de « la ville. Auquel jour le sieur Groslier s'est trouvé ; et après avoir veu les d. « pourtraictz et modelle en pierre. . ., et, après avoir entendu par les mêmes les « devis tant de la d. maçonnerye que charpenterye, a esté d'avis qu'il falloit « suyvre les d. devis et modelles, et luy a semblé qu'il ne se povoit aucune « chose adjouter pour la perfection du dit ouvrage, lequel estant faict et parfaict « selon les devis, pourtraictz et modelle, sera de très longue durée, de grande « beauté, et décoration pour la dicte ville. »

Le lendemain, en présence du prévôt des marchands, et des échevins, de Jehan Groslier, de Gilles et Guillaume Le Breton, Pierre Lescot formulait un avis aussi élogieux sur les plans et devis dressés par Guillaume Guillain et son collègue de la charpenterie. Puis ce fut l'ingénieur, très célèbre en son temps,

(i) Ce maitre maçon, désigné- parfois sous le nom «l'Anglart, était maitre d'cenvre de l'église Saint-Merri, en 1530. C'est h lui (ju'on doit sans doute la partie de cette église reconstruite sous le rî'sne de François 1".

AUTRES MAITRES MAÇONS 3o3

Louis Mégret, qui, deux jours après, sur l'invitation du Bureau de la Ville, examina avec soin ces plans, et déclara formellement qu' « on les devoit exécuter « en la sorte et manière qui sont faict, et faire les marchés le plus vite qu'on « pourra à ce que le d. Petit Pont ne soit plus difforme comme il est à présent ».

Le Petit Pont, — ainsi que la plupart des ponts de Paris en ce temps-là, — devait porter sur ses robustes piliers une double rangée de maisons à boutiques, louées par la Ville h des industriels et à des marchands de toutes corporations. D'après des baux de location qui nous sont parvenus, la plupart de ces maisons comportaient, au rez-de-chaussée, un « ouvrouer et une petite salette » ; au premier étage, deux chambres; et, dans le pignon, un grenier, ajouré d'une fenêtre.

Le 23 juin i554, Guillaume Guillain, en sa qualité de « maître des œuvres de maçonnerie de la Ville » assiste officiellement à la pose de la première pierre du quai des Bernardins, dont il dirige les travaux. Il présente au prévôt des marchands, écrit le greffier municipal « ung tablier de cuyr blanc neuf qu'il « luy a ceinct, et baille une truelle à la main avec du mortier de chaulx et sable « pour asseoir la première pierre». En i56[, il entreprend la construction du quai Saint-Michel ; et, le i"" août 1 565, celle d'un autre quai devant les Minimes de Nigeon.

Ce fut Guillaume Guillain qui dirigea les travaux de la décoration exécutée pour l'entrée de Charles IX et d'Isabelle d'Autriche, sur les dessins de Niccolo dell'Abatte, Pierre d'Angers, peintre, et Germain Pilon, « architecque et sculpteur du Roy » ; la même mission artistique lui fut confiée à l'entrée du duc d'Anjou, roi de Pologne, qui eut lieu au mois d'août i575.

Guillaume Guillain avait été élu, en i54g, par la corporation des maçonstailleurs de pierre de Paris, capitaine pour les « montres » (revues) ordonnées par le Bureau de la Ville.

En même temps qu'au service de la Ville de Paris, Guillaume Guillain était « juré du Roy en l'office de maçonnerie » ; son nom est fréquemment mentionné avec ce titre dans les « Comptes des Bâtiments du roi ». Associé avec le maître maçon Jehan Langeois, il succéda à son beau-père, Pierre Chambiges, dans la direction de l'entreprise des châteaux de F'ontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye, de Challuau et de la Muette. Il prit part à la construction du Nouveau Louvre, sûrement depuis i555 jusqu'en i568, en collaboration avec Pierre Berton, dit de Saint-Quentin, le beau-père de Pierre II Chambiges.

Agé et malade, Guillaume Guillain se fit suppléer, vers iSyS, par son fils Pierre, pour qui il avait obtenu le titre de « maistre des œuvres de maçonnerie delà Ville de Paris », mais sans la signature des actes de la fonction, et sans gages personnels. Au commencement de l'année i582, le vieux maître se décidait à prendre définitivement sa retraite; il proposa .son fils pour lui succéder en survivance, ce qui fut accepté.

Guillaume Guillain mourut vers i 58ô.

Pierre Guillain.

Ile-de-France.

Le château d'Ecouen.

Pierre Guillain resta au service de la Ville de Paris plus longtemps encore que son père : quarante ans. Il lui succéda aussi dans l'entreprise des travaux du Nouveau Louvre, associé, comme on l'a vu plus haut, avec son oncle Pierre II Chambiges, Guillaume Marchant et d'autres maîtres maçons; et il fut entrepreneur des Tuileries.

Pierre Guillain avait épousé Gillette de la Fontaine, fille du « maistre des œuvres de charpenterie du roi » et « commis du grand voyer » ; il en eut un fils Augustin, qui fut, à son tour, « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris », fonction que devait exercer son petit-fils, Augustin II Guillain, jusqu'en 1643.

Dans la dédicace à François de Montmorency de la « Reigle généralle d'architecture » (i), Jean BuUant a écrit ceci :

« Monseigneur le connestable, vostre très cher et très honoré père, décoré « de toute vertu, lequel m'a toujours occupé et entretenu aux œuvres de son « chasteau d'Ecouen, afin de ne me consommer en oysiveté, d'autant que la « pluspart du temps me restoit sans occupation ».

Ces lignes ont servi, pendant des siècles, à accréditer l'opinion que Jean Bullant aurait construit le château d'Ecouen tout entier. Or, d'après le simple examen des gravures que Jacques Androuet du Cerceau a faites de cet édifice, il est de toute évidence qu'il y a eu, à Ecouen, deux architectes, dont l'intervention s'est manifestée successivement par des constructions distinctes, ayant leur physionomie particulière, très caractérisée. Cette constatation a été faite depuis longtemps ; mais les conséquences n'en ont pas été tirées par les écrivains, qui, dans leur embarras pour expliquer le fait, n'ont pas hésité à créer la thèse d'un Jean Bullant ayant fait tout d'abord de l'Architecture « gothique », puis de l'Architecture nouvelle, à la suite d'une conversion subite à l'Art antique (2).

Dans une conférence de l'Académie d'Architecture, au xvn° siècle, il était dit :

« Bullant fut le précurseur du bon goût de l'architecture en France. S'il (( laissa encore des traces du goût gothique dans ses ouvrages, c'est qu'il est « difficile, pour ne pas dire impossible, même aux hommes distingués, de « s'affranchir tout à coup des préventions au milieu desquelles ils ont été élevés. (' Maison sait et l'on voit par ses ouvrages qu'il étoit l'admirateur de Vitruvc « et qu'il en suivoit les préceptes. » (3)

(i) Reigle généraUe d^ architecture, des cinq maniires de colonnes, etc., etc., au ■projjit de tous ouvriers hesongnans au compas et à Vesquierre, à Escou'én, par Jehan Bullant, Paris, 1568.

(2) Anatole de Montaiglox : Archives de l'Art français, 15 mai 1860, p. 305.

K. UE Lasteyrie : Un grand seigneur du xvi' siècle, le connétable de Montmorency. Gazette des Beaux-Arts, 2' période, t. XIX et t. XX, année 1879.

(3) Registres des conférences de l'Académie d' Architecture, i" vol., f" 18 : Il semble que plus lard, au milieu du xvin' siècle, on ait eu la sensation de l'erreur commise au xvn' siècle ; Piganiol de la Force écrit ; « Il faut remarcjuer encore dans ce château les belles proportions des colonnes qui

AUTRES MAITRES MAÇONS

Au commencement du xix' siècle, Baltard appréciait ainsi l'architecture du château d'Ecouen :

« Ce vaste édifice de forme carre'e est compose de quatre corps de batimens, a aux quatre angles desquels sont quatre pavillons plus élevés que le reste de « l'édifice. Dans les angles rentrants des pavillons, de hautes et étroites « tourelles, qui se terminent en cône, semblent n'avoir été placées là que pour « indiquer l'époque de la construction, cette époque où le régime féodal étoit « dans toute sa vigueur, où d'ailleurs le goût gothique dominoit encore dans « les arts; mais l'ensemble du château rappelé d'une manière frappante un « des plus célèbres palais de Paris (le palais du Luxembourg) auquel, en effet, « on prétend qu'il a servi de modèle. »

a Le château d'Ecouen, si intéressant par la pureté et la richesse des

« ornements qui le décorent, est remarquable aussi par les traces de gothique « qu'on retrouve dans ses constructions. Ces toits élevés, ces combles surchargés « de détails contrastent d'une manière frappante avec la belle simplicité M antique, les avant corps et les péristyles de cet édifice. Quoiqu'un^ mélange « aussi bizarre soit réprouvé par l'homme de goût, il n'est cependant pas sans « intérêt puisqu'il rappelé l'époque de la Renaissance des Beaux arts en « France. »

Dans les « Comptes des Bâtiments du roi », on voit figurer aux dates de Charles Billard. i544, 1547, 1548 et i55o, le nom de Charles Billard ou Baiilard, avec la qualification « maistre maçon de Monseigneur le Connestable », comme membre des commissions de réception des ouvrages de Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye. Le maître d'œuvre d'Ecouen nous est indiqué par ces y maître d'œuvre documents. Mais l'entrée de Charles Billard au service d'Anne de Montmorency du château d'Ecouen. pour le château d'Ecouen est de beaucoup antérieure à ces dates. Une lettre adressée, le 8 septembre i53o, par Jehan Groslier au Grand maître de France (i), l'informe qu'à cette date le château était en état, tout au moins dans quelques-unes de ses parties, de recevoir son père et les personnages de marque que celui-ci a invités.

Les constructions de Charles Billard, qui sont les trois corps de bâtiments l^ première période delà cour et la chapelle, appartiennent par leur style à la période de la Renaissance du château d'Ecouen. où les maîtres maçons-tailleurs de pierre appliquaient, avec leur tempérament et leur originalité, les idées architecturales nouvelles, et les adaptaient fort habilement aux traditions techniques du passé. L'Ecouen de ce temps n'est pas sans analogies d'élégante simplicité, de saine robustesse, et de richesse

« sont dans la cour, du dessein de Jean BuUan, le premier architecte qui a fait succéder la belle « architecture antique au mauvais goût du gothique. ». (Nouvelle description de la France, t. IX, p. 306.) (i) Document découvert par G. Maçon, conservateur adjoint du Musée de Chantilly, dans les Archives de Condé, et publié dans les Mémoires du Comité archéologique de Sentis : Les architectes de Chantilly au xvi' siècle, 1900, p. 37.

3o6 CHAPITRE QUATORZIÈME

discrète, avec le Chantilly de Pierre Chambigcs, et le Cliambord de Jacques Sourdeau, construits vers le même temps.

D'après les plans et gravures de J. Androuet du Cerceau, le château, dans son ensemble, présente la forme d'un parfait quadrilatère, dont trois faces sont occupées par trois corps de bâtiment, à rez-de-chaussée et deux étages, — l'un en comble, — reliés les uns aux autres par quatre pavillons d'angle, plus élevés d'un étage, et faisant saillie de quelques mètres sur les façades extérieures ; une tourelle, à toit conique, qui renferme un escalier à vis, remplit l'angle rentrant.

Le pavillon du sud-ouest sert de chapelle, et se différencie extérieurement des trois autres par les fenêtres géminées qui occupent toute la hauteur des murs jusques aux combles.

Les deux corps de bâtiment en aile de la cour d'honneur se développent en un long rez-de-chaussée, qui, à l'origine, devait, ainsi que le premier étage, comprendre sept ouvertures, de style assez sévère, sans autre ornements que leur croisillon de pierre, et qui sont séparées par des pilastres à chapiteaux et par une corniche.

Le corps de bâtiment du fond faisait face à un portique d'entrée, et à une porte de milieu monumentale. Deux colonnes de marbre noir supportent une frise d'ordre dorique, où différentes pièces d'armures alternent avec des patères à ombilic, entourées de couronnes de laurier. Des figures de Victoires occupent les écoinçons. La sculpture ornementale a été prodiguée dans les lucarnes des combles. Au-dessus de l'entablement supérieur, s'élèvent des piédroits à chapiteaux corinthiens, épaulés de deux pignons de moindre hauteur, que soutiennent de légères colonnettes ; ces piédroits portent un gable à fronton triangulaire ou circulaire dans le nu duquel sont sculptées alternativement les armoiries d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, et les devises du connétable.

Les lucarnes des pavillons sont plus grandes, et ont une ornementation plus riche, quoiqu'elle dérive des mêmes éléments décoratifs. Les cheminées de pierre portent sur leur souche et sur leur couronnement les chiffres du roi et de la reine et les armoiries des Montmorency.

La chapelle est une création architecturale importante. On y accède par une porte qu'encadrent quatre colonnes doriques soutenant un large entablement. La nef unique mesure huit mètres de largeur sur douze de longueur. Les nervures multipliées des voûtes, formant plusieurs caissons, portent des armoiries, la salamandre de François I", qui en date la période de construction, des devises et des emblèmes. A chaque angle, l'arc doubleau retombant des voûtes repose sur un pilastre en cncorbelletTient, orné d'une statue de saint en pierre.

Le château d'Ecouen ayant été, ainsi, commencé vers i528-i53o, en même temps que Chantilly, au lendemain du partage de ses biens fait par le baron

AUTRES MAlTRtS MAÇONS

Guillaume de Montmorency, JeanBuUant, — né vers i5i5, puisqu'il mourut en 1578, non de vieillesse, mais de maladie, — aurait donc c'té engagé comme architecte vers l'tige de i5 ans! En outre, comment admettre que Pierre Lescot, en 1546, aurait employé, en sous-ordre, pour les travaux de l'hôtel Carnavalet, l'architecte du connétable ? Cette thèse historique de l'attribution d'Ecouen tout entier à Jean BuUant présente à la fois autant d'invraisemblances que de contradictions.

Ecouen est de Charles Billart; les portiques seuls sont de Jean BuUant.

Le maître maçon, Claude Fouge, qui figure, à la date de i552, dans un acte officiel, parmi les vassaux de la châtellenie de Baurain, comme « architecte de M. le révérendissime cardinal (de Lorraine) », peut être tenu pour le maître d'œuvre du château de Dampierre, que J. Androuet du Cerceau a compris dans « Les plus excellens bastimens de France ». La terre de Dampierre fut achetée par le prélat, en i562 ; et les travaux de construction de cette nouvelle résidence furent commencés immédiatement. Le château de Meudon était aussi bâti, à peu près vers le même temps, pour le cardinal de Lorraine. Claude Fouge fut-il chargé d'en faire les plans et de les exécuter? C'est une hypothèse vraisemblable, mais qui ne repose sur aucun document. L'attribution de cet édifice à Philibert de l'Orme, aventurée par quelques écrivains, doit être écartée, car, s'il eût été l'architecte du château de Meudon, le grand artiste n'aurait pas manqué de s'en prévaloir dans son « Mémoire justificatif », qui mentionne tant d'autres constructions de moindre importance.

Dans le Cartulaire des Moulineaux, il est fait mention en ces termes d'un maître maçon-tailleur de pierre du nom d'Olivier Ymbert : « Maistre Ymbert, « architecte pour monseigneur le duc, frère du roi (le duc d'Anjou) demeurant « h Saint-Léger-en-Yveline, âgé de soixante ans, a dit qu'il y a environ vingt « ans qu'il cognoist iceulx requérans pour autant qu'il a besoigné au château « de Rambouillet de son état de maçon et tailleur de pierre. » Voilà un nom nouveau qui surgit dans l'histoire du château de Rambouillet, dont le maître d'œuvre était resté jusqu'ici ignoré. Le même maçon n'aurait-il point pris part, également, à la construction du château de Saint-Léger-en-Yveline, qui fut domaine royal, et se trouve fréquemment mentionné dans les « Comptes des Bâtiments du roi » ?

L'Hôtel de Ville de Compiègne, un des édifices les plus caractéristiques de la période de transition de l'Art ogival à l'Art de la Renaissance, fut construit par Pierre Navyer, dit de Meaulx.

Dans le Compte des octrois de la Ville, de 1499 a i5o5, il est fait mention deux fois du nom de ce maître d'œuvre, relativement à l'édifice municipal :

« A Pierre Navyer, dit de Meaulx, masson et maître des œuvres sur le « fait de la massonnerie, audit Compiengne, a esté paie par le dit recepveur

Claude Fouge.

Olivier Ymbert.

L'Hôtel de Ville de Compiègne.

Pierre Navyer dit de Meaulx.

Les Réaulme.

L'Hôtel de Vill de Noyon.

En Normandie.

Simon Vitecoq.

« pour SCS gaigcs et pension d'un demy an esclieu au jour Saint Jcluui Baptiste, « mil cinq cens et cinq, à cause d'avoir veu, visité et regardé les ouvrages de « masEonnerye qui s'estoyent faicts audit Compiengne, durant le demy an ; « comme par mandement desdits gouverneurs, le xxiii" jour de juing i5o5, « signe dudit Navyer, à qui a esté paye trente sols parisis » (i).

Dans le même Compte, à propos d'un achat de 175 tonneaux de pierres pour la réédification de l'Hôtel de Ville, fait le 6 mars i5c5, on voit que les pierres furent mesurées par « Pierre Navyer, dit de Meaulx, maistre des œuvres dudit Compingne ». Enfin, en un autre passage, on voit Pierre de Meaulx commis, avec plusieurs autres experts, pour examiner la question de mitoyenneté d'un mur de la maison de Pol Dambryne touchant à l'Hôtel de Ville (2).

Les Comptes de l'Hôtel de Ville signalent la venue à Compiègne, en i5ii, pour « visiter » l'édifice nouveau, d'un maître des œuvres de Beauvais, nommé Guillaume Cardon, qui recevait 6 livres parisis comme indemnité de déplacement et honoraires. Il lui fut adjoint pour cette visite un autre maître maçon, Jehan Masse, qualifié « maistre des œuvres et expert juré de Compiègne », auquel il fut donné 10 sols et 9 deniers de gratification. Celui-ci était le fils d'un maître maçon de Compiègne du même prénom, sous les ordres duquel il avait travaillé à la cathédrale de Noyon (3). On ne sait rien de plus sur ces maîtres maçonstailleurs de pierre, qui paraissent avoir été en grand renom dans leur province.

L'Hôtel de Ville de Noyon, un autre gracieux spécimen de ce qui se faisait en architecture civile, en ce temps et dans la région, est l'œuvre de Mathieu ou Mahieu et Gilles Reaulme, le père et le fils, successivement « maistres des œuvres de maçonnerie de la Ville m. Commencé en 1485, l'édifice fut continué en i5i3, après la mort de Mathieu Réaulme, par Gilles ; et il était terminé en i523.

L'Ecole normande d'architecture, à la Renaissance, compte des maîtres maçons qui, tout en n'ayant pas le génie de Rouland Le Roux, dont tous, à très peu d'exception, furent les élèves, se firent remarquer par des œuvres originales, et jouissaient de l'estime artistique de leurs contemporains.

Simon Vitecoq, d'une bonne famille bourgeoise de Rouen, succéda à Rouland Le Roux dans la charge de « maistre de l'œuvre de la cathédrale », le 29 février i526, aux gages de 6 livres par an. En cette qualité, il dirigeait, au cours de l'exercice 1 528- 1629, la maçonnerie delà clôture du chœur, sur laquelle devaient être posées les belles grilles en cuivre dues à la magnificence

(i) Archives municipales de Compiègne.

Comte DE Marsy : VHôtel de Ville de Comfiègne, Bulletin Monumental, 1878, 5' série, t. VI, p. 44.

De i.'Espinois : VHôtel de Ville de Conifiègne. Biblothèque de l'Ecole des Chartes, 5" série 1863.

(2) Archives municipales : Compte des octrois, C. C. 76, f° 74.

(3) E. Lkfkvre-Po.nt.^i.is ; Histoire de la cathédrale de Noyon. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. I.XI, 1900.

PoRiAiL DE Notre-Dame de Bon-Secours, a Glincamp Œuvre de Jean Moal

AUTRES MAITRES MAÇONS * îog

de Georges Ild'Amboise. On lui attribue (i) les galeries de pierre, dite clairesvoies, en forme de couronne, que ce même prélat fit élever autour du chœur. Simon Vitecoq faisait partie de la commission de quinze maîtres des oeuvres de maçonnerie et decharpenterie, qui, le 1 1 octobre 1542, fut chargée d'examiner le modèle de la tour et de la flèche de bois qui devaient être élevées sur la lanterne de pierre, pour remplacer la flèche incendiée, modèle présenté par Robert Becquet, et qui fut accepte par le Chapitre, après de longues et très vives discussions et polémiques.

Georges II d'Amboise employa Simon Vitecoq aux travaux du Palais archiépiscopal, pour en continuer la reconstruction et l'agrandissement. Les Comptes de l'archevêché (2) font diverses mentions de Vitecoq, à ce propos, dans les années 1 534-1539.

Le maître maçon fut employé par les Fabriques de plusieurs églises de Rouen. En 1529, à Saint-Laurent, associé avec Michel Catheline, il fait marché « pour agréei» et assoueoir le pupitre (jubé) « jouxte le patron », au prix de 2.100 livres ; et, sans doute, ce fut lui qui, en i533, termina ce bel ouvrage, dont l'achèvement nécessita , une dépense nouvelle de 1.660 livres. En i536, à Saint-André, il refait les meneaux de la fenêtre du nouveau portail sur la rue aux Ours; de i538 à 1546, à Saint-Jean, associé avec Guillaume Doudement, il construit une tour, moyennant 2.600 livres ; il rebâtit une partie de l'édifice, refait la porte du cimetière et en taille les claires-voies (3).

Ses talents de constructeur faisaient fréquemment confier à Simon Vitecoq des visites et des expertises importantes, en compagnie de maîtres maçons réputés : Etienne GuifFart, Regnauld Tyrouin, Robert Fresnelle et Jehan Chaillou.

Simon Vitecoq mourut en 1^548. Le Chapitre ne lui donna pas de successeur ; il clôt ainsi la longue et glorieuse série des maîtres de l'œuvre de la cathédrale de Rouen.

En 1543, fut bâtie, place de la Basse- Vieille-Tour, à Rouen, la chapelle de La Fierté de

Saint-Romain, dénommée populairement la Fierté, parce qu'autrefois, le jour Saint-Romain, à Rouen, de l'Ascension, la châsse du saint, ou Fierté, était levée par un prisonnier, à qui, suivant un privilège fort ancien, le Chapitre de Notre-Dame rendait ensuite la liberté. C'est un monument fort original de forme, et d'une grande beauté de lignes et de proportions.

Les Registres des délibérations du Conseil de Ville contiennent un passagerelatif à cette construction :

« 25 août 1543. MM. de Ville, en faisant la visite des Halles de la Basse-

(i) Devii.le : Revue des architectes de la cathédrale, p. 71-7^. (2) Archives départementales de la Seine-Inférieure : G. 120, 124, 128; 1237. (j) M. DE Gi.A.vviLLE : Notes four servir à l'histoire de V église Saint-André. Dei.aquérière : Notice sur Sainljean et Notice sur Saint-Laurent.

3io

Guillaume Douchet.

Thomas Théroulde.

Notre-Dame de Caudebec.

« Vielle-Tour, avaient constaté l'état de ruine où se trouvait alors la chapelle « érigée en l'honneur de saint Romain, et que rendait célèbre la cérémonie du « Pardon. Ils proposèrent de la rétablir ailleurs, dans une place convenable, et « à leurs frais. » (i)

« Dernier août. Le Chapitre, après avoir pris l'avis de l'archevêque, autorise « le changement proposé. » (2)

A cette date, Guillaume Douchet, ou Doulcet, était « maistre maçon de l'Hôtel commun de Rouen ». Ne serait-ce point lui qui, en cette qualité, aurait donné les plans et dirigé la construction de la chapelle ? Il y a quelque présomption, sinon certitude, pour l'affirmative. Les travaux ne durèrent point longtemps, sans doute à cause de l'embarras que leur prolongation aurait causé au.x nombreux industriels et marchands qui faisaient leurs affaires dans les Halles et sur le marché. Floquet a relevé, dans un manuscrit daté de i543, ce passage : « La Fierté fut levée cette année à la Vieux-Tour par noble homme « Jehan de Mussy, sieur de Goberville, en une chapelle nouvellement érigée sur « la voulte de la porte de la dicte Vieu Tour. » (3)

Ce maître maçon paraît avoir été fort apprécié! On le trouve employé à des travaux de l'église Saint-Michel ; il recevait un salaire fort élevé pour le temps : 7 sous et 6 deniers par jour (4) ; il donna les plans de la fontaine Saint- Vivien, réédifiée vers i5bi (5).

Thomas Théroulde fut, avec Guillaume Morin, le maître d'oeuvre de l'église Notre-Dame de Caudebec. Puis ces deux maçons furent appelés à Pont-Audemer pour élever la partie supérieure de la tour du sud à Saint-Ouen, restée inachevée, et les clôtures des chapelles latérales, pour faire les piscines, et les décorations accessoires de la nef, qui sont dans le style Renaissance (6). On y remarque particulièrement les piliers formés de faisceaux de colonnettes, les dais et les culs-de-lampes, d'une grande richesse d'ornementation.

L'église Notre-Dame, après Guillaume Morin et Thomas Théroulde, eut pour maîtres d'œuvre François Maze, Mathurin Lebeuf, Jehan Curtif, et Thomas. Ce dernier fut mandé par la Fabrique de l'église de Lillebonne, en i543, au lendemain de la destruction du portail par la foudre ; et reçut la mission d'en construire un nouveau. Il rapporta bientôt un « pourtraict », qui était approuvé. <( On y reconnaît, dit l'abbé Cochet, la main qui a laissé son empreinte sur « l'église de Caudebec. »

(i) Archives municipales, G. 2157.

(2) Délibération du chapitre de la Cathédrale, en date du 27 aoi'it 1543.

(3) Floqiet : Histoire du frivilège de Saint-Romain, 1833, 2 vol. in-8°.

(4) Archives municipales : O. 7166.

(5) Ibidem : G. 7755.

(6) Archives de l'Art français, 2' série, t. VI, p. 441.

AUTRES MAITRES MAÇONS

3ii

L'église Saint-Pierre de Coutances offre, dans sa lanterne centrale, une Saint-Pierre

œuvre de la Renaissance qui est bien plutôt une curiosité technique, par sa de Coutances.

hardiesse et sa fantaisie, qu'une œuvre d'art d'une indiscutable beauté. Commencés vers la fin du règne de François I", les travaux atteignaient, en i55o, la deuxième galerie ; ils furent terminés vers i58i. Dans les Comptes de la cathédrale, pour l'année i552, on trouve comme maître d'œuvre, chargé de

la direction des chantiers, Guillaume Le Roussel, qualifié « maistre après Dieu Guillaume Le Roussel. de l'église de céans », et comme entrepreneur Richard Vatin.

Un Compte de i58i fait mention du nom de « Nicolas Saurel, maistre « machon de l'œuvre de l'église pour la construction de la tour du chœur de la « dite église. »

Heureusement pour sa gloire artistique, la Bretagne, pendant la Renaissance, compta, en outre de Jean Danielo, le deviseur de plans, formé en Italie, dont il sera question ailleurs, des maîtres maçons-tailleurs de pierre qui avaient un tout autre tempérament d'artiste, beaucoup plus d'imagination, et d'habileté technique, qui surent produire des œuvres personnelles, originales, et caractéristiques. Les noms du plus grand nombre sont encore ensevelis dans l'oubli le plus profond ; quelques-uns seulement ont pu survivre, grâce à leur inscription dans le granit des églises et des chapelles, ou ont été découverts récemment dans les archives régionales : mais on ignore tout de leur état civil et de leur vie.

Ces maîtres d'œuvre notables sont :

Jehan Morel « maistre maczon » du château de Nantes, en i534, à qui est dû certainement le superbe et pittoresque crénelage de la courtine sur la rive de la Loire ;

Guillaume Pâtissier, qui inaugura la fonction de « maistre des œuvres de la Ville de Nantes », créée au commencement du siècle, et qui bâtit l'Hospice général (i) ;

Guillaume Bricauit, successeur de Pâtissier, qui entreprenait, en i5i6, la construction d'un hôtel pour la Chambre des Comptes (2) ;

Fouquet Jehanon, qui commença, en i53o, le clocher de l'église de Bulat, et, en i552, la sacristie de cette église ;

Vincent Rabault et Robert Jarde, « maistres de l'œuvre » pour la reconstruction de la tour de la cathédrale de Rennes, écroulée en lôSg;

Yves Croazec, qui commença, le 10 juillet 1548, la tour de Saint-Mathieu de Morlaix, que continuèrent, jusqu'en i582, Guillaume Créhif, Michel Le Borgne et Augustin Pen ;

Yves Ozanne, l'architecte du calvaire de Guimiliau;

En Bretagne.

Jehan Morel.

Guillaume Pâtissier.

Guillaume Bricauit.

l'ou(|uet Jehaiion.

Vincent Rabault.

Rol)ert Jartle.

Yves Croazec.

Yves Ozanne.

(i) FuKRET et CvH,[.lî : Nantes aiifien, mniirrs d'iv livres et artisans, une brorhure in-8* de 4S p., Nantes, «gio, p. 14.

(2) Edifice démoli en 1740.

Jean Moal. Jean Moal, l'auteur des plans de reconstruction de la façade et de la

partie méridionale de la nef de Notre-Dame de Guingamp, après la catastrophe de i535, et qui eut, pour successeurs, dans ce travail, Gilles Le Nouezec, Jean Le Cozic et Yves Auffret ; Julitii Rkaud. Julien Ricaud, que Jean d'Espinay, seigneur du lieu de ce nom, dans les

environ de Vitré, employa à la construction de son château, et qui travailla aussi à l'église de Champeaux, où la chapelle seigneuriale porte en deux endroits une inscription contenant son nom.

Dans le Maine. L'histoire architecturale du Maine offre également, en outre d'un autre

deviseur de plans, formé en Italie, Simon Hayeneufve, quelques maîtres maçons-tailleurs de pierre de grand mérite, qui ont bâti des édifices fort intéressants par leur beauté, leur caractère, et leur originalité.

Marthurin Delaborde. Mathurin Delaborde est de tous le plus en vue. On possède quelques

documents d'archives qui renseignent sur sa vie et sur ses créations, mais d'une façon bien sommaire, et insuffisante pour écrire une biographie digne de ce grand maître d'oeuvre.

Mathurin Delaborde était originaire de Chartres, qui, à la fin xv° siècle, fut un centre artistique très florissant, d'oij essaimèrent, dans les régions voisines, de nombreux artistes de grande valeur. La date de sa naissance n'est pas encore connue; mais il semble bien qu'on puisse la fixer avec vraisemblance autour de i5oo. En i53o, la municipalité de Dreux mandait le jeune maître maçon, en compagnie d'un maître charpentier, pour donner son avis sur les plans d'une lanterne que les échevins avaient le projet de faire dresser sur le nouvel Hôtel de Ville. Ils recevaient chacun, comme indemnité de voyage, la somme de jb sols. Cette consultation prouve que Delaborde, à ce moment, malgré son jeune âge, était un maitre maçon en renom pour son savoir. Il aurait travaillé, un certain temps, à l'abbaye de Solesmes envoyé là par un Jehan Perréal, contrôleur des Bâtiments d'Orléans, qu'on peut vraisemblablement identifier avec l'architecte de Brou ; mais on ne sait à quoi il y fut employé.

Notre-Dame des Marais L'cEuvre capitale du maître est l'achèvement de l'église de Notre-Dame-des-

à la Ferté-Bernard. Marais, à la Ferté-Bernard, qu'il entreprenait en i535. Les premiers architectes de ce remarquable édifice avaient été Jérôme Gouin, Mathurin Grignon, et Jehan Texier, qui, de 1627 à i532, — tous les trois moururent, à quelques années de distance, en ce court espace de temps, — le bâtirent en style ogival. A la date de 1 533, le côté méridional n'était pas commencé ; et les chapelles absidiales atteignaient à peine la hauteur des voûtes. Le nouveau maître d'œuvre fit à la Fabrique la proposition de terminer cette partie de l'église dans le st'yle nouveau ; elle fat acceptée. Mathurin Delaborde produisit une œuvre d'art qui est tenue pour un des bijoux de l'Architecture de la Renaissance dans le Maine, et qui rappelle, par son élégance et par sa beauté, ainsi que par l'emploi

tn Q

AUTRES MAITRES MAÇONS

des voûtes dallées à ornementation de caissons et de pendentifs, à la fois, le chœur de Saint-Pierre de Caen, et le chœur de Tillières, en Normandie.

A Notre-Dame-des-Marais, une imagination, aussi hardie que féconde, alliée au goût le plus délicat, s'est ingéniée, dans l'invention des thèmes d'ornementation, à mélanger le profane et le sacré, la mythologie et l'histoire, en vue d'en faire un ensemble qui est de la plus charmante fantaisie décorative, et des proportions les plus nobles et les plus légères, en parfaite harmonie, malgré son originalité particulière, avec les autres parties de l'édifice. A l'extérieur, la balustrade de pierre, qui surmonte la paroi de l'église, est historiée d'une série de figurines qui représententent successivement les Sept jours de la semaine et les Sept planètes, personnifiés par des dieux et des déesses, les Douze pairs de France légendaires, et le Roi ; et les Tempéraments divers de l'homme : le Colérique, le Sanguin, le Flegmatique, et le Mélancolique. L' « Ave Maria » et le « Regina Cœli » se déroulent en lettres ornées sur les châssis de pierre des croisées, dans les écoinçons formés par les arcs aigus, et sur les contreforts. Ce ne sont, partout, qu'arabesques, rinceaux, grotesques, et niches à dais ajourés. A l'intérieur, les principaux versets des Litanies de la Vierge forment les sujets d'exquis bas-reliefs, aux encadrements fleuris. Des voûtes à caissons et à nervures se détachent de nombreux pendentifs, fort bien sculptés. Tout est un enchantement pour les yeux et pour l'esprit.

Ou Mathurin Delaborde mourut à la veille de l'achèvement de cette belle œuvre d'art, ou les travaux furent suspendus de son vivant : il ne put mener lui-même à fin sa hardie entreprise.

Dans les dernières années du xvi° siècle, les frères Vietz furent chargés de j^es frères Vietz continuer les travaux de construction de Notre-Dame-des-Marais ; et, témoignage de la persistance du goût pour le style ogival, en dépit de la merveilleuse floraison du style nouveau, ces maîtres maçons adoptèrent les formes architecturales de transition ; mais ils respectèrent avec soin l'œuvre de leur prédécesseur. Une inscription placée au-dessus de l'arc qui s'ouvre sur le transept du côté du chœur, et ornementée d'un compas, d'un fil à plomb et d'une équerre, se rapporte à cette période des travaux :

Ceste œuvre sv dessus a Esté faite et conduicte Par troys Frères Robert Gabriel et Hierosme Les Vietz maistres masons

Du côté du midi, dans la pénétration d'une fenêtre se trouve une inscription faisant connaître le nom d'un autre Vietz, qui, en raison de l'exécution des travaux exécutés par lui, en iSyy, — le bas chœur de l'église, — au prix de ■340 livres, était sans doute le père de ces trois Vietz, et avait le prénom de

Jehan. Ce maître maçon eut l'honneur d'être inhumé dans l'église terminée par lui et par ses enfants.

La construction de Notre-Dame de la Ferté-Bernard fit de cette ville une véritable Ecole locale d'architecture et de sculpture ornementale, dont Léon Palustre a ainsi exposé l'influence dans le Maine :

« Tandis que dans les autres parties de la province, la Renaissance ne se « présentait qu'à l'état d'accident, qu'elle florissait dans un centre plus ou « moins bien préparé, mais sans projeter au dehors de vigoureux rameaux, à « l'est d'une ligne qui, de La Châtre, se dirige sur Mamers en passant par le « Grand-Lucé, Montfort et Bonnétable, presque dans chaque village, nous « voyons les formes nouvelles non seulement adoptées mais pratiquées avec « succès. Que l'on construise une crypte (église de Courdemanche), une « chapelle ou une façade (Saint-Calais, la chapelle Gaugain, église Saint-Nicolas « de Mamers), il ne saurait y avoir le moindre embarras sur le modèle à suivre, « non plus que sur le choix de l'architecte. L'un et l'autre seront demandés à « la petite ville, qui, depuis si longtemps, attire tous les regards. » (i)

Jehan Turbillon. Jehan Turbillon fut aussi un maître maçon manceau de grand mérite.

Jeune encore, sans doute, il avait acquis un renom de constructeur habile, qui avait franchi les frontières de sa province, puisqu'il fut invité par le Bureau de la Ville de Paris à prendre part, le 26 avril i5oo, au congrès de maîtres des œuvres de maçonnerie réuni pour délibérer sur la reconstruction du pont Notre-Dame (2). Il était le fils du maçon qui construisit les tours du château du Lude, vers 1470 (3). Lorsque Jacques de Daillon, seigneur du Lude, décida de faire transformer dans le goût artistique de l'époque le manoir féodal de sa famille, au commencement du règne de François l", il fit, certainement, appel h Jehan Turbillon ; et ce maçon doit être le maître d'œuvre de toute la partie Renaissance de ce château, l'auteur des transformations apportées, si iiardiment et avec tant d'habileté, aux parties anciennes, religieusement conservées par lui, puisqu'elles étaient la création de son père.

En l'année i52d, où Jacques de Daillon fut tué glorieusement à Pavie, aux côtés de François I"', sa fille Antoinette épousa Guy XVI, comte de Laval, veuf d'Anne de Montmorency. La nouvelle comtesse fit venir à Vitré Jehan Turbillon et le chargea de compléter par l'embellissement, sinon par la construction, de la chapelle (4), les travaux de rajeunissement du château commencés déjà vers 1517.

(i) Léon Palustre : La Renaissante en France, 13' livrais., p. 125.

(2) Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris, t. I, p. 38.

{3) Dans le procès-verbal de la séance tenue pour la reconstruction du pont Notre-Dame, le greffier écrivait : « Lequel Turbillon a dit oultre qu'il a veu besongner son feu père à certaines tours ( au Lude et que celles qui furent fondées sans pillotis sont tombées et que celles qui furent faites « sur pillotis sont encore debout ».

(4) Très probablement, la chapelle dite de Saint-Michel, menlionnée dans un document de i68i,

EOLISli Uï. SAIM-CALAIS, D.\iNS LE MAINE

Ecole des maîtres maçons de la Fertc-Bernard

HOTEL DE VILLE DE LOCHES Œuvre de Jehan Baudoin

AUTRES MAITRES MAÇONS

C'est malheureusement tout ce que l'on sait, jusqu'ici, sur cet artiste.

On doit faire mention également de Jacques Mathieu Estourneau, fils d'un maître maçon-tailleur de pierre, né à La Flèche en i486, et auquel Françoise d'Alençon, veuve de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, donna à construire, en iSSg, le château de La Flèche, et demanda les plans du château de Châteauneuf-sur-Cher, en i 540. Le tombeau que cette princesse fit élever à son mari dans l'église de la Trinité, à Vendôme, était aussi l'œuvre de Jacques- Mathieu Estourneau.

Quelques maîtres maçons-tailleurs de pierre manceaux sont encore à citer pour les œuvres d'architecture qu'on leur attribue, ou pour celles dont ils sont, indiscutablement, les auteurs : par ordre chronologique, Jamet Neveu , qui travailla longtemps à la Trinité de Laval, et à l'église d'Avenières, où il mélangea avec habileté et avec goût le style ogival et le style nouveau ; Pierre Guillot, qui lui succéda à la Trinité, et qui doit être tenu pour le maître d'œuvre de la voûte percée d'une lunette ovale et de la grande fenêtre à fronton reposant sur quatre colonnes corinthiennes ; Jean Guillot, probablement fils de Pierre, qualifié « maistre voyeur et visiteur des œuvres de maçonnerie en le duché d'Anjou », dans un acte du 24 septembre iSgS (i), et qui construisit la portail de l'église, dont une inscription fait connaître à la fois le nom du maçon, et la date d'achèvement : 1594. Puis viennent Jean Masneret et René Guitton, chargés, sous Henri II et Charles IX, de reconstruire le château de Pescheseul, sur les bords de la Sarthe, entre Sablé et Malicorne, reproduction, dit-on, du manoir du Puy-du-Fou en Poitou (2). Ces deux maçons seraient aussi les constructeurs de la belle porte d'entrée du château de Courtenvaux, près de Saint-Calais, et les auteurs de la transformation des deux tours latérales par les fenêtres et par les lucarnes en style de la Renaissance, d'une très belle ordonnance architecturale, et d'une décoration sculpturale de grande beauté. Et, enfin il faut nommer Boisselleret, qui fit, avec Huet, le magnifique jubé de l'église des Jacobins, au Mans, œuvre fort admirée pour ses huit colonnes corinthiennes accouplées, ses trois portes plein cintre, couronnées d'un attique divisé en plusieurs panneaux de sculptures (3).

On connaît le nom d'un maître angevin, contemporain, sinon émule de Jehan de Lespine, qui, dans la première moitié du xvi" siècle, entreprenait une œuvre fort importante à Angers. Le 22 février 1527, Pierre Boismery pre'senta aux échevins, qui l'acceptèrent, le plan d'un nouvel Hôtel de Ville. Il passait

J.-M. Estourneau.

Autres maîtres manceaux.

En Anjou.

Pierre Boismery.

et dans la déclaration et dénombrement de la baronnie de Vitré, comme ayant été « bastie pour la

« commodité desdits seigneurs, pour y faire célébrer la Saincte Messe ». (Archives de la Trémouille.)

(i) Bot'Li.iER : Recherches historiques sur l'église et la farcisse de la Trinité de Laval, 1845.

(2) Léon Palustre : La Renaissance en France, 13' livrais., p. 162.

(3) Ce jubé a été détruit, en 1793, par lés révolutionnaires.

CIIAIMTIŒ QUATORZIEME

Léonard de la Réau.

André Amy.

avec eux un marché pour la construction de l'édifice ; ce document stipule une somme de 710 livres qui représente, sans aucun doute, simplement les gages pour la direction des travaux, dont la durée était fixée à trois années. Le maître maçon mourait le 3 mars i53i, sans avoir pu achever son œuvre. On ne sait point qui fut appelé à la mener à bonne fin.

Léonard de la Réau, maître maçon-tailleur de pierre, reconstruisait, de 1539 a 1543, le côté sud de Notre-Dame de P'ontenay-le-Comte. en Vendée, élevait les deux chapelles situées du côté du maître autel, et la chapelle Saint- Pierre. En 1643, la grande fontaine de la ville fut construite sur ses plans et sous sa direction. La Maison de Ville et le Palais de Justice, aujourd'hui démolis, qui dataient de 1544, étaient ses principales œuvres connues.

André Amy passe pour avoir donné les plans et dirigé la construction du château et de la collégiale de Thouars, que faisait entreprendre, à partir de 1024, Hélène de Hangest, veuve d'Artus Gouffier, sieur de Boissy. Probablement aussi, fut-il le maître d'œuvre de la collégiale d'Oiron, bâtie sur les ordres de cette grande dame, pour accomplir un vœu de son mari, et destinée à lui servir de lieu de sépulture. Mais aucun document n'a encore fourni le moindre élément de biographie de ce maçon qui serait, si ces attributions sont exactes, un des plus grands artistes de la Renaissance.

En Touraine Guillaume Besnouard, maître maçon-tailleur de pierre tourangeau, a

illustré son nom par la construction, à partir de iSoy, de l'Hôtel de Beaune- Guillaume Besnouard. Semblançay, à Tours. Ce maître fut nommé, en i5o6, « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville » en remplacement de Jehan Pieze, décédé ; et, en i5ii, « maître des œuvres de maçonnerie du roi ». En cette qualité, il fait réparer les ponts de la Loire et du Cher, cette année-là ; et il visite les ponts Saint-Eloi et Saint-Sauveur, ainsi que la fontaine de Saint-Avertin. La même année, il assiste, en compagnie de Bastien et Martin Françoys, et de Pierre Valence, à la délibération du Conseil de Ville relative à l'érection de la fontaine de Beaune. Dans les Comptes municipaux de i5ii, il figure avec cette mention : « A. -G. Besnouard et Macé Salmon, maistres des œuvres de maçon- « nerie et de charpenterie de la ville, pour leur droit d'un mouton qu'ils sont (( accoutumés d'avoir par chacun an, le jour de l'Assomption, 35 sols tournois. » On voit encore ce maître maçon visitant, certain jour, les grands ponts, en compagnie du maître charpentier de la Ville et de plusieurs bourgeois, en tout neuf personnes. La municipalité offrit à la commission un dîner qui coûta 55 sols et 6 deniers.

Guillaume Besnouard mourut le i" juillet i5i3.

Jehan Baudouin.

^- Jehan Baudouin, maître maçon de Tours, a attaché son nom à l'histoire municipale de Loches comme maître d'œuvre de son Hôtel de Ville. En l'année

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